- il y a 4 heures
Dans Conversation française, Édouard Philippe, maire du Havre et candidat à l'élection présidentielle, échange avec Olivier Norek, ancien lieutenant de police et auteur du roman Les Guerriers de l'hiver (2024, Michel Lafon) et de nombreux polars à succès dont « Entre deux monde », « Surfaces » et Impact ».
Le politique et l'écrivain échangent à bâtons rompus sur leur conception du pouvoir et du commandement, ils confrontent leur avis sur la désobéissance civile... et confessent ne pas être dénués de superstition...
Conversation française, un candidat, un écrivain.
Présenté par Anna Cabana.
En cette année présidentielle, LCP, en partenariat avec La Tribune Dimanche, propose un rendez-vous original qui croise politique et littérature. Dans "Conversation française", un candidat à L'Elysée rencontre un écrivain contemporain : deux façons de raconter la France, le monde et l'époque.
Que se passe-t-il lorsqu'on retire au candidat ses éléments de langage et qu'on le place face à quelqu'un qui est lui aussi un conteur d'histoires ?
A la manoeuvre, la journaliste Anna Cabana pose sa voix pour orienter le dialogue.
Un rendez-vous vif et surprenant, où la littérature devient un miroir inattendu de la politique.
Production : LCP-Assemblée nationale
En partenariat avec : La Tribune Dimanche, Meridiani
Le politique et l'écrivain échangent à bâtons rompus sur leur conception du pouvoir et du commandement, ils confrontent leur avis sur la désobéissance civile... et confessent ne pas être dénués de superstition...
Conversation française, un candidat, un écrivain.
Présenté par Anna Cabana.
En cette année présidentielle, LCP, en partenariat avec La Tribune Dimanche, propose un rendez-vous original qui croise politique et littérature. Dans "Conversation française", un candidat à L'Elysée rencontre un écrivain contemporain : deux façons de raconter la France, le monde et l'époque.
Que se passe-t-il lorsqu'on retire au candidat ses éléments de langage et qu'on le place face à quelqu'un qui est lui aussi un conteur d'histoires ?
A la manoeuvre, la journaliste Anna Cabana pose sa voix pour orienter le dialogue.
Un rendez-vous vif et surprenant, où la littérature devient un miroir inattendu de la politique.
Production : LCP-Assemblée nationale
En partenariat avec : La Tribune Dimanche, Meridiani
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00:02Un candidat, un écrivain, deux conteurs d'histoire dont le dialogue s'inscrit dans une tradition très française.
00:09Car personne en France ne saurait briguer l'Elysée sans revendiquer, d'une manière ou d'une autre, un dialogue
00:14intime avec la littérature.
00:16Bienvenue dans Conversation Française.
00:20Edouard Philippe, bonjour.
00:22Bonjour.
00:23Olivier Norek, bonjour.
00:24Bonjour.
00:25Est-ce que vous vous êtes déjà rencontrés tous les deux ?
00:27Non, c'est la première fois.
00:29D'abord, en fait, vous êtes tous les deux des auteurs de Polar.
00:33Olivier Norek, vous êtes une star du Polar.
00:35Vous en avez écrit pas moins de sept après avoir passé 18 ans dans la police.
00:42Edouard Philippe, vous en avez écrit deux avec votre ami et complice Gilles Boyer.
00:48Qu'est-ce qui dans le Polar ressemble à la politique ?
00:51Oh, ok, je commence.
00:54Merci beaucoup.
00:55Le roman policier, le roman noir, essentiellement, c'est un roman qui est social.
00:59Pour pas se cannibaliser, il faut que le Polar prenne sa source dans ce qui se passe aujourd'hui.
01:04Et c'est intéressant parce qu'en fait, on pourrait trouver dans le roman policier les éléments d'un programme
01:09politique.
01:10Parce que dans le roman policier, existe ce qui fait peur.
01:12On va avoir des romans policiers sur les violences faites aux femmes, beaucoup de romans policiers sur les violences faites
01:17aux enfants,
01:18beaucoup de romans policiers sur l'écologie, sur la cybercriminalité, sur l'intelligence artificielle.
01:22Et donc, éventuellement, pour avoir un bon programme, je pense qu'il faut avoir lu une vingtaine de romans policiers
01:26actuels.
01:27Et il y a les bases de ce qui fait peur ou des espoirs et des projets des Français à
01:32l'intérieur même des romans policiers.
01:33Edouard Philippe ?
01:35Moi, je pense que j'ai toujours considéré que le roman policier ou le roman d'espionnage, c'était d
01:41'abord et avant tout des romans.
01:43Donc, une histoire qu'on raconte dans un milieu.
