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  • il y a 1 jour
Depuis plusieurs semaines, l'Inde connaît une mobilisation importante de sa jeunesse étudiante. Dans les grandes villes du pays, notamment dans la capitale New Delhi, les jeunes diplômés protestent contre le chômage massif et la corruption. Et à l'origine de cette mobilisation, on trouve une plateforme citoyenne née il y a deux mois sur les réseaux sociaux : le « Parti du peuple des cafards ».

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Transcription
00:00Ce sont des dizaines de milliers de jeunes manifestants en colère,
00:06des affrontements avec une police équipée de bâtons et de gaz lacrymogènes
00:10et une motivation qui reste intacte, quoi qu'il arrive.
00:17En Inde, la jeunesse se mobilise dans les grandes villes pour critiquer ouvertement la corruption
00:22qu'elle attribue au gouvernement du Premier ministre Narendra Modi.
00:32Et à l'origine de cette mobilisation, un mouvement de contestation né il y a deux mois sur les réseaux
00:37sociaux
00:38et qui porte un nom assez reconnaissable, le parti du peuple des cafards.
00:43C'est surtout un mouvement qui a migré sur le terrain, dans l'arène physique des luttes, aux quatre coins
00:48du pays.
00:48On l'a vu dans des villes comme Kolkata, mais aussi Chandigarh, Mumbai.
00:52Pour comprendre pourquoi ce nom étrange a été choisi, il faut remonter à une petite phrase
00:58balancée le 15 mai dernier par ce monsieur.
01:00Il s'appelle Souria Kant, c'est le chef de la justice indienne
01:04et il s'en portait alors face aux critiques faites par la jeunesse contre les institutions du pays.
01:22Immédiatement, la déclaration provoque un tollé dans le pays.
01:25Souria Kant essaie de se justifier en affirmant qu'il visait par là les jeunes qui trichent aux examens.
01:30Mais trop tard, des dizaines de millions d'étudiants indiens sont indignés.
01:40Dès le lendemain, c'est donc cet indien de 30 ans, Abidjit Dipke, fraîchement diplômé en communication politique
01:46à l'université de Boston, qui réagit depuis les Etats-Unis en posant une question sur ses réseaux sociaux.
01:59C'est comme ça que Abidjit Dipke lance dans la foulée, pour la blague, un parti qu'il baptise évidemment
02:05le parti du peuple des cafards.
02:08En version originale, ça donne le Cockroach Janta Party, le CJP, une façon de parodier le BJP,
02:14le parti nationaliste indien au pouvoir, dirigé par le premier ministre ultra-nationaliste hindou Narendra Modi.
02:20Ça démarre un peu comme un compte satirique, c'est-à-dire qu'il n'y a pas vraiment de
02:24grande volonté de mouvement national ou international derrière.
02:27Ça commence comme ça sur X, mais ça va devenir très vite viral.
02:31Oui, parce que dès les premiers jours, les réseaux sociaux du CJP attirent beaucoup d'internautes.
02:37Avec l'aide de l'IA, un site officiel est lancé.
02:40C'est quand même porté avant tout par des jeunes diplômés qui exigent moins de corruption, plus de transparence
02:45et la possibilité pour tout étudiant d'avoir un avenir en Inde.
02:51Le slogan du mouvement, la voix des fainéants et des chômeurs.
02:55Pour le rejoindre, selon le site, il suffit de cocher quatre critères.
02:58Être sans emploi, paresseux, accro à Internet et provocateur.
03:03Le leader de ce mouvement, Abidjil Dibke, il a fait des études de communication.
03:08Il a fait ses premières armes dans les rangs d'un mouvement anticorruption qui est devenu un parti politique
03:13où il était en charge de la stratégie sur les réseaux sociaux.
03:16Donc c'est quelqu'un qui sait très bien manier ses outils avec des memes, des slogans, des tournements, des
03:21images, des textes
03:21qui sont très vite devenus viraux en Inde mais aussi à l'international.
03:25Un ton très satirique qui regroupe aujourd'hui plus d'un million de membres enregistrés sur le site officiel
03:30et près de 25 millions d'abonnés sur Instagram, bien plus que les principaux partis traditionnels indiens
03:36comme le BJP du premier ministre Narendra Modi ou le bloc d'opposition, le parti du Congrès.
03:53Désormais, l'ancien étudiant revenu en Inde est devenu le porte-parole des dizaines de millions d'étudiants
03:59du pays le plus peuplé de la planète.
04:01Il y a la moitié de la population indienne qui a moins de 31 ans
04:04et il y a 600 millions de personnes en Inde qui ont moins de 25 ans
04:09donc l'avenir de la jeunesse est un enjeu absolument crucial.
04:12Des étudiants qui n'en peuvent plus ni des erreurs administratives et des fraudes
04:15qui affectent chaque année les examens de l'enseignement supérieur,
04:18qui n'en peuvent plus également du chômage massif qui touche les jeunes diplômés
04:21dans un pays qui connaît pourtant une énorme croissance économique ces dernières années.
04:32Il y a eu une étude récente qui date de mars 2026
04:40qui estimait qu'il y avait un taux d'inactivité chez les jeunes diplômés de 15-25 ans de 40
04:46%
04:47et 20% chez les 25-29 ans.
04:50Et rapidement, dès le début du mois de juin,
04:52le parti des cafards décide de se mobiliser physiquement après un nouveau scandale.
