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El Niño : ce dérèglement récurrent des courants dans le Pacifique tropical suffit, tous les deux à sept ans, à bouleverser le climat d'une bonne partie de la planète. Comment un phénomène né dans un seul océan produit-il des effets aussi lointains ?
Une émission de Christophe Galfard avec Juliette Mignot et Éric Guilyardi.
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ÉducationTranscription
00:00Et c'est parti pour une nouvelle saison de Big Bang avec mes invités.
00:03Aujourd'hui, nous allons explorer le phénomène qu'on appelle El Niño.
00:23Imaginez qu'à la suite d'un enchaînement de choix de vie aussi audacieux qu'hasardeux,
00:27vous décidez de partir vivre de votre pêche en Amérique latine.
00:31Vous êtes donc là, sur votre petite barque, tranquille, canne en main, au large des côtes du Pérou,
00:36à attendre que ça morde.
00:37Dans cette partie du monde, l'eau n'est en général pas très chaude,
00:40car des courants marins y font remonter les eaux froides des profondeurs vers la surface.
00:45C'est peut-être pas génial pour la baignade, mais c'est bon pour la pêche,
00:48car ces courants emportent avec eux des nutriments qui permettent de nourrir de nombreux poissons.
00:52Sauf que, parfois, ce n'est soudainement plus le cas.
00:55Parfois, l'eau froide des profondeurs cesse de remonter,
00:59les nutriments restent au fond, et comme il n'y a plus rien à manger, il n'y a plus
01:02de poissons.
01:03Manque de bol pour vous, c'est exactement ce qui est en train de vous arriver.
01:07Vous venez de vous installer au Pérou, et ça ne mord pas.
01:09De retour au port, en vous renseignant auprès d'autres pêcheurs,
01:13vous apprenez que ce phénomène n'est pas nouveau, qu'il existe depuis des centaines d'années,
01:17qu'il revient de manière assez régulière, tous les 2 à 7 ans,
01:19que lorsqu'il a lieu, ses effets les plus marquants arrivent aux alentours de Noël,
01:23et que c'est justement pour cette raison que les marins du coin l'ont surnommé,
01:27il y a plus d'un siècle et demi, El Niño, c'est-à-dire le petit garçon, en espagnol,
01:32en référence à Noël, qui célèbre la naissance de l'enfant Jésus.
01:36Vous tournant vers l'océan depuis le port, vous vous interrogez alors,
01:39mais comment est-ce possible ?
01:41L'océan qui est face à vous, c'est le Pacifique, et il est absolument énorme.
01:46Il s'étend de la cordillière des Andes jusqu'à l'Australie.
01:49Il est si grand que lorsque la nuit tombe sur ses bords occidentaux,
01:53le jour se lève sur ses rives orientales.
01:56Alors comment des courants peuvent-ils soudainement changer à l'intérieur d'un réservoir aussi gigantesque ?
02:01Et lorsque ça arrive, cela ne devrait-il pas avoir un impact sur le climat de la Terre tout entière
02:06?
02:06Ouvrant votre téléphone pour y trouver des réponses,
02:09vous tombez sur une flopée d'articles datant de cet été,
02:12annonçant qu'un épisode El Niño vient de commencer,
02:14que ce n'est effectivement pas uniquement la pêche péruvienne qui va en pâtir,
02:18mais une grande partie du monde,
02:19et qu'il est probablement d'une intensité exceptionnelle.
02:22Vous vous demandez alors si la bonne attitude à prendre
02:24ne serait pas de revendre votre canne à pêche et votre barque,
02:27et d'aller vous terrer dans un bunker le temps que ça passe,
02:29mais après un moment de réflexion,
02:32vous décidez à la place d'opter pour la voie du courage et de la raison.
02:35Plutôt que de paniquer, vous allez tenter de comprendre ce qu'est le phénomène El Niño,
02:40d'essayer d'en déterminer la source et les effets.
02:42Et pour cela, vous allumez la radio,
02:44car c'est justement de cela que Big Bang va parler aujourd'hui,
02:48avec mes trois invités exceptionnels, que voici.
02:52Bonjour, je suis Juliette Mignot,
02:54je suis océanographe climatologue,
02:56je m'intéresse principalement au rôle de l'océan dans le système climatique,
03:01et particulièrement dans le contexte d'un climat qui change,
03:05et donc quelles sont les conséquences de ces changements pour l'océan,
03:08et quel est le rôle de l'océan pour le climat.
03:11Je précise que je travaille à l'Institut de Recherche pour le Développement,
03:13donc j'attache une grande importance à mener ces recherches
03:16avec des collaborateurs et des instituts, des universités des pays du Sud.
03:21Voilà, je travaille au laboratoire L'Océan.
03:24Je suis Réguillardi, aussi océanographe et climatologue,
03:28et je m'intéresse plus particulièrement au phénomène El Niño,
03:32à le comprendre, à comprendre les mécanismes,
03:34les échanges entre le sang et l'atmosphère,
03:37à le modéliser, à préparer les prévisions saisonnières dont on reparlera.
03:44Et je suis aussi président de l'OCE, l'Office pour l'éducation au climat,
03:49qui vise à amener de la littératie climatique,
03:53les connaissances du climat,
03:55pour les enseignants du monde entier, aux primaires et aux secondaires.
03:58Et c'est vrai que quand on est climatologue,
04:00on se pose la question de où est-ce qu'on peut avoir le plus d'impact dans la société,
04:04et c'est une très belle aventure.
04:06Et moi, je suis Yael Nehim, je suis une artiste indépendante,
04:11compositrice, productrice et artiste visuel aussi maintenant.
04:14Et ce qui m'intéresse, c'est comment, en tant que collectif,
04:17comment on forme un collectif,
04:20et que ce soit notre place, en tant qu'humain,
04:23en tant qu'artiste, ça m'intéresse de questionner notre place,
04:25en tant qu'humain, dans le collectif,
04:28et comme faisant partie aussi de la nature et de tout ce qui nous entoure.
04:33Et donc, j'ai vraiment cette image,
04:37cette vision de forêt,
04:39avec plein d'ingrédients qui forment la vie tout ensemble.
04:43Et donc, c'est pour ça que je trouve que l'art, la science,
04:46et tous les corps de métier sont interliés,
04:49et que c'est important de trouver les fils qui nous lient ensemble,
04:53au lieu de nous séparer.
04:55Yael Naïm, Éric Guilliardi, Juliette Mignot,
04:58merci d'être avec nous.
04:59Bonjour à toutes et à tous.
05:00Nous sommes en direct du Studio 106,
05:02et nous allons parler du phénomène El Nignot,
05:04avec le merveilleux public de la Maison de la Radio et de la Musique.
05:17Yael Naïm, s'il y a bien quelque chose qui nous intéresse tous,
05:19et nous relie tous,
05:20c'est l'atmosphère qui nous entoure,
05:22et le climat en particulier,
05:25qui lie les pays,
05:27qui se fait fi des frontières.
05:29Est-ce que ce sont des interrogations que vous avez sur le climat actuel,
05:32le climat futur,
05:33c'est des choses qui vous inquiètent ou pas ?
05:36Énormément, je ne vois pas comment on ne peut pas s'intéresser à ça,
05:39du fait que notre survie même en dépend.
05:44On est lié,
05:46on est fait d'eau déjà,
05:49et on dépend les uns des autres en fait,
05:52donc c'est essentiel.
05:55Absolument, je suis bien d'accord avec vous.
05:57Et du coup,
05:57ne serait-ce que le climat lui-même,
06:00Éric Guilliardy,
06:01est-ce que vous pourriez nous expliquer comment on définit le climat de la Terre ?
06:05Ce n'est pas la même chose que la météo,
06:06le climat,
06:06c'est autre chose.
06:08Alors effectivement,
06:09la météo,
06:10c'est ce qu'on va vivre dans les heures,
06:11les jours qui viennent,
06:12alors que le climat,
06:13c'est quand on moyenne cette météo sur 10 ans,
06:1720 ans,
06:1730 ans.
06:18Et en fait,
06:19pour comprendre ce qui fait fonctionner le climat de la machine Terre,
06:24il faut imaginer les rayons du Soleil qui arrivent à 150 millions de kilomètres,
06:29et en fait,
06:29qui vont chauffer plus les tropiques que les plus hautes latitudes.
06:34Pourquoi ?
06:34Parce que la Terre est ronde,
06:35et donc l'angle que vont faire ces rayons du Soleil est plus direct dans les tropiques.
06:40En gros, à midi, entre les tropiques, vers l'équateur,
06:43à midi, le Soleil est à la verticale, alors qu'ailleurs...
06:45Exactement.
06:46Et donc, ce chauffage supplémentaire dans les tropiques,
06:50en fait, il faut le transporter vers l'épaule,
06:54le nord dans l'hémisphère nord, le sud dans l'hémisphère sud,
06:56et c'est ce que font les grands courants océaniques dans les tropiques,
07:00et l'atmosphère prend le relais au moyen latitude
07:02par le système de dépression d'anticyclone.
