Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 jours
Entre juin 1936 et juin 1937, pour la première fois, un gouvernement soutenu par le Parti communiste, la SFIO et les Radicaux est constitué sous la direction de Léon Blum. Cette année au pouvoir, marquée par l'apparition de nombreux droits pour les salariés, est devenue mythique dans l'imaginaire des gauches françaises et a durablement marqué l'histoire politique du pays. C'est d'ailleurs dans cette filiation directe que se sont inscrites les formations de gauche au lendemain de la dissolution de 2024, en donnant naissance en quelques jours seulement au « Nouveau Front Populaire ». Quel a été le véritable impact de l'éphémère gouvernement de Léon Blum sur le quotidien des Français ? Quelles raisons ont rendu possible cette alliance qui n'avait pourtant rien d'évident ? Et comment l'héritage de cette période est-il mobilisé pour créer une nouvelle dynamique politique ? Pour en débattre, Jean-Pierre Gratien reçoit Jean Vigreux, professeur en histoire contemporaine à l'université Bourgogne Europe ; Agathe Cagé, politiste et Jean Garrigues : historien spécialiste des institutions françaises

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00:02Générique
00:00:08...
00:00:16Bienvenue à tous.
00:00:17Le Front populaire demeure un marqueur historique de la gauche française,
00:00:21mais aussi européenne, des années 30.
00:00:23Voilà ce que nous démontre le documentaire qui va suivre.
00:00:26L'Europe des fronts populaires, réalisé par Laurence Jourdan,
00:00:29qui recontextualise, vous allez le voir,
00:00:32les origines de cette stratégie politique mise en œuvre
00:00:35pour faire barrage au nazisme et au fascisme.
00:00:38Je vous laisse tout de suite le découvrir.
00:00:40Puis les historiens Jean Vigreux et Jean Garrigue
00:00:43et la politologue Agathe Cagé seront à mes côtés sur ce plateau.
00:00:48Avec eux, nous chercherons à savoir où commencent et où s'arrêtent
00:00:51les comparaisons possibles entre les fronts populaires d'hier
00:00:55et se réactualiser aujourd'hui, notamment en France.
00:00:59Bon d'ac.
00:01:09Au printemps 1936, l'Europe est au bord du gouffre.
00:01:13Mais la victoire électorale des gouvernements de Front populaire
00:01:16remplit la rue d'espoir.
00:01:17Manuel Asania, en Espagne, et Léon Blum, en France,
00:01:21incarnent le triomphe d'une stratégie qui est rassemblée pour la première fois
00:01:25ouvriers, partis, syndicats et intellectuels autour de l'antifascisme
00:01:29dans une Europe ébranlée par une crise économique sans précédent.
00:01:32Sous-titrage Société Radio-Canada
00:02:12Tout commence à New York le 24 octobre 1929.
00:02:16En quelques heures, la bourse de Wall Street s'effondre.
00:02:20Ce jeudi noir provoque un désastre économique, social et politique qui va bouleverser le monde.
00:02:40La récession frappe de plein fouet les Etats-Unis.
00:02:43L'Europe se croit à l'abri.
00:02:45Et cependant, deux ans plus tard, elle est à son tour balayée par la tourmente.
00:02:50Les piliers de l'économie capitaliste s'écroulent.
00:02:53Les systèmes monétaires et bancaires sont ébranlés.
00:02:56Des milliers d'entreprises en faillite.
00:02:59Les chômeurs se comptent par millions.
00:03:01A Londres, à Paris, à Vienne comme à Berlin, le peuple descend dans la rue.
00:03:06Ils réclament du travail et du pain.
00:03:09L'Allemagne, qui paie encore les réparations de la Première Guerre mondiale,
00:03:12est avec l'Autriche le pays le plus touché par la crise.
00:03:15En 1933, on y ressent 6 millions de chômeurs.
00:03:19Trois fois plus qu'en Grande-Bretagne et six fois plus qu'en France.
00:03:32Aucune démocratie ne parvient à enrayer la misère qui sévit dans toute l'Europe.
00:03:36Une misère qui renforce le racisme et la xénophobie.
00:03:40Tout particulièrement en Allemagne, pays vaincus et humiliés.
00:03:44Une Allemagne où ni les socialistes, ni les communistes dont le parti est particulièrement influent,
00:03:50ne mesurent la portée de cette détresse sociale.
00:03:52Ils sont aveuglés par des querelles internes.
00:03:57Pour les communistes, les ennemis à combattre en priorité sont les sociodémocrates,
00:04:01qu'ils accusent de trahir le monde ouvrier en soutenant la bourgeoisie.
00:04:05Pour les socialistes, la révolution est le pire des scénarios.
00:04:21Cette guerre fratricide que se livrent les deux grands partis de gauche favorise la progression d'un nouveau parti.
00:04:27Le parti nazi.
00:04:34C'est en effet Hitler qui récupère les voix des chômeurs après avoir rallié les paysans, les classes moyennes et
00:04:40les milieux d'affaires.
00:04:42La menace est grande.
00:04:57Cette menace est d'autant plus grande qu'en Italie, Mussolini parvient depuis dix ans à sortir le pays de
00:05:02la crise.
00:05:03Vu de loin, le fascisme fascine, plus qu'il n'effraie.
00:05:07Le Duce a pourtant déjà imposé un parti unique, une police politique.
00:05:12Il a aussi écrasé les syndicats.
00:05:15Mais la vraie nature du fascisme n'est pas encore perçue à la mesure de ce qu'elle est.
00:05:19Une menace véritable pour la paix et la démocratie en Europe.
00:05:24Vous êtes, surtout, et vous voulez être la garde du corps, de la révolution et du régime fasciste.
00:05:35En Europe, cette dictature est perçue comme un problème national italien, mais aussi comme un modèle d'efficacité et le
00:05:42meilleur des remparts au communisme.
00:05:45Hitler lui-même attribue au succès de Mussolini une part de la victoire électorale qui le mène au pouvoir.
00:05:58C'est l'incendie du Reichstag, le parlement allemand, un mois à peine après son accession au pouvoir, qui sort
00:06:04les gauches européennes de leur léthargie en février 1933.
00:06:09Cet incendie est une provocation nazie, un prétexte.
00:06:13Hitler accuse aussitôt les communistes sur lesquels s'abat une répression terrible.
00:06:31Cette répression, suivie de l'interdiction des partis communistes et sociodémocrates, suscite l'indignation en Europe.
00:06:38La débâcle de la gauche allemande impose de se mobiliser contre le fascisme.
00:06:42D'autant que s'ouvre à l'automne à Leipzig le procès de quatre communistes accusés de l'incendie du
00:06:47Reichstag.
00:06:54L'un des prévenus, Georgi Dimitrov, est le représentant de l'International Communiste à Berlin.
00:06:59Une organisation fondée par Lénine, dont dépendent tous les partis communistes.
00:07:04Pour les maux, je veux dire, je ne l'installer à Jean-Marie, on va me looking forward à l
00:07:09'é Thenne.
00:07:39Ce procès, qui dure trois mois, est relayé par la presse mondiale.
00:07:43Militant inconnu jusqu'alors, Dimitrov devient le symbole de la lutte antifasciste.
00:07:47Jusqu'à Londres, où sa sœur dénonce la machination hitlérienne.
00:08:27Ce procès provoque une onde de choc au sein des gauches européennes et parmi les intellectuels.
00:08:32Des intellectuels indissociables de la vie politique, qui constituent l'avant-garde de la lutte antifasciste.
00:08:38Tout particulièrement en France, où ils ont fondé de multiples revues et collaborent à de nombreux journaux.
00:09:02En ce début des années 30, de nombreux écrivains font en effet de l'engagement une priorité.
00:09:07C'est ainsi qu'André Gide et André Malraux sont les présidents du comité de défense de Dimitrov.
00:09:13André Malraux note alors...
00:09:16Des militants sont rentrés en Allemagne, sachant ce qu'ils risquaient, et ont photographié l'acte d'accusation clandestinement avec
00:09:21un laïka.
00:09:22Ensuite, ils ont passé la photo morceau par morceau.
00:09:25On ne connaît pas un seul des noms de ceux qui l'ont fait.
00:09:27Je pensais à eux en regardant Dimitrov.
00:09:37Ce combat, mené pour obtenir la libération de Dimitrov et des communistes allemands, est la première grande action de résistance
00:09:43au fascisme en Europe.
00:09:47Demandez l'humanité !
00:09:50Demandez l'humanité !
00:09:51Demandez Dimitrov, camarades !
00:09:53Demandez la photo de Dimitrov pour soutenir les vaillants lutteurs antifascistes d'Allemagne !
00:09:59Deux fois la grande photographie, à titre de solidarité, pour aider nos camarades d'Allemagne à éditer des traces illégaux
00:10:07et à diffuser dans des conditions d'illégalité terribles !
00:10:12Grâce à cette pression internationale, Dimitrov est acquitté.
00:10:15Il est accueilli en héros à Moscou.
00:10:17Le socialisme soviétique est alors un mythe.
00:10:20Les images de cette société rêvée fascinent une partie de la gauche antifasciste.
00:10:26L'URSS, c'est pour beaucoup la seule alternative.
00:10:29La seule force vivante du monde, écrit l'écrivain communiste français Paul Nisan, en juin 1933.
00:10:36La tâche la plus présente des prolétaires et des intellectuels est d'entrer dans l'armée des défenseurs de l
00:10:41'URSS,
00:10:42de se joindre au front rouge de ceux qui ont résolu de suivre l'exemple qu'elle donne au monde.
00:10:49...
00:11:30L'engagement des intellectuels se radicalise, tandis que le nazisme contraint une partie de l'intelligence allemande à l'exil.
00:11:39A Berlin, plus de 20 000 livres sont interdits et brûlés, sur ordre du ministre de la Propagande et de
00:11:45l'Information, Joseph Goebbels.
00:11:47Notre débrouche de la révolution de l'ennemi a fait la gasse libre.
00:11:56Réfugiés à Prague, Vienne et surtout à Paris, les exilés allemands se mobilisent pour sauver la culture de la barbarie
00:12:01nazie.
00:12:02Ils protègent, traduisent et diffusent dans toute l'Europe les œuvres interdites.
