- il y a 6 semaines
Première traversée du gouffre de Padirac à partir de sa résurgence en plongée spéléologie par Bernard Gauche en 1997.
Jean Lesur, la mémoire de Padirac, et Bernard Gauche qui raconte ses préparations, ses ressentis et ses plongées pour réaliser la jonction de la grande traversée La Finou - Padirac.
Jean Lesur, la mémoire de Padirac, et Bernard Gauche qui raconte ses préparations, ses ressentis et ses plongées pour réaliser la jonction de la grande traversée La Finou - Padirac.
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00:16Nous savons de longue date que les eaux de Badirac ressortent de terre 15 km plus loin,
00:22à l'ouest, dans le cirque de Mont-Vallant, où elles se jettent dans la Dordogne.
00:26Déjà, nos illustres anciens, dans les années 48, espéraient entrer dans Badirac et en ressortir en suivant le cours d
00:32'eau.
00:33Mais la complexité de la zone entre Badirac et ses résurgences avait jusqu'ici empêché toute liaison.
00:40Ce rêve, Bernard Gauche l'a concrétisé en réalisant la jonction entre les siphons de Badirac et ceux de la
00:46Finou.
00:48Jean Le Sur, la mémoire vivante de Badirac, nous convie chez Bernard Gauche afin de découvrir le récit extraordinaire de
00:55cet exploit.
00:56La rivière souterraine de Badirac a été découverte en 1889 par Édouard Alfred Martel, qui a fait une dizaine d
01:03'expéditions.
01:05Dont la dernière, ça va être en 1902.
01:08Et alors, Badirac était connu sur 3 km.
01:12Donc il était peu facile de deviner quelle était la résurgence parmi toutes celles qui sont de Londres à Dordogne.
01:19Martel avait attribué la résurgence à Gintrach.
01:22De l'abord, après la suite de Martel, mais longtemps après, en 1937,
01:27et bien qu'il ait de sérieuses connaissances en géologie, il avait dit que pour des raisons esthétiques, ça ne
01:32pouvait être que la résurgence de Saint-Georges.
01:34Les explorateurs s'en sont intéressés à la fois à Saint-Georges, au Lombard sans succès, au Gourguet avec très
01:40peu de succès,
01:40et à la fameuse résurgence de la Finou.
01:43Et là, alors, différents explorateurs ont gagné petit à petit, et alors c'est Gauche qui a dépassé tout le
01:47monde à la fois à Saint-Georges et à la Finou, d'ailleurs, il va vous en parler de lui
01:50-même.
01:50Le Saint-Georges qui est une résurgence à laquelle on s'intéresse le plus facilement.
01:56D'ailleurs, tu l'as dit tout à l'heure, la première des choses que l'on fait, c'est
02:02d'aller plonger à Saint-Georges,
02:03parce que la sortie est vraiment très belle.
02:07Et la Finou, effectivement, on s'intéresse que secondairement, quand ça ne va pas bien d'un côté ou de
02:13l'autre.
02:34Donc, j'avais fait une première tentative de traverser au mois de mars,
02:38puisque traditionnellement, les expéditions n'en pas d'Irak se font à cette époque,
02:42et on n'a pas abouti, pour plusieurs raisons.
02:47La première, c'est qu'il y avait eu de grosses crues,
02:51et donc l'ensemble des fils qui équipaient les siphons de la Finou étaient emportés.
02:56Alors, c'était assez extraordinaire.
02:58J'ai retrouvé tous mes fils devant le siphon au fur et à mesure où je progressais,
03:02et j'ai rééquipé plusieurs centaines de mètres, je ne sais pas si je n'ai pas mis près d
03:07'un kilomètre de nouveaux fils dans les siphons de la Finou.
03:12Plonger annulé.
03:15Il est ressorti.
03:21On ne prend pas notre rendez-vous, on laisse tomber.
03:24Les fils d'Ariane sont cassés.
03:29À vous.
03:31Je vous fiche.
03:34Cet échec montre qu'il est préférable de réaliser la jonction hors des périodes de crues.
03:39Un deuxième essai va être tenté à la fin de l'été.
03:42Les vacances permettront de mieux préparer le matériel et de réunir à nouveau toute l'équipe.
03:46La préparation de l'expédition m'a pris à moi personnellement trois semaines.
03:51C'est-à-dire que pendant trois semaines, j'ai préparé les bouteilles,
03:58où j'ai accueilli mes collègues qui m'ont aidé à amener la première partie du matériel déjà 15 jours
04:03auparavant,
04:04là où on a rééquipé le siphon.