07:04Donc en fait, on a une énorme machine thermique
07:06avec ces courants et ces mouvements d'eau et d'air
07:10qui vont équilibrer ce différentiel de chauffage.
07:12Donc ça, c'est vraiment la base du climat de notre belle planète.
07:15Parce que c'est vrai que quand on y pense, on se dit qu'au pôle, il fait froid,
07:19quand même, et à l'équateur et dans les tropiques, il fait chaud.
07:22Mais la différence est bien moindre qu'elle ne l'aurait été
07:27s'il n'y avait pas eu des échanges de chaleur dans l'atmosphère et dans les océans.
07:31Exactement.
07:31Les planètes sans enveloppe fluide, que ce soit un océan ou une atmosphère,
07:36ont des différences de température qui vont atteindre la centaine de degrés,
07:40alors que nous, c'est beaucoup moins, en fait, en moyenne sur la Terre.
07:44En gros, on a l'énergie à 99,97% qui nous vient du Soleil
07:49et qui est répartie un petit peu partout pour créer le climat de notre monde.
07:55Voilà.
07:55Est-ce qu'il est possible de modéliser tout ça, Juliette Mignot ?
08:00Est-ce qu'on arrive à modéliser, alors pas seulement la métaux,
08:03mais le climat de la planète entière ?
08:05Alors oui, on essaye, c'est notre métier.
08:07Je vais préciser, en fait, que tout ce dont vous venez de discuter avec Eric,
08:11on le connaît grâce à des observations qui sont fondamentales.
08:14Ce sont des programmes internationaux assez coûteux, mais vraiment fondamentales à préserver
08:20pour continuer à observer notre système et comprendre, bien pouvoir étudier comment est-ce qu'il évolue.
08:26Ceci étant dit, en tant que scientifique, quand on observe quelque chose, en général,
08:30ça nous apporte des questions.
08:31Et quand ça nous apporte des questions, on veut faire des expériences.
08:34Le problème, quand on étudie le système climatique, c'est vrai dans d'autres systèmes,
08:38c'est qu'on n'a pas de deuxième planète pour faire une expérience.
08:40Donc on ne peut pas dire, attendez, celle-là, je la mets de côté,
08:43et puis il y en a une autre où j'enlève les gaz à effet de serre, par exemple,
08:46pour voir comment le climat aurait évolué.
08:48Et donc on doit se tourner vers des expériences qu'on appelle numériques.
08:51C'est le propre de la modélisation.
08:53Donc on va essayer de modéliser numériquement la planète et le climat,
08:58avec toutes les connaissances qu'on connaît sur la physique, la biologie, la géographie, etc.,
09:03pour essayer de pouvoir en faire des expériences.
09:06Donc comment est-ce qu'on fait ça ?
09:08On va prendre la planète et puis on va la pixeliser,
09:11puisque dès qu'on va parler de numérique, c'est un peu comme dans un jeu vidéo,
09:14on va faire des petites cases élémentaires dans lesquelles on va entrer
09:18les principales connaissances qu'on a, par exemple, d'une particule d'atmosphère.
09:24Alors les vents, l'humidité, la formation des nuages, etc., dans une petite particule.
09:30Et puis ensuite, on va mettre toutes ces petites cases élémentaires,
09:32un peu comme dans Minecraft, pour ceux qui jouent aux jeux vidéo.
09:36On les met ensemble et puis elles peuvent interagir.
09:38Donc s'il y en a une qui est chaude, il y a du vent qui apporte la chaleur à
09:41celle d'à côté.
09:42Peut-être que ça va créer un nuage, ça va créer de la pluie, ça va tomber dans l'océan,
09:45etc.
09:46Ça, c'est le modèle de base.
09:48C'est le niveau zéro du jeu vidéo.
09:49Et les pixels, dans ce genre de modélisation, ils font quelle taille ?
09:54Alors ça va dépendre des modèles.
09:56Dans les modèles dont on va parler là aujourd'hui,
09:59pour par exemple étudier l'impact des gaz à effet de serre,
10:02le climat à longue échelle de temps,
10:04ils font typiquement une centaine de kilomètres
10:06avec certains centres de modélisation
10:08qui essayent de les faire plus petits pour être plus précis.
10:12Mais du coup, c'est des modèles plus coûteux
10:14qui coûtent beaucoup d'argent d'abord,
10:17parce qu'il faut acheter des supercalculateurs,
10:18qui coûtent beaucoup de carbone,
10:20parce que des supercalculateurs, il faut les refroidir,
10:23il faut les alimenter en électricité,
10:25et qui vont aussi coûter beaucoup de temps à la recherche.
10:27Donc chaque expérience, en fait, on a envie d'avoir la réponse.
10:30On a des expériences parfois qui peuvent durer jusqu'à deux mois
10:33de calcul pour avoir la réponse à une question.
10:36Or, ce temps-là, on voudrait aussi le minimiser
10:38selon la question qu'on se pose.
10:39Pour qu'on visualise un petit peu la taille de ces pixels,
10:43ça voudrait dire qu'il y en a une vingtaine sur la France ?
10:45Oui, voilà, c'est ça.
10:47La France est coupée coupée en vingt petits carrés.
10:49Encore une fois, ça dépend un peu des centres de modélisation.
10:53Le modèle qui est développé à Météo France
10:56est un peu plus précis sur la France
10:58que le modèle qu'on développe, Eric et moi,
11:00dans les laboratoires en Ile-de-France.
11:03Mais voilà.
11:04Et ils fonctionnent bien, ces modèles, d'un point de vue climatique ?
11:07D'un point de vue prédiction de ce qui peut se passer
11:11lorsqu'on voit, par exemple, ce qui se passe en février-mars
11:14sur quelques années et on implémente ça dans nos calculateurs ?
11:17Est-ce qu'on arrive à prédire un petit peu ce qui se passera ?
11:20Alors, ça dépend à quelle échelle de temps est-ce qu'on se place.
11:23Ils vont bien... Ils marchent très bien.
11:26Et on a démontré qu'ils marchaient très bien
11:28puisque ça fait maintenant une trentaine d'années qu'on les développe.
11:31ils vont marcher très bien pour des projections climatiques
11:34à grande échelle, l'évolution de la température globale
11:37et d'impacts régionaux sur des longues échelles de temps
11:42en réponse aux émissions de gaz à effet de serre, par exemple.
11:46On a pu montrer qu'en fait, les projections qu'on avait faites
11:50dans les premiers rapports du GIEC
11:52correspondent tout à fait à ce qu'on observe actuellement
11:54avec une vingtaine ou une trentaine d'années de recul.
11:58Ensuite, maintenant, si on s'intéresse à prédire...
12:01Donc, ils vont marcher relativement bien pour de la prévision
12:03éventuellement à quelques mois, de la prévision saisonnière.
12:07Ça va dépendre un petit peu des régions.
12:09Et puis ensuite, quand on va essayer de prédire
12:12ce qui va se passer dans une dizaine d'années...
12:14Alors là, c'est tout un autre métier
12:15où on prend en compte certains éléments du système climatique
12:19qui nous donnent de la mémoire.
12:21Et là, ils marchent, c'est pareil, sur certaines régions
12:24qui ont des bonnes qualités physiques
12:26pour avoir de la bonne prévision.
12:28Ils vont marcher.
12:29Je précise qu'aucun de ces modèles n'est fait pour nous donner la météo
12:33le 14 février 2035.
12:37Même la semaine prochaine, c'est chaud, parfois.
12:38Ce n'est pas du tout l'idée.
12:39Voilà.
12:39C'est vraiment des familles de modèles
12:41qui vont être développées pour différentes applications
12:44depuis la projection climatique
12:46jusqu'à savoir s'il va pleuvoir dans une demi-heure
12:48sur le central de Roland-Garros.
12:50Ce qui nous amène à des prédictions
12:52liées à des perturbations
12:54qui peuvent bouleverser un petit peu tout ça
12:56est par exemple le phénomène El Niño
12:59qui a lieu dans le Pacifique.
13:02Est-ce que, Éric Guilliardi,
13:04vous pourriez nous expliquer
13:05ce à quoi correspond ce phénomène ?
13:07Tout à fait.
13:08El Niño correspond à une accumulation de chaleur
13:11qui va durer quelques années.
13:13On parlait de cet export de chaleur des tropiques.
13:15Parfois, cet export n'est pas complètement efficace.
13:18On va stocker de la chaleur en profondeur
13:20dans le Pacifique Ouest,
13:21à peu près à 300 mètres de profondeur.
13:27Cette anomalie va peu à peu se propager en surface
13:30dans l'Est pour créer un événement El Niño.
13:31Pour comprendre El Niño,
13:33il faut d'abord comprendre l'état un peu normal
13:34dans le Pacifique.
13:36Donc, comme vous l'avez rappelé,
13:38qui fait la moitié de la surface de la planète,
13:39il est gigantesque le Pacifique.
