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00:06Jeudi 14 juillet 2016, comme chaque année, la France célèbre sa fête nationale.
00:14Le matin à Paris, le traditionnel défilé militaire se déroule sur les Champs-Elysées, sous un ciel nuageux.
00:23Et à Nice, c'est un autre temps qui règne.
00:26Un grand soleil et une chaleur estivale, comme il est fréquent sur la Côte d'Azur à la mi-juillet.
00:33Sur les plages de la ville, la journée est radieuse.
00:36Touristes et niçois profitent du sable et de la mer sous une chaleur estivale, qui avoisine les 27-28 degrés.
00:47Et en ville, les terrasses sont pleines.
00:56Et à la nuit tombée, comme chaque année, tout le monde va se retrouver au même endroit.
01:00La promenade des Anglais pour le feu d'artifice du 14 juillet.
01:04Personne ce soir-là ne sait encore ce que cette fête va devenir.
01:13A 21h, sur la promenade des Anglais, les gens commencent à affluer.
01:18Familles, touristes, bandes de copains, ils viennent occuper le muret qui sépare la chaussée de la plage,
01:23s'installer sur le sable ou sur les terrasses, pour ne rien manquer du feu d'artifice à venir.
01:29Peu à peu, la foule grossit.
01:31Ils sont près de 30 000 ce soir-là, le long du front de mer.
01:35Pour permettre le bon déroulement des festivités, une partie de la circulation a déjà été coupée.
01:41Deux barrages filtres d'accès, l'un rue Gambetta, tenu par la police municipale,
01:46l'autre rue Meilleurbert, près de l'hôtel Westminster, sous la responsabilité de la police nationale.
01:53Le dispositif est constitué de barrières mobiles, de séparateurs de voies,
01:56et ce soir-là, une seule voiture de police garée, au travers de la chaussée.
02:04A 21h34, à l'autre bout de la ville, un homme vient chercher un camion, à vélo,
02:10il range la bicyclette à l'arrière, puis démarre.
02:13Il s'appelle Mohamed Lawesh Boulel, 31 ans, chauffeur-livreur tunisien installé à Nice.
02:19Le poids lourd blanc a été réservé le 4 juillet et récupéré le 11.
02:23Et depuis plusieurs jours, il l'a déjà fait circuler à 11 reprises sur la promenade,
02:28montant même trois fois sur le trottoir, sans que personne ne s'en inquiète.
02:36La France, à ce moment-là, vit sous l'état d'urgence depuis les attentats de janvier et novembre 2015.
02:41Paris, dans le 11e arrondissement, des hommes lourdement armés ont attaqué le siège du journal Charlie Hebdo.
02:47Au moment où je m'exprime,
02:52des attaques terroristes d'une ampleur sans précédent
02:58sont en cours dans l'agglomération parisienne.
03:04Mais aucun dispositif ne peut empêcher un homme décidé à transformer un camion en arme de guerre.
03:13À 22h, les premières fusées partent d'une barge ancrée au large de la baie des Anges.
03:18Pendant 20 minutes, tous les regards se lèvent vers le ciel.
03:30Et pendant ce temps, Mohamed Lawesh Boulel roule sans se presser vers l'autre bout de la ville.
03:40À 22h20, le feu d'artifice vient de s'achever.
03:44Sur la promenade, les enfants brandissent encore leurs lampions tricolores.
03:48Les terrasses affichent toujours complets et les conversations reprennent portées par le bruit des vagues.
03:58À 22h30, le camion réapparaît dans le quartier Magnan, à l'autre bout de la promenade.
04:03À l'ouest, cette fois, phare éteint.
04:05Il roule doucement.
04:07Autour de lui, personne ne fait attention à ce véhicule parmi tant d'autres.
04:11Et dans un local du centre-ville, une policière suit la foule sur ses écrans.
04:16Elle n'aura vu le conducteur que trois secondes.
04:20Assez pour comprendre qu'il est seul au volant et que quelque chose ne tourne pas rond.
