00:08Dans le silence d'une habitation à Yopougon, quartier populaire au nord-ouest d'Abidjan,
00:13un regard interpelle. Un regard rempli d'innocence, mais aussi d'une force silencieuse.
00:19Celui de Ketoura, atteinte d'infirmité motrice cérébrale, encore appelée paralysie cérébrale.
00:24A 20 ans aujourd'hui, cette jeune fille qui vit depuis sa naissance avec cette maladie
00:29ne connaît ni la joie d'aller à l'école, ni les rêves auxquels aspirent les jeunes de son âge.
00:34S'habiller, se nourrir, se déplacer ou simplement changer de position,
00:39autant de gestes du quotidien que son handicap ne lui permet pas d'accomplir
00:43sans aucune assistance constante de ses parents.
00:45Pour Ketoura, chaque journée est un défi, pour ses parents, chaque journée est un combat, un engagement.
00:51C'est un enfant que j'ai désiré.
00:53Un enfant que j'ai désiré, quand les médecins m'ont appelé, m'ont dit qu'il faut que j
01:01'aie vraiment le courage
01:02parce que ce n'allait pas être facile.
01:04L'enfant n'allait pas pouvoir s'asseoir, n'allait pas pouvoir marcher, n'allait pas pouvoir parler.
01:11Et ça, c'était très difficile pour moi.
01:14Très, très difficile pour moi.
01:15Mais avec le temps, je finis par accepter la situation.
01:23Elle a besoin d'un fauteuil roulant et un corset.
01:26Avec la situation que nous vivons, avec la santé de son papa qui n'est pas très facile,
01:33on veut lui offrir, ça ne m'en arrive pas.
01:35C'est difficile.
01:40Affection neurologique aux conséquences invalidantes,
01:42la paralysie cérébrale trouve ses origines dans diverses causes
01:45et se signale par de multiples manifestations.
01:48La paralysie cérébrale, c'est un ensemble de troubles permanents.
01:52Du mouvement et de la posture.
01:55Sa particularité, c'est que ça survient sur un cerveau qui est en développement.
01:58Les lésions ne vont pas évoluer,
02:00mais la manifestation de ces signes cliniques va peut-être évoluer
02:04parce que l'enfant va grandir.
02:06C'est une affection qui peut survenir avant la naissance,
02:09au cours de l'accouchement ou bien juste après la naissance.
02:13Généralement, avant la naissance,
02:14c'est les causes infectieuses qui sont au premier plan.
02:19Toxoplasmose, rubéole, malformation cérébrale,
02:23des lésions comme ça ou bien le cerveau qui manque d'oxygène
02:26dans le ventre de la mère.
02:28Ça, c'est des causes qu'on a avant la naissance.
02:31Pendant la naissance, lorsque l'enfant vient au monde,
02:33il peut arriver que son cerveau manque d'oxygène.
02:35On va parler d'anoxie cérébrale.
02:38Et ce manque d'oxygène va entraîner des lésions au niveau du cerveau
02:41qui seront responsables des manifestations cliniques
02:44qu'on va observer plus tard.
02:46Et puis, après la naissance,
02:48ça dit que vous avez un enfant qui est bien né,
02:49qui marche correctement, qui parle correctement.
02:52Et puis, après deux ans, trois ans,
02:54il va faire une méningite,
02:55il va faire une infection au niveau cérébral,
02:58un neuropaludisme, par exemple.
03:00Et ça va lui donner des lésions cérébrales.
03:02Et ces lésions cérébrales-là vont entraîner des retards.
03:06Retard dans la façon de se tenir,
03:08retard dans la façon de s'asseoir,
03:11retard dans sa capacité à marcher.
03:13En tout cas, fonctionnellement, ça va diminuer l'enfant.
03:16Comme Ketoura, il sont nombreux les enfants vivants
03:18avec cette pathologie en Côte d'Ivoire.
03:20Des sources médicales, estime en moyenne,
03:22à 10 cas pour 1000 naissances en Afrique subsaharienne.
03:25Pour l'heure, il n'existe pas de médicaments
03:27pour guérir de la maladie.
03:29Mais des consultations pluridisciplinaires,
03:31notamment la rééducation, l'orthophonie,
03:34l'ergothérapie et la kinésithérapie,
03:36peuvent considérablement améliorer
03:38les capacités fonctionnelles chez l'enfant.
03:42Chaque progrès, aussi infime soit-il,
03:45est vécu comme une victoire.
03:46Un mouvement retrouvé, un geste accompli,
03:49autant de petites conquêtes qui redonnent espoir.
03:52Mais les défis restent énormes,
03:53car derrière chaque enfant atteint de paralysie cérébrale
03:57se cache une histoire de courage.
03:59Une mère, parfois contrainte d'abandonner son activité professionnelle,
04:03pour s'occuper de son enfant à plein temps.
04:05Des revenus qui diminuent,
04:06face à des dépenses en os,
04:07à cause des consultations spécialisées coûteuses,
04:10ainsi que des soins médicaux et paramédicaux.