00:12:07Parmi les grands défenseurs de cette outre-Allemagne, l'Allemagne démocratique, les écrivains Bertolt Brecht, Anna Segers, Walter Benjamin et
00:12:16Andrich Mann.
00:12:17Ce dernier multiplie ses publications anti-nazies et publie en France un pamphlet, La Haine.
00:12:23L'auteur, qui, dépouillé par ses tristes vainqueurs, ne possède plus que sa pensée et ses talents d'écrivain, les
00:12:29met ici au service de l'Allemagne, ainsi que de l'Europe et du monde.
00:12:36C'est autour d'Anrich Mann que des écrivains allemands et français se réuniront bientôt dans un comité préparatoire de
00:12:42front populaire allemand.
00:12:43Un front populaire en exil et éphémère.
00:12:54D'autres intellectuels sont en revanche fascinés par le nazisme.
00:12:58Ils militent au sein des ligues d'extrême droite française.
00:13:01Des droites qui n'ont qu'un rêve, renverser la République dont elle dénonce la corruption des parlementaires, impliqués dans
00:13:07une série de scandales politico-financiers.
00:13:10Le dernier en date, c'est l'affaire Stavisky.
00:13:13L'escroquerie de ce banquier qui a bénéficié de protections politiques provoque des émeutes d'une grande violence le 6
00:13:19février 1934.
00:13:21Le bilan est lourd. 5 morts, 2300 blessés.
00:13:38En réaction à ces émeutes, les socialistes appellent à la grève générale.
00:13:43Communistes et socialistes, divisés, défilent séparément sur le cours de Vincennes.
00:13:47Quand soudain, l'improbable se produit.
00:13:50Les manifestants appellent à la fusion des deux cortèges.
00:13:57La rue a triomphé des divisions. Cette unité est déterminante.
00:14:02Matrice du futur Front Populaire, elle émeut le syndicaliste Daniel Guérin.
00:14:07Enfin, pour la première fois, nous agissons ensemble.
00:14:11Ce dont le mouvement ouvrier allemand s'est révélé incapable jusqu'à la dernière minute contre Hitler, nous venons nous
00:14:16de le faire.
00:14:21La province soulevée toute entière, Paris rassemblée dans cette manifestation signifie aux hommes du fascisme et du royalisme qu'ils
00:14:36ne passeront pas la réaction.
00:14:39« Vive la République des travailleurs ! Vive la liberté ! Vive l'unité prolétarienne sans laquelle aucune victoire n
00:14:55'est possible ! Vive le peuple ouvrier de Paris ! »
00:15:07Devançant les partis politiques, la gauche intellectuelle, déjà unie dans le combat pacifiste, constitue dans les jours qui suivent un
00:15:14comité de vigilance antifasciste.
00:15:16Unis par-dessus toute divergence devant le spectacle des émeutes fascistes de Paris et la résistance populaire qui leur a
00:15:23fait face,
00:15:24nous venons déclarer à tous les travailleurs, nos camarades, notre résolution de lutter avec eux pour sauver contre une dictature
00:15:30fasciste ce que le peuple a conquis de droit et de liberté publique.
00:15:43Le fascisme continue de progresser.
00:15:45Après l'Allemagne et l'Italie, la Bulgarie et la Lettonie viennent de tomber sous le joug des dictatures.
00:16:03Le Duce, c'est le modèle du chancelier d'Autriche, Engelbert Dolfus.
00:16:09Au pouvoir depuis un an, il a progressivement établi un régime fasciste chrétien.
00:16:14Les organisations ouvrières ont été remplacées par un syndicat unique.
00:16:18Privé de leurs acquis sociaux, les ouvriers déjà dans la misère n'aspirent qu'à s'insurger.
00:16:23Les communistes, dont le parti est interdit, les y incitent.
00:16:27Mais la direction du parti social-démocrate s'y refuse.
00:16:39Dans les cités ouvrières où se sont constitués des syndicats clandestins, les perquisitions et les arrestations se multiplient.
00:16:45C'est de là que part la révolte.
00:17:01La grève générale est proclamée à Vienne.
00:17:04Même s'il n'est que partiellement suivie, le chancelier Dolfus décrète aussitôt l'état de siège.
00:17:09Il lance un ultimatum aux ouvriers.
00:17:13Réfléchissez, ouvriers d'Autriche, qui dans votre aveuglement, vous trouvez encore de l'autre côté de la barricade.
00:17:19Le gouvernement dispose d'assez de moyens de violence et il en a fourni la preuve, le cœur gros.
00:17:24Mais c'était inévitable.
00:17:26Et si vous continuez la lutte, nous la continuerons aussi jusqu'au bout, aussi tragique soit-elle.
00:17:31Et bien qu'elle ne puisse aboutir qu'à votre destruction.
00:17:39La semaine sanglante de Vienne fait des centaines de victimes et se solde par une longue et violente répression.
00:17:46La gauche est décimée.
00:17:48Le puissant parti social-démocrate est interdit.
00:17:51Ses dirigeants s'exilent en Tchécoslovaquie, où ils fondent une nouvelle organisation.
00:17:55Leurs publications sont distribuées clandestinement en Autriche.
00:18:05Mais pour ces dirigeants sociodémocrates, sa lière aux communistes reste inconcevable.
00:18:11C'est donc en dépit de cette consigne qu'un groupe de jeunes révolutionnaires socialistes restés en Autriche
00:18:16décide de constituer un front unique antifasciste.
00:18:19Georg Scheuer fut l'un des militants de cette tentative clandestine de Front Populaire, voué à terme, à l'échec.
00:18:26Je continue vers d'autres actions contre le régime austro-fasciste.
00:18:30Fabrication de matériel, transmission, distribution, réunion clandestine, lancement de tracts, manifestations éclaires.
00:18:38Le régime prévoit le même tarif pour chacun de ces actes.
00:18:41Pour un seul tract de haute trahison, on écope de la même peine que pour un attentat à l'explosif.
00:18:46Nous savons que pour l'ensemble des activités d'une seule journée, nous en aurions pour cent ans de réclusion.
00:19:02Quelques mois plus tard, en octobre 1934, c'est le peuple espagnol qui se soulève contre la droite monarchiste et
00:19:08fascisante de retour au pouvoir.
00:19:10Une droite soutenue par Mussolini.
00:19:12La réforme agraire en cours, dans une Espagne essentiellement rurale, est abandonnée.
00:19:17Les salaires sont revus à la baisse.
00:19:19La misère s'accroît.
00:19:26La gauche socialiste redoute d'être écrasée comme l'ont été les gauches allemandes et autrichiennes.
00:19:32Socialistes, anarcho-syndicalistes et communistes constituent le premier front unique antifasciste d'Europe.
00:19:38Ils se regroupent dans une alliance ouvrière et appellent à la grève générale.
00:19:54A Barcelone et à Madrid, les grévistes sont rapidement neutralisés par l'armée.
00:19:59Mais dans le bassin industriel des Asturies, mineurs et métallurgistes particulièrement organisés et armés résistent pendant deux semaines à l
00:20:07'assaut de l'armée.
00:20:09Un jeune garçon témoigne de la violence de la répression.
00:20:13La répression n'a eu aucune limite.
00:20:16Pendant des mois, les gens ont été assassinés dans toutes les Asturies, après avoir été torturés d'une façon qui
00:20:22dépasse l'imaginable.
00:20:23Les forces marocaines commandées par le général Franco brûlaient et assassinaient les ouvriers par centaines.
00:20:33Des milliers de révolutionnaires sont incarcérés.
00:20:37Déterminés à poursuivre la lutte, la gauche et l'extrême gauche font de l'unité la condition de la victoire
00:20:43finale.
00:20:44Prélude au futur front populaire, la commune des Asturies provoque un élan de solidarité internationale.
00:20:49Une dirigeante du parti communiste, Doloré Sibaroury, se rend à Paris.
00:20:54Je suis vraiment émotionnée et profondément agradecée de l'expression de solidarité du peuple français pour le peuple espagnol.
00:21:05Le peuple français ne l'oublie pas que la lutte qui, en ces moments, sostient le peuple espagnol, est la
00:21:11lutte pour la liberté, est la lutte pour la paix.
00:21:17Pour mener cette lutte, les socialistes espagnols et français ont accepté de s'allier aux communistes.
00:21:23Ils font la figure d'exception.
00:21:25L'Europe social-démocrate y est en effet majoritairement hostile.
00:21:29Réunie à Paris, l'international socialiste vient d'ailleurs de se prononcer contre.
00:21:41A l'initiative de l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires, Paris devient pendant cinq jours la capitale de l
00:21:47'antifascisme.
00:21:49Venu de 38 pays, 230 intellectuels se réunissent pour le premier congrès des écrivains pour la défense de la culture.
00:21:56Présidé par André Gide et André Malraux, ce congrès rassemble des personnalités de sensibilité diverses.
00:22:04Certains sont engagés dans ce combat car ils sont victimes de dictatures, comme l'écrivain allemand Heinrich Mann.
00:22:10D'autres, par militantisme communiste, comme le journaliste russe Hylian Renbourg.
00:22:15Les écrivains allemands Gustave Régler et Anna Segers.
00:22:19Le poète français Paul Éluard, le surréaliste suisse Tristan Zahra, d'autres encore par humanisme, comme André Malraux.
00:22:29Parmi les intellectuels venus débattre du sens et de la nature de leur engagement, il y a le dramaturge allemand
00:22:35Bertolt Brecht.
00:22:37Lui fait-on le reproche d'être sauvage ? Le fascisme répond par un éloge fanatique de la sauvagerie.
00:22:44Accusé d'être fanatique, il répond par l'apologie du fanatisme.
00:22:48L'inculpe-t-on de violation de la raison, il franchit le pas allègrement et condamne la raison.
00:22:53La barbarie ne vient pas de la barbarie, mais des affaires qu'on ne peut plus faire sans elle.
00:22:59L'écrivain autrichien Robert Musil.
00:23:02Celui qui aime la culture aime la paix, car un peuple en guerre produit aussi peu de culture qu'un
00:23:07individu lorsqu'il est en danger de mort.
00:23:11Le surréaliste français André Breton.
00:23:14Transformer le monde, a dit Marx.
00:23:17Changer la vie, a dit Rimbaud.