04:08On a laissé déjà une certaine quantité de bouteilles.
04:11Ensuite, le week-end qui a précédé, on a amené d'autres bouteilles.
04:15Il y a plusieurs points stratégiques où il faut amener du matériel à l'avant.
04:23Et le jour de l'expédition, on a encore amené d'autres bouteilles qui m'ont permis de faire la
04:32traversée.
04:33Il faut imaginer une expédition de spéléo plongée de ce type avec plusieurs siphons,
04:40un peu comme une expédition en Himalaya.
04:41On a utilisé énormément de bouteilles.
04:44J'avais affiché ça chez Mme Lasvaux.
04:47C'était l'ensemble des bouteilles qu'on a utilisées.
04:50Je crois qu'on en avait une soixantaine à un moment.
04:52Donc cette traversée, en fait, avait deux grandes parties.
04:57Une partie plongée spéléo et une partie spéléo.
05:02Je suis rentré le vendredi matin, alors que des spéléos sont déjà rentrés le jeudi soir
05:07parce que du fait de la distance qu'il y a, on m'a utilisé finalement bonger quand c'est
05:14l'heure.
05:15Donc moi je suis rentré le vendredi matin à 9h pour les premiers.
05:22Enfin, moi je suis rentré à 11h.
05:26Et j'ai quitté le dernier de mes collègues, Stéphane Atteau, à 19h devant le S-12.
05:35Donc je me suis lancé dans ce S-12 un peu ému.
05:40Mais le début a été assez...
05:47J'ai bien passé.
05:51J'étais tellement inquiet de manquer d'air que le S-12 finissait quand même en moins 22.
05:59Il fallait être pratiquement franchi sans respirer.
06:03Ou presque, pour économiser l'air.
06:05Parce que je savais que la grosse difficulté dans cette traversée était le S-5 de Badiat.
06:10C'est le grand siphon que j'avais passé il y a en 92, si je me souviens bien.
06:19Donc je savais que ce siphon était la clé du problème parce que je n'avais pas revu ce siphon
06:25depuis 92.
06:26A l'époque je l'avais trouvé clair.
06:28Mais je ne savais pas dans quel état pouvait être le film.
06:32Et si les choses n'avaient pas pu changer, parce qu'il y a des trucs qui sont parfois spectaculaires.
06:38Et donc on pouvait craindre qu'il y ait des envies de ce côté-là.
06:44C'est la partie la plus dangereuse.
06:46A partir de cet instant, il n'a plus aucun droit à l'erreur.
06:50Sa progression aquatique est en effet entrecoupée de passages à l'air libre.
06:54Il porte 40 kg de matériel.
06:57Traverse des zones en équilibre instable.
06:59Escalade des parois, traverse des vasques.
07:03S'il lui arrive le moindre accident, il ne pourra s'en sortir.
07:06Il doit tout surveiller, à commencer par lui-même.
07:10Quand je me suis retrouvé dans Padirac, les problèmes de plongée étaient un petit peu réglés.
07:15Parce qu'après les siphons sont moins importants.
07:19Le siphon principal, le siphon 5, est enfranchi.
07:23Il fait 320 mètres, il passe en moins 38.
07:25C'était vraiment une grosse inquiétude pour moi.
07:29D'autant plus qu'alors qu'il était clair d'habitude, là il était totalement en trouble.
07:34Je craignais beaucoup que les filles soient coupées.
07:38Quand je me suis retrouvé au niveau du siphon 4, puis entre le siphon 4 et le siphon 3, je
07:45me suis vraiment senti dans l'immensité de la grotte de Padirac.
07:50Donc jusqu'au siphon 3, il y a à peu près, je crois, un kilomètre de spéléo.
07:55Je crois que Berlandis River fait 1300 mètres.
07:59Oui, 1300 mètres.
08:01Et donc là, c'est sûrement le passage clé de cette traversée.
08:31Après 10 km et 22 siphons, Bernard retrouve enfin les spéléologues.
08:38En fait, quand je suis sorti, j'étais un peu déçu, il dormait.
08:44Donc j'ai franchi ce dernier siphon qui en fait le premier de Padirac.
08:48Et de l'autre côté, grand silence.
08:51Donc moi, je savais que j'avais réussi, mais les autres ne le savaient pas.
08:55Et je me suis dit, il dorme.
08:57Donc j'ai posé mes bouteilles.
08:59Et je suis monté au camp qui est un peu au-dessus.
09:02Le bivouac est au-dessus de l'eau.
09:04Il est une quinzaine de mètres au-dessus de l'eau.