01:47Le grand roman social du 19e, c'est le roman qui vous fait découvrir une classe sociale ou une activité
01:53économique ou un milieu.
01:55Et d'ailleurs, c'était amusant parce que dans ce que vous dites, et je suis assez d'accord, vous
01:59avez dans les romans policiers,
02:00tous les mondes susceptibles de pouvoir intervenir.
02:02Mais est-ce que ce n'est pas aussi un alibi ? Parce que quand vous écrivez un essai, ce
02:07que vous dites est obligatoirement quelque chose qu'on peut sourcer,
02:10quelque chose qu'on peut vérifier, quelque chose qui doit être obligatoirement absolument vrai et crédible.
02:13Quand on écrit un roman policier, on peut peut-être se permettre de dire des choses qu'on ne pourrait
02:17pas dire dans un essai.
02:19Est-ce que dans l'ombre, votre premier roman policier avec Gilles Boyer, ça ne vous donne pas aussi la
02:23possibilité,
02:25alors pas de dénoncer, mais d'être un peu plus libre, d'être un peu moins cadenassé ?
02:31Enfin, je ne dirais pas plus libre, parce qu'on est libre quand on écrit un essai.
02:34Si vous écrivez un essai en vous disant « je ne vais surtout pas dire ce que je pense »,
02:37c'est déjà une drôle de forme d'état d'esprit, honnêtement.
02:40Mais ce qui est vrai, c'est que la fiction, mais ça a toujours été vrai,
02:43ce n'est pas simplement vrai pour un écrivain d'aujourd'hui ou un responsable politique d'aujourd'hui.
02:48La fiction vous permet, de façon infiniment plus souple et libre, de dire des choses sur la psychologie humaine, sur
02:56des situations.
02:57Et c'est vrai que pour nous, quand on a écrit « L'heure de vérité » d'abord et
03:01puis « Dans l'ombre » ensuite,
03:03ça nous a permis de dire des trucs qu'on n'aurait pas pu décrire de façon clinique si on
03:08s'était placé dans le domaine de la non-fiction.
03:11Ce n'est pas amusant de se dire que vous êtes vous-même un personnage de thriller ?
03:14C'est-à-dire, quand vous parlez à l'extérieur, vous faites attention à tout ce que vous dites,
03:18vous devez peser chacun de vos mots, un peu comme en pâtisserie ou en chimie.
03:22Pas toujours assez d'ailleurs.
03:23Parce que tout...
03:24Oui, j'ai entendu ça.
03:25Manifestement pas toujours assez.
03:26Manifestement pas assez.
03:28Le coup des trois semaines de vacances, c'est sûr, j'imagine que vous devez vous en mordre les doigts.
03:32Non, non, pas du tout, parce que je pense que je dis.
03:34Mais le fait de devoir absolument tout peser quand vous êtes à l'extérieur,
03:38parce que tout peut être réutilisé contre vous,
03:40puis après, vous allez voir vos opposants et vous vous demandez ce qu'ils préparent,
03:45quel mauvais coup ou quelle planche ils peuvent vous savonner.
03:48Et même quand vous rentrez dans votre propre parti, avec vos pères,
03:51vous pouvez vous demander qui va trahir.
03:53Donc c'est quand même particulier d'être un personnage de Game of Thrones
03:56ou d'être un personnage de thriller,
03:58c'est-à-dire d'être tout le temps et possiblement la cible d'attaque.
04:03On dort bien quand on prépare une campagne électorale ?
04:06On dort moins longtemps, mais on dort bien.
04:10Ce que vous dites est à la fois vrai, je ne veux pas vous dire le contraire.
04:13Et en même temps, je ne voudrais pas comprendre ce que c'est propre à ce milieu et à ce
04:17moment.
04:18La vérité, c'est que ce que vous décrivez qui est une forme de lutte de pouvoir,
04:22clairement, c'est l'objet, donc c'est une lutte de pouvoir.
04:26La vérité, c'est que vous l'observez dans tous les milieux.
04:28Le monde politique et une campagne présidentielle a ceci de particulier
04:33qu'il est explicitement dit que c'est un exercice de conquête du pouvoir.
04:39Mais la conquête du pouvoir, elle peut s'exercer dans tous les milieux.
04:42Un autre de vos points communs, messieurs, il est moins évident.
04:45Est-ce que vous savez lequel c'est ?
04:47On en parlait tout à l'heure, même si vous avez essayé en tant que Jiminy Cricket de nous l
04:51'interdire,
04:52on en parlait tout à l'heure, on a peut-être des parents qui étaient enseignants ou directeurs d'école.
04:55Et c'est vrai qu'on a vécu dans des écoles, tous les deux.
04:58Et notre vie était rythmée par la cloche du matin, la cloche des récréations, la cloche du déjeuner.
