00:00Avec l'incendie de Fontainebleau, il y a d'abord eu l'émotion des habitants.
00:03Il y a un énorme choc.
00:04Mais le feu a aussi provoqué des remises en question et des débats sur l'avenir de la forêt qui
00:09suscitent des tensions.
00:10Il y a des chamagris là, qui sont, bah oui c'est normal, on est en crise.
00:142000 hectares, soit 10% du massif de Fontainebleau, ont brûlé en juillet dernier.
00:18Ces incendies ont provoqué un choc, notamment chez les grimpeurs.
00:22C'était des deux semaines très très difficiles, c'était vraiment une immense peine.
00:26Une communauté particulièrement active dans cette forêt, prisée pour ses rochers.
00:30La forêt de Fontainebleau, c'est 15 millions de visites par an.
00:33Et parmi ces 15 millions, c'est à peu près 1,5 million de grimpeurs.
00:37Donc à peu près 10% de la fréquentation.
00:39Aujourd'hui, on parle beaucoup des grimpeurs parce que les grimpeurs viennent du monde entier pour grimper à Fontainebleau.
00:44On a aussi une communauté de grimpeurs qui sont venus habiter ici sur le territoire
00:49parce qu'il y a les blocs et parce qu'ils peuvent pratiquer leur activité tout quotidiennement.
00:55Même une fois le feu maîtrisé, la forêt de Fontainebleau a été interdite au public pendant plus d'un mois.
01:01Il ne sera pas rouvert avant potentiellement un an.
01:04Aujourd'hui, je n'ai pas de date de réouverture pour les zones incendiées
01:06parce qu'il y a énormément de travail à faire.
01:09Pour le reste de la forêt de Fontainebleau, la zone qui n'est pas incendiée,
01:12le préfet fera des annonces et c'est lui qui va décider quand est-ce que la forêt rouvrira.
01:17Moi, aujourd'hui, je ne connais pas forcément la date.
01:18Après six semaines de fermeture, une réouverture de 80% du massif à partir de ce 22 août
01:24a été actée par la préfecture ce 21 août.
01:27Mais un autre incendie couvre dans la communauté des grimpeurs qui se questionnent sur l'après.
01:31Et ça peut donner lieu à des crispations.
01:33Les tensions se cristallisent surtout sur les restrictions d'accès à la forêt.
01:37Certains grimpeurs les jugent liberticides quand d'autres pensent qu'elles peuvent être une solution pour l'avenir.
01:42Là, on est dans une crise, il y a un énorme moment de friction, on a perdu nos repères.
01:46On est en crise, quoi !
01:48Voici Gaëtan Potard.
01:49On l'a retrouvée à Butier, l'un des sites de report pour les grimpeurs durant la fermeture du massif.
01:55Elle est monitrice d'escalade et directrice d'un club, mais pas que.
01:58Je suis aussi ingénieure agro-environnement,
02:01donc je suis consultante sur l'impact des sports de nature sur les milieux naturels.
02:06Et j'ai aussi un autre mandat, je suis secrétaire de l'assaut Respect Blo.
02:11Elle a aussi travaillé plusieurs années à l'Office national des forêts de Fontainebleau.
02:15J'avais déjà vu des feux de 3 hectares, 4 hectares.
02:19Et bon, ce n'était pas la chose la plus inattendue pour moi.
02:23Mais l'intensité de celui-là, il y a un deuil en fait à faire,
02:28même si je sais que la forêt, la nature va reprendre différemment,
02:32que la forêt a toujours été différente et là, elle va se remettre de ce feu-là.
02:35Cette intensité, ces niveaux de sécheresse font que je sais que la vie ne sera plus dans cette forêt
02:42et ailleurs, ne sera plus jamais comme avant.
02:45Avec le collectif Respect Blo, qui regroupe des grimpeurs,
02:49ils tentent de réfléchir aux prochaines crises et à un potentiel encadrement plus strict de la forêt.
02:53Ça nous a bouleversés, ça nous a poussés à aller plus loin dans certaines réflexions qu'on avait.
02:59On est nombreux à accepter que les choses, elles ont changé,
03:05que les interdictions et les restrictions qui pourraient peut-être même être bénéfiques
03:09pour l'espace naturel, nature en tant que tel, ça, ça serait allé très très loin.
03:14Et qu'on peut peut-être faire mieux répartir les gens, mieux répartir la charge.