00:23:19Ces deux mots d'ordre pour nous n'en font qu'un.
00:23:23L'essayiste italien Gaetano Salvemini.
00:23:25Je ne me sentirais pas le droit de protester contre la Gestapo et contre la police politique italienne,
00:23:31si je m'efforçais d'oublier qu'il existe une police politique soviétique.
00:23:35En Allemagne, il y a des camps de concentration.
00:23:38En Italie, il y a les îles pénitentiaires.
00:23:41Et en Russie soviétique, il y a la Sibérie.
00:23:51Les critiques sur le communisme soviétique sont alors systématiquement écartées.
00:23:55Même si le régime a fait ses premières victimes.
00:24:05C'est l'assassinat de Kirov, le chef du parti communiste de Leningrad,
00:24:09qui a donné en décembre 1934 le coup d'envoi aux grandes purges et aux déportations.
00:24:16Mais pour l'heure, la plus grande menace reste le Troisième Reich.
00:24:20Une menace qui conduit Pierre Laval, le ministre français des Affaires étrangères, à Moscou en mai 1935.
00:24:26Face à la menace fasciste, la France et l'URSS ont décidé de signer un pacte d'assistance mutuelle.
00:24:44Je pars profondément touché de l'accueil qui m'a été fait par le gouvernement soviétique et par la population
00:24:50de Moscou.
00:24:51Je n'oublierai jamais cet accueil, l'amitié est scellée entre nos deux pays.
00:25:01La signature de ce pacte et l'entrée de l'URSS dans la Société des Nations quelques mois plus tôt
00:25:07consolident les liens encore fragiles entre les socialistes et les communistes français.
00:25:13Les élections municipales de mai 1935 en France confirment alors la force d'une union des gauches.
00:25:19Pour la première fois, le candidat le moins bien placé accepte de se retirer au profit de l'autre.
00:25:24L'expérience se solde par un triomphe, notamment pour les communistes en région parisienne.
00:25:30Les banlieues rouges sont nées.
00:25:37C'est la date symbolique du 14 juillet que socialistes, communistes et radicaux choisissent pour sceller leur pacte d'unité
00:25:44d'action.
00:25:47Au stade Buffalo, aux portes de Paris, la gauche républicaine prête serment devant des dizaines de milliers de personnes.
00:25:56Au nom de tous les partis et groupements de liberté et des organisations ouvrières et paysannes,
00:26:04au nom du peuple de France, rassemblés aujourd'hui sur toute l'étendue du territoire,
00:26:10nous, représentants mandatés ou membres du Rassemblement populaire du 14 juillet 1935,
00:26:18animés par la même volonté de donner du pain aux travailleurs,
00:26:22du travail à la jeunesse et la paix au monde,
00:26:25nous faisons le serment solennel de rester unis pour désarmer et dissoudre les lignes taxieuses,
00:26:33pour défendre et développer les libertés démocratiques et pour assurer la paix humaine.
00:26:39Nous l'avons !
00:26:48Le Front populaire est bel et bien né.
00:26:50Plus d'un million de personnes manifestent dans toute la France.
00:26:54A Paris, une foule immense se presse vers la Bastille,
00:26:57où drapeau rouge et drapeau tricolore, chant révolutionnaire et chant républicain se mélangent.
00:27:03Le Front populaire est bel et bien né.
00:27:06Le Front populaire est bel et bien né.
00:27:10Le Front populaire est bel et bien né.
00:27:43Sous-titrage MFP.
00:28:13Sous-titrage MFP.
00:28:43Sous-titrage MFP.
00:29:13Sous-titrage MFP.
00:29:56Sous-titrage MFP.
00:30:16Mais la révolte des Asturies et sa sanglante répression ont incité la gauche et l'extrême gauche à faire bloc.
00:30:22Un bloc qui a remporté 260 sièges au Parlement quand la droite en a recueilli 150.
00:30:34Soudée dans le combat antifasciste, l'alliance des gauches ne reste pas moins politiquement fragile.
00:30:40Dangereusement menacée par une droite déterminée à la renverser, elle est aussi très divisée.
00:30:45Et ce n'est pas sans mal que le Front Populaire s'est accordé sur un programme.
00:30:49Un programme modéré mais qui met fin à certaines injustices.
00:30:53La réforme agraire est relancée.
00:30:55Les terres sont collectivisées.
00:30:57L'enseignement, laïcisées.
00:30:59Les prisonniers politiques amnistiés.
00:31:02Et l'autonomie rendue à la Catalogne.
00:31:09Le peuple savoure sa victoire et occupe jusque les grands hôtels.
00:31:14L'Espagne opprimée prend sa revanche.
00:31:16Mais ses attentes sont immenses et dans le sud déjà, des grèves se déclenchent.
00:31:40Tout comme en Espagne, en France, les ouvriers revendiquent le droit à la dignité.
00:31:45En ce printemps 1936, la misère ne cesse de s'accroître.
00:31:49Une vague de grèves sans précédent paralyse le pays.
00:31:58Parties spontanément, ces grèves surprennent toutes les organisations du Front Populaire.
00:32:04La CGT, récemment réunifiée, voit ses rangs se gonfler.
00:32:07C'est la rue syndicale, déclare son secrétaire général.
00:32:14Le patronat est sous le choc.
00:32:16Pour la première fois, ouvriers et employés occupent leur lieu de travail.
00:32:20Et ils sont plus de 3 millions.
00:32:30L'enthousiasme indiscible qui accompagne cette explosion sociale
00:32:35est à la hauteur des souffrances silencieusement amassées pendant des années,
00:32:39explique dans un article la philosophe Simone Veil.
00:32:44Il s'agit de bien autre chose que de telle ou telle revendication particulière, si importante soit-elle.
00:32:49Il s'agit, après avoir toujours plié, tout subi, tout encaissé en silence pendant des mois et des années,
00:32:54d'oser enfin se redresser, se tenir debout, prendre la parole à son tour.
00:33:03L'attente est si forte que ce conflit social éclate avant même que ne soit formé le tout nouveau gouvernement
00:33:08de Front Populaire.
00:33:09Le 4 mai 1936, la gauche unie a remporté 378 sièges aux élections législatives.
00:33:16La droite n'en a obtenu que 220.
00:33:19Tout comme en Espagne, c'est une victoire historique.
00:33:22Rassemblée autour du programme du pain, la paix, la liberté, le Front Populaire soulève de grands espoirs.
00:33:29Léon Blum, le leader socialiste, prend la présidence du Conseil.
00:33:34Le gouvernement de Front Populaire agira dans le cadre de la société actuelle,
00:33:43mais avec la volonté délibérée d'en extraire tout ce qu'elle peut comporter d'ordre, de sécurité, de bien
00:33:57-être et de justice.
00:34:01Les grèves obligent le gouvernement à étendre les réformes de son programme.
00:34:05La semaine de 40 heures, les conventions collectives et les congés payés sont institués.
00:34:10Un office du blé est créé pour assurer un revenu aux paysans.
00:34:13La scolarité est rendue obligatoire jusqu'à 14 ans.
00:34:16Le gouvernement, ou pour la première fois entre des femmes, est soutenu par les communistes qui n'y participent pas.
00:34:24Nous accorderons au gouvernement socialiste une collaboration étroite, fraternelle et sans éclipse.
00:34:33Le parti communiste travaillera à faire une France libre, forte et heureuse.
00:34:41Tout est possible, estime Marceau Pivert, le leader de la gauche socialiste.
00:34:46Ce à quoi Maurice Thorez répond le 11 juin, il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été
00:34:52obtenue.
00:34:54Le danger, c'est la colère qui monte sérieusement au sein du patronat et de la droite.
00:34:58Mais c'est aussi de perdre le contrôle des masses.
00:35:09Peu à peu dans les usines, le travail reprend le pas sur la valse.
00:35:13Mais le rêve ne s'arrête pas là.
00:35:15L'été 1936 offre à plus de 500 000 salariés les joies inestimables des premiers congés payés.
00:35:23Léon Blum dira plus tard, tout cela me donne le sentiment que par l'organisation du travail et du loisir,
00:35:29j'avais malgré tout apporté une espèce d'embellie, d'éclaircie dans les vies difficiles, obscures.
00:35:43Cette embellie révolte les ligues de droite qui brandissent aussitôt le spectre du complot communiste.
00:35:48Ces ligues haineuses et antisémites aspirent tout comme le patronat à faire tomber le gouvernement de Léon Blum.
00:35:54Un gouvernement dont l'économie est sérieusement mise en péril par la fuite des capitaux.
00:36:00La Belgique, comme la France, est paralysée par une vague de grève d'une ampleur inédite.
00:36:05Parties du port d'Anvers, elles ont gagné les bassins miniers.
00:36:09Cette pression sociale a poussé le gouvernement socialiste à voter à son tour la semaine des 40 heures et les
00:36:14congés payés.
00:36:21Mais contrairement aux Français, les socialistes belges interdisent toute alliance avec les communistes,
00:36:26même pour combattre la droite fasciste montante de Léon de Grêle.
00:36:35Car en Belgique, comme aux Pays-Bas, en Scandinavie, en Tchécoslovaquie et en Grande-Bretagne,
00:36:40les directions des partis sociodémocrates contre toute tentative d'unité d'action.
00:36:45En Belgique, les opposants seront jetés en prison et violamment réprimés.
00:36:57Bloqués par les sociodémocrates en Europe du Nord,
00:37:00les tentatives de front populaire sont attaquées au Sud.
00:37:03En Grèce, l'union de front populaire en marche depuis septembre 1935
00:37:08est définitivement écrasée à la demande du roi
00:37:10par un coup d'État du général Metaxas, le Premier ministre.
00:37:16Il instaure aussitôt une dictature.
00:37:201330 communistes sont incarcérés.
00:37:36Ce même été 1936,
00:37:39les droites fascistes espagnoles mettent à exécution leur projet de renverser le front populaire.
00:37:45Le général Franco a pris la tête d'un soulèvement militaire.
00:37:49Le 18 juillet, il proclame l'état de siège.
00:37:52Parti du Maroc espagnol,
00:37:54l'insurrection contre le gouvernement légal gagne l'Andalousie.
00:37:58Une à une, les garnisons rallient le camp des franquistes.
00:38:01La guerre civile commence.