05:05Mais au moins la mienne de cloche s'est arrêtée le dimanche, visiblement, pas la autre.
05:07Oui, ça sonnait le dimanche aussi.
05:09Mais c'est au-delà du point commun d'avoir vécu dans une école et puis d'avoir des parents
05:14qui étaient professeurs.
05:15Moi, mes deux parents étaient professeurs de français et mon père est devenu principal de collège quand j'avais une
05:20dizaine d'années.
05:23Je pense que pour vous comme pour moi, et peut-être pas ensuite avec la même façon de le vivre,
05:28mais l'école a été, dans mon enfance, et probablement dans la vôtre aussi, un lieu hyper lourd.
05:37Quand je dis lourd, d'ailleurs, ça me donnerait le sentiment qu'il était trop lourd.
05:40Pas vraiment, mais un lieu extrêmement important.
05:42Moi, mes parents, ils avaient une révérence vis-à-vis de l'école, vis-à-vis du savoir, vis-à
05:49-vis des professeurs,
05:49vis-à-vis de la transmission du savoir, vis-à-vis du travail à l'école.
05:53Et même s'ils ne mettaient pas beaucoup de pression, j'ai toujours perçu que le lieu de l'école
05:59était un lieu
06:00qui n'était pas de la même nature que les autres, que c'était presque sacré.
06:04Sanctuarisé.
06:05Sanctuarisé, oui. Sacré, sanctuarisé, c'est la même idée.
06:08Et ça, ça a beaucoup compté pour moi.
06:11Et j'ai aussi eu très, très tôt la conscience, même si je ne pense pas que c'était formulé
06:15de façon explicite,
06:17que le succès, entre guillemets, l'épanouissement, la réussite, tout ça, qui n'est pas exactement la même chose,
06:24l'épanouissement et la réussite, ce n'est pas la même chose,
06:26mais tout ça passait principalement par l'école.
06:30Et ça, c'est un truc, moi, j'ai vécu là-dedans.
06:33Et je ne regrette pas, d'ailleurs, moi, je suis très heureux de l'enfance que j'ai eue.
06:37Je ne changerai pas.
06:38Même si on a été, vous et moi, le fils du Dirolo, le fils de la Dirolo, ça a été
06:41un peu compliqué.
06:42Il y a des moments où ce n'est pas facile, mais enfin bon, il y a des trucs plus
06:45durs dans la vie.
06:46Je vous propose maintenant un silence.
06:48On va écouter.
06:50Je vous ai apporté des bonbons
06:55Parce que les fleurs, ça est périssable
07:00Puis les bonbons, c'est tellement bon
07:03Bien que les fleurs soient plus présentes là
07:09Alors oui, vous pouvez sourire, mais on vous a demandé d'apporter à l'autre un petit quelque chose.
07:14Ok, d'accord, je me demandais vraiment où vous alliez avec...
07:16Eh ben, les bonbons !
07:17Alors, Olivier Norek, qu'est-ce que vous avez apporté ?
07:20Moi, j'ai apporté deux choses.
07:25Un petit gobelet en carton !
07:26Un petit gobelet en carton !
07:28Que j'ai fait moi-même ce matin !
07:30C'est formidable !
07:31Alors, je vous ai apporté deux choses.
07:33J'ai écrit un bouquin qui s'appelle « Les guerriers de l'hiver » qui raconte donc cette petite...
07:36L'élu !
07:36Merci beaucoup !
07:37Non, non, je l'ai lu sans savoir que je vous verrais.
07:39C'est un très bon livre.
07:40Mon bouquin se passe sur le front de Kola, qui est un front qui est très très proche de la
07:44frontière russe, comme tous les fronts pendant cette guerre.
07:46Il y a une autre partie qui se passe sur la route de Rahaté, qui est aussi une autre manière
07:50de regarder cette guerre d'hiver.
07:52Donc voilà, c'est la même guerre, mais sous un autre angle, et je vous en propose une bande dessinée,
07:56qui s'appelle « Enfer glacé », qui est formidable.
07:59Merci.
07:59Mon deuxième cadeau, il est un peu plus complexe.
08:02J'ai écrit un bouquin qui s'appelle « Impact », et qui parle de désobéissance civile.
08:07Quand on est en face du serial killer le plus efficace de l'humanité, c'est-à-dire la pollution
08:12et le changement climatique,
08:13on est sur plusieurs millions de morts par an à cause de la pollution,
08:16et qu'aucun gouvernement, aucune justice n'est capable de mettre un terme, de mettre un frein à la consommation
08:22des énergies fossiles,
08:23qui vont nous emmener dans le mur, même si aujourd'hui, soyons pas candides, elles sont essentielles les énergies fossiles,
08:29parce qu'on n'a pas trouvé toutes les solutions vertes.
