00:00Ce sont des dizaines de milliers de jeunes manifestants en colère,
00:06des affrontements avec une police équipée de bâtons et de gaz lacrymogènes
00:10et une motivation qui reste intacte, quoi qu'il arrive.
00:17En Inde, la jeunesse se mobilise dans les grandes villes pour critiquer ouvertement la corruption
00:22qu'elle attribue au gouvernement du Premier ministre Narendra Modi.
00:32Et à l'origine de cette mobilisation, un mouvement de contestation né il y a deux mois sur les réseaux
00:37sociaux
00:38et qui porte un nom assez reconnaissable, le parti du peuple des cafards.
00:43C'est surtout un mouvement qui a migré sur le terrain, dans l'arène physique des luttes, aux quatre coins
00:48du pays.
00:48On l'a vu dans des villes comme Kolkata, mais aussi Chandigarh, Mumbai.
00:52Pour comprendre pourquoi ce nom étrange a été choisi, il faut remonter à une petite phrase
00:58balancée le 15 mai dernier par ce monsieur.
01:00Il s'appelle Souria Kant, c'est le chef de la justice indienne
01:04et il s'en portait alors face aux critiques faites par la jeunesse contre les institutions du pays.
01:22Immédiatement, la déclaration provoque un tollé dans le pays.
01:25Souria Kant essaie de se justifier en affirmant qu'il visait par là les jeunes qui trichent aux examens.
01:30Mais trop tard, des dizaines de millions d'étudiants indiens sont indignés.
01:40Dès le lendemain, c'est donc cet indien de 30 ans, Abidjit Dipke, fraîchement diplômé en communication politique
01:46à l'université de Boston, qui réagit depuis les Etats-Unis en posant une question sur ses réseaux sociaux.
01:59C'est comme ça que Abidjit Dipke lance dans la foulée, pour la blague, un parti qu'il baptise évidemment
02:05le parti du peuple des cafards.
02:08En version originale, ça donne le Cockroach Janta Party, le CJP, une façon de parodier le BJP,
02:14le parti nationaliste indien au pouvoir, dirigé par le premier ministre ultra-nationaliste hindou Narendra Modi.
02:20Ça démarre un peu comme un compte satirique, c'est-à-dire qu'il n'y a pas vraiment de
02:24grande volonté de mouvement national ou international derrière.
02:27Ça commence comme ça sur X, mais ça va devenir très vite viral.
02:31Oui, parce que dès les premiers jours, les réseaux sociaux du CJP attirent beaucoup d'internautes.
02:37Avec l'aide de l'IA, un site officiel est lancé.
02:40C'est quand même porté avant tout par des jeunes diplômés qui exigent moins de corruption, plus de transparence
02:45et la possibilité pour tout étudiant d'avoir un avenir en Inde.
02:51Le slogan du mouvement, la voix des fainéants et des chômeurs.
02:55Pour le rejoindre, selon le site, il suffit de cocher quatre critères.
02:58Être sans emploi, paresseux, accro à Internet et provocateur.
03:03Le leader de ce mouvement, Abidjil Dibke, il a fait des études de communication.
03:08Il a fait ses premières armes dans les rangs d'un mouvement anticorruption qui est devenu un parti politique
03:13où il était en charge de la stratégie sur les réseaux sociaux.
03:16Donc c'est quelqu'un qui sait très bien manier ses outils avec des memes, des slogans, des tournements, des
03:21images, des textes
03:21qui sont très vite devenus viraux en Inde mais aussi à l'international.
03:25Un ton très satirique qui regroupe aujourd'hui plus d'un million de membres enregistrés sur le site officiel
03:30et près de 25 millions d'abonnés sur Instagram, bien plus que les principaux partis traditionnels indiens
03:36comme le BJP du premier ministre Narendra Modi ou le bloc d'opposition, le parti du Congrès.
03:53Désormais, l'ancien étudiant revenu en Inde est devenu le porte-parole des dizaines de millions d'étudiants
03:59du pays le plus peuplé de la planète.
04:01Il y a la moitié de la population indienne qui a moins de 31 ans
04:04et il y a 600 millions de personnes en Inde qui ont moins de 25 ans
04:09donc l'avenir de la jeunesse est un enjeu absolument crucial.
04:12Des étudiants qui n'en peuvent plus ni des erreurs administratives et des fraudes
04:15qui affectent chaque année les examens de l'enseignement supérieur,
04:18qui n'en peuvent plus également du chômage massif qui touche les jeunes diplômés
04:21dans un pays qui connaît pourtant une énorme croissance économique ces dernières années.
04:32Il y a eu une étude récente qui date de mars 2026
04:40qui estimait qu'il y avait un taux d'inactivité chez les jeunes diplômés de 15-25 ans de 40
04:46%
04:47et 20% chez les 25-29 ans.
04:50Et rapidement, dès le début du mois de juin,
04:52le parti des cafards décide de se mobiliser physiquement après un nouveau scandale.
04:57Quelques jours plus tôt, le net, l'examen d'entrée en médecine,
05:00est invalidé dans le pays suite à une fuite des sujets.
05:03Une situation qui n'est pas inédite
05:05et qui oblige 2 millions de candidats à repasser le concours.
