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  • il y a 2 heures
C'est l'un des chapitres les plus méconnus de l'après-guerre. Les savants d'Hitler ont été convoités par tous les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Comme les États-Unis, ou l'URSS, la France a elle aussi participé à ce pillage des ressources humaines et matérielles de l'Allemagne défaite. Son projet a été élaboré dès 1944, et approuvé secrètement par le Général de Gaulle en personne.
Tirées de l'oubli, les voix de trois acteurs majeurs de ce transfert de matière grise racontent comment toute cette opération s'est déroulée, pour le plus grand bénéfice de la France. L'apport de 4 à 5000 ingénieurs et de techniciens allemands a permis à la France de retrouver son rang de grande puissance mondiale beaucoup plus rapidement que prévu. Le passé nazi de certains d'entre eux n'a jamais été un obstacle à leur emploi dans des programmes civils et militaires, tout en les laissant dans l'ombre.
Ce documentaire revisite le récit du redressement « national » français tel qu'il a été conçu et diffusé depuis les années 1950. Pour la première fois, ce documentaire inédit donne à entendre le témoignage des protagonistes de cette page enfouie de notre passé.

Documentaire réalisé par : Bénédicte Delfaut / Année : 2023 / Durée : 60'
Coproduction : Babel Doc / Mischia Productions / LCP-Assemblée nationale / ECPAD

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Transcription
00:00...
00:11Vernon, Normandie.
00:14Sur cette photo d'école prise dans les années 50,
00:18une tenue dénote par rapport à celle des autres.
00:21Un petit garçon blond porte une culotte courte, en cuir,
00:25la tenue traditionnelle bavaroise.
00:28Une colonie allemande a vécu ici, au milieu des bois,
00:32juste après la Seconde Guerre mondiale.
00:34Que venait-il faire en France,
00:36alors que le pays se remet difficilement des 4 années d'occupation nazie ?
00:41Quel mystère entourait ces familles ?
00:44Elles ne sont pas les seules dans l'Hexagone.
00:47Dans le plus grand secret,
00:49des milliers d'Allemands ont été transférés sur le sol français.
00:53J'ai pensé que cette organisation de prendre les gens
00:59pour les déplacer dans un autre pays pour travailler,
01:03c'est en quelque sorte une prise de guerre.
01:05À Vaucresson, on a logé les scientifiques,
01:11les ingénieurs techniciens qui devaient être interrogés.
01:17Avant d'arriver en France,
01:19ces hommes ont fait l'objet d'une traque impitoyable.
01:23Leurs poursuivants sont des scientifiques versés dans l'armée.
01:27Parmi eux, Yves Rocard, un célèbre physicien français.
01:35Mon grand-père était un peu les derniers touche-à-tout de la physique.
01:39On ne pouvait pas le rouler dans la farine.
01:43L'Allemagne a été passée au peigne fin
01:45pour retrouver des scientifiques qui ont servi le 3e Reich.
01:49À quel degré ces brillants cerveaux étaient-ils impliqués dans le régime nazi ?
01:54Ils ont pris tout le monde, même ceux qui étaient dans un SS.
01:58C'est une ombre de l'histoire terrible.
02:00Je pense qu'il y a une responsabilité morale, c'est sûr.
02:04Ces scientifiques vont eux-mêmes retracer leur parcours.
02:08De l'Allemagne hitlérienne à la France de l'après-guerre.
02:12Leurs voix se mêlent à celles des scientifiques français
02:14qui les ont recherchés
02:16pour une plongée intimiste et inédite
02:19dans l'une des plus vastes opérations de pillage
02:21de la science nazie du 20e siècle.
02:43Plusieurs milliers de scientifiques allemands
02:45ont commencé leur carrière ici, à Pinnemunde,
02:49tout au nord de l'Allemagne.
02:50Dans un gigantesque centre de recherche
02:53qui ne figure sur aucune carte.
02:56Depuis 1942,
02:59l'Allemagne nazie conduit là son programme d'armes nouvelles.
03:02Personne ne connaissait,
03:05à part les militaires et les gens au pouvoir,
03:10autrement c'était archi-secret.
03:17Les parents d'Herbert Bull
03:19avaient été recrutés par l'armée allemande,
03:21comme des milliers d'autres ingénieurs.
03:31Ma mère était dessinatrice,
03:34très bonne dessinatrice.
03:36Mon père était ingénieur,
03:40spécialisé dans le guidage des fusées.
03:45Herbert Bull vit aujourd'hui en Allemagne.
03:48Il a grandi en France.
03:50C'est lui le petit garçon de la photo d'école
03:53prise en Normandie dans les années 50.
03:57Son histoire familiale se mêle avec celle des débuts
04:01de la recherche aérospatiale.
04:03Mon père et ma mère ont travaillé
04:05dans l'équipe de Von Braun.
04:07Donc il faut dire que c'était un grand centre de recherche
04:13dans le domaine de la fusée,
04:15des V1 et des V2.
04:19Werner Von Braun dirige une équipe de chercheurs
04:22qui espèrent être les premiers
04:24à réussir à envoyer un objet dans l'espace.
04:27Leurs travaux ont attiré l'attention
04:29des hauts gradés de la SS.
04:35Il y avait par exemple Himmler,
04:37un dirigeant au niveau militaire
04:40qui avait visité Pénémünde
04:42et qui avait vu l'intérêt des V1 et des V2,
04:47mais pour attaquer d'autres pays.
04:57Nous eûmes l'impression,
04:59en arrivant de nous trouver dans un monde peint par Jules Verne,
05:02l'ensemble était extrêmement impressionnant.
05:05La hauteur des fusées exigeant des ateliers de montage
05:08adaptés en conséquence.
05:11Pierre de Conde est un jeune employé français
05:14envoyé en Allemagne.
05:16Il appartient à un bataillon de travailleurs forcés.
05:20Nous apprîmes par nos camarades
05:22à quoi était destinée la production du Heimat Artillerie Park 22.
05:27Il s'agissait de mettre au point une fusée,
05:29la V2,
05:30qui, d'après les rumeurs qui circulaient,
05:32devait effectuer une destruction totale
05:34dans un rayon de 20 kilomètres
05:36lors de son impact.
05:45Il y a bien longtemps,
05:47ça fait 61 ans,
05:49que j'ai commencé l'histoire des fusées.
05:53En 41,
05:55il y avait un essai.
05:56Nous sommes allés
05:58à la plage
06:01pour voir de loin
06:04le départ de la fusée.
06:06C'était formidable.
06:07Elle montait.
06:11Et tout à coup,
06:12on a entendu un son.
06:15Là,
06:17la fusée est revenue
06:19et est tombée dans l'eau.
06:23Il y avait une série
06:24des essais
06:27qui ne marchaient pas.
06:38Et enfin,
06:40le 2 octobre 42,
06:43c'est la première fois
06:44qu'il y avait
06:45un essai
06:47qui était réussi.
06:50Après,
06:51il y avait un dîner
06:53au mes hôtels
06:54des officiers.
06:56Tout le monde était heureux.
06:59Les alliés
07:00apprennent l'existence
07:02de ces nouvelles menaces.
07:04On parle pour la V1
07:05de bombes robots.
07:07Ces armes meurtrières
07:08sont pointées sur Londres.
07:15Francis Rocard,
07:17astrophysicien,
07:18a conservé
07:19sur des bandes
07:19enregistrées
07:20les souvenirs
07:21de son grand-père,
07:22Yves Rocard.
07:23Il était le père
07:24de Michel Rocard,
07:25l'ancien premier ministre
07:27et surtout
07:28un grand physicien français.
07:29en juin 1944,
07:32il est conseiller
07:33scientifique
07:34du général de Gaulle
07:35qui l'a rejoint
07:36à Londres.
07:40À cette époque,
07:41j'avais la tête
07:42farcie
07:43des installations
07:44fort bizarres
07:45des Allemands
07:45sur les côtes
07:46de Normandie.
07:47La crainte diffuse
07:48d'une arme inconnue
07:49hantait nos esprits.