08:32Eh bien, l'être humain, quand il est plus protégé, a tendance à récupérer ce droit à se protéger.
08:37Le droit à être défendu, c'est le seul droit qu'on a donné à une institution, l'institution justice.
08:42Et quand elle marche pas, pendant trop longtemps, il est assez récurrent et régulier de voir qu'il y a
08:49quelque chose qui arrive,
08:50c'est la désobéissance civile. Si je ne suis pas protégé, alors je vais me protéger moi-même.
08:55Et dans mon roman, la désobéissance civile se caractérise, se manifeste par des citoyens qui mettent un masque de panda
09:02balafré.
09:03Donc voilà, je vous l'ai apporté, parfois vous le portiez évidemment.
09:06Vous avez vu Edouard Philippe, Olivier Noreg vous a offert des cadeaux physiques, mais aussi des petites recommandations.
09:13Et vous, qu'est-ce que vous lui avez apporté ?
09:15J'ai apporté quelque chose que je vais offrir à Olivier, mais je voudrais d'abord répondre à cette question
09:20de la désobéissance civile.
09:21Parce que la désobéissance civile, c'est pas nécessairement, ou ça n'est pas que ce que vous venez de
09:27dire.
09:28Je comprends très bien qu'un certain nombre de progrès, de progrès sociaux, de progrès législatifs, ont eu à un
09:37moment le moteur de la désobéissance civile.
09:39C'est incontestable. La lutte pour le droit à l'avortement, elle a progressé avec une forme de combat politique
09:45et une forme de désobéissance civile.
09:47Les conquêtes syndicales, elles ont été très largement permises par des comportements et par des luttes qui relèvent à certains
09:57égards de la désobéissance civile.
09:59Mais c'est pas parce qu'un certain nombre de choses positives sont intervenues par la désobéissance civile qu'on
10:04peut dire que la désobéissance civile, c'est par nature quelque chose de justifié.
10:10Je comprends ça, ne pas ériger la désobéissance civile comme une nécessité pour avancer.
10:14Dans une société démocratique, la loi est quand même discutée, elle est adoptée par une majorité et l'ensemble du
10:22système repose quand même sur l'idée qu'il n'appartient pas nécessairement à la minorité d'imposer sa règle
10:29à la majorité.
10:31Votre cadeau, votre cadeau ?
10:32C'est des boutons de manchette, irlandais avec des trèfles. Alors en l'occurrence ils sont à trois feuilles mais
10:37je suis sûr qu'ils vous porteront bonheur quand même.
10:38J'ai lu quelque part que vous étiez sensible à ce symbole du trèfle.
10:42Tout à fait, merci beaucoup.
10:43Alors je ne sais pas si vous mettez des boutons de manchette mais il y a bien des occasions où
10:46vous devez en mettre.
10:47Mais écoutez, je vais acheter le costume qui va avec et puis je vais les porter. Non, ça me touche
10:51énormément parce que je...
10:52Ils sont issus directement de ma collection parce que moi j'ai une collection de boutons de manchette scotement ridicule.
10:57Entrez voir, là, pas de bouton de manchette ridicule ?
11:00Là j'ai des boutons de manchette des troupes de marine.
11:02Des troupes de marine, ok. Vous avez fait les troupes de marine ?
11:04Dans mon service militaire.
11:05Moi aussi.
11:06Ah bon, où ça ?
11:07Le 21ème régiment d'infanterie de marine de Fréjus.
11:10Et vous êtes resté ensuite ?
11:11Non, après j'ai fait un volontariat sur l'outre-mer, je suis parti en Martinique.
11:14Donc là c'est le 31ème RIMA.
11:18Et euh...
11:18Oui, je vois un bouton de manchette et petit gris-gris aussi.
11:21Votre service de com vous dit pas d'y aller mollo sur les bracelets ?
11:24Si, tout le temps.
11:26Il me dit c'est pas possible d'être candidat à l'élection présidentielle avec un bracelet.
11:29Mais il y a une encre ?
11:30Aussi.
11:31Et donc vous voyez assez bien pourquoi je la porte.
11:33Et donc, moi je me balade beaucoup avec mes romans.
11:37J'utilise ma maison d'édition comme une agence de voyage.
11:39Je suis content d'entendre ça.
11:41Je me balade beaucoup avec mes romans et mon père m'a offert une statue.
11:45C'était un Vendereur.
11:45C'est le voyageur allemand.
11:46Mon grand-père était polonais-silésien et il a beaucoup voyagé dans sa vie.
11:51Mon père m'a offert autre chose.
11:52Il m'a offert un trèfle à quatre feuilles qui ne quitte absolument jamais mon sac à dos.