13:41Nos cartes, qu'on a l'habitude de voir,
13:43ne lui rendent pas du tout justice.
13:44On le coupe en deux,
13:45enfin, on le met de deux côtés.
13:47Et donc, dans ce bassin,
13:49il y a des alizés qui souffrent d'Est en Ouest.
13:51Et ces alizés font remonter des eaux froides
13:54dans l'Est du Pacifique.
13:56Du coup, dans l'Est du Pacifique,
13:57à l'Équateur,
13:58on va avoir des eaux à 22-24 degrés.
14:00On parle des côtes du Pérou, du Chili,
14:02du Pérou, du Chili, du Équateur.
14:03Par contre, dans l'Ouest du Pacifique,
14:05autour de l'Indonésie,
14:06ce qu'on appelle la piscine d'eau chaude indonésienne,
14:07là, il faut plutôt 30 degrés.
14:09Et cette différence de température Est-Ouest,
14:11ça fait une différence de pression
14:12qui entraîne les alizés.
14:13Vous voyez, donc on a un système, en fait,
14:15qui s'auto-entretient,
14:16qui est couplé, comme on dit.
14:17Et certaines années,
14:19la chaleur accumulée
14:20ou alors une anomalie de vent
14:21va enrayer le système.
14:24Si cette chaleur commence à arriver
14:25dans le centre et dans l'Est du Pacifique,
14:27on va réduire cette différence de température,
14:29on va réduire les alizés,
14:29du coup, il y aura moins de remontées d'eau froide
14:31et le système va s'arrêter.
14:32Et ça, c'est un événement en ligneau
14:34qui va durer à peu près
14:35de printemps boréal,
14:38donc mars-avril,
14:39qui va s'amplifier pendant l'été et l'automne,
14:42là, on est en plein dedans,
14:43va arriver un maximum en hiver
14:45et terminer le printemps suivant.
14:48Alors, certaines années,
14:50le système, au contraire,
14:51va être plus fort,
14:52des alizés plus forts,
14:53plus de remontées d'eau froide.
14:54Et ça, donc, on a un événement,
14:56l'Aninia,
14:56qui est la petite sœur d'El Niño.
14:58Et donc, en fait,
14:59le Pacifique tropical,
15:01aussi, entre des années normales,
15:03des années El Niño
15:04et des années l'Aninia.
15:05Et tout l'enjeu,
15:07pour nous scientifiques
15:08et les centres de prévision saisonnières,
15:09c'est d'anticiper ces événements
15:11qui ont des conséquences
15:12extrêmement importantes
15:13dans beaucoup de régions du monde.
15:15On va voir ces questions.
15:16Yael Naïm.
15:17Si on parle du fait
15:20que les phénomènes naturels,
15:22je parle avant intervention d'humains,
15:24sont donc naturels,
15:26même s'ils sont irrégulaires et cycliques,
15:27est-ce que...
15:28Donc, du coup,
15:29est-ce que...
15:29J'ai donné une forme de réponse,
15:31mais je ne sais pas si c'est la réponse.
15:32Est-ce que c'est un phénomène naturel
15:34qui contribue aussi
15:35à préserver une forme d'équilibre
15:37ou est-ce que c'est un phénomène
15:38qui déséquilibre, point,
15:40et qui ne contribue en rien,
15:42puisqu'il arrive de temps en temps ?
15:43Éric Guilliardi.
15:44Alors, effectivement,
15:47indépendamment de l'impact
15:49des gaz à effet de serre humains,
15:51El Niño sert à réguler le climat
15:53puisqu'il va donc évacuer
15:55cette chaleur qui s'est accumulée
15:56peu à peu dans les tropiques
15:58vers les plus hautes latitudes.
15:59Donc, il participe à ce transport
16:01de chaleur dont je parlais,
16:03sauf qu'il ne le fait pas chaque année,
16:04mais tous les deux à sept ans.
16:07Par contre,
16:08et la question,
16:08alors on va sans doute y revenir,
16:10mais on peut déjà l'aborder,
16:11la question,
16:12c'est quel est le lien
16:13entre El Niño
16:14et le changement climatique ?
16:17Oui.
16:17Et là, en fait,
16:18il y a trois éléments.
16:20Un qui est avéré,
16:22un qui est une question de recherche,
16:24et un qui est un peu trompeur.
16:26Alors, celui qui est avéré,
16:27c'est qu'en fait,
16:28quand il pleut,
16:29les événements extrêmes
16:30de précipitation,
16:30El Niño sont plus forts.
16:32Pourquoi ?
16:32Parce qu'une atmosphère plus chaude
16:33contient plus d'humidité,
16:34donc quand il pleut,
16:35il pleut plus.
16:36Le deuxième,
16:37qui est une question de recherche,
16:38c'est est-ce que El Niño
16:38lui-même va changer ?
16:40Et là, aujourd'hui,
16:41on ne sait pas encore dire.
16:42Alors, il y a des indications
16:43qui sembleraient indiquer
16:46plus d'événements extrêmes,
16:47mais là encore,
16:47on reste prudent.
16:48C'est vraiment une question
16:49de recherche en cours.
16:50Et le troisième,
16:51qu'on l'entend beaucoup,
16:52c'est de dire qu'El Niño
16:53accélère le réchauffement climatique.
16:55Mais en fait,
16:56ça, c'est lié au fait
16:57que le Pacifique fait
16:58un quart de la surface
16:58de la planète
16:59et que donc,
17:00quand ça se réchauffe
17:01dans le Pacifique,
17:02ça a une incidence
17:03sur la température moyenne
17:04de la Terre.
17:05Mais ça ne veut pas dire
17:06que dans les autres régions
17:07de la Terre,
17:08on va avoir plus d'impact
17:09ou un réchauffement climatique
17:12qui s'accélère.
17:13Moi, j'ai une petite question aussi.
17:14Pourquoi est-ce que
17:15c'est précisément
17:16à 300 mètres de profondeur
17:18dans le Pacifique,
17:19à un certain endroit,
17:19que la chaleur du Soleil
17:21va s'emmagasiner
17:23de temps en temps ?
17:24Alors ça,
17:25il y a des raisons physiques
17:26assez faciles à expliquer,
17:28c'est que cette 300 mètres
17:29de profondeur,
17:30c'est la zone
17:31de gradions importants,
17:32c'est-à-dire de différence
17:33de température
17:34entre les eaux chaudes
17:35de surface
17:36et les eaux plus froides
17:37en profondeur,
17:38ce qu'on appelle
17:38la thermocline.
17:40Et en fait,
17:40si on en stocke en dessous,
17:43elle va rester dans l'océan
17:44pendant des dizaines d'années,
17:45donc elle ne va pas
17:45être disponible
17:46pour des événements
17:48d'une année sur l'autre.
17:49Et si on est plus haut,
17:50ça va être repris
17:50par les échanges air-mer
17:51et donc il y aura
17:52peu de mémoire.
17:53Donc c'est l'endroit parfait
17:54pour stocker de la chaleur
17:56pendant plusieurs années.
17:57Et la thermocline
17:58n'est pas à cette profondeur
18:00partout dans le monde ?
18:01Non,
18:01elle varie,
18:02elle varie beaucoup.
18:02Alors déjà,
18:03dans le Pacifique,
18:04elle est à 300 mètres
18:05de profondeur
18:05dans l'ouest du Pacifique,
18:06mais elle arrive en surface
18:07dans l'Est.
18:08C'est pour ça que
18:08ces anomalies
18:09qui vont se promener
18:10le long,
18:11se transporter le long
18:12de la thermocline
18:12vont arriver en surface
18:13dans l'Est
18:13et c'est ce qu'on voit
18:15depuis le mois de juin.
18:18Cette thermocline,
18:19au moins une latitude,
18:20elle peut atteindre
18:21plusieurs centaines de mètres
18:22de profondeur,
18:23voire 1000 mètres,
18:24alors ça dépend des années,
18:25puisque là,
18:26on a des brassages,
18:28un impact des flux à mer,
18:30que ce soit le vent
18:30ou la perte de chaleur,
18:32beaucoup plus important
18:32que dans les tropiques.
18:34Donc oui,
18:34c'est une forme
18:35assez compliquée
18:36qui est pour nous
18:36une région importante,
18:38c'est la région de contact
18:39entre l'océan
18:40et l'atmosphère.
18:41Et du coup,
18:42ça veut dire que
18:43si on essaie de visualiser
18:44les couches d'eau
18:45dans nos têtes,
18:46il y a une couche
18:47à la surface
18:48qui ne se mélange pas
18:49à une couche
18:50qui est en dessous
18:51et quelque part,
18:52la chaleur du soleil
18:53va être emmagasinée
18:54entre les deux
18:55ou à un endroit
18:56ou au niveau du Pacifique.
18:59Voilà,
18:59alors il y a ce réceptacle
19:01des flux à mer
19:01qui est entre la surface
19:02et la thermocline.