00:38:03Elle va durer trois ans.
00:38:09Sous la pression des organisations de gauche,
00:38:12le gouvernement de front populaire consent à distribuer au peuple des armes de fortune.
00:38:24Des milliers d'hommes et de femmes volent au secours de la République.
00:38:34« No pas saran, ils ne passeront pas », lance la communiste Dolores Ibaruri,
00:38:40futur passionariat qui appelle à la résistance.
00:38:42« Peuple de Catalogne, de Galice et du Pays Basque,
00:38:46peuple d'Espagne,
00:38:48défendons la République démocratique,
00:38:50consolidons la victoire obtenue par le peuple le 16 février.
00:38:53Vive le front populaire,
00:38:55vive l'union contre le fascisme,
00:38:57vive la République du peuple.
00:38:59Nous ne laisserons pas le fascisme triompher,
00:39:01nous ne les laisserons pas triompher. »
00:39:13Appelé à l'aide,
00:39:14le gouvernement Blum apporte son soutien politique à la République espagnole
00:39:18et lui livre secrètement des armes.
00:39:20Mais les violentes attaques de la droite,
00:39:22la pression de sa majorité parlementaire
00:39:24et de l'Europe sociale-démocrate
00:39:26qui redoute d'entraîner le continent dans la guerre,
00:39:28le poussent à la non-intervention.
00:39:31Cet abandon de l'Espagne
00:39:32est perçu comme une trahison par les communistes
00:39:34et une partie des intellectuels
00:39:35qui se désolidarisent de Léon Blum.
00:39:38La non-intervention porte un premier coup
00:39:40à l'unité du front populaire français,
00:39:42tout en laissant les mains libres
00:39:43à l'accélération des offensives franquistes
00:39:45qui ensanglantent l'Espagne.
00:39:55Peu avant d'être fusillé par les fascistes,
00:39:57le poète Garcia Lorca écrit
00:39:59« J'ai fermé la porte de mon balcon
00:40:01pour ne pas entendre les sanglots,
00:40:04mais de derrière les murs gris
00:40:06ne persent que des sanglots. »
00:40:17La tragédie espagnole conduit certains intellectuels
00:40:20à passer de l'engagement par les mots
00:40:21à l'engagement par les armes.
00:40:24André Malraux est l'un des premiers
00:40:25à partir au secours de la République.
00:40:26Il l'aide à constituer une aviation.
00:40:29Il crée l'escadrille Espania.
00:40:47Au fil des mois, des dizaines d'autres écrivains
00:40:50comme Simone Veil et Gustave Réglaire,
00:40:52Arthur Kessler ou Ernest Hemingway
00:40:54font leur deuil du pacifisme,
00:40:56comme George Orwell.
00:40:58« J'étais venu en Espagne
00:40:59dans l'intention d'écrire quelques journaux,
00:41:01mais à peine arrivé,
00:41:02je m'engageais dans les milices,
00:41:04car à cette date,
00:41:05et dans cette atmosphère,
00:41:06il paraissait inconcevable
00:41:08de pouvoir agir autrement. »
00:41:14En France, les manifestations en faveur
00:41:17de l'Espagne se multiplient
00:41:18et aggravent les dissensions
00:41:19entre partisans et non-partisans
00:41:21de l'intervention.
00:41:22L'unité du Front populaire se fissure.
00:41:24Certains intellectuels,
00:41:25dont l'écrivain Romain Roland,
00:41:27appellent à se solidariser avec l'Espagne.
00:41:29« Aide à l'Espagne.
00:41:31Elle combat pour nous,
00:41:32pour nous, France,
00:41:33pour nous, démocratie,
00:41:34car l'une et l'autre sont en danger.
00:41:36Qui donc oserait nous interdire
00:41:38de défendre nos défenseurs ?
00:41:40Le combat d'Espagne est notre combat.
00:41:43Défendons-nous, défendons l'Espagne. »
00:41:47Mais jamais la non-intervention
00:41:48n'est remise en cause
00:41:49par les socialistes européens.
00:41:51« Je n'admettrai jamais
00:41:52que la guerre soit inévitable, »
00:41:54déclare Léon Blum,
00:41:55qui redoute l'extension
00:41:56du conflit à l'Europe.
00:41:58« La première condition de la paix,
00:42:01c'est qu'aucune nation
00:42:03ne se trouve contrainte
00:42:06de défendre par les âmes
00:42:09l'intégrité de son territoire. »
00:42:12« La guerre, la guerre ! »
00:42:24Alors que le président du Front populaire français
00:42:26fait de la défense nationale sa priorité,
00:42:29en Espagne, la guerre s'internationalise.
00:42:32Hitler et Mussolini, qui ont promis leur soutien aux nationalistes,
00:42:36violent maintenant ouvertement les accords de non-intervention.
00:42:40Leur ravitaillement matériel militaire, avions et troupes renforcent la rébellion menée par Franco.
00:42:45Proclamé généralissime, il poursuit sa croisade antirépublicaine avec la bénédiction de l'Église.
00:43:08Le manque d'armes et d'organisations menace en revanche le Front populaire.
00:43:12Le nouveau Premier ministre Largo Caballero fait entrer pour la première fois en Europe des communistes au gouvernement.
00:43:19Les milices populaires sont réorganisées en armée.
00:43:31En réaction à l'entrée de l'Italie et de l'Allemagne dans la guerre civile,
00:43:35Staline dénonce à son tour les accords de non-intervention.
00:43:38Alors que la République ne l'espérait plus, il envoie à l'automne des cargaisons d'armes, de chars, des
00:43:43avions et des experts.
00:43:51Staline a également donné son accord à l'envoi des brigades internationales.
00:43:55Recrutés par les partis communistes, 35 000 volontaires d'une cinquantaine de pays
00:43:59arrivent en renfort sur le Front républicain.
00:44:02Ils sont acclamés par le peuple.
00:44:19Majoritairement communistes, mais aussi simples militants antifascistes,
00:44:23ces bénévoles sont pour la plupart des ouvriers, des chômeurs et parfois des aventuriers.
00:44:34Portés par le seul idéal antifasciste,
00:44:36ces combattants du monde entier, dont des Allemands et des Italiens,
00:44:40sont honorés par les grands poètes espagnols comme Rafael Alberti.
00:44:45Vous nous êtes venus simplement, anonymes de tel ou tel pays, qu'il soit grand ou petit,
00:44:50de celui qu'on distingue à peine sur la carte.
00:44:53Vous nous êtes venus pris aux mêmes racines, aux mêmes postulats, d'un seul et même rêve.
00:44:58Non, ne nous quittez pas, restez auprès de nous.
00:45:01Nos arbres, nos forêts, nos plaines vous requièrent.
00:45:09L'Europe antifasciste et l'Europe fasciste s'affrontent désormais par les armes sur la terre d'Espagne.
00:45:14où les combats s'intensifient.
00:45:16Le camp républicain se divise sur les stratégies pour gagner la guerre qui décime le pays.
00:45:46Chaque jour, le fossé se creuse entre les forces du Front Populaire.
00:45:50Renforcé par l'intervention de Staline, le parti communiste, insignifiant avant la guerre,
00:45:55occupe maintenant une place prépondérante au gouvernement.
00:45:58Sa priorité, c'est de gagner la guerre.
00:46:00Les réformes sociales sont suspendues.
00:46:02Les milices populaires, militarisées.
00:46:07Mais pour les anarchistes, comme pour les marxistes du Poum, proches des trotskistes,
00:46:12cette guerre doit être aussi une révolution sociale.
00:46:15Ces divergences se soldent par des affrontements.
00:46:18Qualifiés d'ennemis du peuple par les communistes, anarchistes et poumistes sont éliminés.
00:46:26La guerre, c'est de gagner la guerre.
00:46:52Cette guerre dans la guerre pousse le chef du gouvernement de Front Populaire, Largo Caballero, à la démission.
00:46:59Juan Negrin, son ancien ministre, favorable à la stratégie communiste, lui succède.
00:47:05Le front républicain perd du terrain.
00:47:08L'Espagne fasciste soudée est en passe d'emporter la victoire sur un front populaire
00:47:12que guerre et querelles internes n'en finissent plus de déchirer.
00:47:24En France, le malaise économique s'accroît.
00:47:27Sous la pression des marchés financiers, Léon Blum a déclaré la nécessité de faire une pause dans les réformes.
00:47:33L'incompréhension et la désillusion succèdent peu à peu à l'enthousiasme.
00:47:56En juin 1937, le Sénat lui refusant les pleins pouvoirs financiers, Léon Blum est à son tour acculé à la
00:48:03démission.
00:48:04En l'espace de quelques mois, le rêve d'unité des fronts populaires a volé en éclats.
00:48:09Et avec lui, la légitimité de s'allier aux communistes pour vaincre le fascisme.
00:48:14Seule une minorité intellectuelle dont André Gide ose remettre l'URSS en cause.
00:48:19Je doute qu'en aucun pays aujourd'hui, fusse dans l'Allemagne de Hitler,
00:48:23l'esprit soit moins libre, plus courbé, plus craintif.
00:48:35La répression communiste en Espagne et les grands procès qui ont débuté à Moscou
00:48:40consacrent aussi des ruptures entre intellectuels.
00:48:48Mais réunis pour le deuxième congrès des écrivains en Espagne, en juillet 1937,
00:48:53ils renouvellent tous leur soutien au Front populaire espagnol.
00:49:03Le Front populaire est en difficulté et ses lendemains sont comptés.
00:49:20En 1938, les pays signataires de la non-intervention ordonnent le départ des brigades internationales,
00:49:26laissant un camp républicain en loque et à jamais désunis.
00:49:51En janvier 1939, le Front populaire espagnol est vaincu par Franco.
00:50:01Son gouvernement militaire est reconnu par la France,
00:50:04dont le maréchal Pétain vient d'être nommé ambassadeur,
00:50:07ainsi que par la Grande-Bretagne.
00:50:09Des milliers de républicains sont condamnés à l'exil.
00:50:14L'unité d'action antifasciste à l'origine des Fronts populaires
00:50:18est mortellement trahie par la signature du pacte germano-soviétique en août 1939.
00:50:25Ce retournement complet de Staline provoque la plus grave crise de l'histoire du Parti communiste français.