04:57Quelques jours plus tôt, le net, l'examen d'entrée en médecine,
05:00est invalidé dans le pays suite à une fuite des sujets.
05:03Une situation qui n'est pas inédite
05:05et qui oblige 2 millions de candidats à repasser le concours.
05:17Dans les jours qui suivent, plusieurs étudiants se suicident,
05:21des drames qui reflètent le mal-être de la jeunesse indienne,
05:24notamment chez les nombreux précaires
05:26qui comptent sur leurs études pour sortir de la pauvreté.
05:38D'après le ministère de l'Intérieur indien,
05:41le suicide des étudiants a grimpé de 80% en 10 ans.
05:44En 2024, ils étaient 14 513 à s'être ôtés la vie.
06:04Le parti des cafards exige donc la démission de Dharmendra Pradhan,
06:08le ministre de l'éducation,
06:09et appelle à manifester dans plusieurs grandes villes indiennes.
06:12Un rassemblement permanent s'installe à New Delhi
06:14et grandit au fil des semaines.
06:23Plusieurs dizaines de milliers de manifestants au total aujourd'hui,
06:27parmi eux des figures célèbres comme le militant écologiste Sonam Wangshuk
06:31qui entretenait, parmi d'autres volontaires,
06:33une grève de la faim jusqu'à sa récente hospitalisation.
06:36Alors oui, quelques dizaines de milliers,
06:38c'est assez peu comparé à la population indienne,
06:40mais cela reste une mobilisation d'opposition d'ampleur en Inde,
06:44la plus grande depuis 2019,
06:46et qui ne cesse de se renforcer jour après jour.
06:49C'est là qu'on revient à ce lundi 20 juillet.
06:52D'après plusieurs semaines de mobilisation pacifiste,
06:55alors que les manifestants souhaitent se rendre près du Parlement indien,
06:58les autorités changent de stratégie.
07:00La mobilisation est déclarée illégale,
07:02Internet est coupé dans certaines zones de la capitale,
07:05et la police charge la foule,
07:07accusant certains manifestants d'avoir eu un comportement violent.
07:18Selon la police,
07:19au moins 180 blessés seraient à dénombrer après la journée du 20 juillet,
07:23dont une majorité de policiers.
07:25De leur côté,
07:26les manifestants avancent plusieurs centaines de blessés,
07:28principalement dans leur rang.
07:37Pas de quoi décourager le parti du peuple des cafards,
07:40qui qualifie immédiatement ce jour de honteux,
07:43en continuant de montrer sa détermination.
07:46Une mobilisation de la jeunesse,
07:47qui rappelle celles qui ont vu le jour un peu partout dans le monde ces dernières années,
07:51comme au Maroc ou à Madagascar,
07:52chez des voisins directs de l'Inde aussi,
07:54comme au Népal,
07:55où le gouvernement avait fini par être renversé par la mobilisation.
07:59Il y a vraiment ce mouvement de la Gen Z,
08:01sur des lignes d'ailleurs de revendications qui sont assez similaires.
08:04C'est quand même cet enjeu anticorruption,
08:07d'une jeunesse qui a peur pour son avenir.
08:10On voit aussi qu'il y a des codes qui sont réemployés,
08:14voilà, l'usage d'Internet,
08:16certains mèmes, certaines images,
08:17l'usage du détournement, de la satire.
08:19Au-delà de la condition des étudiants,
08:21le parti des cafards affiche clairement de nombreuses revendications,
08:24réforme des médias,
08:25transparence électorale,
08:26plus de démocratie, meilleure représentation des femmes,
08:29ou encore, bien sûr,
08:31une lutte absolue contre la corruption des élites.
08:33Ce qu'on entend aujourd'hui dans les mouvements,
08:35c'est des charges contre ce ministre,
08:38mais plus globalement contre Narendra Modi aussi,
08:42sa politique et sa proximité
08:43avec quelques-uns des principaux milliardaires
08:46les plus influents du pays.
08:48Depuis sa réélection pour un troisième mandat en 2024,
08:51c'est le mouvement de défiance le plus important
08:53que le premier ministre rencontre,
08:55une vraie remise en question
08:56de la gouvernance autoritaire et ultra-nationaliste de Narendra Modi.
09:00Depuis son arrivée au pouvoir en 2014,
09:02l'homme de 75 ans a encouragé la domination absolue des hindous
09:06au détriment des droits des minorités du pays,
09:08notamment des 200 millions de musulmans indiens.
09:11Narendra Modi a également pris l'habitude
09:13de censurer au maximum l'opposition médiatique et politique,
09:16ainsi que les mouvements sociaux
09:18allant à son encontre.
09:25Alors, difficile pour le moment de savoir
09:27comment va évoluer le CJP
09:28s'il deviendra un vrai parti politique en Inde.
09:31De nombreuses figures politiques de l'opposition indienne
09:34se sont déjà rapprochées du parti des gaffars.
09:45Ce mardi 21 juillet, au soir,
09:48le ministre de l'Éducation a fini par sortir de son silence,
09:51se disant prêt à entendre les étudiants
09:53et à leur offrir des réponses,
09:54des réformes et de la responsabilité.
10:07Des mots qui n'ont pas convaincu pour l'instant les manifestants.
10:10Ce jeudi 23 juillet,
10:12ils étaient toujours plusieurs milliers
10:13à occuper l'esplanade de gentarmentars
10:15au cœur de la capitale indienne Nudebi.
10:18Sous-titrage Société Radio-Canada
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