19:04Donc là,
19:05on va avoir
19:07énormément de chaleur
19:08qui va être stockée
19:09de façon saisonnière.
19:10C'est quelque chose
19:10qu'on connaît bien
19:11en Bretagne,
19:11par exemple,
19:12puisque cette chaleur
19:13emmagasinée pendant l'été,
19:14on va la revoir
19:15le reste de l'année,
19:16avoir un climat plus doux
19:17que les régions
19:18qui sont éloignées
19:19de l'océan.
19:20Donc ça a un effet tampon.
19:22Maintenant,
19:22des échanges,
19:23il y en a
19:23entre la thermocline
19:25et l'océan plus profond.
19:26Ils sont beaucoup plus faibles.
19:28Ils vont surtout avoir lieu
19:29dans des endroits,
19:30dans les pôles,
19:31dans des régions polaires.
19:32On va avoir
19:32ce qu'on a bien appelé
19:33les ouïes de l'océan
19:34où en fait,
19:35on a des formations
19:35d'eau profonde
19:36qui descendent
19:37à 2000,
19:383000 mètres de profondeur
19:39mais qui ensuite
19:40tapissent le fond de l'océan
19:41mais très doucement.
19:42Et c'est là
19:42où on va avoir
19:43des constantes de temps
19:44de l'océan
19:45de plusieurs siècles
19:46voire millénaires
19:47sous cette thermocline.
19:48Yael Naïm,
19:49j'ai l'impression
19:49que vous aviez une question.
19:50J'avais une question.
19:51Est-ce que l'humain
19:54impacte ou aggrave
19:55ce phénomène-là
19:57et qu'est-ce qu'on peut faire
19:59ou qu'est-ce qu'on doit faire
20:00ou est-ce qu'il y a des...
20:01La question d'après,
20:02est-ce qu'il y a des sociétés
20:03qui sont déjà organisées,
20:04très bien organisées
20:05autour de ces cycles-là ?
20:06Alors par rapport
20:07à la modélisation
20:08et notre compréhension,
20:09Juliette Mignot,
20:09peut-être que vous pourriez
20:10nous éclairer.
20:11Alors tout à l'heure,
20:12j'ai parlé du niveau zéro
20:13de mon petit jeu vidéo
20:14que j'ai modélisé
20:16avec mes petits pixels
20:16et puis ensuite,
20:17ce qu'on fait en tant
20:18que scientifique,
20:19puisque j'ai dit
20:19qu'on voulait faire
20:19des expériences,
20:20on passe au niveau 1
20:21et au niveau 2.
20:22Donc on rajoute,
20:23cette fois,
20:24ce n'est pas un dragon
20:24qui va sortir du donjon,
20:26mais c'est par exemple
20:27des émissions de gaz
20:28à effet de serre,
20:29soit telles qu'on les a
20:29observées dans le passé,
20:30soit telles qu'on pense
20:32que les pays
20:34vont les émettre
20:35dans le futur.
20:36Et ça,
20:36donc c'est des expériences
20:37qui nous permettent
20:38de comprendre
20:40en l'occurrence de l'homme
20:42sur le climat.
20:44Alors,
20:45est-ce que l'homme aggrave ?
20:46Donc l'homme change le climat,
20:47c'est indéniable,
20:48c'est démontré
20:49depuis plusieurs dizaines d'années.
20:51Qu'est-ce qu'on pourrait faire ?
20:52Arrêter d'émettre
20:53des gaz à effet de serre ?
20:55Voilà,
20:56ça c'est pour le climat global,
20:57ce n'est pas forcément
20:58le sujet d'aujourd'hui,
20:59mais c'est important
20:59de le redire.
21:00Que nous montrent maintenant
21:01ces simulations futures
21:04d'émissions de gaz
21:05à effet de serre
21:05sur le phénomène El Niño ?
21:07Elles ne sont pas encore
21:08complètement claires,
21:09il faut voir
21:09que le phénomène El Niño,
21:10il apparaît,
21:11on en a parlé tout à l'heure,
21:13enfin,
21:13il se met en route
21:14tous les,
21:15entre 3 et 7 ans,
21:17donc on n'a pas
21:17beaucoup de recul
21:18ni dans les observations
21:19ni dans les modèles
21:20pour avoir beaucoup
21:21de simulations.
21:22la plupart des simulations
21:24suggèrent que les événements
21:25El Niño du futur
21:27seront plus extrêmes,
21:29un petit peu comme celui
21:30qu'on observe cette année,
21:31même si je précise
21:32que celui de cette année,
21:33on n'a pas encore démontré,
21:34on est vraiment dedans,
21:35qu'il était attribuable
21:38au changement climatique.
21:40Mais en tout cas,
21:41il y a un faisceau d'évidence
21:42qui pourrait suggérer
21:43que les El Niño
21:44deviennent plus extrêmes.
21:46Voilà,
21:46c'est encore
21:48un sujet de recherche.
21:49Quand vous dites
21:50que ce n'est pas forcément
21:51lié au réchauffement,
21:52à notre effet à nous,
21:54pas l'existence d'El Niño,
21:55parce que ça,
21:56c'est quelque chose
21:56de récurrent,
21:57mais c'est son caractère
21:59un petit peu extrême
21:59parce que l'anomalie
22:00de température
22:01est apparemment
22:02plus élevée
22:02que d'habitude.
22:03Voilà,
22:04cette année,
22:04on a eu un El Niño
22:05qui a été particulièrement intense,
22:08enfin,
22:08qui est en cours de développement
22:10et qui,
22:11a priori,
22:11au moment de son pic hivernal,
22:13comme le rappelait Eric,
22:15a tout pour être
22:16particulièrement intense
22:18et, en tout cas,
22:18ce qu'on peut déjà dire
22:21fin août 2026,
22:22c'est qu'il a été
22:23particulièrement précoce.
22:25Eric Guilliard dit,
22:26est-ce que,
22:27par rapport à la question
22:28de Yaël Naïm
22:29sur l'impact
22:30sur les sociétés,
22:31est-ce que,
22:32on peut,
22:33déjà,
22:34vous pouvez nous décrire
22:35la façon
22:35dont un El Niño
22:36va impacter certains pays
22:38plutôt que d'autres
22:38ou qu'est-ce qui se passe
22:40à différents endroits ?
22:41Tout à fait.
22:42Alors,
22:42si on revient
22:42à notre Pacifique tropical,
22:44au-dessus de la piscine
22:45d'eau chaude indonésienne,
22:46on a de la convection
22:47atmosphérique,
22:48c'est-à-dire des remontées
22:48d'air humide
22:49où il pleut énormément
22:50dans ces régions.
22:50À l'Indonésie,
22:51il y a deux récoltes
22:52de riz par an.
22:53Le nord de l'Australie
22:54est tropical.
22:56Et quand la chaleur
22:57se déplace
22:58dans le centre du Pacifique,
22:59en fait,
22:59la convection,
23:00elle suit.
23:01Et donc,
23:01dans ces régions,
23:02on va avoir
23:02de la sécheresse.
23:04Et d'ailleurs,
23:05quand on parlait
23:05de l'impact
23:06de cet El Niño
23:07cette année,
23:08l'Indonésie
23:08a demandé
23:08à ces agriculteurs
23:09de planter
23:11le riz plus tôt
23:12pour espérer
23:13avoir au moins
23:13une récolte
23:14avant l'arrivée
23:14des impacts
23:15d'El Niño.
23:16Donc ça,
23:16c'est un exemple
23:17de comment les sociétés
23:18s'adaptent.
23:19Et donc,
23:19tout ça pour montrer
23:20les bénéfices
23:20de ces prévisions saisonnières
23:22qui sont faites
23:22de façon opérationnelle
23:23par de nombreux centres
23:24dans le monde
23:25et beaucoup de pays
23:26utilisent.
23:26Les pêcheurs péruviens,
23:27on en parlait tout à l'heure,
23:29vous étiez sur votre barque,
23:31Christophe,
23:32à tenter de pêcher
23:33les poissons.
23:33Donc,
23:33les pêcheurs péruviens
23:35ont maintenant
23:35des systèmes opérationnels
23:36pour décider
23:37s'ils vont armer
23:37leur flotte de pêche
23:38ou pas.
23:39Il y a eu des instructions
23:40plutôt cette année
23:41aux pêcheurs
23:42pour ne pas aller pêcher
23:43tel type d'alvin
23:44pour préserver
23:45la ressource
23:46pour plus tard
23:47dans l'année.
23:47Donc maintenant,
23:48ces prévisions opérationnelles
23:49permettent de limiter
23:50énormément
23:51les impacts
23:51sur la société.
23:52Un dernier exemple,
23:53la Corne de l'Afrique
23:54est fortement touchée
23:55par El Niño ou la Niña,
23:57des inondations
23:57ou des sécheresses.
23:59Et donc,
23:59les organisations humanitaires
24:01utilisent les prévisions
24:02saisonnières
24:02pour s'organiser,
24:03pour stocker
24:03des dorés alimentaires
24:04pour pouvoir organiser
24:06leur logistique.
