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  • il y a 6 semaines
Yann Botrel, addictologue, remarque que le crack est devenu omniprésent en France : «C'est très simple de se fournir en drogue aujourd'hui».

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Transcription
00:00Alors, la drogue du zombie, en réalité, ça n'a rien à voir.
00:03On fait beaucoup d'amalgames parce qu'aujourd'hui, il y a une variété de drogues extrêmement importante,
00:09notamment parce que depuis quelques années, on a des drogues de synthèse.
00:12En fait, la drogue du zombie, ça n'a rien à voir.
00:14C'est une drogue qui fait des ravages aux États-Unis, que, heureusement, on ne voit pas encore en France,
00:18qui est un mélange de fentanyl, qui est un médicament dérivé de la morphine synthétique
00:23qui est couplé avec un sédatif vétérinaire qui est l'exilazine.
00:26Et donc, ça fait des effets très délétères sur la santé et sur la santé mentale.
00:32Le krach a des gros effets sur la santé mentale, mais ce n'est pas du tout la même drogue.
00:36Ça n'a rien à voir.
00:37Ce qui est vrai, en revanche, c'est qu'on note quand même une recrudescence de consommation.
00:41Mais ça, c'est propre, j'allais dire, à la cocaïne, puisque, vous l'avez dit tout à l'heure,
00:45le krach est un dérivé de la cocaïne.
00:47Aujourd'hui, la cocaïne, qui est à peu près dix fois moins chère qu'il y a 20 ans,
00:52a inondé complètement les villes, les campagnes.
00:54Et puis, ce qui a tout changé aussi, c'est Ubercheat.
00:56C'est-à-dire qu'aujourd'hui, si vous voulez vous fournir en drogue,
01:00vous avez votre téléphone et c'est hyper simple.
01:02Vous êtes pivoré 7 jours sur 7, 24 ans sur 24, y compris si vous habitez en race campagne.
01:06Donc, c'est pour ça qu'effectivement, aujourd'hui, ce qui est un problème très urbain,
01:10aujourd'hui devient un problème un peu plus important.
01:12Et aussi parce qu'aujourd'hui, on est capable de fabriquer de la cocaïne ou du krach
01:15dans des laboratoires en Europe, ce qui n'était pas le cas avant.
01:18C'est très intéressant ce que vous nous dites, Yann Bautrel, sur les profils des usagers.
01:22C'est-à-dire que forcément, si le phénomène est en augmentation,
01:24c'est qu'il y a des personnes qui sont concernées qui ne l'étaient pas auparavant.
01:27Vous l'avez dit, c'était plutôt la toxicomanie, un phénomène plutôt urbain.
01:31Désormais, ça touche des zones rurales.
01:33C'est-à-dire qu'on a des patients, pour ce qui vous concerne,
01:36qui n'étaient pas concernés par ce fléau-là,
01:38qui désormais le sont de plein fouet, que ce soit le krach ou la cocaïne.
01:42Oui, absolument.
01:43D'abord, ce qu'il faut savoir, c'est que la cocaïne,
01:45on sait aujourd'hui que le chiffre d'affaires de la cocaïne a dépassé celui du cannabis.
01:48Ce qui montre bien quand même l'importance du phénomène.
01:51Et quand vous achetez un gramme de cocaïne, il y a 20 ans, à 180 euros.
01:54Aujourd'hui, il a 50 euros.
01:55Donc aujourd'hui, par exemple, je pense à la population étudiante.
01:58Moi, quand j'étais étudiant, je suis chronoseur, j'ai 48 ans.
02:01Mais quand j'étais étudiant, c'était impensable de construire la cocaïne.
02:04C'était trop cher.
02:05Aujourd'hui, on voit la cocaïne qui arrive dans des soirées étudiantes.
02:08Et donc, le krach, vu que c'est un dérivé de la cocaïne, on en voit un peu plus.
02:13Pour autant, le krach, ça reste quand même une drogue un peu plus marginale.
