00:00Bon bah, toujours pas une goutte de pluie à l'horizon en Bourgogne, cet été très chaud et très sec
00:05n'en finit pas
00:05alors que l'automne c'est mercredi sur le calendrier.
00:07On se demande quelles conséquences cela va avoir pour la faune et la biodiversité dans notre région.
00:13Est-ce qu'il va y avoir des dommages irréversibles ?
00:15Pour savoir, on pose la question à un spécialiste, Anne-Laure Labalède, votre invité et chef de service à l
00:20'OFB, l'Office français de la biodiversité.
00:22Bonjour Julien Bouchard.
00:23Bonjour.
00:23Alors vous, vous êtes chef du service connaissances à l'OFB, ça veut dire que votre domaine c'est pas
00:28les contrôles,
00:28ça veut dire que vous surveillez quelque chose, vous surveillez quoi ?
00:32Globalement, on pourrait dire que mon domaine c'est l'acquisition de données sur la biodiversité
00:37de façon à pouvoir apporter des informations, éclairer la décision et savoir exactement comment ça va.
00:43Et moi j'ai une spécialité qui est plutôt sur milieu aquatique et poisson.
00:47Ah bah justement, parlons-en des poissons dans notre région, la moitié de nos cours d'eau sont à sec,
00:52on en parle depuis cet été, les poissons y souffrent beaucoup.
00:55Est-ce qu'on sait si les conséquences sont durables ?
00:59Alors en effet, on a plus de la moitié des cours d'eau de la région, en fait,
01:03Bourgogne-Franche-Comté qui sont à sec, sur les 48 000 kilomètres de cours d'eau,
01:07on peut, on sait pas dire en fait exactement combien il y en a,
01:10mais c'est plusieurs milliers de kilomètres en fait qui ont séché,
01:12et l'impact sur les poissons c'est plusieurs tonnes en fait de poissons,
01:15ça se compte en milliers d'individus de poissons qui sont morts.
01:20Donc on a un impact direct sur ces populations.
01:23dans les rivières c'est pas que les poissons,
01:24parce que les poissons ils ont une capacité de déplacement,
01:27mais on a aussi des espèces comme les écrevisses ou la moule perlière d'eau douce par exemple.
01:31On a parlé sur ici Bourgogne cet été.
01:33Voilà, donc cette espèce qui a aucune capacité de déplacement,
01:37où cet été il a fallu aller les aider,
01:39aller déplacer ces individus pour pouvoir les sauver.
01:43Donc très clairement on peut dire qu'aujourd'hui,
01:45certaines espèces dans nos cours d'eau,
01:46ou même dans nos forêts, nos espaces naturels,
01:48sont menacées de disparition.
01:50Clairement, clairement, oui oui,
01:52sur ces espèces qui sont pas mobiles,
01:55ben voilà, c'est des populations qui sont isolées,
01:57et donc des cours d'eau en asec, ça peut être irréversible.
02:00Sur les poissons, dans l'avenir,
02:03les rivières elles sont capables de résilience,
02:05c'est-à-dire la résilience,
02:07elles sont capables d'encaisser le choc et de s'en remettre,
02:10mais par contre pour ça il y a des conditions.
02:12Les conditions, c'est bien sûr qu'on retrouve de l'eau,
02:14ça dépend de l'état de départ des populations.
02:17Est-ce qu'elles étaient déjà affaiblies ?
02:19Et si elles s'affaiblissent plus qu'elles ne l'étaient déjà,
02:22ou si elles étaient déjà en bonne santé,
02:23et qu'elles vont pouvoir s'en sortir et trouver d'autres solutions ?
02:25C'est ça, et ensuite il y a la notion de réservoir biologique,
02:27c'est-à-dire qu'on a besoin d'avoir des foyers de population
02:30qui restent en vie et qui vont pouvoir recoloniser.
02:34Et donc là c'est toute l'importance des continuités écologiques,
02:37et donc de la possibilité d'aller recoloniser.
02:40Alors évidemment, Julien Bouchard,
02:42autour de nous, et on l'observe tous,
02:43une chaîne naturelle très perturbée,
02:46des espaces très secs,
02:47même parfois on peut le dire carrément grillés,
02:50des insectes qui disparaissent,
02:52des animaux qui disparaissent,
02:53moins de nourriture pour les oiseaux aussi,
02:54c'est un petit peu le cercle vicieux si on peut dire ?