24:07Et sur la Corne de l'Afrique,
24:08un El Niño sera plutôt
24:09sécheresse
24:10ou inondation, justement ?
24:11Plutôt inondation.
24:13Plutôt inondation.
24:13Oui.
24:14Donc ça,
24:14c'est des choses,
24:15ce qu'on appelle
24:15des téléconnexions,
24:17puisqu'on peut se dire
24:18qu'on est loin du Pacifique,
24:19mais en fait,
24:20il y a des systèmes
24:21qui permettent
24:22de connecter
24:22l'ensemble de ces régions
24:23au Pacifique tropical.
24:25Certaines sont bien connues,
24:27d'autres qui vont dépendre
24:28des années.
24:29Et Al-Naïm ?
24:30Non, j'ai dit,
24:30effectivement,
24:31on est sur un petit ballon
24:32et on est tous connectés.
24:35Oui, mais de toute façon,
24:36il y a une sorte
24:37de mécanisme,
24:38de machine
24:39de redistribution
24:40de la chaleur
24:41sur notre planète
24:42qui existe,
24:43du fait que le soleil
24:45ne l'éclaire pas
24:45de la même manière partout,
24:47du fait que la Terre
24:48tourne sur elle-même
24:49et qu'il y ait
24:50des oscillations
24:50jour-nuit.
24:51Il y a des mouvements
24:53de chaleur
24:53qui sont là
24:54absolument en permanence.
24:56Et en parlant
24:56de connecter
24:57toute la planète,
24:59est-ce que dans les
25:00peut-être modélisations,
25:01Juliette Mignot,
25:02on voit
25:03un impact
25:05de El Niño,
25:06de la Niña
25:07ou de ses fluctuations
25:09dans le Pacifique
25:10sur le climat
25:11ou sur la météo
25:13européenne
25:13dans l'Atlantique ?
25:15Est-ce que,
25:15par exemple,
25:16on peut faire un lien
25:17comme certains l'ont fait
25:17de manière peut-être
25:18un peu hasardeuse,
25:19je ne sais pas,
25:19cet été,
25:20entre la canicule
25:21que nous venons d'avoir
25:22et la précocité
25:25peut-être
25:25du phénomène
25:26El Niño
25:27actuel ?
25:28Alors,
25:29statistiquement,
25:30c'est-à-dire
25:31si on prend
25:32la plupart
25:33de tous les événements
25:34El Niño
25:34qu'on a observés
25:35dans le passé
25:36et puis nous,
25:37dans nos simulations,
25:38quand on simule
25:40plusieurs événements
25:40El Niño
25:41et qu'on regarde
25:42un petit peu
25:42ce que ça fait
25:43sur l'Europe,
25:44les Niños
25:45qui piquent
25:46en hiver
25:47comme la plupart
25:48des El Niños
25:51n'ont pas d'impact
25:52significatif
25:53sur le climat
25:53européen.
25:55C'est-à-dire
25:56qu'il y a
25:57une anomalie
25:58de température
25:58qui va avoir lieu
25:59en hiver
25:59dans le Pacifique
26:00tropical,
26:01ça va engendrer
26:02tout un tas
26:02de connexions
26:03et de téléconnexions
26:04qui sont très fortes
26:05dans les tropiques
26:06qui vont aussi
26:07atteindre
26:07les moyennes latitudes
26:09par des phénomènes
26:10d'ondes
26:10atmosphériques,
26:11etc.,
26:11mais elles vont arriver
26:12dans une atmosphère
26:13européenne
26:14qui est elle-même
26:16influencée
26:16par d'autres
26:18phénomènes
26:19plus locaux
26:19dont on pourra
26:20parler dans
26:20une autre émission
26:21et qui vont être
26:22dominants
26:23pour le climat
26:23européen
26:24hivernal.
26:25Donc statistiquement,
26:27il n'y a pas
26:27d'impact
26:28sur le climat
26:28européen.
26:29Maintenant,
26:30ça ne nous empêche
26:30pas de nous demander
26:31sur certains événements,
26:33comme on l'a déjà dit,
26:34l'événement de cette année,
26:35il est précoce,
26:37il a lieu quand même
26:38dans un climat
26:39qui se réchauffe
26:39et qui donc,
26:40en moyenne globale,
26:41est plus chaud
26:42que celui
26:43des derniers événements
26:44El Niño
26:45très importants
26:46et associé au fait
26:48qu'on a eu
26:48quand même
26:49en tout cas des anomalies
26:50de température
26:52océanique
26:52autour de l'Europe
26:53et également,
26:54évidemment,
26:55sur le continent
26:55tout à fait particulière.
26:57Là,
26:57il y a une question
26:58de recherche,
26:59mais qui est vraiment
27:00au niveau scientifique
27:01et pas du tout opérationnel,
27:02de se dire
27:03quelles ont été les conséquences
27:05de cet événement-là
27:06sur le climat européen,
27:10sur l'Atlantique Nord
27:10et ça,
27:11on pourra vous donner
27:12les conclusions
27:14que dans quelques mois.
27:16Mais ça reste,
27:16c'est une question ouverte,
27:18il y a vraiment des gens
27:19qui commencent à se dire,
27:19en plus,
27:20l'atmosphère européen
27:21en été,
27:22il est un petit peu différent
27:23de l'atmosphère en hiver,
27:24donc il serait possible
27:25que les téléconnexions
27:26aient un impact différent.
27:28Mais là,
27:29je parle vraiment
27:29au conditionnel,
27:30c'est important
27:31de garder ça en tête.
27:33Il faut voir
27:33qu'en tant que scientifique,
27:34on est dans un climat
27:37qui change
27:37et donc notre métier,
27:38il évolue
27:39peut-être pas chaque année,
27:41mais en tout cas,
27:42par rapport à moi
27:42au moment,
27:43par exemple,
27:43où j'ai commencé
27:44la recherche
27:44il y a une vingtaine d'années,
27:46on n'est plus sur le même,
27:49on n'est plus sur le même état moyen.
27:52Donc,
27:53l'état de base de la planète.
27:54L'état de base du climat évolue
27:56et donc nos connaissances,
27:57il faut qu'elles s'adaptent
27:58un petit peu
27:59à ce climat-là
28:01et certaines conclusions
28:02qu'on avait
28:03évoluent également.
28:04Éric Guilliardi ?
28:05En fait,
28:05tout le défi
28:06de ce que dit Juliette,
28:07c'est qu'un climat
28:08qui change
28:09fait que les modes
28:10de variabilité
28:12qui étaient bien connus
28:13dans le passé
28:14vont évoluer aussi.
28:16Il y a aussi un problème
28:17de comment on les définit
28:18puisque que devient
28:19l'état de référence
28:20dans un climat
28:21qui évolue,
28:23qui se réchauffe ?
28:23Parce que pour l'instant,
28:24l'état de référence
28:25est pré-industriel peut-être ?
28:27Oui,
28:28alors pour l'industriel
28:29et puis pour El Nino,
28:30on peut dire,
28:31voilà,
28:31jusque dans les années 80,
28:33on avait des tropiques
28:34qui ne changeaient pas beaucoup.
28:36Maintenant,
28:36ils changent.
28:37Et donc,
28:38c'est d'arriver
28:39à démêler
28:42les interactions
28:43entre ces variations naturelles
28:44du climat
28:45et un climat moyen
28:46qui change.
28:46Donc,
28:47c'est vrai
28:47que c'est un nouveau défi
28:48pour nous.
28:51c'est difficile
28:51d'aller dans le passé
28:52puisqu'on n'a pas
28:53d'exemple
28:54de réchauffement
28:54si rapide
28:56dans les données
28:57instrumentales
28:57mais même
28:57dans les données
28:59paléo-
28:59archéologiques
29:00ou paléologiques.
29:01On va avoir
29:01les cernes de croissance
29:02des coraux
29:02comme on regarde
29:03les cernes de croissance
29:04des arbres.
29:04On essaye
29:05mais on n'a pas
29:06de changement équivalent.
29:06Même les bulles
29:07dans des carottes glaciaires.
29:08Voilà.
29:10Et donc,
29:11on utilise des modèles
29:12mais comme l'a rappelé Juliette,
29:13les modèles
29:13ont leurs propres limites.
29:15Mais on progresse,
29:17on avance
29:17et surtout,
29:19pour les bénéfices
29:20pour la société,
29:21ces prévisions saisonnières
29:22aujourd'hui
29:23permettent de limiter
29:24fortement les impacts
29:25des lignos
29:25comparés à avant.
29:27Avant,
29:27un éligo arrivé
29:28et il fallait faire face.
29:30Maintenant,
29:30on peut anticiper.
29:31Comment est-ce qu'on mesure
29:32l'anomalie de température ?
29:33On a des balises
29:35qui sont plantées
29:36un petit peu partout
29:37dans le Pacifique
29:38et à plusieurs,
29:40je ne sais pas moi,
29:41profondeurs différentes
29:42en surface
29:43et dans ces 300 mètres
29:44dont vous parliez.
