00:00Coup de cœur culture de C'est notre époque avec un homme qui lui aussi sent bon, Augustin Trapenard.
00:04Merci, voilà une semaine qui a eu une bonne semaine, merci Céline.
00:07On vous accueille comme il faut dans cette maison.
00:09Et vous, vous nous conseillez un film à voir ou revoir d'ailleurs absolument.
00:13Et vous voyez s'afficher un sourire sur le visage de Stéphane Boutsog.
00:17Vous avez reconnu tout de suite le si beau thème composé par Jean-Claude Petit de Cyrano de Bergerac de
00:22Jean-Paul Rapneau
00:23dont on a appris la disparition hier.
00:24Alors c'est ce film que je nous conseille aujourd'hui, film phagocyté à juste titre par la performance de
00:30Gérard Depardieu
00:31mais dont il ne faut pas oublier l'importance dans la production cinématographique française jusqu'à aujourd'hui.
00:37C'est-à-dire que sans le Cyrano de Rapneau, il n'y aurait pas de Trois Mousquetaires ou de
00:40Compte de Monte Cristo aujourd'hui.
00:41Ce film, c'est vraiment le maître étalon de l'adaptation littéraire sur grand écran en termes de budget,
00:47de succès populaire, critique et international.
00:49En fait, c'est intéressant, le tournant des années 90 avec les adaptations, souvenez-vous, par Claude Berry
00:55de Jean de Florette et de Manon Desources, puis de Germinal, avec la Reine Margot adaptée de Dumas par Patrice
01:01Chéreau
01:01et avec ce Cyrano de Bergerac qui sera suivi par le Hussard sur le toit adapté de Giono.
01:06C'est un moment majeur dans l'histoire du film français et je crois qu'il faut dire qu'on
01:09a perdu hier
01:10l'un des grands artisans de la préservation de notre patrimoine littéraire.
01:14Et avec Cyrano de Bergerac, c'est à Edmond Rostand que Jean-Paul Rapneau rendait hommage.
01:18Oui, et avec ses propres outils de cinéaste, notamment le mouvement, le rythme, l'action,
01:24avec le soin qu'il apportait à l'adaptation, scénario avec Jean-Claude Carrière,
01:28avec la beauté des reconstitutions, des décors naturels, de la lumière.
01:32Jean-Paul Rapneau, c'est seulement 8 films en 50 ans de carrière, c'est très peu.
01:35C'est un perfectionniste et vous savez pour la petite histoire que pour Cyrano, en fait,
01:39il hésite au départ parce qu'il n'aime pas beaucoup les adaptations.
01:42Et puis, il se souvient que c'est l'une des premières pièces qu'il a vues au théâtre pendant
01:45la guerre avec sa mère
01:46et ça, c'est dans le film. C'est-à-dire que le film s'ouvre par une scène où
01:49un petit garçon va au théâtre
01:51et le génie de Rapneau, vous voyez, c'est de rendre hommage à une oeuvre littéraire
01:55mais aussi au plaisir et à l'émerveillement que nous procure notre patrimoine.
01:59Et vous dites que ce n'est pas un film qui vieillit.
02:01Ah bah non, moi au contraire, je l'ai revu hier et je pense qu'il n'a jamais été
02:04aussi nécessaire.
02:04Qu'est-ce qu'il nous dit Cyrano aujourd'hui ? Ce poète, souvenez-vous, qui aime en secret sa
02:09cousine Roxane
02:10mais qui refuse de se déclarer parce qu'il est convaincu de sa laideur.
02:13Cet homme qui va préférer l'anonymat et qui va tenir surtout contre tous ceux qui courbent l'échine,
02:18qui se compromettent, qui se vautrent dans la bêtise.
02:20C'est un résistant Cyrano.
02:22L'une des plus belles scènes pour moi Céline, c'est celle des non-merci
02:25où il refuse la gloire et l'argent qu'on lui propose pour choisir l'indépendance
02:29et pour choisir la poésie.
02:30Je vais vous dire à l'heure du post, du tweet, du texte en 200 signes
02:34mâchés par Tchad GPT ou Claude,
02:37quelle plus belle résistance que la lenteur d'une phrase,
02:40que la maîtrise de la langue, que la beauté d'un verre.
02:44Non merci ! Non merci !
02:45Non merci !
02:50Mais chanter, rêver, rire, passer,
02:56Être seul, être libre,
03:00avoir l'œil qui regarde bien,
03:03la voix qui vibre,
03:04mettre quand il vous plaît son feutre de travers,
03:07pour un oui, pour un non,
03:08se battre
03:10ou faire un verre.
03:13C'est quand même magnifique !
03:14Comme une chronique de Augustin Fappenard.
03:16Merci Augustin !