00:00En 2012, je travaille dans un petit magasin d'électronique haut de gamme, dans un centre commercial assez chic.
00:04On était les seuls à vendre ce genre de produit dans un rayon d'environ 80 km, donc le magasin
00:10tournait très bien.
00:10L'équipe comptait une douzaine de personnes, et notre patron était vraiment très apprécié.
00:14Un samedi, le responsable sécurité incendie du centre arrive et demande à voir mon patron.
00:18Je l'accompagne à son bureau, le gars lui demande quand il veut faire venir le chef de chantier.
00:22Mon patron le regarde, un peu perdu. Quel chantier ?
00:24L'autre explique qu'un magasin de vêtements va être construit à notre emplacement.
00:27On se regarde, personne ne nous avait rien dit. Quelques jours plus tard, mon patron nous réunit.
00:31Une grosse enseigne voulait notre local depuis des années.
00:33Elle avait proposé plusieurs millions à la direction pour récupérer notre bail, et la direction avait accepté.
00:37Et le pire, ils comptaient tous nous laisser bosser normalement jusqu'à deux semaines avant la fermeture sans rien dire.
00:43Pas de primes, pas de lettres de recommandations, que dalle.
00:45Évidemment, on était furieux, alors on a fait le strict minimum.
00:47En une semaine, les ventes ont chuté de 70%, la direction a paniqué et a envoyé un type nous expliquer
00:53qu'on devait continuer à bosser à 110%.
00:55Il a aussi confirmé qu'on n'aurait aucune indemnité.
01:01Moi, on me dit, t'as pas d'indemnité ? Je travaille même plus. Même pas un peu.
01:05Même pas un peu.
01:06Mon patron lui a poliment demandé de partir.
01:08Puis il a cherché une solution.
01:09Et il a trouvé un détail intéressant dans le règlement interne.
01:12Le responsable du magasin pouvait appliquer jusqu'à 90% de réduction sur n'importe quel produit.
01:17La différence passait normalement dans les dépenses discrétionnaires de fin d'année.
01:21Sauf que notre magasin allait fermer avant la fin de l'année.
01:23Donc, il nous a réunis une dernière fois et deux jours avant la fermeture, il organiserait une vente privée pour
01:28les employés et leurs familles.
01:29Tout serait à moins 90%.
01:31Tout à moins 90% les gars.
01:33Je ne sais pas si vous vous rendez compte.
01:35Je lui ai demandé.
01:35Attends, vraiment tout ?
01:36Il a répondu.
01:37Absolument.
01:38Choisissez ce que vous voulez et je vous offre même les garanties premium.
01:41Je n'allais pas laisser passer ça.
01:42J'ai pris une télé, une caméra, des batteries, des cartes SD, un micro, un ordinateur portable, des disques durs,
01:48un trépied, une caméra d'action, un caisson étanche, un sac photo et pas mal d'accessoires.
01:52Le prix normal, ça aurait été environ 13 000 dollars.
01:55J'ai payé 1153 dollars et 69 cents, taxes comprises.
02:00Oh, ça se met trop bien.
02:01Ça se met trop bien.
02:02Sans le savoir, je venais presque d'acheter tout le matériel nécessaire pour lancer ma propre activité.
02:06Deux jours plus tard, le magasin fermait définitivement.
02:08Avant de partir, notre patron nous a aussi donné le contact d'une personne de l'agence pour l'emploi
02:12prête à nous aider.
02:13Quelques mois plus tard, je commençais à développer mon activité freelance en vidéo et photo.
02:17Puis un jour, je reçois un appel d'un cabinet d'avocat représentant mon ancienne entreprise.
02:20Il m'explique qu'environ 400 000 dollars de matériel avaient été vendus par erreur avec 90% de réduction
02:26et ils veulent savoir où trouver mon ancien patron.
02:29Moi, je leur demande.
02:30Pourquoi votre client a accepté plusieurs millions pour casser le bail de son propre magasin sans prévenir ses employés ?
02:35Silence.
02:36Puis l'avocat répond, désolé de vous avoir dérangé, monsieur.
02:38Et il raccroche.
02:39J'ai jamais vendu mon ancien patron.
02:41Il a toujours été réglo avec nous et quand la direction nous avait abandonné, il l'a toujours été.
02:45Aujourd'hui, je travaille toujours dans les médias.
02:47Montage, effets visuels, photos produits.
02:48Et tout ça a commencé dans une entreprise qui pensait pouvoir nous jeter dehors sans rien donner.
02:52Mon patron leur a simplement rappelé un détail.
02:54Quand tu baisses tes employés, sois pas surpris qu'ils arrêtent de travailler pour toi.
02:57Logique, logique.
02:58C'est légal de vendre à perte hors solde.
03:00Là, apparemment, c'était dans le règlement intérieur.
03:02Donc, je prends.
03:04Je pense que ça peut être compté comme liquidation totale avant fermeture.
03:06Ouais, je pense que ça devait être comme ça.
03:07Mais comment ils se sont mis trop bien ?
03:10Moi, j'aurais acheté tout le magasin.
03:11Je fais un crédit pour acheter tout le magasin.
03:13Même si tu fais achat-revente.
03:14Tu achètes, tu revends, t'es forcément gagnant.
03:17Tu te mets trop bien.
03:18Tartinade de gifle pour aller à la direction.
03:19Si tes patrons disent « on est une famille » ou « on la fuit ».
03:22Ouais, j'avoue, ça c'est un peu une phrase red flag.
03:24Les « on est une famille ».
03:25Après, il y a...
03:26Non, non, ouais, en général, c'est red flag.
03:28C'est en mode « oh, il faut que tu te sacrifies pour la famille ».
03:31On espère qu'ils n'ont jamais retrouvé le patron.
03:33Bah, dans un sens, il n'a rien fait d'illégal en soi.
03:36Si je t'appelle pendant tes congés, tu dois répondre « ouais, ouais, allez à d'autres ».
03:39Si je te demande de faire des hors-supes pendant que tu es en lune de miel,
03:43tu es obligé de venir « ouais, ouais, bah oui ».
03:44On est une famille, ça veut dire que tu vas même dîner au tafe, je te jure.