29:45Alors,
29:45ce qui est extraordinaire
29:46depuis plusieurs dizaines
29:47d'années,
29:48je vais te l'a rappelé,
29:49c'est le réseau
29:49d'observation qu'on a
29:50qui est vraiment
29:50un investissement majeur
29:52non seulement
29:53de la communauté scientifique
29:54mais aussi
29:54des systèmes opérationnels
29:56dans le monde
29:56pour la prévision météorologique
29:57mais aussi
29:58pour mieux comprendre
29:59notre belle planète.
30:01Et donc,
30:01dans le Pacifique
30:01et dans tous les tropiques,
30:02on a des réseaux de mouillage
30:03avec des thermomètres
30:04sur des bouées
30:07ancrées au fond
30:07à 3,
30:094 000,
30:095 000 mètres
30:09de profondeur
30:10avec dans les premières
30:11centaines de mètres
30:12des thermomètres
30:13ou des capteurs
30:14de salinité,
30:15de courant
30:16et tout ça est envoyé
30:17en temps réel
30:17par satellite.
30:18On peut aller voir
30:18n'importe qui ici
30:19peut aller voir
30:20sur Internet
30:20les données en temps réel
30:22dans le Pacifique tropical
30:23et alors on a aussi
30:25les satellites
30:25qui permettent
30:27de visualiser ça.
30:29On a des bouées dérivantes
30:31donc on a un ensemble
30:33de réseaux d'observation
30:34mais là,
30:35je rejoins ce que disait
30:36Juliette tout à l'heure,
30:37c'est qu'on est un peu inquiet
30:39de ce qui se passe
30:39en ce moment aux Etats-Unis
30:40puisque une bonne part
30:42des observations mondiales
30:43sont du fait des Etats-Unis
30:44et aujourd'hui
30:45avec la coupure
30:46de certains programmes
30:47on a une vraie question
30:49sur la pérennité
30:50de ces systèmes.
30:51Donc ça c'est une mobilisation
30:52non seulement
30:53des scientifiques
30:54mais de tous les systèmes
30:55de prévision.
30:57Il faut qu'on prenne
30:57notre avenir
30:58dans nos mains à nous.
31:00L'anomalie de température
31:01dont Nino parle,
31:03c'est quel ordre de grandeur ?
31:05Alors on va prendre
31:06une région
31:07qu'on appelle nous
31:08Nino 3
31:08ou Nino 3.4
31:09qui est dans
31:10le Pacifique équatorial
31:12Est et Centre
31:13on va dire,
31:14une assez grande région
31:15et là on va calculer
31:17une anomalie de température
31:18sur la surface de la mer
31:18donc dès qu'on dépasse
31:190,5 degré
31:20on rentre
31:21par rapport à une moyenne
31:22justement sur 30 ans
31:24sur 40 ans.
31:26quand on dépasse 2 degrés
31:27on a un événement extrême
31:28et là on est déjà
31:29à 2 degrés
31:30sachant que l'événement
31:32va continuer
31:32de s'amplifier.
31:34Donc c'est pour ça
31:34que 2 degrés
31:36sur une région
31:36aussi immense
31:37forcément ça a un impact
31:38sur la température
31:39moyenne de la Terre.
31:41D'ailleurs il est fort probable
31:41que 2027
31:43puisque c'est
31:44au moment de 2027
31:45qu'on aura le plus
31:46de réchauffement
31:47lié à Nino
31:47dans l'ensemble
31:48des océans
31:50on est un record
31:51de température globale
31:52de la Terre.
31:52Y compris en Europe ?
31:54En fait
31:55c'est ce que je disais tout à l'heure
31:56c'est la moyenne
31:56c'est la moyenne de la Terre.
31:58Si je peux prendre
31:5910 secondes
32:00pour parler d'une image
32:00pour que les gens comprennent mieux.
32:02Si vous prenez 40 jeunes
32:04du monde entier
32:05de 10 ans
32:06ils ont une taille moyenne
32:07d'accord ?
32:08Donc c'est l'équivalent
32:08de la température moyenne
32:10de la Terre.
32:11Maintenant vous remplacez
32:12les 10 jeunes
32:13du Pacifique tropical
32:14par 10 jeunes de 15 ans
32:15donc ils vont être plus grands.
32:17Donc la moyenne
32:18va être élevée
32:19mais la taille
32:19des 30 hautes
32:20ne va pas changer.
32:22Vous voyez donc
32:22il faut faire attention
32:25à cet indicateur
32:25de température moyenne
32:26qui est simple
32:27qui permet de résumer
32:28mais qui parfois
32:28est un peu simpliste.
32:30Je ne suis pas sûr
32:31d'avoir compris votre image
32:31vous voulez dire
32:33en gros que
32:34de regarder
32:35à un endroit précis
32:36ne donne pas forcément
32:38une notion globale ?
32:40Ce que je veux dire
32:40c'est de regarder
32:41la moyenne
32:42ne va pas nous dire
32:43ce qui se passe localement.
32:44Oui d'accord c'est ça.
32:45Il y a d'autres moyens
32:45de recevoir
32:47ces informations
32:48qui ne sont pas
32:49en moyenne
32:49qui sont plus près ?
32:50Bien sûr localement
32:51il y a beaucoup
32:53d'informations locales
32:54qui montrent
32:54par exemple
32:55l'Europe de l'Ouest
32:56se réchauffe plus vite
32:57que la moyenne
32:59de la Terre
32:59les continents
33:00se réchauffent plus vite
33:01parce qu'ils ont moins
33:01d'inertie que l'océan
33:02donc il y a beaucoup
33:03de données
33:03qui permettent
33:04d'aller voir localement
33:05mais c'est vrai
33:05que dans le grand public
33:07les médias
33:07on entend beaucoup
33:08cette température moyenne
33:09de la Terre
33:09et on se dit
33:10si El Nino
33:11il faut augmenter
33:11la température moyenne
33:13de la Terre
33:13on va avoir des impacts
33:14en Europe
33:15mais en fait non
33:15ce n'est pas si simple.
33:17Et est-ce qu'on peut avoir
33:17les données
33:19par continent
33:19par exemple ?
33:21Tout à fait
33:21par continent
33:21même par
33:22vous allez sur le site
33:23de Météo France
33:23vous aurez les données
33:25sur votre ville
33:25sur votre région
33:27on a des séries fantastiques.
33:28On peut avoir des provisions
33:31sur 2027
33:32par exemple
33:32comme vous dites
33:33pas en moyenne
33:33mais en...
33:34Alors les prévisions
33:36c'est différent
33:37des observations du passé
33:38puisque le futur
33:39on n'a pas encore observé
33:42mais les prévisions saisonnières
33:44sont aussi régionales
33:45par exemple
33:46ce que disait tout à l'heure
33:47Juliette
33:47sur l'impact
33:48d'El Nino
33:48aux moyennes latitudes
33:49les Etats-Unis
33:50en particulier
33:50l'ouest des Etats-Unis
33:51de la Californie
33:52ont des prévisions saisonnières
33:54pour cet hiver
33:54qui prévoient
33:55plus de précipitations
33:56puisque les années El Nino
33:58donc il y a effectivement
33:59plus de précipitations
34:00en Californie
34:01et dans l'ouest
34:01enfin surtout dans le sud-ouest
34:03du Pacifique
34:04des Etats-Unis
34:05Nous avons une première question
34:06d'Agathe
34:07Bonjour Agathe
34:08Bonjour
34:09Est-ce que dans les modèles
34:10de prédiction
34:11vous envisagez un scénario
34:12où les émissions
34:13de gaz à effet de serre
34:14diminuent
34:15et si oui
34:16quelles seraient les conséquences ?