07:55En septembre 1944,
07:58les premières fusées
07:59V2
08:00s'abattent
08:01sur Londres.
08:13J'ouvre la porte
08:14du couloir,
08:15plus de couloir.
08:16Je m'approche
08:17d'une fenêtre
08:18sur la cour,
08:18plus de cour.
08:19Elle était remplie
08:20de décombres
08:21du toit.
08:22Le ciel nocturne
08:23hérissait
08:24de faisceaux
08:24de projecteurs
08:25rougeoyés
08:26avec des incendies
08:27de tous côtés.
08:27En franchissant
08:29la fenêtre
08:29pour descendre
08:30sur mon toit,
08:31j'ai eu
08:32pendant quelques instants
08:33la vision dantesque
08:34de Londres en flamme
08:35sous l'effet
08:36d'armes secrètes
08:37d'Hitler.
08:42Mon grand-père
08:43évidemment était
08:45au courant
08:45de l'existence
08:46des V1
08:47et des V2.
08:48Mon grand-père,
08:49par ses compétences
08:50techniques,
08:51a eu vent
08:52de plusieurs
08:53avancées technologiques
08:54allemandes.
08:58À Londres,
08:59on a besoin
09:00d'hommes
09:00capables
09:01de décrypter
09:02ces nouvelles armes.
09:04C'est la première fois
09:05qu'un engin volant
09:06explose
09:06à 300 km
09:08de son point
09:08de décollage.
09:14À Toulon,
09:15en France,
09:16vit l'un des derniers
09:17témoins
09:18de ses avancées
09:19spectaculaires.
09:21Ursula Mendel
09:22a 101 ans.
09:24Elle est née
09:25en Allemagne
09:25et son destin
09:27est étroitement
09:27lié au 3e Reich.
09:32Son père
09:33était l'un
09:34des généraux
09:34d'Hitler.
09:36Je voulais absolument
09:38travailler
09:38parce qu'on était
09:39déjà en guerre
09:40et je ne voulais
09:41pas faire
09:41un métier
09:44sans aider
09:46à notre victoire.
09:49Ursula
09:50est alors
09:50une toute jeune femme
09:51qui a fait partie
09:52des jeunesses
09:53hitlériennes.
09:55Elle a 20 ans
09:56quand la guerre
09:56éclate.
09:58Je me suis
09:59complètement
10:00fait prendre
10:01par cette
10:03éternelle réclame
10:04que tout le monde,
10:05les journaux
10:06et tout,
10:06ont fait autour
10:07d'Hitler.
10:08Hitler magnifique,
10:09il fait ceci,
10:10il fait cela.
10:11Oh, quel magnifique !
10:12moi, je l'ai cru.
10:14Moi, j'étais une fanatique
10:16pour Hitler.
10:18Si j'avais su
10:19tout ce qui se passait
10:21en notre nom
10:22et qu'il avait
10:24toutes ces atrocités
10:25autour de nous,
10:26j'aurais été probablement
10:28franchement contre.
10:30Mais en ne sachant
10:31rien de tout ça,
10:33c'est devenu une normalité.
10:39Les industries civiles
10:41sont converties
10:42pour fabriquer
10:42des armes.
10:44Toute la population
10:45allemande
10:45est réquisitionnée.
10:48Ursula
10:48passe la guerre
10:49à travailler
10:50dans les usines.
10:51Elle devient
10:52l'assistante
10:53d'un ingénieur
10:53en charge
10:54de la conception
10:55de l'aile
10:56d'une torpille
10:57larguée d'un avion.
11:00C'était une aile
11:01qu'on aurait pu mettre
11:03sur n'importe quoi,
11:04mais elle était
11:05prédestinée
11:06à être mis
11:07sur une torpille.
11:08A l'époque,
11:09ça n'existait pas.
11:10C'était probablement
11:11un dernier espoir
11:13de gagner
11:13cette guerre.
11:18C'était assez redoutable.
11:20Le principe,
11:21c'est que le pilote
11:22avait une bombe
11:22avec des ailes
11:23et la bombe est larguée
11:25et le pilote
11:26avait deux manches
11:26à balai.
11:27Il pilotait son avion
11:28et il pilotait la bombe.
11:29Et donc,
11:29il faisait en sorte
11:30que la bombe
11:31pointe vers le bateau
11:32et le bateau explosait.
11:35Les alliés demandent
11:36à Yves Rocard
11:37de trouver une parade.
11:41J'ai fait des petits brouilleurs
11:42que j'ai fait installer
11:43sur tous nos croiseurs.
11:46Un a servi
11:47au moment du débarquement
11:48dans le midi.
11:49Les bombes
11:50ont été s'écraser
11:51à 500 mètres derrière.
11:53Autrement dit,
11:53j'ai eu des petits succès
11:54techniques.
11:58Les armées de l'air
11:59anglaises et américaines
12:01reprennent peu à peu
12:02le contrôle
12:03de l'espace aérien.
12:15Nous sommes
12:15en front
12:17de l'air.
12:19Maintenant,
12:19la guerre se rapproche
12:21de plus en plus
12:21de notre sol bien-aimé.
12:23Donna Wieschingen
12:25a souffert
12:25de la première attaque aérienne.
12:27La rue,
12:28le long de l'abri-bar,
12:29avec les belles maisons
12:30à colombage,
12:31est détruite.
12:33Il y a beaucoup de morts.
12:35C'est horrible.
12:36Tous les villages
12:37entre Donna Wieschingen
12:38et le lac de Constance
12:39ont subi
12:40des raids aériens.
12:42Nous allons nous y habituer.
12:45Comme toutes les autres
12:46régions avant nous.
12:53Nous nous trouvons
12:54dans une situation
12:54très difficile.
12:56J'espère que nous pourrons
12:57nous en sortir
12:57une fois de plus.
12:59Jusqu'ici,
12:59nous réussissons
13:00au prix d'infini soucis
13:02et peu de sommeil.
13:05Je recevais quand même
13:07assez de lettres
13:07de sa part
13:08pour voir
13:09qu'il était
13:10très pessimiste.
13:13Mon père,
13:14il ne croyait plus du tout,
13:16mais il a fait
13:16son devoir
13:17de soldat
13:18jusqu'à la fin.
13:19Parce que c'était ça.
13:21Ce n'était pas
13:22parce qu'il était nazi,
13:23c'était parce
13:24qu'il était soldat.
13:26Les armes miracles
13:27n'ont pas permis
13:28de changer
13:28le cours de la guerre.
13:30Le territoire
13:31des vaincus
13:32est réduit
13:33à un champ
13:33de ruines.
13:34Mais pour les alliés,
13:36c'est aussi
13:36une mine d'or
13:37de technologies
13:37d'avant-garde
13:38qui suscite déjà
13:40la convoitise
13:40des vainqueurs.
13:57Par un beau matin
13:58de 1945,
13:59j'étais assis
14:00dans la cabine
14:01d'un camion
14:01de l'aviation américaine
14:02en train de rebondir
14:04sur les routes
14:04semées de trous de bombes
14:06dans le centre
14:06de l'Allemagne.
14:08J'étais en mission,
14:09mais c'était
14:10une curieuse mission.
14:11J'avais dans la poche
14:12des ordres secrets
14:13m'assignant
14:14à l'exécution
14:14du projet Lusty,
14:16une opération
14:17extra-rapide
14:18menée par l'aviation
14:18américaine
14:19pour débusquer
14:20et mettre la main
14:21sur tous les savants
14:22d'Asie d'Allemagne.
14:24L'opération Lusty
14:26n'était qu'une partie
14:27du plan général
14:28nommée
14:29opération Paperclip.
14:34Paperclip
14:35est le nom
14:35du plan secret américain.
14:37Les Anglais
14:38et les Soviétiques
14:39ont prévu
14:39d'en faire autant.
14:45Mais les savants
14:46d'Hitler
14:46ont reçu
14:47l'ordre
14:48de dissimuler
14:48leurs travaux.
14:50Les forêts,
14:52les tunnels,
14:53les grottes
14:54leur ont servi
14:55de cachette.