00:50:32Paul Nizan le quitte.
00:50:33Le choix n'est pas large.
00:50:35Mener une vie qui n'est qu'une espèce d'angoisse,
00:50:37ou risquer la mort pour conquérir la vie.
00:50:40Il faut payer ce prix pour ne plus rougir d'être un homme.
00:50:50Nizan trouvera la mort sur le front en 1940.
00:50:59L'Europe antifasciste est prise au piège.
00:51:01Les exilés allemands sont rattrapés en France par le nazisme.
00:51:07Désespérant d'échapper à la Gestapo,
00:51:09l'écrivain Walter Benjamin se suicide dans le petit village frontière de Portbou.
00:51:18Dans une situation sans issue, je n'ai d'autre choix que d'en finir.
00:51:22C'est dans un petit village où personne ne me connaît que ma vie va finir.
00:51:31Bertolt Brecht est de ceux qui ont pu émigrer aux Etats-Unis.
00:51:35Apprenant la mort de son ami, il lui dédie un poème.
00:51:38« Rejeté à la fin vers une frontière infranchissable,
00:51:42tu as franchi, me dit-on, une frontière infranchissable.
00:51:46Des empires s'écroulent,
00:51:48les chefs de bandes parades en jouant les hommes d'Etat.
00:51:51Les peuples disparaissent, invisibles, sous les armements. »
00:51:59Constitués pour lui barrer la route,
00:52:01les fronts populaires ont été écrasés par le fascisme.
00:52:04Mais leur histoire est aussi celle d'une victoire.
00:52:08La victoire d'une mobilisation exceptionnelle pour le pain, la paix et la liberté
00:52:12est celle d'un printemps marqué du sceau de l'embellie sociale.
00:52:27Plongeons donc au cœur des années 30 avec ce documentaire réalisé par Laurence Jourdain
00:52:33et consacré à l'Europe des fronts populaires face au nazisme et au fascisme.
00:52:38Mais où commencent et où s'arrêtent les comparaisons possibles
00:52:42entre les fronts populaires d'hier et ceux réactualisés,
00:52:45aujourd'hui, notamment en France ?
00:52:48En prolongement de ce film, nous allons poser la question maintenant à nos invités présents
00:52:52aujourd'hui sur ce plateau de débats d'hocs, en commençant par Jean Vigreux.
00:52:57Bienvenue à vous, Jean Vigreux.
00:52:58Bonjour.
00:52:58Vous êtes professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne, Europe,
00:53:02spécialiste de l'histoire des communismes, du front populaire et des sociétés rurales.
00:53:08du XXe siècle.
00:53:10Vous êtes l'auteur de ce livre, Les fronts populaires, une perspective mondiale, 1934-1938.
00:53:16C'est un ouvrage co-dirigé avec Serge Vélicov et disponible aujourd'hui aux éditions Libertalia.
00:53:22Avec nous également, Jean Garig.
00:53:24Bienvenue à vous, Jean Garig.
00:53:25Merci pour votre fidélité.
00:53:26J'en profite à cette émission débats d'hocs.
00:53:28Vous êtes professeur émérite d'histoire contemporaine à l'Université d'Orléans,
00:53:32spécialiste de l'histoire politique.
00:53:34Votre dernier livre s'intitule Les avocats de la République,
00:53:36Ceux qui l'ont construite, ceux qui la défendent.
00:53:39Un ouvrage à découvrir chez Odile Jacob.
00:53:43Et puis enfin, Agathe Cagé est avec nous.
00:53:44Vous êtes politiste, docteur en sciences politiques et directrice d'études à l'École Normale Supérieure de Paris.
00:53:50Et vous êtes, quant à vous, l'auteur de Classe figée, Comprendre la France empêchée.
00:53:55C'est un ouvrage édité, lui, chez Flammarion.
00:53:57Nous venons de voir ce documentaire, bien entendu.
00:54:01On ne comprend pas ce qui s'est passé et ce qui a motivé ce Front populaire en France, en
00:54:06tout cas.
00:54:06Si on n'en revient pas, à février 1934, ces fameuses manifestations, notamment du 6 février 1934.
00:54:14C'est 14 victimes, 14 morts sur la place de la Concorde.
00:54:20Manifestations organisées à la fois par les associations d'anciens combattants, des ligues d'extrême droite,
00:54:25face à l'Assemblée nationale.
00:54:27Et c'est ça qui motive la construction, pendant deux années, jusqu'à 1936, de ce fameux Front populaire.
00:54:35Il faut nous expliquer tout de même ce contexte, du côté à la fois de l'extrême droite française,
00:54:38de la droite française, de l'extrême droite française et de la gauche française.
00:54:42Oui, parce que la France est en crise, en crise économique, déjà.
00:54:45Il ne faut jamais perdre de vue la crise de 1929, qui touche plus tard, certes, la France, mais elle
00:54:50est là.
00:54:50Donc, il y a un chômage et des faillites.
00:54:521934, c'est la faillite, entre autres, de Citroën.
00:54:55Mais 1934, c'est aussi l'affaire Stavisky et cette affaire qui conduit à un scandale.
00:55:02Mais quelqu'un qu'on retrouve suicidé, bon, on ne va pas revenir sur le fond de l'affaire, etc.
00:55:07Mais l'extrême droite, et l'action française en particulier, mènent la bataille contre la République.
00:55:13Et mener la bataille contre la République, à l'époque, c'est s'en prendre au point central.
00:55:17La République, la troisième, elle est parlementaire.
00:55:20Ce n'est pas la cinquième.
00:55:21Il ne faut pas avoir notre imaginaire de la cinquième et le reporter sur la troisième.
00:55:25Mais qui met-on sous la bannière extrême droite dans cette fameuse année 1934 ?
00:55:31Ce sont des ligues.
00:55:32Alors, il y a les croix de feu du lieutenant-colonel de La Roque.
00:55:36Il y a l'action française, bien sûr.
00:55:38Et puis, d'autres petites ligues.
00:55:39Mais les deux principales, ce sont celles-là.
00:55:42Et puis, dans ce cadre-là, cette agitation de la rue, tout simplement, c'est aussi perçu par l'opinion,
00:55:50comme ce qui se passait auparavant en Allemagne.
00:55:54N'oublions jamais l'onde de choc de l'arrivée d'Hitler au pouvoir.
00:55:571933, c'est juste hier.
00:56:00Et cette arrivée, elle ne se fait pas par des élections.
00:56:02On ne revient pas là-dessus.
00:56:03On sait très bien comment il est arrivé au pouvoir et comment on l'a porté au pouvoir.
00:56:07Eh bien, cette logique, elle est perçue en France par ce coup de force, cette marche, avec tout un discours
00:56:13antiparlementaire.
00:56:14Le Parlement, enfin, il y a tout un discours particulier pour nettoyer, en quelque sorte, cette République.
00:56:22Et un retour, pour certains, à la monarchie, la quête du sauveur.
00:56:25Et cette quête du sauveur, elle rencontre à la fois les fascismes, le nazisme et toute cette volonté d'extrême
00:56:31droite.
00:56:31Qui rejette ? Les étrangers, les métèques, les juifs et puis, bien sûr, les communistes, les socialistes.
00:56:37Donc, il y a tout un discours, toute une préparation à ce 6 février 1934 qui est considérée véritablement par
00:56:46les gauches.
00:56:46Ça fait peur.
00:56:47Ce qui va réunir les radicaux de gauche, les socialistes et les communistes, c'est un front antifasciste à l
00:56:54'époque.
00:56:54C'est le front antifasciste.
00:56:55C'est très clair ?
00:56:56C'est très clair.
00:56:56Mais les radicaux, après, dans l'ordre, ce sont les socialistes et communistes et CGT et CGTU qui vont se
00:57:04retrouver soit le 9 février, soit le 12 février 1934,
00:57:08ayant appelé à des manifestations, ou alors qu'ils étaient divisés depuis le congrès de Tours, alors qu'il y
00:57:13avait des anathèmes entre les deux organisations.
00:57:16Les deux gauches, les deux gauches, les réconciliables, etc. Mais il existe quand même un front commun, un front antifasciste
00:57:23qui débouche, bien sûr, sur l'alliance de juillet 1934 avec le rôle des intellectuels et plein d'autres.
00:57:29Oui, et un paradoxe lors de ces émeutes du 6 février 1934, c'est que ces ligues et ces associations
00:57:36d'anciens combattants, qui sont importantes dans le mouvement, ne sont pas fascistes, en réalité.
00:57:40Elles sont, pour les croix de feu, conservatrices, réactionnaires. L'action française est monarchiste.
00:57:48Voir monarchiste, oui.
00:57:49Vous avez de petites ligues, mais qui sont presque groupusculaires, quelques milliers d'adhérents qui regardent du côté du modèle
00:57:57fasciste italien, voire du côté du modèle nazi, mais elles ne sont pas majoritaires.
00:58:02Mais elles sont perçues par ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui le peuple de gauche, par le monde ouvrier.
00:58:07Elles sont perçues comme un danger fasciste, précisément parce qu'il y a eu, en 1922, Mussolini et en 1933,
00:58:14Hitler en Allemagne.
00:58:16Et donc, cette perception-là, qu'on retrouve d'ailleurs dans toute l'Europe, et c'est ce que montre
00:58:21bien le documentaire, c'est celle d'un danger d'avoir en France ce qui est en train d'arriver
00:58:28ailleurs,
00:58:28ce qui est déjà arrivé en Espagne, en Italie, j'anticipe l'Espagne, en Italie et en Allemagne, et puis
00:58:36en Hongrie, et puis un peu partout en Europe centrale.
00:58:39Donc voilà, vous avez cette peur, cette peur très très forte, mais qui va réussir à mobiliser très très vite.
00:58:46Vous savez que dès le 12 février, vous avez des manifestations de la part de la gauche française,
00:58:52où les militants communistes se joignent aux militants socialistes, et ça c'est le début, c'est le début véritablement
00:58:59du Front Populaire.
00:59:01Un point qui me paraît vraiment intéressant, c'est que cette union, cette réconciliation se fait par la rue,
00:59:05se fait par les citoyens, se fait par les manifestants.
00:59:08Elle ne se fait pas par les partis, elle ne se fait pas par les oppositions de courant,
00:59:11elle ne se fait pas par les oppositions de personnes au niveau des instances politiques.