34:17Juliette Mignot
34:18c'est une question pour vous
34:19Oui donc merci
34:20pour la question
34:21absolument
34:21donc ce qu'il faut voir
34:23c'est que les scénarios
34:24qu'on envisage
34:25ils sont mis au point
34:27par d'autres scientifiques
34:28à la fois
34:30des sociologues
34:31des politologues
34:32des gens qui vont étudier
34:34l'évolution des sociétés
34:35et qui effectivement
34:36nous disent
34:36ça vaut la peine
34:37vu les accords internationaux
34:39vu les discussions internationales
34:41de considérer
34:42des scénarios
34:42dans lesquels
34:43les émissions diminuent
34:44voire arrivent à zéro
34:45voire deviennent négatives
34:47on pourrait discuter
34:48du réalisme
34:49de ces scénarios
34:50et des échelles de temps
34:50ce qui se passe
34:52dans les modèles
34:53donc c'est en cours d'étude
34:54c'est tout à fait
34:55un sujet d'actualité
34:56il y a certains éléments
34:58qui sont
34:58ce qu'on appelle
34:59réversibles
35:00c'est à dire
35:00si on arrive
35:01à réduire les émissions
35:03notamment par exemple
35:04la température globale
35:05de la Terre
35:06dans beaucoup d'expériences
35:08elle revient
35:08assez rapidement
35:10à sa situation
35:11de départ
35:12par contre
35:13d'autres éléments
35:13par exemple
35:14dans l'océan
35:15qui a beaucoup plus
35:16de mémoire
35:16et des phénomènes
35:17notamment des équilibres
35:19écosystémiques
35:20et biologiques
35:22ne reviennent pas
35:23à leur état de départ
35:24quand on revient
35:25à des émissions
35:25nulles
35:26voire négatives
35:27nous avons une question
35:28de Yannick
35:29oui bonjour
35:30est-ce que ce phénomène
35:31pourrait se produire
35:32dans un autre océan
35:34ça c'est peut-être
35:34pour vous
35:35Éric Guilliardi
35:35oui alors
35:36en fait
35:37dans l'océan
35:40Atlantique
35:41il y a aussi
35:42ce qu'on appelle
35:42un Nino Atlantique
35:43mais qui est
35:43beaucoup plus petit
35:45puisqu'en fait
35:46il y a besoin
35:47de la taille
35:47du Pacifique
35:48pour que
35:49El Nino
35:49s'amplifie et se déploie
35:51l'Atlantique
35:52est un peu trop petit
35:53pour qu'il y ait
35:54le même impact
35:57mais c'est une
35:58excellente question
35:59et il y a
36:00donc en fait
36:01dans ces deux bassins
36:03alors
36:03dans l'océan Indien
36:04le fait
36:05qu'il n'y ait pas
36:05d'océan au nord
36:06et assez peu
36:07d'échanges nord-sud
36:08puisque c'est du continent
36:09là
36:10la situation
36:11est très différente
36:12mais dans l'Atlantique
36:13en fait
36:13c'est le ratio
36:14enfin le Pacifique
36:15et Atlantique
36:16c'est la différence
36:17entre
36:18la taille
36:20horizontale
36:20donc la largeur
36:22et ce qui se passe
36:23au niveau
36:23méridien
36:24c'est-à-dire
36:24nord-sud
36:25donc
36:27dans l'Atlantique
36:28un petit peu
36:28mais pas aussi gros
36:29que le Pacifique
36:29Yal Naïm
36:30vous aviez une question
36:31pour préciser
36:32quelque chose
36:32qu'on avait dit
36:33tout à l'heure
36:33il me semblait
36:34pour les prévisions
36:36moyennes
36:36etc
36:38vous vous demandiez
36:39vous disiez
36:40que la moyenne
36:41qu'on arrive à avoir
36:42est-ce qu'elle pouvait avoir
36:42des
36:43oui c'est ça
36:44c'est-à-dire que
36:45est-ce qu'on peut remplacer
36:46donc le langage
36:47de moyenne
36:48qui ne se traduit
36:49du coup
36:51qui n'est pas réel
36:52par rapport
36:52comme vous dites
36:53est-ce qu'on peut
36:54juste
36:55aujourd'hui
36:56tout simplement
36:56le traduire
36:57en quatre chiffres
36:58par exemple
36:59concrets
37:00que vous connaissez
37:02pour des endroits
37:03précis
37:03voilà
37:04pour
37:05pour certains continents
37:06est-ce qu'on a déjà
37:07ces données-là
37:09je peux répondre rapidement
37:10en fait
37:12beaucoup d'acteurs
37:13de la société
37:13que ce soit
37:14d'un ministère
37:15jusqu'à une entreprise
37:16jusqu'à des collectivités
37:18territoriales
37:20utilisent
37:20un ensemble
37:21d'indicateurs
37:23c'est-à-dire
37:23qu'ils vont voir
37:24quelles sont leurs vulnérabilités
37:25pour certains
37:25ça va être la température
37:26pour d'autres
37:26ça va être les événements extrêmes
37:28pour des troisièmes
37:28ça va être le niveau de la mer
37:29et donc ils s'approprient
37:32c'est vraiment
37:32c'est ce qu'on appelle
37:33les services climatiques
37:34c'est-à-dire qu'ils vont
37:34s'approprier
37:35les données qui sont importantes
37:37pour eux
37:39localement
37:39et ça
37:40ça va dépendre des endroits
37:41c'est sûr que les impacts
37:42en montagne
37:42côtiers
37:43ou dans les villes
37:44ne sont pas les mêmes
37:44et donc
37:46nous scientifiques
37:47on travaille de plus en plus
37:48avec des acteurs
37:49pour mettre au point
37:50ces services climatiques
37:51pour répondre précisément
37:52et utiliser les bons indicateurs
37:54pour
37:57répondre localement
37:58aux enjeux
37:59comme vous le soulignez
38:00Juliette Mignot
38:01vous vouliez peut-être compléter
38:01je veux juste préciser
38:02qu'au niveau de la France
38:03Météo France
38:03a fait exactement cet exercice
38:05c'est-à-dire a dit
38:06si on va vers un monde
38:08à 3 degrés plus chaud
38:09que ce qui se passait
38:11en pré-industriel
38:12donc 3 degrés en moyenne globale
38:13quelles sont les conséquences
38:14pour la France
38:15quelles sont les adaptations
38:16nécessaires
38:17ça s'appelle la TRAC
38:18je ne vais pas en dire plus
38:19aujourd'hui
38:19allez voir sur internet
38:20ça se trouve sur le site
38:21de Météo France
38:22mais il y a tout à fait
38:23cet exercice qui a été fait
38:24en France
38:24moi je travaille beaucoup
38:25au Sénégal
38:26et c'est en train d'être fait
38:27aussi sur le Sénégal
38:28donc pour un certain niveau
38:29de réchauffement global
38:30qu'est-ce qui se passe
38:31sur mon territoire
38:32c'est ça
38:33et qu'est-ce que nous
38:34on doit faire aussi
38:36pour s'organiser
38:37mais aussi pour préserver
38:39notre environnement
38:40alors il y a nous
38:40en tant que citoyens individuels
38:42je l'ai déjà dit
38:43tout faire
38:44par les moyens individuels
38:45par les bulletins de vote
38:46et par tous les moyens
38:47qui nous sont donnés
38:48de réduire les émissions
38:50de gaz à effet de serre
38:51et ensuite il y a nous
38:52en tant que société française
38:54et là on s'adresse
38:55éventuellement aux décideurs
38:56etc.
38:56et donc là eux
38:57ils ont besoin
38:57d'informations chiffrées
38:58d'où ces rapports
39:02qui permettent de
39:03on appelle ça
39:04de changer d'échelle
39:05de descendre d'échelle
39:06depuis la moyenne globale
39:07jusqu'à des territoires
39:09particuliers
39:09en tout cas ce qui est bien
39:10c'est de faire confiance
39:11aux scientifiques
39:12nous avons une question
39:13d'Aline
39:13oui bonjour
39:14est-ce que l'intelligence
39:16artificielle
39:16accélère la modélisation
39:18des phénomènes climatiques
39:19et dans quelle mesure
39:20avec éventuellement
39:22quelle limite énergétique
39:23ou est-ce qu'on se limite
39:24dans l'usage
39:25par rapport à une frugalité
39:26Juliette Mignot
39:28oui merci de votre question
39:29alors concernant la frugalité
39:31c'est vraiment quelque chose
39:32sur lequel on travaille
39:34les scientifiques
39:35c'est difficile
39:35d'être un scientifique
39:36du climat
39:37et de développer des outils
39:40que ce soit de la modélisation
39:41ou de l'observation
39:41qui sont très consommateurs
39:44en carbone
39:45et en énergie
39:46donc il y a une balance
39:47à trouver
39:48donc merci de la question
39:49l'intelligence artificielle
39:50elle n'accélère pas
39:52comme ça par magie
39:53mais effectivement
39:54on s'intéresse
39:55à ces méthodes
39:56donc de statistiques
39:58et mathématiques
39:59en fait
39:59qui sont basées
40:01sur le fait
40:01que comme on commence
40:02à avoir
40:03un certain nombre d'années
40:05d'observation
40:05et de modélisation
40:06on peut apprendre
40:07des relations statistiques
40:09qui nous permettent
40:10éventuellement
40:10d'anticiper le futur
40:11de façon un peu plus
40:13rapide et efficace
40:13donc c'est tout à fait
40:15un sujet de recherche
40:15il y a d'autres applications
40:18notamment sur
40:19comment j'ai parlé
40:20de mon pixel
40:21qui fait 100 km
40:22qu'est-ce qui se passe
40:23à l'intérieur de mon pixel
40:24comment est-ce que
40:24je le représente
40:25là aussi on peut
40:27utiliser des méthodes
40:28statistiques
40:29on a quand même dit
40:31qu'on était dans
40:31un climat qui change
40:32et donc se pose la question
40:33comment est-ce qu'on apprend
40:34statistiquement
40:35à des modèles
40:37à travailler
40:38sur une baseline
40:41pardon
40:41pour l'anglicisme
40:42qui elle-même évolue
40:44donc voilà
40:45oui on y travaille
40:46oui ça fait vraiment
40:47partie intégrante
40:48des développements
40:49qu'on fait
40:49voilà
40:50ça fait partie
40:51de notre recherche
40:52je vais vous faire
40:53maintenant écouter
40:54un petit son
40:54alors je crois qu'il y en a
40:55qui ont triché
40:56et qui le connaissent
40:56un petit peu
40:58parmi le panel
40:59mais vous
40:59Yael Naimin
41:00vous ne le connaissez pas
41:01donc c'est un petit son mystère
41:03qui a été composé
41:03par une équipe de chercheurs
41:04de l'institut de technologie
41:05de Bandung
41:06en Indonésie
41:07je vais vous le faire écouter
41:08on va voir si ça vous inspire
41:10quelque chose
41:10si vous devinez
41:11de quoi il s'agit
41:12le voici
41:22déjà c'est de la musique
41:23non ?