11:58Et mon meilleur ami m'a offert une croix qui ne quitte aussi jamais mon sac à dos.
12:03J'ai besoin de ces soutiens parce que, probablement comme vous, je vois le monde autour et l'effervescence.
12:08Et je sais qui sont mes bases et je sais qui est mon ciment.
12:10C'est celui de l'amitié, celui de la famille.
12:12Et donc pour moi c'est très très très important.
12:13Donc évidemment je sors de cet entretien et je vais m'acheter un costume rien que pour les porter.
12:17Et vous diriez que vous êtes superstitieux ?
12:21Sans aller sur la superstition, mais en tout cas j'écoute les signes.
12:28Et c'est pas différemment que j'ai commencé à écrire.
12:30J'ai reçu un mail qui disait, voulez-vous participer à un concours de nouvelles ?
12:34Voulez-vous écrire une histoire ?
12:35Et comme moi j'ai eu 5 sur 20 au bac français, évidemment j'ai effacé ce mail.
12:38Vous êtes d'être content de votre mail.
12:40Et puis j'ai pas été un très très bon élève.
12:43Et puis après, je suis flic.
12:45On est appelé le soir sur une affaire un peu glauque.
12:49Un homicide.
12:51Et on travaille jusqu'à très très tard le soir.
12:53Et quand je rentre le soir, je rallume mon ordinateur et je vois un mail.
12:56Voulez-vous écrire une histoire ?
12:57Et je l'efface encore.
12:58Et le lendemain matin, ce mail réapparaît pour la troisième fois.
13:00Voulez-vous écrire une histoire ?
13:01Cette fois-ci, je me suis dit, ça suffit.
13:03Ça suffit.
13:04Je me suis mis à mon ordinateur et j'ai écrit une nouvelle.
13:06Et depuis cette nouvelle, je suis auteur.
13:08Éder Philippe, vous êtes superstitieux vous ?
13:10Alors moi, je me pense, je me vois comme un type rationnel, hyper rationnel, hyper nuancé.
13:18Et puis une fois qu'on a dit ça, la vérité, c'est que je suis superstitieux.
13:20Alors ça se caractérise par quoi ?
13:22Vous avez parlé de votre sac à dos.
13:24Moi, j'ai un sac vert qui m'accompagne partout parce que je suis toujours entre le Havre, Paris.
13:28Et dans mon sac vert, j'ai...
13:32D'abord, j'ai toujours une encre sur moi.
13:34Là, il y a l'équipe de com qui commence à se dire, mon Dieu, qu'ils ne racontent pas
13:36cette histoire.
13:37J'ai toujours une encre sur moi.
13:39Et toujours.
13:40Et dans mon sac vert, j'ai l'exécution de toutes les unités militaires que je rencontre et qui m
13:51'offrent.
13:51Enfin, j'entends que ça fait une poche entière.
13:52J'ai la même avec les unités de police.
13:54Ben voilà.
13:54Il y a quelques unités de police dedans.
13:56Et je me dis qu'il ne peut rien m'arriver avec tout ça.
13:59Et puis, j'ai un petit objet auquel je tiens énormément, qui m'a été offert et qui est un
14:06porte-bonheur.
14:07Et donc, ça ne me viendrait pas à l'idée de partir sans mon sac vert et de ne pas
14:12avoir un sac vert où il y a tout ça dedans.
14:14Donc oui, en fait, je deviens superstitieux.
14:16C'est complètement bizarre, mais c'est comme ça.
14:19Et je suis d'accord avec vous.
14:22Ça nous parle tout ça.
14:23Il y a des choses qui nous parlent.
14:24Le coup de...
14:26Du mail qui réapparaît trois fois pour me diriger vers l'écriture.
14:30Ouais.
14:31Il y a des apôtres qui ont dit non trois fois.
14:33Vous avez dit oui à la troisième.
14:34C'est pas mal.
14:35Bon, bah nous aussi, ça nous parle.
14:37Allez, un petit peu de musique quand même.
14:43Ça chante ça aide pour vous, ça.
14:46Là, vous allez vous faire attaquer.
14:50Alors, pour préparer cette émission, on s'est plongé dans vos discours, vos livres, vos déclarations et on y a
14:57pioché des phrases ici et là.
14:59Qui l'a dit ?
15:01Alors, on commence avec quelque chose de simple.
15:04Un coiffeur, ça porte bonheur.
15:07Oui, ça c'est moi.
15:08Quand vous êtes candidat à une élection municipale, vous devez construire une liste parce que c'est un scrutin de
15:13liste.
15:14Et je tiens ce qui est toujours un coiffeur.
15:17Et alors, au début, parce que je...