00:59:15Là où les partis n'ont pas su faire la réconciliation, comme en Allemagne, le nazisme est arrivé au pouvoir.
00:59:20En France, on a cette rue qui s'unit parce que l'unité leur paraît ce qu'il y a
00:59:25de plus naturel dans le triple combat,
00:59:27pour reprendre la fin du documentaire, à la fois pour le pain, à la fois pour la liberté, et à
00:59:33la fois pour la paix.
00:59:34Et ensuite, on va avoir sur deux années cette union du peuple qui va vraiment se faire par la rue,
00:59:40et une autre union qui va être essentielle dans ce Front Populaire, qui est l'union de la démocratie politique
00:59:46et de la démocratie sociale.
00:59:48Et c'est par cette double articulation qu'on va avoir ce printemps, à mon sens, en 1936, totalement exceptionnel,
00:59:53par les nouveaux droits qu'il va permettre de conquérir.
00:59:56À la fois un mouvement politique, social et culturel.
00:59:59C'est les trois dimensions des Front Populaire.
01:00:02Oui, il faut d'ailleurs, pour rebondir là-dessus, rappeler à quel point les intellectuels ont joué un rôle très
01:00:10important dans tout ce mouvement.
01:00:12Non seulement dans l'été 36, le groupe Octobre, des tas d'intellectuels français qui ont agi pendant la période
01:00:21du Front Populaire,
01:00:22mais aussi à l'échelle internationale.
01:00:24Ce que montre aussi d'ailleurs le documentaire avec ce Congrès des écrivains, ce Congrès international des écrivains,
01:00:31qui est moteur, qui veut soutenir le fronte populaire espagnol,
01:00:36qui veut constituer à l'échelle internationale une sorte de Front Populaire de la culture, quelque part,
01:00:42et qui va se réunir ensuite en Espagne.
01:00:44Donc vous voyez, il y a des intellectuels qui sont très très présents.
01:00:48La Ligue des intellectuels antifascistes, les droits de l'homme, etc.
01:00:55On a quelque chose là d'un mouvement intellectuel.
01:00:58J'en parle parce que si on compare avec l'époque d'aujourd'hui, c'est pas tout à fait
01:01:03la même chose.
01:01:04On va comparer avec l'époque d'aujourd'hui.
01:01:06On va revenir deux ans en arrière, 2024.
01:01:08Est-ce que vous avez été surpris qu'au lendemain de la dissolution annoncée par le chef de l'État,
01:01:12et en l'espace de quatre jours, revienne au goût du jour le Front Populaire,
01:01:18qui s'appelle nouveau Front Populaire ?
01:01:19On a vu les principales formations de gauche française se mettre d'accord sur un programme,
01:01:24un principe de désistement.
01:01:26Est-ce que c'était dans la droite ligne de ce à quoi nous avons assisté en 1936 ?
01:01:32Est-ce que vous a paru logique que ce soit à ce moment précis de notre histoire, en 2024,
01:01:38que revienne au goût du jour le Front Populaire ?
01:01:41C'est un moment d'accélération politique qui est quand même un moment d'accélération politique extraordinaire.
01:01:46Est-ce que vous pouvez nous raconter une belle histoire,
01:01:47ou est-ce que vous pensez que, oui, ça se justifiait pleinement,
01:01:51compte tenu de l'environnement politique français tel qu'il existait en 2024, il y a deux ans ?
01:01:57Ça se justifiait, à mon sens, doublement.
01:01:59D'abord, ça se justifiait parce qu'il y a peu de moments dans l'histoire
01:02:02dans lesquels la gauche a réussi à imposer sa grammaire et son vocabulaire.
01:02:06Il y a trois grandes références à l'histoire récente pour les gauches.
01:02:10Il y a en 1936 le nouveau Front Populaire, il y a les premières années de 1981,
01:02:15François Mitterrand au pouvoir, et puis vous avez la glosse plurielle de 1997-2002.
01:02:20Donc le nombre de références vers lesquelles les gauches pouvaient se tourner à ce moment-là
01:02:24était quand même assez limité.
01:02:25Et la référence du Front Populaire était doublement pertinente en 2024.
01:02:30D'abord parce qu'il y a une problématique à la fois économique et sociale très forte,
01:02:35différente de celle de 1936, parce qu'on n'est plus sur les mêmes problématiques
01:02:40en termes de problématiques ouvrières, en termes...
01:02:43Mais pour vous, ce n'est pas d'abord un Front anti-extrême droite en France ?
01:02:47Il y a véritablement, à mon avis, ce sujet-là, d'un besoin, d'une demande,
01:02:52d'un nouveau projet social et économique qui résonne très fort avec le Front Populaire de 1936.
01:02:58Il y a cette autre dimension qui est très importante en 1936 et qui est très présente en 2024,
01:03:04c'est que vous avez eu une unité syndicale tout au long des manifestations
01:03:07et du mouvement social contre la réforme des retraites,
01:03:10donc l'unité syndicale est déjà faite.
01:03:11Et l'unité syndicale est très forte, très rare en France.
01:03:14Donc là, on a une unité politique qui vient à nouveau s'articuler avec une unité syndicale.
01:03:20Et puis, il y a ce contexte, bien sûr, mais qui a un contexte, à mon sens, second
01:03:23par rapport à la référence du Front Populaire de la lutte contre l'extrême droite.
01:03:27Pourquoi c'est un contexte, à mon sens, second ?
01:03:29Parce qu'on a eu en 2024 un frémissement qui est un frémissement de recherche, à nouveau,
01:03:35d'un projet politique porté par les gauches, d'un projet d'adhésion,
01:03:39d'une gauche capable, à nouveau, de réaffirmer sa grammaire
01:03:41et de réaffirmer son vocabulaire et de rejouer une forme de centralité dans le débat politique.
01:03:47Il y a eu cette accélération très courte
01:03:48qui, à mon sens, fait que le parallèle est relativement intéressant
01:03:53entre ce nouveau Front Populaire et le Front Populaire de 1936,
01:03:56même si, bien sûr, derrière, ce n'est pas la même histoire qui s'est produite.
01:04:02Qu'est-ce que vous en pensez, Jean-Louis ?
01:04:03Oui, ce n'est pas la même histoire, même si c'est lié à une dissolution hasardeuse.
01:04:07C'est quand même ça la clé, on va dire, du problème.
01:04:11Parce que l'extrême droite est très haute aux élections européennes
01:04:15et cette dissolution fait très peur, en fin de compte aussi,
01:04:18dans les organisations de gauche, sur l'idée que l'extrême droite est aux portes du pouvoir.
01:04:22Mais en revanche, la formule que lance, je crois, François Ruffin, le premier,
01:04:26mais qui est reprise par tout le monde après...
01:04:27Oui, c'est François Ruffin qui, le premier, utilise cette expression.
01:04:30Et assez intéressante, parce qu'elle renvoie, effectivement,
01:04:33à l'imaginaire antifasciste, une riposte liée au Front Populaire.
01:04:37Je pense que c'est quand même quelque chose qui fonctionne
01:04:39dans l'imaginaire des gauches, mais aussi par rapport à tous ces mouvements sociaux
01:04:43qui existent depuis de nombreuses années,
01:04:45réconciliant le mouvement social, et ça, on est entièrement d'accord,
01:04:49et un projet politique.
01:04:51Bon, après, bien sûr, la logique de la sacrée publique.
01:04:54Mais contre une autre formation politique, évidemment,
01:04:58ou contre un bloc politique qui s'appelle tout de même l'extrême droite.
01:05:01Oui, mais sauf qu'il faut peut-être relire le projet qui a peut-être été fait rapidement,
01:05:05mais vous aviez des idées qui structuraient et qui proposaient une alternative
01:05:09à des politiques qui soient celles de l'extrême droite
01:05:13ou celles, peut-être, d'une logique néolibérale depuis de nombreuses années.
01:05:17Et là, c'était assez intéressant de voir qu'il y avait cette fenêtre,
01:05:20et effectivement, c'est ça qui peut-être a joué et permet de jouer avec comment on réifie le passé
01:05:27ou comment on a cette mémoire importante et cette culture.
01:05:31Mais je rajouterais peut-être une petite chose,
01:05:33n'oublions jamais que la période 44-46, la sortie de guerre, le programme du CNR, etc.,
01:05:39se fait aussi par rapport à l'héritage du Front populaire,
01:05:42tout ce qui n'avait pas pu être fait,
01:05:43et ça reste aussi dans cet imaginaire des gauches, des temporalités que vous avez évoquées.
01:05:48D'ailleurs, Léon Blum sera le dernier président du Conseil provisoire,
01:05:53du gouvernement provisoire, juste avant l'instauration de la quatrième.
01:05:57Alors, Jean-Garric veut réagir, je vous donne la parole après.
01:06:00Jean-Garric.
01:06:01D'autant plus que je vais peut-être être un petit peu plus nuancé
01:06:04par rapport à ce qui vient d'être dit,
01:06:06parce qu'il y a quand même, nonobstant, l'idée que j'appuie
01:06:13de faire rejouer cette mythologie du Front populaire,
01:06:16et qui est quelque chose...
01:06:17C'était le but recherché, à l'évidence.
01:06:18...et qui est resté dans ce qu'on appelle le peuple de gauche.
01:06:22Oui.
01:06:23Les nuances, ce n'est plus le même peuple de gauche.
01:06:27N'oublions pas que le monde ouvrier, en 2024,
01:06:32il n'est plus à gauche.
01:06:32Il, pour sa grande majorité, il vote pour le Rassemblement national,
01:06:37c'est-à-dire l'extrême droite,
01:06:38c'est-à-dire l'équivalent des ligues des années 30.
01:06:40C'est quand même une donnée essentielle.
01:06:43La majorité s'abstient.
01:06:45Ce qui veut dire, en tout cas, que les gauches,
01:06:50le nouveau Front populaire, ne peut plus se prévaloir
01:06:53d'être la formation, d'être la coalition
01:06:56qui défend justement ce monde ouvrier,
01:07:00ces couches populaires opprimées par le capital.
01:07:03Deuxième réserve, peut-être ? Une autre réserve ?