02:16C'est-à-dire qu'on voit beaucoup de gens qui sont dans la rue qui utilisent le krach.
02:21Parce que le krach, on en fait des petits cailloux qu'on peut diviser.
02:25On achète ça 3-4 euros, le petit caillou.
02:27Et du coup, c'est malheureusement une drogue qui reste accessible dans la rue.
02:30Et quand les phénomènes que vous décrivez, où il y a des bagarres derrière le banc de compte,
02:34souvent, c'est qu'on a des gens qui sont en manque.
02:36Et on sait que le manque de krach est absolument terrible.
02:39Et que le krach fait des effets sur la santé mentale très rapidement.
02:42Parlez-nous de ces effets, Yann Bottrell.
02:44On le sait, le krach, c'est, je parle sous votre contrôle,
02:47une des substances les plus addictives.
02:50Dès les premières prises, on est accro d'ailleurs au krach ?
02:54Alors oui, on sait qu'il y a des molécules qui sont plus actives que d'autres.
02:57Le krach et la cocaïne en font partie.
02:59Mais pour autant, quand on est accro à un produit, ce n'est pas aussi simple.
03:02C'est-à-dire que ce n'est pas seulement la rencontre d'une personne à un produit.
03:05C'est aussi parce qu'on va y chercher un bénéfice secondaire.
03:08On n'est jamais vraiment accro à une drogue si on n'y trouve pas des bénéfices secondaires.
03:11Et là, le krach, c'est un effet anxiolytique extrêmement puissant.
03:15Il y a un effet sédatif, un effet relaxant très puissant.
03:18C'est souvent ce que vont chercher les gens.
03:20Il y a toujours un effet au bout du départ et c'est comme ça qu'on va tomber accro.
03:22Et puis, il y a une question aussi d'environnement.
03:25C'est-à-dire qu'on peut avoir des gens qui vous entraînent dans les consommations.
03:29On sait que le cerveau fixe des lieux, des personnes, des horaires.
03:32Donc voilà, c'est tout ça qui fait qu'en fait, on tombe accro d'un produit
03:36parce qu'on va y chercher quelque chose au-delà de la simple molécule.
03:39Mais ce qui est vrai, c'est qu'on sait que le krach est très addictogène.
03:43Mais en fait, pour vous donner une idée, la molécule la plus addictogène qui soit,
03:47c'est le tabac, c'est la nicotine.
03:48Vous fumez une cité la première fois, 35% de chances d'être accro.
03:51C'est à peu près 25% pour la cocaïne et l'héroïne.
03:54C'est intéressant de voir le comparatif.
03:56Sur les effets du manque, vous avez commencé à en parler
03:58parce qu'on décrivait justement ces scènes terribles
04:01qui se déroulent dans certains quartiers, dans les grandes villes,
04:04mais pas seulement désormais.
04:05Quels sont les effets du manque et comment on explique justement
04:08comment on pouvait décrire le comportement de ces toxicomanes
04:11qui sont en manque de krach ?
04:15Avant le manque, il y a ce qu'on appelle la descente,
04:16c'est-à-dire que le produit commence à moins faire effet dans le corps
04:18et c'est là qu'on va avoir les premiers symptômes
04:20qui peuvent être extrêmement violents.
04:22Souvent sur la cocaïne, c'est une sorte de dépression aiguë,
04:25c'est-à-dire qu'il y a des gens qui clairement,
04:26un manque de cocaïne, ont envie de se suicider,
04:28et puis ça peut créer des agressivités, etc.
04:30Et puis en plus, chez parfois des populations un petit peu marginales,
04:34on sait qu'il y a aussi ce qu'on appelle des comorbidités psychiatriques,
04:36c'est-à-dire qu'il peut y avoir déjà des maladies psychiatriques existantes
04:39et ça va faire exploser avec la consommation de drogue
04:41ce genre de pathologie.
04:43Quelqu'un qui a une pathologie délirante, psychotique,
04:45si on rajoute de la drogue par-dessus,
04:46effectivement, ça fait des catastrophes ambulantes.

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