14:56Pour échapper
14:57aux alliés,
14:58des milliers
14:58d'entre eux
14:59se sont fondus
15:00dans le flot
15:00des réfugiés.
15:03Parmi eux,
15:04Werner von Braun,
15:05le concepteur
15:06des fusées nazis.
15:07il s'est volatilisé
15:09avec tous
15:09ses spécialistes.
15:11C'était la décision
15:19du service militaire
15:23à Berlin
15:25qu'il fallait
15:26évacuer
15:28pénémunde,
15:29aussi bien
15:29les scientifiques
15:30que tout le savoir,
15:32les papiers,
15:33les documents,
15:34et de se retirer
15:36dans la forteresse
15:37bavaroise.
15:38Parce que ça,
15:39c'était l'idée
15:39de Hitler
15:40qu'on allait
15:41retrouver
15:41un refuge
15:43dans les Alpes.
15:46C'était
15:46complètement idiot,
15:47mais c'était
15:48leur idée.
15:51Il n'y a plus
15:52de sanctuaire.
15:53Le réduit
15:54bavarois
15:54dont Hitler
15:55avait fait sa retraite
15:56tombe à son tour.
15:59En mai 1945,
16:01toute l'Allemagne,
16:03prise en tenaille
16:04entre les armées
16:05américaines,
16:05anglaises,
16:06françaises
16:07et soviétiques
16:08de l'autre,
16:09est occupée.
16:11Les concepteurs
16:13des fusées
16:13se rendent.
16:14Leur chef,
16:16Werner von Braun,
16:17est soulagé
16:18le jour
16:18de son arrestation.
16:20Il est sorti
16:21vivant du chaos.
16:29Mon père,
16:30d'abord,
16:31se trouvait
16:31en sécurité
16:32avec toute l'équipe,
16:34avec von Braun.
16:36Pour eux,
16:37c'était vraiment
16:37primordial
16:38et crucial
16:39de tomber
16:40sous la main
16:42des Américains.
16:43Parce que là,
16:44on était sûr
16:45qu'ils étaient bien
16:46traités
16:46et que,
16:48de toute façon,
16:49ils étaient reconnus
16:50pour leur science
16:51et pour leur savoir.
16:55Dans les capitales
16:57européennes,
16:58alors que les populations
16:59se réjouissent
17:00de la chute
17:00du Troisième Reich,
17:02l'inquiétude monte
17:03parmi leurs gouvernants.
17:05À Paris,
17:06le gouvernement
17:06provisoire
17:07a appris
17:08que les Américains
17:08avaient retrouvé
17:09les spécialistes
17:10des fusées.
17:11Le temps presse
17:12pour profiter
17:13de cette manne
17:13exceptionnelle.
17:14Il faut reconstruire
17:15le pays,
17:16ruiné par cinq
17:17années d'occupation.
17:19Moi-même,
17:21je revenais
17:21de la guerre.
17:22J'étais habillé
17:23en marin,
17:23ingénieur
17:24en chef
17:24de la marine.
17:25J'avais eu
17:26des négociations
17:27avec le chef
17:27du deuxième bureau
17:28de la marine.
17:29Il m'a appuyé
17:30sur l'idée
17:31qu'il fallait faire
17:31un effort considérable
17:33pour mettre la main
17:34sur les techniques
17:35allemandes,
17:36les techniciens
17:36allemands
17:37après la guerre.
17:38Parce qu'il y avait
17:39tellement de choses
17:40pour lesquelles
17:41nous recevions
17:41des coups
17:41sans comprendre.
17:43J'avais le sentiment
17:44que nous avions
17:44beaucoup à apprendre.
17:47Il y a un obstacle
17:48majeur.
17:49La France,
17:50à genoux
17:51après cinq années
17:52d'occupation,
17:53a collaboré
17:54avec l'ennemi.
17:55Elle est donc
17:56tenue à l'écart
17:56du butin
17:57des vainqueurs.
17:58Le général
17:59de Gaulle,
18:00qui dirige
18:00le gouvernement
18:01provisoire,
18:02va s'interposer
18:03au nom
18:04de l'intérêt
18:04supérieur
18:05de la France.
18:06De Gaulle pense
18:07que le pays
18:08ne peut pas
18:08se passer
18:09de la port allemand.
18:11Secrètement,
18:12il donne l'ordre
18:13à son armée
18:14de faire main basse
18:15sur les savants
18:16d'Hitler.
18:24Il y aura lieu
18:25de transférer
18:26en France
18:26les scientifiques
18:27ou techniciens allemands
18:28de grande valeur
18:30pour les faire interroger
18:31à loisir
18:31sur leurs travaux
18:32et éventuellement
18:33les engager
18:34à rester
18:34à notre disposition.
18:41Alors la marine
18:42a monté
18:42une petite section
18:43qui s'appelait
18:44la section T-Marine
18:45comportant peut-être
18:46une centaine d'hommes
18:47sous les ordres
18:48d'un lieutenant de vaisseau
18:50avec un armement léger
18:51pour accompagner
18:52les armées françaises
18:53au fur et à mesure
18:54qu'elles envahissaient
18:55l'Allemagne.
18:55Et c'était moi
18:57qui inspirait
18:58leur mission
18:58et leur travail.
19:00Il a été envoyé
19:01en Allemagne
19:03alors que la France
19:04n'y avait pas droit.
19:05c'était juste
19:05les gagnants
19:06c'est-à-dire
19:06les Américains
19:07et les Anglais
19:08mais discrètement
19:09les Français
19:10le faisaient également.
19:12Des unités
19:13de recherche
19:14vont donc se mêler
19:15aux troupes
19:15du général
19:16de l'âtre
19:16de Tassines.
19:18Terre,
19:19mer,
19:20air,
19:20chaque corps d'armée
19:21possède sa propre
19:22section scientifique.
19:24Par pragmatisme,
19:26le haut commandement
19:27français s'apprête
19:28à désobéir
19:29aux consignes
19:29des alliés
19:30et la chance
19:31va lui sourire.
19:41De nombreux laboratoires
19:43importants
19:44ont été évacués
19:44dans l'état
19:45du Württemberg.
19:47On attendait
19:48impatiemment
19:48que cette zone
19:49soit occupée
19:50quand de nouvelles
19:51complications
19:51ont surgi.
19:52Ce territoire
19:53scientifiquement désirable
19:55allait être pris
19:56par les troupes françaises.
19:59Le général de Gaulle
20:01a joué là encore
20:02un rôle déterminant.
20:04A force d'insister
20:05auprès de Winston Churchill,
20:07il arrache
20:08en juillet 1945
20:09la promesse
20:10que la France
20:11aura elle aussi
20:12le droit d'occuper
20:13une partie de l'Allemagne.
20:14Le pays a finalement
20:15été divisé
20:16en quatre zones,
20:17attribuées à chacune
20:18des armées
20:19qui l'ont envahi.
20:20Le petit territoire
20:21attribué à la France
20:22est prometteur.
20:24Il comprend
20:25le lac de Constance,
20:26au bord duquel
20:27des centaines
20:28d'ingénieurs allemands
20:29ont trouvé refuge.
20:33Tous ont poursuivi
20:35leur travail
20:35jusqu'au bout.
20:38Parmi eux,
20:39il y a Ursula Mendel,
20:41toujours occupée
20:42à des calculs
20:43pour améliorer
20:44l'aile de la torpille planante.
20:47C'était des officiers
20:49qui venaient
20:50en tant que force occupante.
20:52Ça ne nous gênait
20:53pas du tout.
20:55Ils étaient très corrects.
20:57Ils nous regardaient faire.
20:59Ils étaient très intéressés
21:00par notre aile.
21:03C'était un peu
21:04nos patrons,
21:05en quelque sorte.
21:09Ma position personnelle
21:11était de parler
21:12très poliment
21:13aux Allemands
21:13que je voyais là
21:14et de dire
21:15ce que vous avez fait
21:16est très intéressant.
21:17Continuez,
21:17s'il vous plaît.