01:07:05Deuxième réserve, la coalition, l'axe politique
01:07:10de la coalition du nouveau Front populaire
01:07:13n'est pas du tout la même que celle de 1936.
01:07:17En 1936, il y a un parti qui est dominant
01:07:20au cœur du Front populaire, qui est la SFIO,
01:07:24le Parti socialiste, révolutionnaire d'ailleurs,
01:07:27mais réformiste dans ses pratiques.
01:07:28Le logiciel marxiste, encore à l'époque.
01:07:29Mais Léon Blum distingue bien conquête et exercice du pouvoir.
01:07:34Vous avez, à l'aile droite de cette coalition,
01:07:38un parti radical, qui est un parti qui accepte
01:07:41la libre entreprise, l'économie de marché,
01:07:43qui n'est pas un parti révolutionnaire,
01:07:45qui n'est pas un parti de rupture avec le capitalisme.
01:07:49Ce qui se passe en 2024, vous le voyez,
01:07:53est quelque chose de très différent,
01:07:54avec une aile gauche, notamment,
01:07:57qui, idéologiquement, s'apparenterait plutôt
01:08:00à un héritage trotskiste,
01:08:02avec des militants, des anciens militants trotskistes.
01:08:04– Vous pensez, bien sûr, à la France insoumise.
01:08:06– Même si Jean-Luc Mélenchon, lui, vient du Parti socialiste.
01:08:10– Il vient du trotskisme, avant le Parti socialiste.
01:08:12– Et du Parti...
01:08:13– Voilà.
01:08:13– Et donc, vous avez une coalition politique
01:08:17qui est de nature différente de celle du Front populaire.
01:08:21Et je pense que ça change quand même beaucoup de choses
01:08:23quant à la viabilité, quant à la possibilité
01:08:27de prendre le pouvoir à ce moment-là.
01:08:29– Alors, je trouve que ça fait réagir.
01:08:31– Je pense qu'il y a deux dimensions quand même très importantes
01:08:33qui rapprochent les deux périodes.
01:08:34– Il y a des choses intéressantes, dans la réserve émissaire.
01:08:37– Non, il y a des choses vraiment très intéressantes.
01:08:38– Qui doivent me donner envie de réagir.
01:08:39– Je réagis peut-être juste directement sur la dimension
01:08:43que vous venez d'évoquer.
01:08:45C'est vrai qu'on n'est plus en 2024 à l'apogée
01:08:47de la civilisation ouvrière qui était celle de 1936.
01:08:50– L'électorat gauche de 2024 n'est pas celui de 1936.
01:08:54– Un électorat qui a des problèmes très forts de pouvoir d'achat,
01:08:58qui a des problèmes très forts de mobilité,
01:09:00auquel le nouveau Front populaire directement a parlé.
01:09:02Mais ce qui me paraît assez intéressant
01:09:04en point de comparaison supplémentaire, c'est qu'en 1936,
01:09:07comme en 2024, il y a cette conscience pour reprendre
01:09:09les mots de Simone Veil dans le film,
01:09:11qu'il ne faut pas attendre l'avenir, mais il faut le faire advenir.
01:09:14Et ce qui est très intéressant aux élections de 2024,
01:09:16c'est des élections en plein cœur de l'été,
01:09:18sur lesquelles les taux de participation ont massivement remonté.
01:09:22Donc il y a eu une conscience très forte
01:09:24chez les citoyens qui sont allés voter,
01:09:27quels que soient les partis pour lesquels ils ont voté,
01:09:29que cette élection était une élection
01:09:30qui allait changer les choses,
01:09:32comme il y avait une conscience très forte
01:09:33entre 1934 et 1936,
01:09:36que par le vote et par la mobilisation dans la rue
01:09:40et ensuite par la grève,
01:09:41il y avait une capacité de participer
01:09:44à une dynamique de transformation politique
01:09:46qui soit une dynamique de transformation politique réelle.
01:09:48Et ça, ça me paraît véritablement quelque chose d'important.
01:09:51Et puis il y a un autre point qu'on n'a pas encore abordé,
01:09:53qui est le fait que les deux périodes, pour moi,
01:09:56ont un point commun,
01:09:57qui est qu'il faut s'interroger sur
01:09:59qui sont les forces de fascination de l'époque.
01:10:01La force de fascination en 1934,
01:10:05c'est en partie l'Italie fasciste.
01:10:08L'Italie fasciste qui est une dictature
01:10:10et qui fascine au nom d'une prétendue efficacité particulière
01:10:14de ce régime.
01:10:16En 2024, on peut...
01:10:17Mais en place en 1922, on va le rappeler, du côté italien.
01:10:20En 2024, on a une forme de fascination assez forte
01:10:23qui existe encore aujourd'hui pour le régime chinois
01:10:26et pour la Chine,
01:10:27alors qu'on a un pays sans liberté publique
01:10:30et on a un pays avec des problématiques majeures.
01:10:32On l'a vu il y a encore un mois avec 83 morts
01:10:35dans une explosion de mines de charbon.
01:10:37Et c'est pourtant vers la Chine qu'on regarde d'un côté
01:10:39et d'un autre côté vers les nouveaux libertariens de la tech
01:10:43qui remettent en cause, notamment Peter Thiel,
01:10:45par son discours, le principe même de la démocratie
01:10:49avec l'idée que la démocratie donnerait une fausse égalité
01:10:52et que la démocratie mènerait à l'anarchie.
01:10:55Et parce qu'on a des formes de pouvoir très puissants
01:10:58qui s'imposent dans les débats publics,
01:11:01dans la nouvelle grammaire intellectuelle,
01:11:03en face, il y a une conscience très puissante aussi
01:11:05que la défense de l'égalité, la défense de la démocratie,
01:11:08la défense des libertés, qui ont une valeur
01:11:09et qui ont une efficacité propre,
01:11:11une efficacité démocratique,
01:11:13une efficacité de défense de l'égalité,
01:11:15une efficacité d'instauration des libertés,
01:11:18méritent une mobilisation à la fois sociale
01:11:20et à la fois électorale très forte.
01:11:22C'est-à-dire qu'on a des miroirs aussi
01:11:24qui renvoient à des formes de fascination
01:11:27face auxquelles il y a des besoins de réponse
01:11:29et de réponse intellectuelle et culturelle,
01:11:30comme vous le soulignez.
01:11:32Et ce qu'il ne faut pas perdre de vue,
01:11:33c'est qu'en 1936, le rapport de force,
01:11:35au départ, il n'était pas favorable
01:11:37ni à l'SFIO ni au PC.
01:11:38C'était les radicaux qui étaient en tête.
01:11:40Dès 1932, d'ailleurs, la gauche était majoritaire dans le pays.
01:11:42Mais comme elle n'était pas unie
01:11:43et comme elle n'avait pas une logique d'unification,
01:11:46c'était les radicaux qui gouvernaient
01:11:48tantôt à droite, tantôt au centre-droite,
01:11:49au centre-gauche, mais c'était ça qui jouait.
01:11:51La grande irruption, c'est que l'SFIO
01:11:53passe pour la première fois devant
01:11:55et que le PC fait un score de 15%
01:11:58avec 70 ou 72 députés,
01:12:00puisqu'il y en aura d'autres qui seront élus un peu après,
01:12:0272 députés.
01:12:03C'est important, c'était impensable à l'époque.
01:12:06Donc il y a bien aussi quelque chose
01:12:08qui peut se jouer dans une dynamique.
01:12:10Et peut-être que ce qui est comparable
01:12:12et ce qui serait intéressant de voir,
01:12:14de comparer les deux par rapport à 2024,
01:12:17puisqu'il y a une forte mobilisation à l'été,
01:12:20et c'est vrai, au début des vacances, etc.,
01:12:22au début où, en fait, tout le monde a besoin plutôt de souffler
01:12:25et puis il sort de ces élections européennes
01:12:27qui ont été quand même particulières,
01:12:29eh bien, il y a peut-être à regarder
01:12:31du côté des rapports de force à l'intérieur.
01:12:33Parce que derrière l'étiquette NFP,
01:12:36on peut imaginer qu'on pourrait retrouver
01:12:38les différents groupes parlementaires que l'on a.
01:12:41Et c'est ça, la dynamique.
01:12:42En revanche, ça n'a pas abouti, ça n'a pas débouché,
01:12:45ou alors ça a été refusé, parce qu'il faut peut-être le dire,
01:12:49de nommer un Premier ministre issu de cette majorité.
01:12:52En 1936, la victoire, elle est au rendez-vous
01:12:55parce qu'il y a union de la gauche.
01:12:56Et c'est vrai que dans l'imaginaire collectif,
01:12:58c'est un grand moment de l'union de la gauche française.
01:13:02J'ai vu que Jean-Luc Mélenchon
01:13:03n'a peut-être pas déclaré sa candidature à la présidentielle
01:13:06à n'importe quelle date.
01:13:07C'était le 3 mai dernier.
01:13:08Autrement dit, ça faisait 90 ans
01:13:10qui avait eu lieu le Front Populaire,
01:13:12donc il n'a peut-être pas choisi tout à fait au hasard.
01:13:15Et puis d'autre part, les non-mélenchonistes,
01:13:17on va les appeler comme ça aujourd'hui,
01:13:18se rencontrent aujourd'hui,
01:13:19continuent à arborer la bannière
01:13:22Front Populaire 2027 aujourd'hui.
01:13:24Eux demandent une primaire à gauche,
01:13:26mais cette bannière existe bel et bien,
01:13:28on l'a en image d'ailleurs.
01:13:30L'union de la gauche aujourd'hui
01:13:32qui a fait la victoire de ce Front Populaire,
01:13:34en tout cas en France,
01:13:36aujourd'hui, je ne sais pas si Jean-Luc Mélenchon
01:13:39peut l'incarner,
01:13:40mais on semble ne pas avoir réuni
01:13:43cette condition aujourd'hui
01:13:44pour parler d'un nouveau Front Populaire.
01:13:47Je ne sais pas ce que vous en pensez.
01:13:48Ça paraît aujourd'hui beaucoup plus difficile.
01:13:50Il s'est passé un certain nombre d'événements
01:13:52depuis 2024.
01:13:54Chacun sait, chacun observe
01:13:56que Jean-Luc Mélenchon
01:13:59a mécontenté une partie du peuple de gauche
01:14:02par certaines outrances
01:14:03et certaines positions.