04:29Il est exactement 22h33, à hauteur du boulevard Gambetta.
04:32Il force le barrage, monte sur le trottoir.
04:35Et en une fraction de seconde, la fête nationale vient de basculer dans l'horreur.
04:40Le camion zigzag, de droite à gauche, sur le trottoir bondé.
04:44Le conducteur cherche le côté mer, là où la foule est la plus dense.
04:49Un abribus le repousse.
04:51Il revient sur le trottoir un peu plus loin.
04:53Une pergola le ramène sur la chaussée.
04:56Le camion ne ralentit pas.
04:57Le conducteur cherche littéralement à faucher le plus de monde possible.
05:04Sur des centaines de mètres, des familles entières sont projetées au sol.
05:07Les gens courent dans tous les sens sans savoir où aller.
05:11Certains sautent par-dessus le parapet pour rejoindre la plage, plusieurs mètres plus bas,
05:15et se blessent en tombant sur les galets.
05:17D'autres se ruent vers les halls d'hôtel, les restaurants, n'importe quelle porte encore ouverte.
05:25Et dans cette foule en fuite, un homme fait l'inverse de fuir.
05:29Franck Therrier, roulé en scooter au moment où le camion a forcé le barrage.
05:33Il tente d'interdire le conducteur pour l'arrêter, mais finit par être repoussé et tombe.
05:39Des policiers municipaux, rejoints par les effectifs de la police nationale,
05:42ouvrent le feu sur la cabine en pleine course.
05:44Les balles touchent le camion, mais ils continuent d'avancer.
05:49Et non loin de là, une patrouille à pied de trois agents remonte la promenade à contre-courant
05:54et se retrouve en quelques secondes face au camion.
05:57Sur la chaussée, des secouristes présents pour le feu d'artifice et des simples passants
06:01commencent déjà dans l'urgence à s'occuper des premiers blessés.
06:05Des vêtements servent à comprimer des plaies.
06:07Personne n'attend l'arrivée officielle des secours pour agir.
06:11Après environ un kilomètre sept, le camion arrive à hauteur du palais de la Méditerranée.
06:16Ses pneus sont crevés, son pare-brise étoilé d'impact et son embrayage vient de lâcher.
06:22Le poids lourd s'immobilise presque malgré lui.
06:25Les équipes de police convergent aussitôt.
06:28Depuis la cabine, Mohamed Lawesh-Boulel ouvre le feu avec un pistolet,
06:32un calibre 7,65, sur les policiers.
06:35Ils ripostent avec leurs armes de service.
06:38L'échange de tirs dure un peu plus d'une minute.
06:41Le conducteur s'effondre mortellement touché.
06:44En s'approchant du camion, sans savoir encore s'il transporte des explosifs,
06:49les policiers découvrent dans la cabine plusieurs armes factices.
06:524 minutes et 17 secondes se sont écoulées depuis que le camion a forcé le barrage.
06:574 minutes et 17 secondes qui viennent de faire basculer des dizaines de vies.
07:03Le camion est à l'arrêt, son conducteur neutralisé et un silence presque irréel s'installe,
07:09puis les cris reprennent de partout à la fois.
07:16Sur près de 2 km, la promenade n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était une heure
07:20plus tôt.
07:21Des dizaines de corps allongés sur la chaussée, des vélos écrasés,
07:24des poussettes renversées des chaussures et des téléphones éparpillés sur le bitume.
07:28Des traces presque intactes de la soirée qui existait encore quelques minutes plus tôt.
07:36Les premiers policiers qui avancent vers le camion ne savent pas s'il agit seul.
07:40Depuis le 13 novembre 2015, tout le monde sait qu'une attaque peut être coordonnée,
07:45qu'un premier coup peut en annoncer un second,
07:49et les débineurs sont appelés en urgence.
07:54En quelques minutes, les lignes d'urgence sont saturées.