21:18On vous met simplement
21:19en demarrant en faction
21:20devant la porte
21:21pour que vous puissiez
21:22continuer de travailler
21:22tranquille.
21:27Yves Rocard
21:29note toutes ses recherches
21:31dans des carnets.
21:32À de nombreuses reprises,
21:34il se déplace en Allemagne
21:35pour interroger
21:36les scientifiques.
21:38Leurs noms,
21:39leurs fonctions,
21:40leurs travaux,
21:41tout est recensé ici
21:42de manière méticuleuse.
21:44Yves Rocard
21:45reconstitue intégralement
21:47les organismes
21:48des instituts
21:48technologiques allemands.
21:51Le spectre est assez large.
21:54On peut citer
21:56ces affaires
21:57de torpilles électromagnétiques
21:58sur lesquelles
21:59il s'est intéressé.
22:00On peut citer
22:01les bombes volantes,
22:02mais aussi
22:03tout ce qui était
22:05cellules au sulfure de plomb,
22:07cellules infrarouges.
22:09Il y avait une avancée
22:10dans ce domaine
22:11en Allemagne
22:11et ça a été récupéré
22:12à ce moment-là.
22:18L'Allemagne
22:19se révèle être
22:20un Eldorado
22:21pour tous les scientifiques
22:22dépêchés sur place.
22:25On découvre ici
22:26le nouveau carburant
22:27à propergol liquide
22:29des fusées nazis.
22:33Là,
22:34ce sont les éléments
22:35d'une installation révolutionnaire
22:37pour l'époque
22:38qu'on achemine en France.
22:44C'est une soufflerie,
22:45un équipement
22:46destiné à tester
22:47l'aérodynamie
22:48des avions
22:49et des fusées.
22:51Elle est remontée
22:52pièce par pièce
22:53à Modane,
22:54en Savoie.
22:59Le site est toujours utilisé.
23:02C'est encore
23:03la plus grande soufflerie
23:04du monde.
23:08Pour exploiter
23:09ces avancées technologiques,
23:11il faut pouvoir mettre
23:12la main
23:12sur leurs brillants inventeurs.
23:18Parmi les hommes
23:19les plus convoités,
23:20il y a les patrons
23:21du complexe
23:22militaro-industriel.
23:26Ferdinand Porsche
23:27est activement recherché.
23:30Chef de l'entreprise
23:31de moteurs Porsche,
23:32il a mis son empire
23:33au service d'Hitler.
23:36il a fabriqué
23:38ses avions,
23:39ses chars
23:39et du matériel de guerre
23:41en quantité industrielle.
23:46Mais il demeure
23:47introuvable,
23:48comme Willy Messerschmitt,
23:50le grand fournisseur
23:51d'avions
23:52de la Luftwaffe,
23:53armée de l'air allemande,
23:54est l'inventeur
23:55du premier avion
23:56à réaction du monde.
24:08J'ai monté
24:09une sorte de commando.
24:12J'ai capturé
24:13Messerschmitt
24:14qui était sur le point
24:16d'être évacué
24:18par une unité SS
24:19vers la Suisse.
24:21Et j'ai pu
24:22le ramener
24:24vers les lignes alliées.
24:27J'avais déjà récupéré
24:30toutes les archives
24:31de Messerschmitt
24:31au fond d'un lac
24:33où ils avaient été
24:34immergés
24:35dans le Tyrol.
24:36Et le dernier
24:38camion français
24:39partait
24:40lorsqu'est arrivé
24:41tout un bataillon
24:42américain
24:43avec des forces
24:45puissantes
24:46qui sont arrivées
24:47un peu après
24:47la bataille.
24:48D'ailleurs,
24:48ils m'en ont voulu.
24:54Les Américains
24:55ont repris
24:56Messerschmitt
24:56mais les Français
24:58ont eu le temps
24:58de l'interroger
24:59et de copier
25:00ses travaux.
25:02Les Alliés
25:02se livrent
25:03une concurrence
25:04féroce.
25:06Des scientifiques
25:07disparaissent
25:07mystérieusement.
25:15J'avais mis la main
25:16sur d'excellents ingénieurs
25:18et agents techniques
25:18d'un laboratoire
25:19de torpilles.
25:21Ces Allemands
25:22ont fait regrouper
25:22dans une grosse ferme
25:24des environs
25:24de Cresborn.
25:26Nos premiers ennuis
25:27vinrent de nos concurrents
25:28américains
25:29qui avaient mis le cap
25:30sur le même groupe
25:30que nous.
25:31Le conseiller
25:32de l'armée américaine,
25:33le célèbre
25:34von Carmon
25:36me dit
25:36« Vous, les Français,
25:38vous êtes bien naïfs
25:38de croire
25:39que ces Allemands
25:39sont tous des génies. »
25:41Il ne m'encourageait pas
25:42du tout
25:42à traiter
25:43avec les techniciens
25:44allemands.
25:45Mais il déclencha
25:46l'action
25:46des services secrets
25:47américains
25:48dans le but
25:48de faire évader
25:49des Allemands.
25:50Ceux-ci quittaient
25:51la zone française,
25:52enlevaient un autre barbe
25:54dans une voiture
25:54américaine.
26:04Il y a eu
26:05de nombreuses équipes
26:06qui ont fait ça.
26:07Les Américains
26:08l'ont fait énormément.
26:09Les Anglais aussi.
26:11C'était un peu
26:11chacun,
26:12c'était un peu
26:13des pots de banane
26:14et compagnie.
26:15On ne se faisait pas
26:15de cadeaux.
26:16Voilà.
26:18Pour les convaincre
26:19de rester au service
26:20de la France,
26:21les scientifiques allemands
26:23sont choyés.
26:24Un petit groupe
26:25de spécialistes
26:26de fusées
26:27est installé
26:28dans cette auberge
26:28à Emendingen.
26:30Pendant qu'ils dessinent
26:31les plans des V2,
26:33les autorités françaises
26:34prennent en charge
26:35tous les aspects matériels.
26:47Nous étions
26:48une trentaine
26:49d'ingénieurs.
26:56Nous avons négocié
26:58avec le ministère
26:58des Armées.
27:03L'affaire a bien évolué.
27:09Nous avons obtenu
27:10des documents français
27:12qui protégeaient
27:13nos familles.
27:15Nous avions
27:16un supplément
27:16de nourriture,
27:18ce qui,
27:18à l'époque,
27:19est important
27:21vu la misère
27:22qui régnait
27:23en Allemagne.
27:29Wilhelm Dolopf
27:30vérifiait
27:31les calculs
27:32des moteurs
27:32de fusées V2.
27:34Il était soulagé
27:35d'avoir retrouvé
27:35du travail.
27:38Ce qu'on sait
27:39très rarement,
27:41c'est qu'en Allemagne,
27:43les restrictions
27:44ont commencé
27:45le premier jour
27:46de la guerre
27:47en 1939.
27:48Si bien
27:49qu'à la fin
27:49de la guerre,
27:50nous avions
27:50vraiment faim.
27:52On était
27:52vraiment
27:53sous-alimentés.
27:58Des dizaines
27:59de laboratoires
28:00allemands
28:00travaillent ainsi
28:01pendant plus d'un an
28:02pour le compte
28:03de l'armée
28:04et de la recherche
28:05française.
28:13Nous sommes
28:14en mars 46,
28:16en plein travail
28:16sur notre empennage
28:17pour torpilles
28:18planantes,
28:19quand surgit
28:20l'ingénieur
28:20du génie maritime.
28:22Il déclare
28:23que notre travail
28:23doit cesser
28:24en Allemagne.
28:25La consternation
28:26est grande.
28:31Les recherches
28:33à but militaire
28:34sont interdites
28:35sur le sol allemand
28:36pour éviter
28:37que l'Allemagne
28:37ne se réarme
28:38et ne redevienne
28:39une puissance hostile.
28:52au bout de quelques mois,
28:53il y eut les instructions
28:54de déménager en France
28:56les institutions
28:56que nous avions fondées.