04:13Le voisinage s'éloigne,
04:14et l'isolement s'installe,
04:16fragilisant davantage des familles déjà vulnérables,
04:18qui luttent seules dans l'ombre,
04:20face à de nombreux préjugés.
04:21Les gens même là se moquaient de nous,
04:24à cause d'enfants,
04:25à cause de cet enfant.
04:27Mon enfant est malade,
04:28il va contaminer les autres avec son crachat.
04:31Ce n'était pas facile.
04:33Son papa aussi,
04:34qui donnait aussi un peu,
04:35un peu,
04:36il a piqué une crise investie.
04:39Il n'y a pas un parent qui va envoyer 5 francs.
04:41« Partout où on habitait,
04:43on était rigité.
04:44Les voisins ne faisaient que m'insulter,
04:49m'humilier que je tue les enfants.
04:51Moi et mon fils,
04:51on est des sorciers,
04:52on tue les enfants dans le cours,
04:54on est obligé de déménager dans plusieurs cours.
04:57La dernière cour,
04:58avant d'arriver ici,
05:01quand je lave les habits de mon enfant,
05:02je mets sur la côte,
05:03ils t'enlèvent,
05:04jettent à terre.
05:06Parce qu'ils disent que les habits
05:07peuvent même contaminer
05:08eux et leurs enfants.
05:10On prie vraiment que,
05:11les gens nous acceptent
05:13dans la société,
05:14parce qu'on a besoin
05:15de se filtrer
05:17comme les autres dans la société.
05:19La détresse de ces familles
05:20est bien réelle.
05:21Une situation
05:22qui devrait interpeller
05:23les décideurs
05:24et toute la population.
05:25Fort heureusement,
05:27certaines fondations
05:28et ONG
05:28ont déjà pris la mesure
05:30de l'urgence
05:30en s'engageant à soutenir
05:32par un accompagnement médical,
05:34psychologique,
05:35matériel ou financier,
05:37ces nombreuses familles
05:38souvent confrontées
05:39à l'isolement
05:39et à la précarité.
05:40Il y a un constat
05:41qui a été fait,
05:41c'est que ces moments
05:42qui ont des enfants
05:44avec une paralysie
05:45très lourde
05:46et la paralysie cérébrale,
05:48la plupart sont abandonnés
05:49par les maris.
05:50Ils n'avaient aucun revenu,
05:52donc c'était
05:53la vulnérabilité totale.
05:54Unitoire est venu
05:55pour pallier
05:56à ce problème-là.
05:57Parce qu'on a vu
05:58de côté,
05:59chaque fois apporter
06:00un soutien,
06:00chaque fois apporter
06:01un soutien,
06:01on se dit que le soutien
06:02ne peut pas toujours venir,
06:04mais il faut rendre
06:05la personne autonome.
06:06Et si les mères
06:07reçoivent des fonds
06:08pour entreprendre
06:09une activité générative
06:10générative de revenus,
06:11nous demandons à toute
06:11personne de bonne volonté,
06:13aux autorités communautaires,
06:16à la municipalité,
06:17et surtout aussi,
06:18pourquoi pas,
06:18à notre première dame,
06:19Mme Dominique Ouattara,
06:21qui est la mère
06:21de tous les enfants
06:21de Côte d'Ivoire.
06:22Ici, c'est une question
06:23de famille,
06:23c'est une question d'enfants.
06:24Au regard de ces effets
06:25dévastateurs,
06:26le diagnostic précoce
06:28de la paralysie cérébrale
06:29apparaît comme une étape
06:31essentielle
06:31pour une prise en charge
06:32adaptée.
06:33On doit poser
06:34le diagnostic
06:34relativement tôt
06:36à cause
06:37d'une particularité
06:39du cerveau
06:39qu'on appelle
06:40la plasticité cérébrale.
06:42C'est simplement
06:42que lorsque le cerveau
06:45présente des difficultés,
06:46il développe
06:47de nouvelles connexions
06:49pour pouvoir
06:50supplier à la fonction
06:51qui est altérée.
06:52Donc,
06:53plus tôt,
06:53on diagnostique
06:55et qu'on commence
06:55à travailler
06:56en rééducation,
06:58on accélère
06:58ce phénomène
06:59de plasticité cérébrale.
07:00Donc,
07:01un enfant qui est diagnostiqué
07:02tôt a plus de chances
07:03de récupération.
07:04Selon une étude
07:05réalisée en Côte d'Ivoire
07:06au service de neurologie
07:07du sud de Yopougan,
07:09sur 353 enfants suivis
07:10en neuropédiatrie,
07:12la paralysie cérébrale
07:13représentait 38,5%
07:15des pathologies
07:16neuropédiatriques consultées.
07:18Ce chiffre
07:18ne correspond pas
07:19à la prévalence
07:20dans la population générale,
07:21mais témoigne
07:22de l'importance
07:22de cette affection
07:23parmi les maladies
07:24neurologiques
07:25sur l'enfant.
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