00:00Vous ne pouvez pas savoir combien ça me touche, parce que moi je suis des rares aujourd'hui survivants de
00:08cette époque.
00:09J'ai suivi la campagne présidentielle, on parle de présidentielle actuellement,
00:14j'ai suivi comme jeune journaliste la campagne présidentielle de Georges Pompidou en 1969.
00:21On était effectivement, comme à l'époque, on n'était pas aussi nombreux qu'aujourd'hui,
00:26il devait y avoir une trentaine de journalistes qui suivaient la campagne Pompidou.
00:30On a fait le Tour de France avec Pompidou et Pompidou tous les jours.
00:36Venez nous voir, ils fumaient la cigarette avec nous, etc.
00:39Mais surtout, Balladur était notre coach, il avait été désigné en quelque sorte par Pompidou pour s'occuper des journalistes,
00:48ceux qui suivaient le président de manière à ce qu'ils aient les bonnes informations, qu'ils fassent des bons
00:53papiers.
00:53Et j'ai gardé un souvenir d'un homme d'une classe exceptionnelle.
01:00Alors après, si on regarde 30, 40 ans après, lorsqu'il est devenu Premier ministre, on s'est beaucoup moqué
01:06de lui.
01:06Il y a eu beaucoup de... c'est normal d'ailleurs, un Premier ministre, à un moment ou un autre,
01:10on se moque de lui.
01:11Mais je pense que cet homme avait de grands mérites.
01:15Simplement, c'était des mérites d'une autre époque.
01:18C'était les mérites de la France des années, effectivement, qui n'existent plus.
01:25C'est la France...
01:26Je disais, le moule est cassé de ce type de...
01:29Il a souvent exprimé à juste titre la nostalgie et Balladur faisait...
01:34Alors quand il a voulu faire de la politique de haut niveau, quand il a voulu être candidat à son
01:39tour,
01:40après l'histoire Balladur, la compétition avec Chirac, il a voulu faire un peu la politique nouvelle formule.
01:48Et c'est là qu'il...
01:49Là, je fais un parallèle, si vous me permettez, avec Raymond Barr.
01:51C'est-à-dire qu'il y a, chez l'un et l'autre, des grands serviteurs de l'État,
01:57mais ce ne sont pas des hommes politiques comme Jacques Chirac, comme Nicolas Sarkozy, comme François Mitterrand.
02:03Et l'un et l'autre, d'ailleurs, n'ont pas été élus.
02:06C'est-à-dire qu'il y avait peut-être un refus de la démagogie, chez l'un comme chez
02:11l'autre.
02:12Une difficulté peut-être à entrer en contact avec le peuple.
02:15Et on dit souvent qu'une élection présidentielle, c'est la rencontre d'un homme et du peuple.
02:19Que Sarkozy, évidemment, l'a fait.
02:21Que François Mitterrand l'a fait.
02:22Que Jacques Chirac, bien sûr, l'a fait.
02:24Et que ces deux profils-là, ça pose d'ailleurs le problème dans les démocraties,
02:28que le profil du candidat est toujours gagnant,
02:33mais le candidat n'est pas forcément un grand président.
02:36Et les présidents, on ne saura jamais si Raymond Barr ou Balladur auraient été des grands présidents,
02:42mais en tout cas, ils n'étaient pas des grands candidats.
02:44Mais ils n'avaient pas la folie, enfin pas la folie, mais la volonté absolue, totale, chaque jour,
02:53comme l'ont été ceux qui ont été élus, d'être président.
02:57Et je pense que Balladur, il a cru, on lui a dit, son entourage lui a dit,
03:02c'est ton tour maintenant, Chirac, il va prendre la place.
03:05Il n'avait pas, ce n'était pas son destin.
03:07– Sauf, alors là, vous avez bien connu cette période-là, puisque vous étiez à TF1,
03:11et on peut le dire aujourd'hui…
03:13– C'était le candidat de TF1.
03:13– Voilà, c'était le candidat de TF1.
03:18Il y a une anecdote célèbre, lorsque Jacques Chirac a été élu, il est arrivé dans la cour de TF1,
03:25dans le hall de TF1, et je crois qu'il a regardé Étienne Moujotte, Robert Mamias,
03:29il a dit mine de sel, mine de sel, mine de sel.
03:31C'est vrai ou pas ?
03:32– Écoutez, je l'ai dit que c'était vrai, parce que c'était vrai,
03:36et parce que moi, on m'a dit, il faut soutenir Balladur.
03:39– Et on vous avérait à cause de ça ?
03:40– Balladur nous a fait des promesses pour le groupe, et moi j'ai dit, voilà, bon.
03:44– C'est tout.
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