29:00si on veut continuer
29:01à exploiter
29:02ce potentiel,
29:03ces ingénieurs,
29:04ces gens
29:04qui connaissent,
29:05il faut les faire
29:06revenir en France.
29:07Donc,
29:07il n'y a pas trop
29:08d'alternatives.
29:11Et évidemment,
29:13pour nous,
29:14c'était très étonnant
29:15parce qu'on pensait
29:17qu'après la guerre,
29:21des placements forcés
29:22comme ça,
29:22ce n'était plus possible.
29:25Et c'est là
29:25où on fait
29:25des propositions
29:26alléchantes,
29:28un peu carotté le bâton.
29:30Je me souviens
29:30que mon grand-père
29:30me disait
29:31qu'il arrivait
29:33avec des propositions
29:33de faire venir
29:34la famille,
29:35de salaire,
29:36etc.
29:37Mais aussi,
29:39s'ils refusaient,
29:39en gros,
29:40ils les emmenaient
29:41de force.
29:46Pour les savants
29:47d'Hitler,
29:47c'est l'exode.
29:50Les Etats-Unis
29:51ont déjà transféré
29:52sur leur territoire
29:53118 spécialistes
29:55des fusées
29:56avec leur ingénieur
29:57en chef,
29:58Werner von Braun,
29:59qui deviendra
30:00l'architecte
30:01du programme
30:01spatial américain.
30:05Les soviétiques,
30:06vont organiser
30:07le déménagement forcé
30:08de milliers
30:08de chercheurs
30:09en URSS.
30:12Des voix s'élèvent
30:14pour protester
30:15contre l'arrivée
30:16d'anciens nazis.
30:18Mais qui étaient-ils
30:20vraiment,
30:21ces collaborateurs
30:22aînés du Troisième Reich ?
30:40J'ai encore
30:41les laissé-passer
30:42pour entrer en France
30:44pour aller à Paris.
30:46et à Paris,
30:47on a été reçus
30:48à la gare de l'Est
30:49du deuxième bureau.
30:51Ils étaient là
30:52avec deux voitures,
30:54je crois,
30:55et on nous a amenés
30:57à Vaucresson,
30:58dans le château
30:59de Vaucresson.
31:13C'est là qu'un,
31:15je crois,
31:16M. Lévy,
31:20dont je n'ai plus jamais
31:22entendu parler par la suite,
31:24nous a interrogés.
31:27qui nous a posé
31:28des questions
31:28sur nos activités
31:29pendant la guerre,
31:31sur ce que nous savions.
31:36Mon père a été questionné.
31:39On lui a remis
31:40un questionnaire
31:42à remplir.
31:43Et là,
31:44il a écrit dedans
31:45qu'il avait été
31:46SA.
31:49Donc,
31:50la France
31:52et aussi les Américains,
31:53ils savaient
31:54qu'il était SA.
31:56ils sont quand même
31:56intéressés.
32:01La SA
32:02est la première
32:03milice privée
32:04qui,
32:05dans les années 30,
32:06a œuvré
32:06pour ouvrir
32:06la voie du pouvoir
32:07aux fascistes
32:08en Allemagne.
32:12Si on voulait
32:14faire quelque chose,
32:16il fallait être
32:17dans la SA.
32:18Ça prouvait
32:19qu'on était engagés
32:21pour le régime.
32:27À mon avis,
32:28il faut différencier
32:29entre un engagement
32:30fort
32:31et un engagement
32:32un peu banal.
32:37Il est rentré
32:38dans la SA,
32:39pas la SS,
32:41la SA,
32:43et il en est ressorti
32:45quelques années plus tard.
32:48Pour moi,
32:51je pense que mon père
32:52n'était pas tellement
32:55engagé là-dedans.
32:56« On devait
33:03sur Hitler
33:05jurer
33:06fidélité
33:08et tout ça
33:09au fur et
33:10après,
33:11c'était
33:11pratiquement
33:12pas possible
33:13de s'en aller
33:14sans difficulté.
33:26»
33:27Karl Benke
33:27travaillait lui aussi
33:28sur les V2.
33:29Il a subi
33:31le même interrogatoire
33:32de la part
33:32des services secrets
33:33français.
33:34« Mon père
33:38à Penemund,
33:38il était scientifique,
33:40mais je ne pense pas
33:41qu'il ait vraiment
33:43adhéré
33:43aux idées
33:45d'Hitler.
33:47On ne peut pas dire
33:48qu'on en ait discuté
33:50vraiment ensemble,
33:51mais c'est le sentiment
33:52que j'ai.
33:53Et c'était
33:54quelqu'un de bon,
33:55je pense,
33:55qui faisait son travail.
33:58Voilà.
34:04Karl Benke
34:05a adhéré
34:06à la SA
34:07à partir de 1934
34:09et plus tard
34:10au parti nazi.
34:12Christelle,
34:12sa fille,
34:13n'était pas au courant.
34:17la tentation
34:18de tirer
34:19un trait
34:19sur la guerre,
34:20de cacher
34:21son engagement
34:21politique
34:22a été très répandue
34:24dans l'Allemagne
34:24de l'après-guerre.
34:26C'est ce que découvre
34:27Ursula Mendel
34:27le jour où,
34:29à son tour,
34:30on vient l'interroger.
34:31la sécurité navale
34:33est venue chez moi
34:34juste avant mon départ.
34:36C'était un officier
34:38de la sécurité
34:39qui était comme tâche
34:41de voir
34:42les Allemands
34:43dangereux ou pas,
34:44etc.
34:47Alors,
34:48il m'a demandé
34:48« Vous n'étiez pas nazi ? »
34:51J'ai dit « Monsieur,
34:53c'est assez difficile
34:55quelqu'un de trouver
34:56en Allemagne
34:56et qui n'était pas nazi. »
34:58En quelque sorte,
34:59oui,
34:59j'étais nazi.
35:00Et puis,
35:01alors finalement,
35:02il était un peu
35:03pris à court,
35:05il s'est levé,
35:06il s'est un peu
35:07incliné devant moi
35:08et il m'a dit
35:09« Mademoiselle,
35:10vous êtes le premier nazi
35:12que je rencontre
35:13en Allemagne.
35:14De mon côté,
35:15vous n'avez rien à craindre. »
35:18Et ça,
35:19ça m'a mise
35:21en une couleur noire
35:23contre les Allemands.
35:24Mais je dis
35:25« Mais comment
35:26ils se comportent ? »
35:28Qu'un officier
35:29me dise ça,
35:30qu'il me dise
35:31« Mademoiselle,
35:32vous êtes le premier nazi
35:33que je rencontre
35:34en Allemagne. »
35:34Mais ça,
35:35c'est inadmissible
35:37pour moi
35:38parce que ça
35:39vous montrait
35:40qu'on s'est mis
35:41derrière un parabouille
35:42ou on n'était
35:44pour rien
35:45alors qu'on était
35:47ce qu'on était
35:47on ne pouvait
35:48très bien
35:49avouer
35:50ce qu'on était.
35:54Aucun profil
35:55n'arrête
35:56les recruteurs,
35:57même les plus compromis.
36:00Otto Ambrose,
36:01chimiste,
36:02ami personnel
36:03d'Himmler,
36:04a donné son feu vert
36:05à l'usage
36:05du Zyklon B
36:06à Auschwitz.
36:09C'est le gaz
36:10utilisé
36:11pour l'extermination
36:12des Juifs
36:12d'Europe.
36:14Otto Ambrose
36:15est sur la liste
36:17des criminels
36:17de guerre.
36:19Pourtant,
36:20à la libération,
36:22il est embauché
36:22par une entreprise
36:23française
36:24de colorant chimique.
36:27La France
36:27finit par le livrer
36:28aux Américains.
36:30Ce tribunal
36:31dressé pour juger
36:32les crimes commis
36:33à Auschwitz
36:34le condamne
36:35à 8 ans
36:36de prison
36:36en 1947.
36:40Combien d'autres
36:41ont échappé
36:42à tout jugement ?