07:57Le SAMU déclenche son dispositif de médecine de catastrophe.
08:06Le Hight Club, une discothèque près de la promenade,
08:08et un grand hôtel voisin vont se transformer en postes médicaux improvisés,
08:12tandis que le Palais de la Méditerranée devient le poste de commandement de la police.
08:17Au CHU de Nice, les chirurgiens sont rappelés chez eux en pleine nuit,
08:22des interventions programmées, annulées pour libérer les salles.
08:25Dans les couloirs, le personnel soignant découvre des blessures,
08:29contre-voix d'ordinaire, canton de guerre,
08:31traumatismes multiples, fractures ouvertes, écrasements.
08:35Et toute la nuit, les équipes se relaient sans arrêt.
08:44Quelques heures plus tôt, la promenade accueillit un feu d'artifice,
08:47une fête, une joie.
08:48Elle est désormais une scène de crime à ciel ouvert,
08:51sous les projecteurs des pompiers.
08:55Dans la nuit, l'identité du conducteur tombe assez vite.
08:58Il est connu des services de police pour des faits de droit commun,
09:01violences, vols, dégradations,
09:03mais totalement inconnus des services antiterroristes.
09:06Dans son téléphone, les enquêteurs retrouvent des dizaines de photos de la promenade,
09:09sous tous les angles, prises dans les jours précédents.
09:12C'est la preuve d'un projet mûri,
09:14préparé dans les moindres détails,
09:16et non d'un geste de folie isolée.
09:19Et deux jours plus tard, le 16 juillet,
09:21l'État islamique revendique l'attentat,
09:24présentant la Ouèche Boulel comme l'un de ses soldats.
09:27L'instruction établira qu'il s'était en réalité radicalisé très rapidement,
09:32en quelques semaines à peine,
09:33en consommant massivement de la propagande djihadiste en ligne,
09:36sans preuve d'un ordre venu de Syrie ou d'Irak.
09:41Immédiatement, une cellule de crise interministérielle se réunit.
09:49Et dans la nuit, François Hollande prend la parole depuis l'Élysée.
09:52L'horreur de nouveau vient de s'abattre sur la France.
09:56À Nice, cette nuit, un camion a foncé sur la foule,
10:02rassemblée pour le feu d'artifice du 14 juillet,
10:07avec l'intention de tuer, d'écraser et de massacrer.
10:13Nous déplorons, à l'instant où je parle, 77 victimes, dont plusieurs enfants,
10:21et une vingtaine de blessés en urgence absolue.
10:26Cette attaque, dont le caractère terroriste ne peut être nié,
10:33est encore une fois d'une violence absolue.
10:38Dès le lendemain, il se rend à Nice et décrète trois jours de deuil national.
10:46La promenade se couvre de fleurs et de bougies.
10:54L'émotion dépasse largement les frontières françaises,
10:57avec des messages de soutien venus du monde entier.
11:00Le bilan de l'attentat, lui, est lourd.
11:0386 morts, dont 15 enfants et adolescents,
11:07458 personnes blessées, certaines à vie,
11:11et plus d'une trentaine de nationalités différentes figurent parmi les victimes.
11:15Chaque 14 juillet au soir,
11:1786 faisceaux lumineux s'élèvent au-dessus de la mer,
11:20un pour chaque vie perdue.
11:24Aujourd'hui, la promenade des Anglais a retrouvé ses promeneurs,
11:27ses joggeurs, ses touristes venus voir la mer.
11:29La vie a repris son cours, comme elle le fait toujours.
11:33Mais sous cette normalité retrouvée,
11:35il reste une mémoire que rien n'efface.
11:38Celle d'une nuit, où une ville entière a été frappée en plein cœur.
11:42Celle de 86 noms, 86 vies,
11:45qu'il ne faudra jamais oublier.
11:48Le 14 juillet 2016 à Nice,
11:50restera à jamais gravé dans la mémoire de la France.
12:04Sous-titrage Société Radio-Canada
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