03:20Ça, on veut bien y participer.
03:22Je ne vois pas trop comment le laisser faire comme avant peut être bénéfique aux autres usagers,
03:30parce qu'on n'est pas les seuls, et aux espèces protégées, et au milieu et à l'écosystème.
03:38En tout, quatre sites de report étaient disponibles pour les grimpeurs
03:42le temps de la fermeture du massif, comme celui de Butier.
03:45Ce n'est pas notre secteur le plus proche de chez nous, c'est un des plus loin.
03:48C'est avec presque, on va dire, presque 45 minutes.
03:52Mais par contre, oui, on vient de temps en temps.
03:54Caroline Sineau, ingénieure de formation, est un visage de la grimpe à Fontainebleau.
03:59Elle a gravi les blocs les plus difficiles du massif, dans lequel elle va depuis toute petite,
04:03et est une blosarde revendiquée.
04:05En fait, un blosard, ce n'est pas forcément quelqu'un qui est natif de Fontainebleau.
04:09C'est quelqu'un qui est tombé amoureux du secteur et qui est passionné par le secteur.
04:13Il peut très bien habiter à 400 kilomètres, il peut être blosard.
04:17Elle dénonce le fait que la fermeture du massif ait été totale et non progressive.
04:22Il faut voir que c'est 22 000 hectares, c'est énorme, ça fait deux fois la taille de Paris.
04:26Seulement 10% a été brûlé, mais il y a 90% qui restent fermés tout l'été,
04:31alors que ce n'est pas la même météo dans certains secteurs.
04:35Il y a quand même une grosse différence entre le sud et le nord de la forêt.
04:38Dans d'autres départements, comme dans les Landes, la forêt n'est pas interdite.
04:41Il y a un passe-riverain, il y a des horaires aménagés.
04:44Par exemple, la forêt est ouverte le matin très tôt, le soir.
04:47On pense qu'il y a vraiment des choses à faire, plutôt que de tout fermer dans la globalité de
04:51la forêt.
04:52Avec d'autres habitants de Fontainebleau, elle déplore une opacité
04:55et veut que plus de personnes puissent participer aux discussions.
04:58On est pour des actions, éventuellement s'il faut aider de bénévolat,
05:04pour accueillir les gens.
05:06On ne veut pas se replier sur nous-mêmes, on veut pouvoir continuer à aller en forêt de Fontainebleau.
05:11On ne veut pas qu'il y ait une gestion avec des parkings payants,
05:14des passes où il faut s'inscrire, donner nos données avant de pouvoir aller en forêt.
05:18Ça, pour nous, ce serait terrible.
05:19Avec mon conjoint, on est vraiment fiers qu'il y ait du monde en forêt de Fontainebleau.
05:25On adore quand il y a quelqu'un qui vient de l'autre bout du monde pour grimper.
05:28Il y a un vrai patrimoine culturel, historique.
05:31On est hyper fiers de ça, en fait.
05:34C'est une frustration, mais par rapport à ces sujets-là,
05:37l'escalade, c'est presque, ça devient en fait pas si important que ça, j'ai envie de dire.
05:43Moi, je n'ai même pas vraiment été beaucoup grimpée à Butier cet été.
05:45J'ai surtout grimpé en salle.
05:47C'est vraiment des sujets qui nous préoccupent.
05:49C'est des sujets sur l'après et sur les plans de prévention futurs pour les risques d'incendie.
05:55Ce mois d'août, l'ONF est encore au stade de la sécurisation des lieux qui ont brûlé.
06:00Ici, on est dans le massif forestier de Fontainebleau, dans la forêt des Trois-Pignons.
06:03Donc là, on va aller sur le site d'escalade du Diplodocus,
06:05qui se trouve en plein dans la zone incendiée.
06:09Et donc là, on voit bien que l'ensemble des arbres qui nous entourent
06:13sont brûlés sur plusieurs mètres de hauteur.
06:15Donc aujourd'hui, tous les arbres qui nous entourent sont morts.
06:18On a un exemple, le pin ici que vous voyez.
06:20Cet arbre-là, avant le feu, il était encore debout.
06:24On peut voir qu'il a toute une partie de l'arbre qui avait brûlé.
06:27Donc il ne tenait plus du tout debout.
06:29Et donc, il a fini par casser.
06:31Et malheureusement, tous les arbres qu'on voit brûler autour de nous,
06:35en fait, c'est le même avenir qu'ils vont avoir.