36:53Pendant la Seconde Guerre mondiale,
36:55au centre de l'Allemagne,
36:57près de Nordhausen,
36:58une gigantesque usine
36:59souterraine
37:00a été creusée
37:01sur ordre des nazis
37:02en 1943.
37:04Il fallait poursuivre
37:05la fabrication des V2
37:07dans un lieu sûr,
37:08à l'abri
37:09des bombardements alliés.
37:11Quand les troupes américaines
37:13découvrent le site,
37:14en avril 1945,
37:17elles découvrent l'enfer.
37:19La construction
37:19du camp de Dora
37:20a été une hécatombe.
37:23Les soldats américains
37:24évacuent
37:25les corps suppliciés
37:26des déportés
37:27forcés à travailler
37:28jusqu'au dernier jour
37:29dans les entrailles
37:30militaires du régime.
37:44Nous sommes restés
37:4572 heures debout,
37:47sans nourriture
37:48et sans sommeil.
37:49Des grappes humaines
37:50de corps nus
37:51s'agglutinaient
37:51les unes aux autres
37:52afin de rechercher
37:53un semblant de chaleur.
37:57Comment résister
37:58à une température
37:59de moins 25 degrés ?
38:00Vision dantesque,
38:02ahurissante.
38:03Il mourait bien
38:04davantage d'hommes
38:05qu'il ne sortait de fusée.
38:11Ces dessins ont été réalisés
38:13sur place
38:14par un prisonnier français.
38:16Ils témoignent
38:17de la brutalité des capots.
38:23Les ingénieurs étaient présents,
38:26comme le prouvent
38:27ces clichés pris
38:27par un photographe
38:28officiel du régime.
38:31comment se sont-ils comportés
38:32envers cette main-d'œuvre
38:33réduite en esclavage.
38:43Au début du mois de mars
38:441944,
38:45on nous a annoncé
38:46la visite
38:47d'un groupe d'ingénieurs.
38:49L'un d'eux m'a aperçu
38:50et a foncé vers moi,
38:52m'a giflé,
38:53invectivé,
38:53m'a accusé de sabotage
38:55parce que j'avais posé le pied
38:56sur un petit moteur
38:57de guidage de l'aileron
38:58de la fusée.
39:00Après son départ,
39:02mon chef d'équipe
39:03m'a dit qu'il s'agissait
39:03de Werner von Braun.
39:06Il paraît qu'il y avait
39:07du sabotage aussi
39:08dans ces galeries souterraines
39:09que les Allemands,
39:10bien sûr,
39:11essayaient de détecter
39:12à temps,
39:14mais certainement
39:15que ça eut lieu.
39:16Et celui qui était pris,
39:18évidemment,
39:19c'est très très malheureux,
39:20c'était la peine de mort.
39:22Tout ça,
39:23c'est sûr
39:24que c'est une ombre
39:25de l'histoire terrible.
39:28Des dizaines
39:29d'autres sites souterrains
39:30ont été construits
39:31pour la fabrication
39:32des armes du régime nazi,
39:34laissant dans leur sillage
39:35des milliers de morts.
39:39Oh là là,
39:41il est fragile.
39:49Contrat de prestation
39:51de service
39:52entre le ministère
39:53de l'armement
39:54et mademoiselle
39:55Menchel-Ursula.
39:58Ursula Mendel
39:59décroche à son tour
40:00en 1947
40:01un contrat
40:02d'assistante technique
40:03dans un laboratoire
40:05de la marine française.
40:07C'était tellement incroyable
40:09que ça s'est passé
40:11comme ça.
40:13que personne
40:14a vu ce filtre
40:16qu'ils auraient pu mettre
40:17en dire
40:19la fille de la générale
40:21qui s'est patée
40:21en Normandie
40:22contre nous,
40:23qu'est-ce qu'ils voulaient
40:24qu'on en fasse ?
40:25Non, non, non,
40:26ça s'est passé.
40:28Leur degré d'adhésion
40:30au régime nazi
40:31a été très variable.
40:33Seule certitude,
40:35la France a accueilli
40:36plusieurs milliers
40:37d'anciens collaborateurs
40:38du Troisième Reich.
40:39On estime leur nombre
40:41à 5 000 environ.
40:55Vernon s'offre
40:56à la flânerie.
40:57Des roches,
40:58quelques grottes ?
41:00Allons voir.
41:01Un carrefour,
41:03une plaque,
41:04LRBA.
41:05Il faut montrer
41:06pas de blanche
41:07pour entrer au laboratoire
41:08de recherche balistique
41:09et aérodynamique
41:10de Vernon.
41:14C'était caché sur le plateau
41:16complètement à l'extérieur
41:18de Vernon
41:19et pratiquement
41:20les autres Français
41:21de Vernon
41:22n'avaient ni accès
41:23ni grosse connaissance
41:25de ces lieux.
41:29En mai 1946,
41:31un premier groupe
41:32s'installe.
41:3470 ingénieurs
41:35qui ont mis au point
41:36les V2
41:36sont chargés
41:37de doter la France
41:38d'une fusée.
41:42Peu à peu,
41:43on construit pour eux
41:45une soufflerie,
41:46des stands d'essai
41:47pour les moteurs.
41:49Une cité de l'espace
41:50voit le jour.
41:58Au mois de septembre 1947,
42:01je suis arrivé
42:02à Vernon.
42:03Moi, j'étais
42:05dans la section
42:06vanne,
42:07soupape.
42:10J'avais une chambre
42:12au baraquement E
42:13à l'entrée
42:14qui sont détruits
42:15maintenant.
42:16On était bien traités,
42:18on était content
42:19de travailler
42:19en France.
42:25sur ces images rares
42:27tournées par l'un
42:28de ces scientifiques,
42:29on aperçoit
42:30les maisons
42:31mises à leur disposition.
42:34Les femmes
42:34et les enfants
42:35rejoignent les pères
42:36de famille
42:36dans les mois
42:37qui suivent.
42:38Le déménagement
42:40est pris en charge,
42:41les salaires sont bons.
42:43La France
42:43leur a déroulé
42:44le tapis rouge.
42:53pour vivre,
42:54pour jouer,
42:55tout ça,
42:56on était très bien
42:57au l'herbea.
42:59D'ailleurs,
42:59on disait toujours
43:00lieu de repos
43:01bien aménagé.
43:03C'est vrai
43:04que pour les enfants,
43:05c'était le paradis
43:07de jouer.
43:08Moi,
43:09je faisais des gros
43:09bouquils de muguets,
43:11je cherchais des murs
43:12avec ma mère,
43:14des fraises des bois,
43:15parce qu'ils mettaient ça
43:16dans du vin blanc
43:17et c'était de la boule,
43:19c'était une boisson
43:21qu'on buvait en Allemagne,
43:22c'est un genre de sangria.
43:25Les premières années,
43:27la colonie allemande
43:28reproduit son mode de vie
43:29à l'identique.
43:31Les fêtes traditionnelles
43:32comme le carnaval
43:33des enfants
43:33ponctuent l'année.
43:35A première vue,
43:37l'arrivée des spécialistes
43:38en Normandie
43:39ne pose aucune difficulté.
43:45Je crois que la peur
43:48d'aller à l'étranger
43:50a été tout de suite
43:51oubliée,
43:52voyant,
43:53comment on les traitait
43:55en France.
43:57Ils étaient traités
43:58aussi bien
43:59au point du
44:02paiement
44:04comme un français.
44:06Ils étaient très bien payés.
44:11Un second groupe
44:12rejoint le premier
44:13pour construire
44:14des moteurs de chars.
44:15La colonie allemande
44:17compte désormais
44:18130 scientifiques.
44:19De nouvelles maisons
44:20sont mises en chantier.
44:22alors que la ville
44:23de Vernon,
44:24bombardée par l'aviation
44:25allemande en 1940,
44:27n'est toujours pas
44:28reconstruite.
44:30La ville,
44:31elle a été quand même
44:32beaucoup détruite,
44:33dévastée.
44:34Et les Vernonnais,
44:35de voir ces camions
44:36qui montaient
44:37avec des agglos,
44:39du ciment,
44:40du sable,
44:41tout ce qu'il fallait
44:41pour construire,
44:43ils ne le prenaient pas
44:44très bien,
44:45ce qui est tout à fait logique.