15:20Je vais vous dire pourquoi.
15:21Parce qu'en fait, un coiffeur entend par nature...
15:26C'est un curé.
15:27Ouais, exactement.
15:28C'est celui qui va recevoir les histoires de tout le monde.
15:30Il entend dans un quartier, s'il est là depuis longtemps, s'il est bon...
15:33Il entend un nombre de trucs extraordinaires.
15:36Et c'est toujours vachement intéressant.
15:38Et donc, j'ai commencé...
15:40Je tenais à ce qu'il y ait toujours un coiffeur.
15:42Et à la fin, ça s'est terminé par cette formule.
15:45Un coiffeur, ça porte bonheur.
15:47Les polars sont des livres d'histoire en avance.
15:51Ça, c'est moi, ça.
15:52C'est pas mal.
15:54Oui, si vous voulez connaître les Etats-Unis, vous lisez El Roy.
15:57Si vous voulez connaître l'Islande, vous lisez Arnal Durindridasson.
16:00On a à l'intérieur du roman policier, en fait, une radiographie de la société.
16:05Et en ça, ils sont des traces, ils sont des héritages.
16:09Et ils racontent l'histoire d'aujourd'hui.
16:11Et donc, ce sont des livres d'histoire en avance.
16:15Depuis Spiderman, on sait qu'avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités.
16:22Ça peut être l'un des deux.
16:23Je crois que j'ai dû le dire 50 fois.
16:25Oui, j'ai dû le dire 50 fois aussi.
16:26Je l'ai même écrit.
16:28D'abord, c'est vrai.
16:29C'est pas parce que ça vient d'un film Marvel que c'est faux.
16:35C'est un fait.
16:36C'est vrai et c'est important de le savoir et de le dire.
16:38Et c'est amusant de citer une source populaire et triviale plutôt qu'un penseur romain qui a dû dire
16:45la même chose.
16:46À l'avant, on se prend des beignes.
16:48À l'arrière, des coups de pieds au cul.
16:50Reste au milieu et silencieux.
16:52Ce n'est pas la place du lâche, mais celle du survivant.
16:56Oui, c'est ce que me disait mon père.
16:57Je le fais dire à un des soldats dans mon bouquin Les guerriers de l'hiver.
17:00Mais cette position du milieu n'empêche pas d'aller à l'avant parce que c'est nécessaire aussi.
17:05Jamais on suivra un chef d'unité si à l'intérieur du tranché, il crie à l'attaque et qu
17:10'il n'y a que les soldats qui partent et que lui, il attend.
17:12En fait, quand on demande des efforts aux gens, il faut pouvoir les faire aussi.
17:16Aujourd'hui, on demande beaucoup d'efforts aux Français sur les impôts.
17:18On fait des efforts sur les APL, on va faire des efforts sur les retraites.
17:21Je ne donne pas ma position.
17:23Mais c'est difficile de demander à eux seuls de faire des efforts quand la dette publique continue, quand le
17:27train de vie de l'Etat continue.
17:30C'est marrant, je vais le faire à la manière d'un homme politique en campagne.
17:33Et j'ai rencontré Sandrine, 36 ans.
17:35Vous voyez la démagogie du truc, j'adore ça.
17:37J'ai rencontré Sandrine, 36 ans, elle est infirmière, elle gagne 2000 euros par mois.
17:41Et on lui demande de payer les impôts et on lui dit aussi qu'il y a des dizaines de
17:44milliers de millionnaires qui n'en payent pas.
17:46Les Français ne vont pas avancer s'ils avancent tout seuls.
17:48s'ils voient que justement l'homme dans la tranchée qui est le chef de groupe, le chef d'unité,
17:52leur dit à l'attaque et que lui, il ne va pas à l'attaque.
17:55Si on veut l'adhésion des Français, il faut leur montrer que tout le monde fait des efforts et pas
18:00que eux.
18:01Édouard Philippe reste au milieu et silencieux.
18:04Ça vous va ?
18:07Dans la façon dont Olivier vient de le présenter, ça me va.
18:10Parce que si on le dit juste comme ça, ça fait un peu planquer.
18:15Il faut mettre le kvéat, en tout cas le bémol exprimé par Olivier pour adhérer à la formule, bien sûr.
18:22Et sur l'exemplarité, il a raison, évidemment.
18:26C'est d'ailleurs un truc qui est très intéressant, je vais vous dire, sur le monde politique et sur
18:30une campagne présidentielle.
18:32On parle énormément de mesures.
18:33Et on oublie, me semble-t-il souvent, qu'une élection présidentielle sert à choisir quelqu'un qui est à
18:40la fois le chef de l'État, donc le chef des armées, donc qui a la clé de voûte des
18:45institutions.