06:39C'est-à-dire, soit on va venir nous les couper pour sécuriser,
06:42soit de toute façon, si on ne les coupe pas,
06:44ils vont finir par tomber d'eux-mêmes puisqu'ils sont tous morts.
06:46Vous voyez, le grès a pu exploser sur l'effet de la chaleur.
06:49Nous, il va falloir faire un état des lieux aussi,
06:51parce qu'on peut avoir ce même phénomène sur les sites qui sont grimpés.
06:55Et ce même phénomène, on peut aussi l'avoir sur des prises.
06:57De la même manière, sous l'effet de la chaleur,
06:59moi, j'ai vu des rochers qui se sont fissurés.
07:02Donc, en plus de la sécurisation des arbres,
07:04il y a un gros travail pour s'assurer que les rochers qui sont grimpés
07:07n'ont pas explosé ou n'ont pas de défaillance comme ça,
07:10pour s'assurer qu'il n'y a pas de mise en danger des grimpeurs
07:13quand ils vont y revenir.
07:14Le reste de la forêt, qui n'a pas brûlé, est resté fermé,
07:17car il s'agissait, selon Sophie David, d'une mesure préventive
07:20pour éviter que d'autres zones soient incendiées.
07:23Avec le changement climatique, les scientifiques prévoient
07:25des épisodes de canicule et de sécheresse plus longs et plus intenses,
07:29ce qui augmente le risque incendie.
07:30L'ONF n'exclut donc pas que ce genre de fermeture
07:33se reproduise dans le futur.
07:35Il n'est pas impensable que la forêt de Fontainebleau
07:38soit de nouveau fermée certaines périodes de l'année
07:40à cause du risque incendie.
07:43Et on comprend le mal-être de certains
07:45qui ont l'habitude de s'y rendre tous les jours.
07:47Cependant, est-ce qu'il vaut mieux se priver de forêt
07:50pendant quelques semaines pour s'assurer qu'elle ne brûle pas,
07:54plutôt que de dire qu'on la laisse ouverte
07:55et que chaque année, on a de nouveaux départs de feu
07:58et que finalement, l'espace où ils peuvent continuer de se promener
08:00se réduit d'année en année à cause des zones incendiées.
08:03Alors après, est-ce qu'on va réussir à dessiner des zones ?
08:06J'en sais rien.
08:07La forêt, aujourd'hui, c'est 22 500 hectares,
08:1190 parkings, 1500 kilomètres de sentier à l'intérieur.
08:15Réussir à fermer des zones et rester compréhensibles
08:17de la part du grand public, moi, aujourd'hui, je ne sais pas faire.
08:19Mais c'est tout un travail qu'on doit faire collectivement
08:21avec les associations et les élus du territoire.
08:23L'ONF, conscient de la volonté des habitants de participer,
08:27a mis en place un formulaire pour se porter volontaire.
08:29C'est pas loin de 6000 personnes qui sont inscrites.
08:31Mais il va falloir organiser tout ça.
08:34Et les travaux qu'on aura à mener ensemble vont s'écouler dans le temps.
08:38On n'a pas besoin d'aide là, tout de suite, maintenant.
08:40Par contre, on va avoir besoin d'aide dans les mois et dans les années qui viennent.
08:43Donc, bien sûr, il y aura un avant et un après
08:45parce que ces 2000 hectares, ils ne vont pas se reconstituer demain.
08:48Là, la forêt qu'on va travailler, ce sera la forêt de 2100.
08:51Après, par rapport au risque incendie, je pense qu'aujourd'hui,
08:55enfin, les usagers prennent conscience que le risque incendie,
08:59il est partout en France.
09:00Et ça, il faut continuer à marteler quand on dit pas de feu,
09:03c'est pas de réchaud, c'est pas de mégots, c'est pas de feu de bivouac.
09:06Et nous, on espère que le message commence à être ancré dans la tête de tout le monde.
09:11Toutes ces personnes volontaires vont devoir prendre leur mal en patience.
09:14L'ONF doit d'abord finir la sécurisation, ce qui peut prendre plusieurs mois.
09:18Elles travailleront ensuite à penser la forêt de demain,
09:20mais sans jamais voir le résultat final.
09:22On estime qu'il faut environ une centaine d'années
09:25pour reconstruire complètement un écosystème.
09:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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