02:57C'est ça, tous les compartiments,
02:59vraiment toutes les espèces on va dire,
03:02ont été impactées avec cet été,
03:03et puis je devrais même parler au présent,
03:05elles sont impactées puisque l'événement est toujours en cours.
03:07Et ça court encore.
03:08On peut citer les oiseaux,
03:09les oiseaux, ceux qui nichent sur le bâti par exemple,
03:12tout le monde a vu des oisillons qui sont tombés des nids,
03:16les martinés, on en parlait pas mal cet été.
03:18Des nids qui se sont décrochés,
03:19et on a eu un afflux énorme dans les centres de soins.
03:23Dans la nature,
03:24les oiseaux aussi qui ont des nids sont très exposés,
03:27le balbuzard, la cigogne par exemple,
03:29où là il n'y a pas de possibilité pour les jeunes de s'abriter,
03:33en fait de pouvoir se cacher.
03:34Sur les insectes,
03:36j'ai un collègue entomo,
03:38un spécialiste des insectes,
03:39qui m'expliquait,
03:41entomologiste absolument,
03:42qui m'expliquait la semaine dernière
03:44que sur le groupe des orthoptères,
03:46donc c'est les grillons, sauterelles, criquets,
03:48en fait dans des champs
03:50où il observait des milliers,
03:51on parle de plusieurs milliers de criquets,
03:53cette année c'est seulement quelques dizaines.
03:55Et donc ça, ça veut dire
03:56qu'on va avoir un impact sur l'écosystème.
03:59C'est-à-dire qu'on a des chaînes alimentaires,
04:02ces criquets c'est une ressource alimentaire,
04:04ça va être mangé par des mentres religieuses,
04:06ça va être mangé par des oiseaux,
04:07et donc ça veut dire qu'on va pouvoir avoir des conséquences à long terme,
04:10et peut-être des choses qu'on ne mesure pas aujourd'hui,
04:13mais qu'on va mesurer peut-être l'année prochaine,
04:15et peut-être qu'on va avoir plusieurs années en fait.
04:17Et donc on a une importance de la fréquence des événements
04:21et de la récurrence.
04:22C'est-à-dire que si ça revient,
04:24ça reste d'être compliqué sur des populations
04:26de plus en plus affaiblies.
04:28Si on vous comprend bien,
04:30Julien Bouchard,
04:30aujourd'hui, très clairement,
04:31il n'y a aucune espèce de notre entourage,
04:35de nos espaces naturels,
04:36pour qui cette sécheresse fait du bien ?
04:38Alors, je ne le dirais pas comme ça,
04:40je dirais que, pour nous,
04:41tous les curseurs montrent que c'est compliqué.
04:45Les seules espèces qui vont tirer leur épingle du jeu,
04:50ce n'est pas une bonne nouvelle,
04:51ça va être soit des espèces exotiques envahissantes,
04:53soit les forestiers me parlaient du scolite typographe,
04:56par exemple, dans le Jura,
04:58qui était plutôt recrudescence et plutôt en expansion.
05:01Le scolite qui mange les sapins,
05:02et qui fait qu'on a l'impression qu'ils sont complètement drôlés.
05:05Et donc, on a des espèces pour lesquelles c'est positif,
05:11globalement, ça ne reste pas une bonne nouvelle.
05:13Bon, il faut rester quand même optimiste.
05:16Vous êtes là aussi, vous, les agents de l'OFB,
05:18pour surveiller tout ça,
05:19et justement, alerter aussi, on l'imagine,
05:20les pouvoirs publics aussi, en disant, attention.
05:22Exactement, donc oui, il faut rester,
05:24même si les nouvelles sont plutôt pessimistes,
05:26il faut rester optimiste,
05:28il faut préserver la biodiversité,
05:29protéger notre avenir,
05:30pour le coup, c'est notre raison d'être,
05:33ou une sorte de devise à l'OFB,
05:35et je pense que ce n'est pas seulement une devise
05:37qui s'applique aux agents de l'OFB et aux spécialistes,
05:41je pense que c'est le rôle de chacun, en fait.
05:43Ça s'applique à l'homme, de manière générale.
05:45Exactement, à tout le monde.
05:46Merci beaucoup, Julien Bouchoir, d'avoir été avec nous.
05:48On rappelle que vous êtes chef de service à l'OFB,
05:50l'Office français de la biodiversité.
05:51Belle journée à vous.
05:52Merci à vous.
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