41:24ça vous fait penser
41:25à quelque chose ?
41:26ouais peut-être
41:26en Tibet
41:27des cloches
41:28et à votre avis
41:29est-ce que ça représente
41:30quelque chose
41:31ce son ?
41:33qui serait en rapport
41:34avec l'émission
41:35d'aujourd'hui ?
41:38l'appel à la pluie
41:41c'est pas mal
41:42j'aime bien
41:43c'est pas tout à fait ça
41:44Eric Guilliardie
41:46vous savez ce que c'est ou pas ?
41:48si vous savez pas
41:49vous avez le droit de deviner
41:51ça ressemble à
41:52on a pris des données climatiques
41:53et on a demandé
41:54à un instrument
41:55de les représenter
41:57on se rapproche
41:58on se rapproche pas mal
42:00et quel genre
42:01de données climatiques
42:02à votre avis ?
42:04au hasard
42:05si on parle d'El Nino
42:05ça va être l'indice d'El Nino ?
42:07ah bah pas mal
42:09bravo
42:10bravo
42:10et bien nous avons demandé
42:11une petite explication
42:13à Jérôme Vialard
42:14qui est chercheur
42:15au laboratoire
42:16L'Océan
42:16et directeur de recherche
42:17à l'Institut de Recherche
42:18pour le Développement
42:21voici ce qu'il nous a dit
42:22l'extrait qu'on a écouté
42:24c'est une sonification
42:25donc ce qui correspond
42:27à une transformation
42:28de données
42:29en son
42:29qui ici
42:31est appliquée
42:31à la température
42:32du Pacifique Central
42:34donc on rappelle
42:35une anomalie chaude
42:36dans le Pacifique Central
42:37c'est un El Nino
42:37et une anomalie froide
42:39c'est-à-dire l'Aninia
42:40et ici
42:41les anomalies chaudes
42:43sont traduites
42:43en notes aiguës
42:45et les anomalies froides
42:46en notes graves
42:48on arrive à percevoir
42:49dans cette musique-là
42:50certaines des propriétés
42:52assez caractéristiques
42:53du phénomène El Nino
42:55donc par exemple
42:56il n'y a pas de saut brutaux
42:58entre des notes graves
42:59et des notes aiguës
43:00ça traduit le fait
43:01que les anomalies
43:02d'El Nino
43:03sont assez persistantes
43:04en le temps
43:04elles sont persistantes
43:05parce qu'une fois
43:06qu'une anomalie est en place
43:08elle tend à être amplifiée
43:10par le couplage
43:11entre l'océan
43:12et l'atmosphère
43:13c'est ce qu'on appelle
43:14la rétroaction de Birkenes
43:16qui fait par exemple
43:17que quand on a une anomalie chaude
43:18elle va affaiblir les alizés
43:20les remonter d'eau froide profonde
43:22ce qui va renforcer
43:23l'anomalie chaude
43:25une deuxième propriété
43:28qu'on entend
43:29c'est qu'il y a une alternance
43:30entre des parties
43:31plutôt graves
43:32qu'on pourrait appeler
43:33des couplets
43:33et des parties plutôt aiguës
43:35qu'on pourrait appeler
43:36des refrains
43:37et ça, ça traduit le fait
43:39que le phénomène El Nino
43:40il a un côté cyclique
43:42c'est une oscillation
43:44et ça c'est lié
43:45à un mécanisme physique
43:47qu'on appelle
43:47la décharge
43:49ou la recharge
43:50pendant un El Nino
43:51en fait
43:51un El Nino
43:53enlève progressivement
43:54de la chaleur
43:54de la bande équatoriale
43:55ce qui à terme
43:57va favoriser
43:57une transition
43:58vers un El Nino
43:59et enfin
44:00le dernier aspect
44:00qu'on perçoit
44:01c'est que
44:02le petit morceau
44:03que nous joue la nature
44:04il n'est pas ennuyeux
44:05c'est pas une répétition
44:07régulière
44:08couplé-refrin
44:09couplé-refrin
44:09on a des fois
44:11des choses
44:11qui durent un petit peu
44:12plus longtemps
44:13et ça ça traduit
44:14le fait que
44:14El Nino est certes
44:15une oscillation
44:16mais une oscillation
44:17irrégulière
44:18un peu difficile
44:18à prévoir
44:20et ça ça provient
44:21du dernier ingrédient
44:22important dans le phénomène
44:23El Nino
44:24qui sont ce qu'on appelle
44:25les coups de vent d'ouest
44:26donc les coups de vent d'ouest
44:28c'est des variations
44:29rapides des vents
44:31qui sont pas liées
44:32à ce qui se passe
44:32dans l'océan
44:33qui sont pas prévisibles
44:34à long terme
44:35et qui vont entraîner
44:36une certaine irrégularité
44:38dans la succession
44:39des El Nino
44:40et des Lani
44:40Qu'est-ce qu'elle vous inspire
44:42cette petite musique
44:43Yoel Naïm ?
44:44C'est trop intéressant
44:44effectivement
44:45elle a une forme de répétition
44:49quand même cyclique
44:50qu'on ressent tout de suite
44:52même si pas tout à fait
44:54méthodiquement régulière
44:55donc moi en tout cas
44:57ça me permet
44:58de mieux comprendre
44:59et ressentir
45:01ces cycles là
45:02donc intéressant
45:05ouais je trouve ça intéressant
45:06parce que chaque cerveau
45:08comprend différemment
45:09il y a des cerveaux
45:10qui sont plus logiques
45:11qui sont corporels
45:12qui vont comprendre
45:13par des visions
45:14par une image
45:14ou par un son
45:16donc ça permet
45:17d'atteindre peut-être
45:18toute la population
45:20Merci beaucoup
45:21pour ce commentaire de fin
45:23car c'est la fin
45:24de Big Bang
45:25et de la première émission
45:26de cette deuxième saison
45:27merci à toutes et à tous
45:28de nous avoir écoutés
45:29jusqu'ici
45:30merci Jérôme Vialard
45:31de nous avoir expliqué
45:32la sonification
45:33du phénomène
45:34El Niño
45:34Merci Yael Naïm
45:36vous êtes en ce moment
45:36en tournée
45:37pour votre dernier album
45:38Solaire
45:39et serez le 23 mars 2027
45:41à l'Olympia
45:42et votre livre
45:42Ma Chambre à Moi
45:43sort le 1er octobre
45:45aux éditions Le Duc
45:46Merci Eric Guilliardi
45:47vous êtes à l'initiative
45:49avec l'Office
45:50for Climate Education
45:51du guide pédagogique
45:52Le climat entre nos mains
45:54Océan et Cryosphère
45:56que je montre là
45:57qu'on mettra sur le site
45:58de l'émission
45:58qui est développé
45:59en partenariat
46:00avec le Centre National
46:01d'Études Spatiales
46:03Merci Juliette Mignot
46:04pour votre travail
46:05notamment diplomatique
46:06et éducatif
46:07avec les universités
46:08sénégalaises
46:08au sein de l'Institut de Recherche
46:10pour le Développement
46:11et bien sûr
46:12merci au public
46:13du Studio 106
46:14à toute l'équipe technique
46:16Le son, la machinerie
46:18lumière, vidéo et régie
46:19vous êtes top
46:19cette émission a été réalisée
46:21par Benjamin Riquet
46:22à la programmation musicale
46:24Jean-Baptiste
46:24Aude Ibert
46:25à la programmation
46:26et à la préparation
46:27Élodie Royer
46:28rendez-vous samedi prochain
46:29pour une émission
46:30sur les mystérieux
46:31petits points rouges
46:32observée par le télescope
46:33James Webb
46:34toutes les émissions
46:35Big Bang
46:35sont à retrouver en podcast
46:36sur l'application
46:37Radio France
46:38et si vous souhaitez
46:39assister à une
46:39ou plusieurs d'entre elles
46:40il vous suffit
46:41de réserver vos places
46:42sur le site
46:43de la maison
46:43et de la radio
46:45et de la musique
46:45c'est plutôt sympa
46:46comme émission