44:47Et franchement,
44:48après toute cette violence
44:49qui a été connue
44:52de par la faute
44:53des Allemands,
44:53moi je comprends.
44:59Cette installation
45:01aux portes
45:01d'une cité meurtrie
45:02déclenche l'hostilité
45:03des habitants.
45:10Les enfants allemands
45:11scolarisés
45:12avec les Français
45:13le ressentent.
45:15On était reconnus
45:17de loin
45:17avec cette culotte
45:18en cuir.
45:20Il y avait
45:21une haine.
45:23Les Français
45:24traitaient
45:24les Allemands
45:25de boche.
45:27Les écoliers,
45:28les camarades scolaires
45:30reprenaient ça.
45:31On s'est quand même
45:32interrogés
45:33sur toute l'histoire
45:36finalement
45:37des Allemands
45:37à Vernon.
45:39De toute façon,
45:40on était très jeunes,
45:41mais on se disait
45:42pourquoi on est mal vus,
45:43pourquoi on a
45:44des problèmes,
45:45pourquoi il y a
45:45des tensions.
45:46Notre frère aîné,
45:47lui,
45:49il avait,
45:50je dirais,
45:50à peu près
45:5118 ans.
45:52Et lui,
45:53il est allé
45:54travailler
45:54comme apprenti
45:55chez un électricien
45:58en ville.
45:59Et donc,
46:00il allait faire
46:01des installations
46:02chez des particuliers.
46:06Karl Benke
46:07a placé son fils
46:08en apprentissage
46:09chez un électricien français.
46:13Et là,
46:14lui,
46:14il a subi
46:15quelques agressions.
46:17C'était plus difficile.
46:19Battu sauvagement,
46:20le jeune homme
46:20en gardera des séquelles.
46:22Sa famille
46:23n'a jamais porté plainte.
46:26Ça a été assumé.
46:28Ça a fait du mieux
46:29qu'on a pu,
46:30mais voilà.
46:34Ouais, ouais.
46:36Mais il faut avouer
46:37que c'est une période
46:38qui n'était pas facile.
46:46L'arrivée des Allemands
46:47suscite partout
46:48la peur
46:49et l'incompréhension.
46:51À Dezis,
46:52dans la Nièvre,
46:53170 ingénieurs
46:54débarquent
46:55en juillet 1946.
46:59Avec leurs 272 wagons
47:01remplis d'outillages,
47:02ils ne pouvaient pas
47:03passer inaperçus.
47:11Aujourd'hui,
47:12nos rues sont à nouveau
47:13pleines de silhouettes
47:14que nous reconnaissons
47:15pour les avoir trop connues.
47:18L'uniforme n'y est plus,
47:20mais nous reconnaissons
47:22l'allure
47:22et le regard.
47:25Les habitants
47:26de Dezis
47:26se rappellent surtout
47:28les derniers teutons,
47:29ivres de fureur
47:30et armés
47:31jusqu'aux dents,
47:32partir en expédition
47:33contre les maïs.
47:34Et qui du Morvan ?
47:36Personne n'oublie.
47:41Les craintes
47:42de la population
47:43n'ont pas pesé lourd
47:44face à la raison d'État.
47:46L'ingénieur en chef
47:47du groupe,
47:48Hermann Eustrich,
47:49a mis au point
47:50l'un des tout premiers
47:51moteurs à réaction.
47:52Ses bombardiers
47:53ME-262
47:55représentaient
47:55une avancée
47:56technologique majeure.
47:58Pour venir travailler
47:59en France,
48:00le ministère de l'Armement
48:01lui a fait un pont d'or.
48:03Eustrich a dicté
48:04ses conditions
48:04pour mettre au point
48:05le premier moteur
48:06à réaction français.
48:085% du prix
48:09lui revient
48:10sur chaque exemplaire
48:11fabriqué.
48:15Le gouvernement français
48:16a entouré
48:17d'une discrétion maximale
48:18l'installation
48:19de dizaines
48:20de laboratoires
48:20civils et militaires.
48:22les moteurs
48:23à réaction
48:23à Decize,
48:24les sous-marins
48:25à Cherbourg,
48:26les avions de chasse
48:27à Melun.
48:28Dans tous ces centres,
48:30des Allemands
48:30travaillent pour la France
48:31car la priorité
48:33est donnée
48:33au retour du pays
48:34parmi les puissances mondiales.
48:52à mon arrivée ici
48:53en février,
48:54les arbres
48:55et les buissons
48:55de Mimosa
48:56ployaient
48:56sous leur charge luxuriante.
48:58À Fréjus,
48:59je fais la connaissance
49:00de mes nouveaux camarades.
49:02Ce sont des ingénieurs,
49:03amenés ici d'office,
49:05mais ils disent
49:05qu'ils s'y plaisent bien.
49:06Le personnel allemand
49:08se compose
49:08d'une trentaine d'ingénieurs
49:09et d'une dizaine
49:11de techniciens.
49:12Je suis appelée
49:13chez le professeur
49:13Bittel,
49:14physicien.
49:15Il m'apprendra
49:16en acoustique sous-marine
49:17tout ce qui me sera utile
49:18plus tard.
49:20Pendant quatre ans,
49:21nous travaillerons ensemble.
49:23Au début,
49:23nous étions des ingénieurs
49:25et techniciens allemands
49:26avec,
49:27je crois,
49:27on avait deux techniciens français.
49:30Tout ce qui était
49:32scientifique
49:33ou savoir,
49:34où ça va,
49:34c'était dirigé
49:35par les Allemands.
49:38Ursula Mendel
49:39fait partie
49:39des effectifs
49:40embauchés par la marine.
49:42Elle travaille
49:43dans l'un des trois centres
49:44expérimentaux
49:45de la côte d'Azur,
49:46ouvert grâce
49:47au recrutement
49:47d'Yves Rocard.
49:54J'avais embauché
49:55tous ces ingénieurs
49:56et techniciens
49:56qui étaient très beaux
49:57et qu'on a transférés
49:58en France
49:59au laboratoire du Brusque.
50:01Ils avaient la solution
50:02pour ces torpilles
50:03qui se retournent
50:04sous les bateaux
50:04et explosent.
50:06entre Français
50:07et Allemands,
50:08ça marchait très très bien.
50:10Et plus le travail
50:12que je faisais
50:13était finalement important,
50:15plus j'étais contente
50:17que je pouvais montrer
50:18que c'était possible.
50:20Parce qu'il est presque incroyable
50:22que j'étais une des rares personnes
50:24qui était au courant
50:27qu'il va y avoir
50:28des sous-mars nucléaires.
50:30Mais c'était classifié.
50:33La marine française
50:34avait sacrée confiance en moi.
50:41Ursula Mendel
50:42passe son diplôme d'ingénieur
50:44et sert fidèlement
50:45les intérêts de la France.
50:47Les autorités militaires
50:49lui imposent
50:49un silence complet
50:50sur la nature de son travail.
50:53Dans son contrat,
50:54il est écrit
50:55qu'en cas d'espionnage,
50:56c'est la peine de mort.
50:59J'ai trouvé ça un peu dur,
51:01mais que ce soit déjà
51:02dans son contrat,
51:04mais j'ai dit,
51:04bon,
51:04s'ils veulent qu'on le sache,
51:07c'est leur truc, quoi.
51:08D'ailleurs,
51:09ça risque pas beaucoup
51:11qu'il fasse le moins le dire
51:13parce que je suis né
51:14dans une famille militaire
51:17où on savait
51:18de quoi on peut parler,
51:20de quoi on peut pas parler.
51:22Je le savais déjà
51:23tout petit, quoi.
51:27Ursula Mendel
51:28a été une pionnière.
51:29Elle a créé
51:30le premier service
51:31de mesure
51:32des bruits sous-marins.
51:33Une discipline nouvelle
51:35qui a permis
51:36d'augmenter la sécurité
51:37à bord des submersibles.