09:08Et bien sûr, ils m'ont entendu, donc ils ont commencé à se réveiller.
09:13Et là, bien sûr, c'était un mouvement de grande émotion.
09:19Paradoxalement, moi, c'est comme si je venais d'un autre monde.
09:23Je ne savais plus quoi dire.
09:24Je ne savais plus quoi dire.
09:26Et j'ai eu beaucoup de difficultés à articuler quelque chose
09:30quand on a parlé au télé-urophone.
09:32Oui, j'ai fait une transcription.
09:33Jean et ses collègues qui étaient en surface.
09:36Mais tu es arrivé à 5 heures pile ?
09:40Exactement, mais vraiment, je n'ai pas fait exprès.
09:42J'avais dit 5 heures tout à fait au hasard.
09:44Et je suis arrivé à 5 heures.
09:48Royal.
09:49Ils ne t'ont pas vu sortir du siphon ?
09:53C'est assez fabuleux, là.
09:55Je ne réalise pas très bien parce que j'ai encore...
09:58J'ai encore du sommeil.
09:59Oui.
10:00C'est fantastique, quand même.
10:01Il n'y a pas la fin.
10:03Le plus dur est fait.
10:05Il reste cependant 10 kilomètres avant de retrouver la sortie.
10:08Et c'est dans la joie que les plongeurs rapatrient tout le matériel
10:11en ressortant par la finou.
10:13J'ai le masque de la fille qui chante.
10:15Il y avait le masque tout à l'heure.
10:17J'ai le masque de la fille qui chante.
10:19Ah oui, le masque de la fille qui chante.
10:21Tu ne peux pas redescendre dans la vache.
10:24Il donne la mort.
10:30On est content, tout le monde est bien ressorti et tout va bien.
10:40L'équipe de plongeurs, pas de problème.
10:45On a ressorti déjà 3 bi 7 litres ce matin.
10:50Le bi 9, son bi 9.
10:51Il y a Eric Morin et toute son équipe qui continue aujourd'hui.
10:55Pourquoi je fais 7 litres ?
10:56Je ne sais pas si ils sortiront par devant.
10:58Il y a Eric Morin qui me filme et tout.
10:59Voilà !
11:01Et voilà !
11:03Et voilà !
11:05Et voilà !
11:12Sur cette traversée, il y a eu des moments émouvants.
11:16C'est quand j'ai quitté par exemple Jean-Pierre Stéphane Atteau.
11:21Parce que là, je savais que je partais et qu'a priori, il fallait que je réussisse.
11:25Parce qu'à partir d'un certain moment, je ne pouvais pas faire de mieux.
11:29Il y a eu des moments d'inquiétude.
11:33C'est en particulier dans le grand siphon 5.
11:36Et dans le grand chaos, je n'arrivais pas à retrouver le passage.
11:44Il y a eu des moments de fatigue, mais je m'y attendais.
11:50Ça n'a pas été terrible sur le plan moral.
11:54Il y a eu une émotion assez bizarre quand je suis sorti, quand j'ai rejoint l'Espéléo.
12:01Là, j'ai senti que j'avais réussi.
12:03Et bizarrement, c'était presque avec regret.
12:08Je me souviens que devant le siphon 1 de Padirac, je me disais, bon, il ne reste plus que 40
12:13mètres de siphon.
12:15D'un côté, je me disais, fais attention, c'est le dernier, donc il ne faut pas de bêtises.
12:19Même un petit siphon, on peut se noyer dans un tout petit siphon.
12:22Il ne faut pas faire de bêtises.
12:24Et d'un autre, j'ai attendu avant de le plonger, parce que je sentais que de l'autre côté,
12:28c'était terminé.
12:29J'allais revoir du monde.
12:30Ça allait être la fin d'un rêve.
12:33D'un rêve, le rêve qu'a porté Jean depuis des décennies, et puis que moi je partage là depuis
12:42une dizaine d'années.
12:44Le rêve de traverser entre une résurgence et Padirac, qui est un gouffre que tout le monde connaît.
12:52Et alors le moment le plus fort, c'est quand même quand j'ai vu les amis qui m'attendaient
13:00à l'embarcadère des touristes.
13:03Je ne m'y attendais pas, sincèrement, je ne m'y attendais pas.
13:08Et c'est vrai que j'ai senti la joie de toute l'équipe, une joie sincère, une émotion sincère
13:15de tout le monde.
13:16Et honnêtement, j'ai senti une grande communion entre les gens de cette équipe de plongeurs Speleo Atlantique Sud.
13:54Sous-titrage Société Radio-Canada
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