18:46C'est comme ça que la constitution a été prévue.
18:48Donc en réalité, quelqu'un qui est un chef.
18:51Et la question du sens du commandement, de comment il l'a acquis, de comment il l'envisage, de comment
18:58il l'exerce, est une question qui est quasiment jamais posée.
19:02On n'interroge finalement que très peu ce qu'est le fait de commander.
19:07Comment est-ce qu'on l'apprend ?
19:08C'est pas inné le commandement.
19:10C'est difficile d'avoir une relation au pouvoir et une capacité à exercer le commandement si on n'a
19:17pas essayé, si on ne s'est pas trompé.
19:20Et puis d'ailleurs, il y a commandement et commandement.
19:22Le commandement que vous apprenez quand vous faites votre service militaire, quand on faisait son service militaire, il se trouve
19:27que je l'ai fait en sous-lieutenant dans un régiment d'artillerie.
19:31Bah c'est pas la même chose que la façon dont vous commandez une administration quand vous êtes maire d
19:36'une grande ville.
19:37Bon, n'empêche que, à la fin, c'est toujours commander.
19:40Que la notion d'exemplarité, elle est toujours là.
19:43Que la capacité à dire clairement où est-ce qu'on va, et à être certain que les gens comprennent
19:48où est-ce qu'on va, est absolument indispensable.
19:51Il y a quand même des dimensions dans le commandement.
19:54Je trouve qu'une campagne électorale parle très peu de ça.
19:57Ça m'a toujours surpris.
20:00Alors là, on va écouter un homme qui s'est commandé, un grand homme, qui vous parle.
20:04Il y a assez de morts dans les cimetières et les bois qui nous entourent
20:09pour que je puisse affirmer que vous êtes bien battus.
20:13De tous ces hommes-là, on peut vraiment dire qu'ils ont maintenu la France avec leurs mains nues.
20:20L'immensité du givre sous la lune et les guetteurs à l'écoute des avoiements qui se rapprochaient quand avançaient
20:29par ici les troupes allemandes.
20:31Il n'était rien de plus que les hommes du nom.
20:36Mais le nom du maquisard obscur, collé à la terre pour sa première nuit de mort, suffit à faire de
20:46ce pauvre type le compagnon de Jeanne et d'Antigone.
20:50L'esclave dit toujours oui.
20:53Alors, vous l'avez reconnu évidemment, un extrait de Malraux à Durrestal en 1972 devant les anciens de la Brigade
21:01à l'Alsorene.
21:02Discours que vous citez longuement, Édouard Philippe, dans votre premier roman, L'heure de vérité.
21:08La guerre, ça convoque l'absolu. Est-ce qu'on peut la décrire sans l'hyrisme ?
21:16Vous voulez bien nous laisser un petit peu de temps ?
21:17Vous avez toute la nuit, messieurs.
21:19Mais il y a eu mille façons de décrire la guerre.
21:21Junger décrit la guerre, Malaparte décrit la guerre, c'est pas la même.
21:26C'est vraiment pas la même.
21:27Enfin, c'est la même. D'une certaine façon, si.
21:31Mais non, il y a plein de styles.
21:33Moi, je trouve que la façon dont vous la décrivez dans les guerriers de l'hiver est très bonne.
21:36Mais il y a eu mille façons, parfois lyriques, parce qu'il y a une forme de lyrisme.
21:40Parfois, sans aucun lyrisme, mais dans une espèce de noirceur et de tripes et de merde.
21:45D'économie et de violence, d'économie de mots et de violence, bien sûr.
21:48Moi, j'ai choisi une manière de faire, qui est peut-être une manière d'auteur de Polar,
21:53mais je me suis d'abord intéressé aux individualités plutôt qu'à la grande histoire.
21:58C'est parce qu'elle nous touche au cœur qu'on n'oublie jamais les individualités.
22:01Je sais que je pourrais vivre 5000 ans et je n'oublierai jamais Simo Aïha, le sniper de la guerre
22:06d'hiver.
22:07Parce que la guerre d'hiver, c'est quoi ?
22:09C'est des types aux prénoms imprononçables qui vont tirer sur des types aux prénoms imprononçables,
22:12le tout dans la neige et recommencer jour après jour.
22:16Chaque jour, la neige se tâche de tripes, de sang, de débris, d'explosions.
22:22Chaque nuit, la neige retombe, elle efface tout et au matin, c'est un nouveau chapitre.
22:26C'est une page blanche et c'est continu.
22:28Au bout de la page 20, je crois que j'aurais déjà tout raconté.
22:30Mais si on s'intéresse aux individualités, si on s'intéresse à leurs histoires,
22:33alors on peut en faire 400 pages, 10 tomes, une vie entière.