51:40Les sous-mariniers,
51:41c'était les premiers
51:42qui ont compris
51:43que j'avais raison
51:44et qui m'ont adoptée
51:46à partir de ce moment-là.
51:48Maintenant,
51:49il y a des oreilles d'or.
51:50C'est vraiment devenu
51:52quelque chose
51:52qui a été compris.
51:58La greffe a pris.
51:59Les premiers instituts
52:01de recherche franco-allemands
52:02voient le jour.
52:03Leurs travaux vont permettre
52:05à la France
52:05de rattraper son retard.
52:08Finalement,
52:10vaille que vaille,
52:11avec le temps,
52:12les Français
52:12et les Allemands
52:13vont se réconcilier.
52:14C'est effectivement
52:14ce qui s'est passé.
52:20A la fin des années 50,
52:22le fruit de ces collaborations
52:23se concrétise.
52:33Le 22e salon de l'aéronautique
52:36qui vous est présenté
52:37révèle au monde étonné
52:39le prodigieux essor
52:39de notre aéronautique nationale.
52:41Depuis la guerre,
52:42nos constructeurs,
52:43nos centres d'essais,
52:44nos services techniques
52:45ont fait d'une industrie
52:47mise en sommeil
52:48pendant les hostilités
52:49une des plus florissantes
52:50et sûrement
52:51la plus vivante qui soit.
52:54Le salon du Bourget 1957
52:56est une vitrine mondiale
52:58pour les réalisations
52:59technologiques françaises.
53:01Le pays vient de se doter
53:03de ses premiers avions
53:04à réaction.
53:18Personne ne précise
53:19que le concepteur
53:21du premier moteur
53:22à réaction
53:22est allemand.
53:24Hermann Eustrich
53:25l'a mis au point
53:26à 2-6.
53:34Les prouesses technologiques
53:36éblouissent les visiteurs
53:38mais leur ADN
53:39reste inconnu.
53:41Le Djin est un hélicoptère
53:42léger
53:43qui bat des records
53:43d'altitude.
53:47Le nom des deux ingénieurs
53:48allemands
53:49qui l'ont conçu
53:49n'est jamais prononcé.
53:52Le clou du salon de l'espace
53:54c'est cet appareil futuriste.
54:15Le comte
54:16Helmut von Zborowski
54:18en est l'inventeur.
54:20Il faisait partie
54:21des unités d'élite
54:22de la SS.
54:23Mais c'est aussi un génie
54:25enlevé à la fin
54:26de la guerre
54:27aux Américains.
54:28Arrivé en France
54:29il a mis au point
54:30le premier avion
54:31à décollage vertical
54:32au monde.
54:35S'il ne s'était pas
54:36craché lors d'un essai
54:37ce curieux engin
54:38aurait propulsé
54:39la France
54:40dans un univers
54:40de science-fiction.
54:48Pourquoi il y a eu
54:49une omerta
54:49sur la présence
54:50de scientifiques allemands
54:52sur le territoire français ?
54:53Je dirais que ça a été
54:55la même chose aux Etats-Unis
54:56avec von Braun.
54:57Il est arrivé aux Etats-Unis
54:58c'était sous le plus grand secret
55:01pendant 4-5 ans
55:02personne n'était au courant
55:03de rien
55:03surtout pas la presse
55:04et après l'affaire
55:05a un peu explosé
55:07avec le fait
55:08que von Braun
55:08a été du parti nazi.
55:11Les recherches
55:11conduites en Normandie
55:13par les anciens collaborateurs
55:14de Werner von Braun
55:16sont restés entourés
55:17jusqu'au bout
55:17d'un épais mystère.
55:20Eux-mêmes
55:21conservent une discrétion
55:22totale
55:22sur les raisons
55:23de leur présence.
55:25On savait
55:26qu'ils travaillaient
55:27sur des moteurs
55:28de fusée
55:29sur des fusées
55:30mais
55:32à l'excellent
55:33les pères
55:34ne parlaient
55:35de rien.
55:36Souvent
55:37les épouses
55:38ne savaient pas
55:39ce que faisait
55:40leur mari
55:41tellement secret.
55:44Ils ont été formés
55:45comme ça.
55:47Et tous les papiers
55:48qui circulaient
55:49par exemple
55:49dans l'usine
55:50étaient tamponnés
55:52secrets,
55:53étaient numérotés.
55:55Il y avait aussi
55:56un petit côté
55:57Cocorico
55:58qui était
55:58de ne pas trop révéler
56:00que c'était
56:01grâce aux Allemands
56:02et aux cerveaux allemands
56:03qu'on avait fabriqué
56:05les premières fusées
56:06véroniques
56:09fusées sondes
56:10qui volaient
56:10à Maguire
56:11et autres.
56:12Donc la fierté nationale
56:13voulait
56:15était plutôt
56:16de montrer
56:16que c'était
56:17grâce aux ingénieurs
56:18français.
56:20Ceci,
56:21c'est Véronique,
56:21la fusée.
56:25Les ingénieurs
56:26allemands
56:26de Vernon
56:27se voient confier
56:28le secteur
56:29propulsion des fusées.
56:37Le général de Gaulle
56:39a demandé
56:40à ce qu'on
56:40développe
56:41par exemple
56:43une fusée
56:44anti-avion,
56:46la Parca
56:47qui a été
56:48développée
56:49au LRBA
56:50pour descendre
56:52les bombardiers
56:53russes
56:55qui sont chargés
56:56de bombes atomiques.
56:57Ça, bien sûr,
56:58en tant qu'enfance,
57:01on sait que c'est
57:02quelque chose
57:03de tout à fait nouveau
57:04et quelque chose
57:05qui va faire changer
57:06le monde.
57:07Mais ces premiers
57:08missiles
57:09SOL-R
57:10ou MER-R
57:10impulsés
57:11par des équipes
57:12allemandes
57:13rencontrent
57:13des problèmes
57:14de guidage.
57:16Le développement
57:16de plusieurs fusées
57:17est abandonné.
57:19Les ingénieurs
57:20allemands
57:20de Normandie
57:21se concentrent
57:22dans les années 60
57:23sur la conception
57:24de moteurs
57:25de lancement
57:26toujours plus puissants.
57:28Ces réalisations
57:29très spectaculaires
57:30vont de Véronique
57:30dont il a déjà été tiré
57:32plus de 70 exemplaires
57:33au premier étage
57:34émeraude
57:35du lance-satellite
57:36Diamant
57:38et à Cora,
57:40deuxième étage
57:41du lanceur européen
57:42Eldo-Segles.
57:44Les recrues allemandes
57:46mettent au point
57:46un moteur fusée
57:47qui équipera
57:48les premiers étages
57:49de tous les lances-satellites
57:51jusqu'en 2003,
57:52jusqu'au dernier vol
57:53de la fusée Ariane 4.
58:01Et ça a été comme ça
58:02que la France
58:04a pu fabriquer
58:05des fusées
58:05et devenir
58:06un peu leader européen
58:08d'Ariane.
58:12Mission accomplie.
58:13On estime
58:14que le travail
58:15des scientifiques allemands
58:16a fait gagner
58:17à la France
58:1815 précieuses années
58:19de recherche
58:19et d'études.
58:21Ils sont pour la plupart
58:22repartis.
58:23L'Allemagne,
58:24à partir des années 60,
58:26a été en mesure
58:26de leur proposer
58:27des postes équivalents.
58:29Seules quelques familles
58:30sont restées en France,
58:31sans attirer l'attention.
58:37Ça ne m'a jamais troublé
58:39qu'on soit resté
58:41un peu dans l'ombre.
58:44Beaucoup ?
58:44Beaucoup dans l'ombre.
58:46Ça ne nous a pas...
58:48Je sais,
58:48et mon père non plus.
58:50D'aucune façon,
58:53ça l'a troublé.
58:57Entouré par le secret défense,
58:59l'existence de ces colonies
59:01allemandes sur le sol français
59:02n'a jamais été portée
59:04à la connaissance
59:05du grand public.
59:34Sous-titrage Société Radio-Canada
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