01:14:05Je n'ai pas besoin de les rappeler ici,
01:14:07une position un peu ambiguë
01:14:09par rapport à l'antisémitisme, etc.
01:14:12Il n'empêche que...
01:14:13La promesse du Front Populaire,
01:14:15c'est tout de même la promesse d'une union de la gauche.
01:14:17Oui, mais cette idée de l'union de la gauche
01:14:20reste quelque chose de très fort
01:14:22dans ce qu'on appelle le peuple de gauche.
01:14:25C'est un peuple qui n'est plus le même sociologiquement,
01:14:29culturellement, géographiquement,
01:14:30qui n'est plus le même,
01:14:31mais cette promesse-là,
01:14:33cette mythologie,
01:14:34elle est toujours très présente.
01:14:36Il ne faut pas la sous-estimer.
01:14:38Ce qui fait que, quand on anticipe aujourd'hui
01:14:40ce que pourrait être un combat
01:14:42entre une gauche mélenchoniste
01:14:45et un candidat,
01:14:46qui est Jean-Luc Mélenchon,
01:14:47et un candidat d'une gauche
01:14:49de gouvernement plus modéré,
01:14:52on ne peut pas sous-estimer l'idée
01:14:54qui pourrait se faire
01:14:55d'une unité à trouver ensuite,
01:14:58dans la perspective, par exemple,
01:15:00d'un second tour d'une élection présidentielle.
01:15:03C'est quelque chose qui reste très fort
01:15:05à la base, justement,
01:15:07dans le peuple.
01:15:08Maintenant, au niveau des états-majors politiques...
01:15:11– Pour les présidentielles, il y aura, bien entendu,
01:15:13des législatives, on peut le supposer.
01:15:14– Bien sûr, bien sûr.
01:15:15– Ou peut-être avant.
01:15:16– Et c'est peut-être avant.
01:15:17– Mais au niveau des états-majors politiques,
01:15:19c'est peut-être un petit peu différent.
01:15:20– C'est extrêmement intéressant
01:15:21la manière dont nous parlons tous
01:15:23de la comparaison entre la période 36
01:15:26et la période de 2024.
01:15:28C'est-à-dire qu'en 36,
01:15:29on parle des forces communistes,
01:15:31des forces socialistes,
01:15:32des noms du parti
01:15:33et des militants qui ont fait la réunion.
01:15:35– On parle d'une union de la gauche
01:15:37qui a obtenu une victoire électorale,
01:15:40des acquis sociaux,
01:15:41ça n'a duré qu'un an,
01:15:42mais qui est rentrée dans l'histoire de la gauche.
01:15:45– C'est une des périodes
01:15:46de plus grande conquête de droits sociaux
01:15:48et de transformation de la vie,
01:15:50de la pratique des loisirs,
01:15:52de la capacité à accéder à un autre niveau de vie
01:15:55qui est extraordinaire.
01:15:56Mais quand on en parle entre nous,
01:15:57on parle des partis aujourd'hui,
01:15:58quand on parle de 2026,
01:15:59on parle des personnes.
01:16:01– Bien sûr.
01:16:01– Et c'est là où la différence est majeure.
01:16:05c'est-à-dire que les gauches, aujourd'hui,
01:16:07sont revenus dans ce qui est pour moi
01:16:09une forme de jeu préférentiel totalement désastreux
01:16:12qui est « je préfère la défaite
01:16:15de quiconque d'autre que moi,
01:16:19issue des familles des gauches,
01:16:20qu'une victoire qui ne soit pas la mienne ».
01:16:23Et c'est là où la différence se joue
01:16:25entre la capacité d'union en 1936,
01:16:29mais qui a été portée par la mobilisation militante,
01:16:33la mobilisation intellectuelle
01:16:34et la mobilisation citoyenne,
01:16:36et la situation actuelle.
01:16:37On parle uniquement de débats de personnes.
01:16:40Or, la possibilité de redéfinir...
01:16:43– Il n'y avait pas débat autour du nom de Blum ?
01:16:45– Beaucoup moins.
01:16:47La possibilité de redéfinir un projet social
01:16:51porté par les gauches,
01:16:52capable de susciter dans les urnes
01:16:54une forme d'adhésion collective
01:16:56de personnes qui se définissent
01:16:58de la France insoumise jusqu'au Parti socialiste,
01:17:01nécessite qu'on parle d'un débat d'idées
01:17:03et qu'on sorte de la hiérarchie des personnes
01:17:06et de la victoire sur mon nom
01:17:08plutôt que de la victoire des conquêtes sociales à venir.
01:17:12Et 36, ça a été très bref,
01:17:13mais c'était très bref sur une victoire.
01:17:16Et aujourd'hui, on empêche même
01:17:18la possibilité de victoire.
01:17:19Pardon, j'ai...
01:17:19– Non, non, mais je vais dans votre sens...
01:17:22– Un mot et Jean-Vivreux, bien sûr.
01:17:23– Non, je vais dans le sens de ce qui vient d'être dit.
01:17:25C'est la perversité du système de la Ve République,
01:17:29que tout conspire à cette élection présidentielle.
01:17:32On voit bien aujourd'hui,
01:17:33les partis, d'ailleurs, sont des écuries
01:17:35à fabriquer des candidats à une élection présidentielle.
01:17:38Ils sont de moins en moins,
01:17:39parce que les partis ont de moins en moins de force,
01:17:41à part peut-être, justement, LFI,
01:17:42d'un côté, le Rassemblement national, de l'autre.
01:17:44Donc, on voit très bien cette fragilité-là.
01:17:47Et vous avez tout à fait raison.
01:17:48Je veux dire que ce qui était possible
01:17:50de travailler sur une plateforme Pépin Liberté,
01:17:52avec des concessions qui ont été faites,
01:17:54très importantes, d'ailleurs,
01:17:55de la part des socialistes,
01:17:57et surtout des communistes aux radicaux,
01:18:00ce travail-là d'élaboration d'une plateforme,
01:18:04aujourd'hui, se heurte à une rivalité de personnes,
01:18:06à ces écuries qui, précisément,
01:18:10sont dans un rapport de force permanent
01:18:12vers l'élection présidentielle
01:18:14pour se qualifier au premier tour
01:18:16et éventuellement être présents au second tour.
01:18:18Alors, Jean Vigreux.
01:18:18Oui, la logique...
01:18:20Ça sera peut-être le mot de la fin,
01:18:21alors profitez-en.
01:18:22Ce sont les institutions de la Ve République
01:18:24qui mènent, en fin de compte,
01:18:25à la quête du sauveur.
01:18:27Et que c'est quelque chose
01:18:28qu'il faut avoir à l'esprit.
01:18:30En revanche, en 1936,
01:18:32et peut-être c'était ça qui était intéressant,
01:18:34c'est que derrière la mobilisation,
01:18:36c'était une mobilisation, oui, pour le pain.
01:18:38Donc, la crise économique et sociale était là.
01:18:41Et comment les organisations syndicales,
01:18:43qui se sont réunifiées,
01:18:44parce que c'est la première chose importante,
01:18:46le premier acte du Front populaire,
01:18:48c'est la CGT réunifiée.
01:18:50Et la CGT, elle va mener toute la bataille
01:18:52dans la victoire du Front populaire.
01:18:53Le 1er mai, à l'époque,
01:18:54qui était un jour qui n'était pas férié comme aujourd'hui,
01:18:58mais qui était chômé, où on a fait grève,
01:18:59c'était deux jours avant les élections.
01:19:01Et donc, c'est utilisé aussi ce 1er mai
01:19:03comme défense, en quelque sorte,
01:19:06et aller vers ce Front populaire.
01:19:08Et les grèves qui ont suivi,
01:19:10eh bien, ont permis, non seulement,
01:19:12d'obtenir tout ce qui a été dit tout à l'heure,
01:19:14des conquêtes sociales importantes, etc.
01:19:17Mais c'est parce qu'on a ce double mouvement,
01:19:20à la fois le mouvement politique,
01:19:21mais on parle de trois parties.
01:19:22Mais attention, il y avait entre 90 et 100 organisations
01:19:24qui étaient présentes dans le Front populaire.
01:19:26Vous aviez l'éducation populaire.
01:19:27On a parlé de la culture,
01:19:29les maisons de la culture avec Malraux.
01:19:31C'est un...
01:19:31Ah, Malraux, pardon.
01:19:32Aragon, excusez-moi.
01:19:33Malraux, c'est après.
01:19:34Avec Aragon, ce sera fondamental.
01:19:36Et Camus à Alger.
01:19:38Donc, il y a toute cette dynamique,
01:19:40en quelque sorte,
01:19:40et peut-être celle qui regarde
01:19:43du côté de l'international,
01:19:44et pas simplement dans un champ national,
01:19:47de penser les solidarités internationales.
01:19:50Le film le montre bien
01:19:51avec, à un moment donné,
01:19:52l'arrivée des brigades et des brigadistes,
01:19:54mais il n'y a pas que le combat
01:19:55au sens militaire du terme.
01:19:58Il y a aussi des valeurs internationales.
01:20:00Pablo Neruda, dont on a parlé dans le film
01:20:02et qu'on voit à deux reprises,
01:20:05nous permet de comprendre aussi
01:20:06cette solidarité internationale
01:20:08et qu'est-ce que l'on veut faire
01:20:09et qu'est-ce que l'on peut faire
01:20:10au moment des Fronts populaires.
01:20:12– Un grand merci à tous les trois
01:20:14d'avoir participé à ce débat doc aujourd'hui.
01:20:16Merci aussi à Félicité Gavalda,
01:20:19Emery Colagné,
01:20:20qui m'ont aidé à préparer cette émission.
01:20:21Vos réactions, ça sera sur hashtag
01:20:23débat doc, comme à l'accoutumée.
01:20:25Nos invités pourront tout à fait réagir,
01:20:26bien entendu, à ce que seront ces réactions.
01:20:29Je vous donne rendez-vous
01:20:30pour un prochain débat doc.
01:20:31Ça sera bien entendu
01:20:32avec son documentaire et son débat.
01:20:35À très bientôt.
01:20:35– Sous-titrage ST' 501
Commentaires

Recommandations