22:37Maintenant, musique.
22:53Alors est-ce que vous voyez la boîte qui se trouve sur la table à côté de vous, Edouard Philippe
22:58?
22:58Qu'est-ce qu'il faut que je fasse ?
22:59Eh bien, vous la prenez et vous la tendez à Olivier Norac qui va tirer un petit papier.
23:05C'est le contraire d'une élection.
23:06Ben oui.
23:07On enlève un papier dans l'urne.
23:10Mer ou rivière ?
23:12J'ai le mal de mer. De toute façon, je ne suis pas fait pour l'extérieur, visiblement.
23:14C'est vrai ?
23:15C'est pour ça que je vais toujours vers l'extérieur.
23:16Vous ne venez pas de tirer un bateau ?
23:18Non, c'est très difficile pour moi.
23:20Je suis malade en voiture, je suis malade en avion, je serais capable d'être malade en escalator.
23:24Aujourd'hui, je m'intéresserais plus à la rivière parce que je m'intéresserais plus à ce que contient mon
23:28pays et aux choses que je n'ai pas encore découvertes avant de rejouer les grands explorateurs.
23:32Et la rivière, c'est effectivement les veines du pays.
23:36Je partirais sur la rivière pour le côté recherche intérieure, plus que la mer.
23:41Edouard Philippe, à vous de tirer un petit papier.
23:50Requin ou crocodile ?
23:52Je vous dirais volontiers ni l'un ni l'autre.
23:54D'abord, moi, j'aurais dit mère sans hésiter, mais j'ai une peur enfantine et panique des requins.
24:01Parce qu'on vous a montré, comme moi, à 10 piges, les dents de la mer ou autre chose ?
24:03Même pas. Parce que je l'ai vu beaucoup plus tard.
24:05J'ai vu les dents de la mer, je pense que j'avais plus de 20 ans.
24:08Et depuis, si c'est à cause de ça ou si c'est en partie à cause de ça, j
24:12'ai vraiment une peur panique des requins.
24:14C'est comme ça, j'y peux rien, c'est ridicule, ça fait rigoler tous les gens qui...
24:17Beaucoup de requins au Havre ou on est comment ?
24:19Alors, en termes de présence effective des requins au Havre, la population est relativement limitée.
24:27Après, je fais de la politique, les requins, je vois bien.
24:29Mais les crocodiles aussi.
24:30Alors, je dirais crocodile plutôt que requin.
24:33J'ai peur des requins.
24:34Edouard Philippe, vous dites que vous aimez la mer, mais si je ne m'abuse, vous ne baignez jamais.
24:39Dans la mer ?
24:40Oui.
24:40Très peu.
24:40C'est ça, hein ?
24:41Oui, très peu.
24:42Un petit papier pour vous encore, Olivier Norek.
24:47Cigarette ou méditation ?
24:53Alors, méditation, je me suis toujours dit que si un jour j'avais la chance de voir le fameux génie
24:57qui me propose un vœu,
24:58je lui demanderais de la sérénité.
25:00C'est quelque chose que je n'ai jamais atteint.
25:03C'est vrai ?
25:03L'état de sérénité ?
25:05Jamais.
25:05Il y a toujours un orage constant.
25:07Vous n'avez pas des moments de sérénité ?
25:09Non.
25:10Quasiment jamais.
25:11Donc, ce sera malheureusement la cigarette.
25:14Edouard Philippe, dernier petit papier pour la route.
25:20Écoutez, après l'addiction à la cigarette, la question c'est mojito ou Corona ?
25:25Et la réponse est extrêmement facile.
25:27Corona ?
25:28Parce que je bois de la bière et je bois beaucoup de bière.
25:33Enfin, je bois beaucoup de bière.
25:35Oui, on s'entend évidemment.
25:37Mais j'aime bien la bière.
25:38Je fais partie des buveurs de bière revendiquées.
25:41La chose simple.
25:42Ça me va.
25:42On va finir sur ça.
25:43Buveur patenté.
25:45Eh bien, merci messieurs d'avoir...
25:47C'est tout ?
25:48Oui, vous en redemandez.
25:50C'est un peu court, jeune homme.
25:51C'est un peu court.
25:52C'est votre gourmandise, tous les deux.
25:54C'était un plaisir de vous voir jouer le jeu de ce dialogue au sommet.
26:01Et quant à nous, on se retrouve très vite pour un prochain numéro de notre conversation française.
26:07C'était un plaisir.
26:09Partagez.
26:10Bon, maintenant que c'est coupé, je ne veux pas vous enlever quelque chose de votre collection.
26:13Ah, pas du tout.
26:14C'est un vrai cadeau et je suis très heureux.
26:15Merci beaucoup.