05:17Dans les jours qui suivent, plusieurs étudiants se suicident,
05:21des drames qui reflètent le mal-être de la jeunesse indienne,
05:24notamment chez les nombreux précaires
05:26qui comptent sur leurs études pour sortir de la pauvreté.
05:38D'après le ministère de l'Intérieur indien,
05:41le suicide des étudiants a grimpé de 80% en 10 ans.
05:44En 2024, ils étaient 14 513 à s'être ôtés la vie.
06:04Le parti des cafards exige donc la démission de Dharmendra Pradhan,
06:08le ministre de l'éducation,
06:09et appelle à manifester dans plusieurs grandes villes indiennes.
06:12Un rassemblement permanent s'installe à New Delhi
06:14et grandit au fil des semaines.
06:23Plusieurs dizaines de milliers de manifestants au total aujourd'hui,
06:27parmi eux des figures célèbres comme le militant écologiste Sonam Wangshuk
06:31qui entretenait, parmi d'autres volontaires,
06:33une grève de la faim jusqu'à sa récente hospitalisation.
06:36Alors oui, quelques dizaines de milliers,
06:38c'est assez peu comparé à la population indienne,
06:40mais cela reste une mobilisation d'opposition d'ampleur en Inde,
06:44la plus grande depuis 2019,
06:46et qui ne cesse de se renforcer jour après jour.
06:49C'est là qu'on revient à ce lundi 20 juillet.
06:52D'après plusieurs semaines de mobilisation pacifiste,
06:55alors que les manifestants souhaitent se rendre près du Parlement indien,
06:58les autorités changent de stratégie.
07:00La mobilisation est déclarée illégale,
07:02Internet est coupé dans certaines zones de la capitale,
07:05et la police charge la foule,
07:07accusant certains manifestants d'avoir eu un comportement violent.
07:18Selon la police,
07:19au moins 180 blessés seraient à dénombrer après la journée du 20 juillet,
07:23dont une majorité de policiers.
07:25De leur côté,
07:26les manifestants avancent plusieurs centaines de blessés,
07:28principalement dans leur rang.
07:37Pas de quoi décourager le parti du peuple des cafards,
07:40qui qualifie immédiatement ce jour de honteux,
07:43en continuant de montrer sa détermination.
07:46Une mobilisation de la jeunesse,
07:47qui rappelle celles qui ont vu le jour un peu partout dans le monde ces dernières années,
07:51comme au Maroc ou à Madagascar,
07:52chez des voisins directs de l'Inde aussi,
07:54comme au Népal,
07:55où le gouvernement avait fini par être renversé par la mobilisation.
07:59Il y a vraiment ce mouvement de la Gen Z,
08:01sur des lignes d'ailleurs de revendications qui sont assez similaires.
08:04C'est quand même cet enjeu anticorruption,
08:07d'une jeunesse qui a peur pour son avenir.
08:10On voit aussi qu'il y a des codes qui sont réemployés,
08:14voilà, l'usage d'Internet,
08:16certains mèmes, certaines images,
08:17l'usage du détournement, de la satire.
08:19Au-delà de la condition des étudiants,
08:21le parti des cafards affiche clairement de nombreuses revendications,
08:24réforme des médias,
08:25transparence électorale,
08:26plus de démocratie, meilleure représentation des femmes,
08:29ou encore, bien sûr,
08:31une lutte absolue contre la corruption des élites.
08:33Ce qu'on entend aujourd'hui dans les mouvements,
08:35c'est des charges contre ce ministre,
08:38mais plus globalement contre Narendra Modi aussi,
08:42sa politique et sa proximité
08:43avec quelques-uns des principaux milliardaires
08:46les plus influents du pays.
08:48Depuis sa réélection pour un troisième mandat en 2024,
08:51c'est le mouvement de défiance le plus important
08:53que le premier ministre rencontre,
08:55une vraie remise en question
08:56de la gouvernance autoritaire et ultra-nationaliste de Narendra Modi.
09:00Depuis son arrivée au pouvoir en 2014,
09:02l'homme de 75 ans a encouragé la domination absolue des hindous
09:06au détriment des droits des minorités du pays,
09:08notamment des 200 millions de musulmans indiens.
09:11Narendra Modi a également pris l'habitude
09:13de censurer au maximum l'opposition médiatique et politique,
09:16ainsi que les mouvements sociaux
09:18allant à son encontre.
09:25Alors, difficile pour le moment de savoir
09:27comment va évoluer le CJP
09:28s'il deviendra un vrai parti politique en Inde.
09:31De nombreuses figures politiques de l'opposition indienne
09:34se sont déjà rapprochées du parti des gaffars.
09:45Ce mardi 21 juillet, au soir,
09:48le ministre de l'Éducation a fini par sortir de son silence,
09:51se disant prêt à entendre les étudiants
09:53et à leur offrir des réponses,
09:54des réformes et de la responsabilité.
10:07Des mots qui n'ont pas convaincu pour l'instant les manifestants.
10:10Ce jeudi 23 juillet,
10:12ils étaient toujours plusieurs milliers
10:13à occuper l'esplanade de gentarmentars
10:15au cœur de la capitale indienne Nudebi.
10:18Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires