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  • il y a 2 jours
Devenue l'hymne officiel de la France pour la première fois en 1795, La Marseillaise a traversé toute notre histoire contemporaine. Tolérée sous le Premier Empire et interdite sous le Second ainsi que pendant la Restauration, puis étroitement contrôlée sous l'Occupation, elle s'est finalement imposée comme un symbole du pouvoir. Aujourd'hui indissociable de l'unité nationale, les crispations et les polémiques suscités par cet hymne ravivent régulièrement les tensions qui traversent notre époque. La Marseillaise a-t-elle gardé sa dimension révolutionnaire à travers les âges ? Que dit notre rapport à ce chant guerrier, devenu hymne national, sur la France d'aujourd'hui ? Pour en débattre, Jean-Pierre Gratien reçoit Mathilde Larrère, maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l'Université Gustave Eiffel, et Patrick Weil, historien et directeur de recherche émérite au CNRS.

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Transcription
00:00:04Générique
00:00:08...
00:00:16Bienvenue à tous. La Marseillaise est notre hymne national.
00:00:19Elle est aujourd'hui le symbole de la Révolution française,
00:00:23des valeurs républicaines et plus au-delà, des luttes contre les tyrannies politiques.
00:00:27Pourtant, elle n'a jamais cessé d'être contestée, parodiée, adaptée.
00:00:33Voilà ce que nous démontre le documentaire qui va suivre
00:00:36La Marseillaise, je l'aime, moi non plus, réalisé par Pascal Signoret.
00:00:41Je vous laisse le découvrir et je vous retrouverai juste après,
00:00:45sur ce plateau, en compagnie des historiens Mathilde Larrère et Patrick Veil
00:00:50pour s'interroger sur la tumultueuse histoire de notre hymne national
00:00:54et de son appropriation.
00:00:57Bon d'accueil.
00:01:04Bon d'accueil.
00:01:12Générique
00:01:33A la fois patriotique et révolutionnaire, symbole de l'ordre établi
00:01:37ou de la lutte contre l'oppression, la Marseillaise est au cœur des tumultes
00:01:40qui ont façonné le sentiment national.
00:01:43Révérée passionnément comme appel à la liberté ou rejetée pour ses paroles guerrières,
00:01:48l'hymne le plus chanté au monde ne laisse aucun citoyen différent.
00:02:11Révérée passionnément comme appel à la liberté ou rejetée pour ses paroles guerrières,
00:02:22Révérée passionnément comme appel à la liberté ou rejetée pour ses paroles guerrières.
00:02:25Le 14 juillet 1989, la France a rendez-vous avec son histoire.
00:02:30Pour célébrer l'héritage de la Révolution française de 1789,
00:02:34le pays organise les très spectaculaires cérémonies du bicentenaire.
00:02:37Et quand la cantatrice Jessie Norman entonne la Marseillaise,
00:02:41drapée dans une robe tricolore dessinée par le couturier Azedina Lya,
00:02:44le monde entier retient son souffle.
00:02:48Il me paraissait tout à fait symbolique que ce soit elle,
00:02:51place de la Concorde, au centre de l'identité française,
00:02:55il me paraissait très bienvenue qu'elle chanta la Marseillaise.
00:02:58Parce qu'elle était américaine, qu'elle était noire,
00:03:02parce que de cette façon-là, elle incarnait les deux faces de ce chant qui est le nôtre.
00:03:07D'une part, le fait qu'il était profondément enraciné dans la terre de France,
00:03:11c'était une chanson, un chant patriotique,
00:03:14au moment du début d'une guerre contre l'Autriche,
00:03:17et qu'en même temps, il avait une ambition révolutionnelle.
00:03:40Je crois que la Marseillaise est un chant de guerre d'indépendance.
00:03:45Voilà pourquoi tous les opprimés, tous les colonisés,
00:03:48tous ceux qui subissent une pression étrangère dans le monde
00:03:52peuvent se revendiquer de la Marseillaise et la chanter.
00:04:10Vous sentez bien qu'il y a là, entre le drapeau, la devise et l'hymne national,
00:04:15quelque chose qui les relie les uns aux autres.
00:04:19Et ce n'est pas par hasard, d'ailleurs, qu'on les ait vus ressurgir ensemble
00:04:22après les événements dramatiques de l'année 2015.
00:04:37C'est la BO du ralliement, alors du ralliement, à mon avis, assez intime,
00:04:42mais qui doit être un peu chanté comme le chant des partisans.
00:04:57C'est un chant de rassemblement, parce que c'est aussi une façon de se reconnaître.
00:05:14Si on chante la Marseillaise.
00:05:16Mais c'est surtout un chant d'interpellation.
00:05:18C'est pour ça qu'il faut le chanter et qu'il y a un appel à la responsabilité.
00:05:22Plus que cette couverture qui viendrait se mettre là-dessus
00:05:28et qui serait simplement le bruit de fond des émotions
00:05:31ou la bande originale des émotions.
00:05:33Non, non, pas du tout, c'est une interpellation.
00:05:49Si nous ne sommes pas en guerre, je crois,
00:05:53il faut être tout de même vigilant sur les valeurs de la République,
00:05:57sur les valeurs qui constituent la communauté des citoyens républicains,
00:06:01des citoyens laïcs, des citoyens qui veulent vivre en parité,
00:06:06hommes, femmes, qui veulent défendre également une certaine idée de la France,
00:06:11capables d'accueillir des étrangers, capables d'accueillir des réfugiés,
00:06:15capables de construire de la citoyenneté pour le futur.
00:06:19À ces moments-là, chanter la Marseillaise redevient un moment assez magique, il faut le dire.
00:06:25Moi, j'étais dans la rue en janvier, avec tous les Français qui étaient dans la rue,
00:06:31et quand je dis maintenant marchons, marchons,
00:06:34je vois, j'entends, j'entends la rue ce jour-là.
00:06:39Et donc tout mon rapport avec cette parole change tout d'un coup.
00:06:43Et c'est des images qui sont venues imprégner ces mots, cette parole-là.
00:06:50Dans les moments les plus difficiles de la République, elle a repris son sens.
00:06:56Elle est redevenue l'hymne de la République.
00:07:00C'est beau, hein ?
00:07:01Moi, j'étais très émue, mais depuis à chaque fois que je l'ai dit,
00:07:07j'ai plus le rapport que j'avais avant, avec les paroles de la Marseillaise.
00:07:20La France !
00:07:22Quand la République est attaquée, on se sent plus attaché.
00:07:27C'est bizarre que dans les moments difficiles d'une vie, on se rapproche plus,
00:07:32comme dans les moments difficiles d'une famille.
00:07:35Pareil, hein ?
00:07:37La Marseillaise est un moment d'histoire qui construit le futur,
00:07:41qui rappelle que la République peut être un combat,
00:07:45qui rappelle que la République peut avoir à se défendre les armes à la main,
00:07:51qui rappelle qu'il y a des gens qui sont ennemis encore aujourd'hui du message républicain,
00:07:57du message de liberté, du message d'égalité, du message de fraternité,
00:08:02et du message de laïcité, et du message donc d'acceptation de l'autre
00:08:07dans toutes ces différences,
00:08:09et dans la volonté de construire une société la plus unie, socialement parlant aussi.
00:08:16Ce qui demeure très frappant,
00:08:18aujourd'hui comme hier et comme avant-hier,
00:08:20c'est que la Marseillaise continue d'être un champ de libération tout autour de la planète.
00:08:25Allons-en, enfants de la patrie,
00:08:31la jeune toire est arrivée.
00:08:37Entrons-nous de la tyrannie,
00:08:43les tendales sanglants élevés,
00:08:48les tendales sanglants élevés,
00:08:53Entendez-vous dans nos compagnons,
00:09:01à mugir l'espérosse soldats,
00:09:06ils viennent jusque dans nos bras,
00:09:13et gauzez nos fils et nos compagnons,
00:09:24Et c'est par là qu'elle est fidèle à son destin initial,
00:09:31c'est-à-dire d'être un champ à vocation universelle.
00:09:34Et c'est par là qu'elle demeure,
00:09:35malgré tous les heurts et les malheurs qu'elle a pu connaître,
00:09:38les déformations, les diversités de ses interprétations,
00:09:40elle demeure un phénomène prodigieux.
00:09:51Allons-en, enfants de la patrie,
00:09:54le jour de gloire est arrivé,
00:09:58contre nous de la tyrannie,
00:10:02l'étendard sanglant élevés.
00:10:10En 1979, Serge Gainsbourg,
00:10:13grand amoureux de la Marseillaise,
00:10:14en fait justement une interprétation qui soulève une énorme polémique.
00:10:20Serge Gainsbourg, la Marseillaise en reggae,
00:10:23c'est pas un peu de la provocation ?
00:10:25Je pense pas.
00:10:26Je pense que le reggae, c'est une musique révolutionnaire,
00:10:29la Marseillaise est un chant révolutionnaire.
00:10:34Bon, qu'on danse dessus,
00:10:36on dansait bien sûr la carmagnole,
00:10:38dansons la carmagnole, vive le son du canon.
00:10:47Alors qu'elle connaît un immense succès,
00:10:49surtout auprès de la jeunesse,
00:10:51cette interprétation sera considérée par certains
00:10:53comme un véritable sacrilège.
00:10:55Le 4 janvier 1980,
00:10:57le concert de Strasbourg sera annulé
00:10:59après plusieurs alertes à la bombe
00:11:01et de multiples incidents dans tout le pays.
00:11:07Je voudrais vous dire
00:11:09qu'un groupe
00:11:12d'extrême droite
00:11:14a fait annuler ce concert
00:11:25à la Marseillaise.
00:11:26Attendez, attendez, attendez, attendez.
00:11:32Je suis un insoumis
00:11:37et qui est redonné à la Marseillaise
00:11:39et qui est redonné à la Marseillaise son sens initial.
00:11:43Et je vous demanderai de la chanter avec moi.
00:11:47Allons, enfants de la patrie,
00:11:52Dieu, le jour de gloire est arrivé
00:11:57Contre nous de la famille
00:12:02Les temps d'armes semblant
00:12:15Si ce concert de Strasbourg prend une dimension symbolique particulière,
00:12:19c'est parce que la Marseillaise est née dans cette ville
00:12:21trois ans après le début de la Révolution française.
00:12:25La Marseillaise est associée
00:12:27à un homme, un rogé de Lille,
00:12:29donc on se pose encore la question
00:12:31du destin, né en 1760,
00:12:34décédant vers 1836,
00:12:38capitaine du génie,
00:12:39militaire,
00:12:40étant également donc poète,
00:12:42compositeur,
00:12:43il a déjà écrit une tentative
00:12:45d'opéra, des audes,
00:12:47avant 1792.
00:12:51On a peine à reconstituer
00:12:53cette nuit d'avril 1792
00:12:56où, dans la proximité
00:12:59du maire de Strasbourg,
00:13:01ce jeune officier du génie
00:13:03de 32 ans,
00:13:05en vérité obscure,
00:13:06a eu l'intuition
00:13:08d'inventer les paroles
00:13:10et la musique de la Marseillaise
00:13:12dans cette ambiance
00:13:13d'un moment qui suivait de peu
00:13:15la déclaration de la guerre aux Autrichiens.
00:13:17On était au début du moment
00:13:18où la Révolution française,
00:13:20porteuse des grandes valeurs
00:13:21des droits de l'homme
00:13:22et des Lumières,
00:13:22les incarnants,
00:13:23allait avoir à affronter
00:13:24les royaumes
00:13:25qui étaient tout hérissés
00:13:26d'inquiétude
00:13:27envers ces prétentions
00:13:29qui étaient vouées
00:13:29à les affaiblir.
00:13:31Donc on est dans un moment
00:13:32très particulier
00:13:33où il y a à la fois
00:13:34une fierté révolutionnaire
00:13:38et en même temps
00:13:39une inquiétude patriotique.
00:13:40C'est une guerre
00:13:41dans laquelle on s'engage
00:13:42avec un risque énorme.
00:13:44D'abord parce qu'on déclare
00:13:46la guerre aux meilleures armées européennes,
00:13:49on déclare la guerre
00:13:50alors que le pays est divisé,
00:13:53que la Cour soutient la guerre
00:13:55parce qu'elle espère
00:13:55qu'elle va durer très peu de temps
00:13:57et la Cour,
00:13:58c'est-à-dire le roi de France,
00:13:59parie sur la défaite
00:14:01des soldats français.
00:14:02Cela crée,
00:14:03comme vous pouvez l'imaginer,
00:14:04une ambiance anxiogène,
00:14:06cela crée une ambiance
00:14:07de tension,
00:14:08d'agressivité
00:14:09qui fait que l'ennemi
00:14:10est à l'intérieur,
00:14:12l'ennemi est à l'extérieur
00:14:13et il faut se mobiliser
00:14:15pour renverser
00:14:17un ennemi très puissant.
00:14:22Faites-nous quelques beaux chants
00:14:23pour ce peuple soldat
00:14:24qui surgit de toutes parts
00:14:25à l'appel de la patrie en danger
00:14:26et vous aurez bien mérité
00:14:28de la nation.
00:14:29C'est ainsi que le baron
00:14:30de Dietrich s'adresse
00:14:31à Rouget de Lille
00:14:32le soir du 24 avril 1792
00:14:34lors du dîner
00:14:35précédant l'affrontement.
00:14:37La nuit même,
00:14:39Rouget se met au travail.
00:14:49La Marseillaise à l'origine,
00:14:50c'est ça.
00:14:51C'est un instant figé
00:14:53d'un enthousiasme
00:14:54d'un jeune homme,
00:14:56Rouget de Lille,
00:14:57qui va écrire paroles et de musiques
00:14:58et qui va être pris
00:15:00d'une espèce de fièvre
00:15:02après avoir entendu des gens
00:15:03dire allons enfants,
00:15:05d'entendre tous ces slogans,
00:15:06et qui va être éloquant.
00:15:18Rouget de Lille obéit
00:15:20en fait à une tension créatrice
00:15:22que l'on repère
00:15:23dans les clubs des Jacobins
00:15:25de Strasbourg
00:15:26où les grands thèmes
00:15:27de la Marseillaise
00:15:28sont déjà là.
00:15:29Se soulever,
00:15:30la lutte contre les tyrans,
00:15:32l'appel à la liberté,
00:15:34l'appel aux armes.
00:15:38La Marseillaise est un champ de guerre,
00:15:40mais c'est un champ politique,
00:15:42c'est un champ révolutionnaire.
00:15:44La Marseillaise,
00:15:45quand on la lit bien,
00:15:47est en fait un texte
00:15:48composé de deux réalités
00:15:50complètement différentes.
00:15:51La destruction de l'ancien régime.
00:15:54On ne veut plus être esclave,
00:15:55on ne veut plus de despote,
00:15:57on ne veut plus de phalanges de mercenaires,
00:16:01on ne veut plus de cohortes étrangères
00:16:04pour commander en France.
00:16:06Mais d'un autre côté,
00:16:07c'est un texte de fondation,
00:16:09c'est un texte républicain,
00:16:11c'est un texte qui défend la liberté des chômières,
00:16:14la liberté de tout un chacun
00:16:16à pouvoir travailler dans ce pays de paysans
00:16:19où l'écrasante majorité des Français
00:16:21ne demandent qu'une seule chose,
00:16:23cultiver leur champ.
00:16:24C'est un texte qui défend l'égalité.
00:16:27Plus de privilèges,
00:16:28pour qui que ce soit.
00:16:30La guerre va être aussi
00:16:31une formidable machine
00:16:32de démocratisation de la France.
00:16:35Car tout un chacun
00:16:37va devoir défendre le pays.
00:16:39Tout est soldat,
00:16:40dit-on dans la Marseillaise.
00:16:42Ce n'est pas un champ de violence
00:16:44pour la violence,
00:16:45c'est un champ de défense
00:16:47de la patrie qui est en danger.
00:16:49Le 25 avril 1792,
00:16:52après avoir travaillé toute la nuit,
00:16:54Rouget de Lille présente la partition
00:16:55au maire de Strasbourg
00:16:56qui la chante aussitôt.
00:16:58Un officier s'écrit
00:16:59« Qu'est-ce donc que ce diable d'air ?
00:17:01On dirait qu'il a des moustaches ! »
00:17:03Le succès est immédiat.
00:17:04Le chant, copié des centaines d'exemplaires,
00:17:07se répand dans la ville.
00:17:13Rouget de Lille écrit
00:17:14le chant de guerre pour l'armée du Rhin.
00:17:16Deux mois plus tard,
00:17:17c'est un jeune officier
00:17:19et médecin de Montpellier
00:17:21qui s'appelle François Mireur
00:17:22qui est accueilli
00:17:23par le club des Jacobins marseillais
00:17:25le 21 juin 1792.
00:17:28Et à l'occasion d'un manqué
00:17:29donné en son honneur,
00:17:31chante le Rouget de Lille.
00:17:38Rapidement, il va y avoir un appel
00:17:40à la mobilisation
00:17:41d'un groupement de volontaires
00:17:42des fédérés
00:17:43pour défendre Paris
00:17:44menacés par les troupes austro-prussiennes.
00:17:47À Marseille,
00:17:48il y a tout de suite
00:17:49une mobilisation très forte.
00:17:54Les soldats marseillais,
00:17:56au début du mois de juillet,
00:17:57remontant toute la France,
00:17:59ont pris l'habitude
00:18:00de chanter cette chanson
00:18:02qui va devenir
00:18:03le chant des Marseillais.
00:18:05Et on les accueille ainsi à Paris.
00:18:07Et cette chanson a un destin
00:18:09lié non seulement
00:18:11à la naissance de la République,
00:18:13mais à l'abolition
00:18:14et à la chute de la monarchie.
00:18:15Puisque les témoignages
00:18:17que nous possédons
00:18:18du 10 août,
00:18:19où les fédérés bretons,
00:18:21les fédérés marseillais,
00:18:22avec les sans-culottes parisiens,
00:18:23combattent contre les soldats
00:18:25qui défendent le palais
00:18:26des Tuileries,
00:18:27vont chanter la Marseillaise.
00:18:30Donc la Marseillaise
00:18:31fait partie aussi
00:18:32de la geste
00:18:33qui accompagne
00:18:34la chute
00:18:35de la monarchie,
00:18:37l'abolition
00:18:37du règne
00:18:38de Louis XVI
00:18:39et quelques semaines plus tard
00:18:41sur le champ de bataille
00:18:42de Valny,
00:18:43la naissance
00:18:44de la République en arme.
00:18:51C'est Michelet,
00:18:53l'admirable historien
00:18:54de la Révolution française,
00:18:55qui a dit que
00:18:56lors de la victoire
00:18:57de Jemap,
00:18:58la Marseillaise
00:18:59avait remplacé
00:19:00beaucoup d'eau de vie
00:19:01et Carnot,
00:19:02l'organisateur
00:19:03de la victoire,
00:19:04de son côté,
00:19:05disait qu'elle avait
00:19:06été aussi importante
00:19:07que 100 000 soldats.
00:19:18C'est un hymne
00:19:20qui très vite
00:19:21a suscité
00:19:22un engouement incroyable
00:19:24et des réinterprétations,
00:19:25des parodies,
00:19:26des versions différentes.
00:19:28Il ne faut pas oublier
00:19:29que les deux principaux médias
00:19:31de l'opinion
00:19:32à ce moment-là
00:19:33sont le théâtre
00:19:34et la chanson.
00:19:35On l'a oublié,
00:19:36mais il y a partout
00:19:36des triteurs de théâtre
00:19:37et partout,
00:19:38tout le monde chante.
00:19:40La chanson est un vecteur
00:19:41de propagande,
00:19:42est un vecteur
00:19:43d'idées politiques,
00:19:44est un vecteur
00:19:45de mobilisation populaire
00:19:47et pas simplement populaire
00:19:48qui est tout à fait important.
00:19:50La production de chansons
00:19:51est essentiellement
00:19:52faite sur des airs
00:19:53qui sont déjà existants.
00:19:54c'est-à-dire qu'on écrit
00:19:56de nouveaux couplets,
00:19:58on écrit un nouveau poème,
00:19:59souvent politique,
00:20:00philosophique ou pas,
00:20:02ou une chanson d'amour
00:20:02ou une chanson à boire,
00:20:03mais on met sur l'air d'eux.
00:20:21On sait que dans la production
00:20:24des 3000 chansons révolutionnaires
00:20:26qu'on a réussi à répertorier,
00:20:28on sait qu'il y a à peu près
00:20:29200 versions différentes
00:20:31de la Marseillaise.
00:20:33Des fers honteux de l'esclavage,
00:20:37ils ont affranchi leur pays.
00:20:41Le despotisme dans sa rage,
00:20:45les immolent là sur ses débris,
00:20:48les immolent là sur ses débris.
00:20:52Mais en sacrifiant leur vie,
00:20:56calmes au milieu des tourments,
00:21:00ils n'ont souffert en ce moment
00:21:04que sur les maux de leur patrie.
00:21:08La Marseillaise s'impose de par la clarté,
00:21:11l'évidence de son ton mélodique,
00:21:13mais elle est aussi concurrencée.
00:21:16On sait par exemple qu'en 1794-1795,
00:21:19après la disparition de Robespierre,
00:21:21dans la période dite de réaction
00:21:23termidorienne,
00:21:24on sait que la contre-révolution
00:21:26va inventer aussi sa chanson,
00:21:28le réveil du peuple,
00:21:29et qui va être aussi
00:21:31un chant de ralliement
00:21:33des contre-révolutionnaires.
00:21:35Le jour tardive de la vengeance
00:21:39est en fin par lire vos bourreaux.
00:21:43Le 26e Messie d'Or de l'An 3,
00:21:45donc à l'été 95,
00:21:47la Marseillaise devient
00:21:48le chant national,
00:21:51donc le chant officiel
00:21:52de la République.
00:21:54Au départ, c'est le chant des Marseillais,
00:21:56l'hymne des Marseillais,
00:21:57ce n'est pas la mention de la Marseillaise.
00:21:59C'est quelque chose
00:22:00qui s'en sort très rapidement
00:22:01par association entre
00:22:04l'idée de la République,
00:22:06l'idée de l'allégorie féminine
00:22:07de la République
00:22:08qui apparaît à partir de 1793,
00:22:10notamment,
00:22:11et l'idée d'un chant national,
00:22:12d'un chant de ralliement,
00:22:13un chant patriotique
00:22:14qui va donner lieu
00:22:15à cette figure féminine
00:22:16et à cette féminisation du nom.
00:22:18Donc on va finir
00:22:19par l'appeler la Marseillaise.
00:22:22Elle a donc été populaire
00:22:23jusqu'à l'arrivée
00:22:25de Bonaparte au pouvoir.
00:22:27Et vous ne vous étonnerez pas
00:22:28de savoir
00:22:29que Napoléon Bonaparte,
00:22:31le premier consul,
00:22:32puis l'empereur,
00:22:33et regarder la Marseillaise
00:22:34avec beaucoup de méfiance.
00:22:37Il a préféré
00:22:38« Veillons au salut de l'Empire ».
00:22:40Mais il n'a pas pu empêcher
00:22:42que la Marseillaise
00:22:43continue à vivre.
00:22:45C'est à Belganz,
00:22:47dans le film
00:22:48où il évoque Austerlitz,
00:22:50qui montre que,
00:22:50spontanément,
00:22:51la Marseillaise éclate.
00:22:53« Soldats,
00:22:55vous avez à la journée
00:22:56d'Austerlitz
00:22:57décoré vos aigles
00:22:58d'une gloire immortelle.
00:23:00Et il vous suffira
00:23:02de dire
00:23:02« J'étais à la bataille
00:23:04d'Austerlitz
00:23:05pour que l'on vous réponde.
00:23:07Voilà un brave. »
00:23:20En 1802-1803,
00:23:23Bonaparte envoie
00:23:24à Saint-Domingue
00:23:25une des expéditions coloniales
00:23:27les plus violentes
00:23:28de toute l'histoire
00:23:30coloniale française.
00:23:31Lorsque les soldats français
00:23:32se retranchent
00:23:34dans leur camp
00:23:34et qu'ils voient
00:23:35les soldats noirs
00:23:36qui vont défendre
00:23:37leur liberté
00:23:38monter vers les forts.
00:23:40Qu'entendent-ils
00:23:41des soldats noirs
00:23:42qui vont devenir
00:23:43haïtiens
00:23:44dans quelques mois
00:23:45mais qui chantent
00:23:46la Marseillaise ?
00:23:47Et les soldats
00:23:48du corps expéditionnaire
00:23:49se retournent
00:23:49vers les officiers
00:23:50en disant
00:23:50« Mais que se passe-t-il ?
00:23:51Ces soldats
00:23:52qui chantent la Marseillaise
00:23:53ils chantent le même hymne
00:23:54que vous. »
00:23:55Les officiers
00:23:56ont bien du mal
00:23:56à leur faire tirer
00:23:57sur d'autres soldats noirs
00:23:59qui chantent la Marseillaise.
00:24:00Mais c'est dire
00:24:01que ces anciens esclaves
00:24:03devenus citoyens
00:24:04se défendant,
00:24:05défendant leur liberté
00:24:06contre le décret inique
00:24:08de remise en esclavage
00:24:09avaient intégré
00:24:10que la Marseillaise
00:24:11était un champ
00:24:11de liberté
00:24:12et qu'ils s'appliquaient
00:24:14à eux-mêmes.
00:24:18Le destin de la Marseillaise
00:24:20pendant ce XIXe siècle
00:24:21connaît des heurts
00:24:23et des malheurs
00:24:24qui accompagnent
00:24:25en définitive
00:24:26l'histoire
00:24:27des régimes successifs.
00:24:28Des tensions
00:24:29entre l'autorité
00:24:30de certains d'entre eux
00:24:31et les poussées
00:24:32de liberté
00:24:33qui surviennent.
00:24:36Juillet 1830
00:24:37Charles X
00:24:38devenu roi de France
00:24:39veut rétablir la monarchie
00:24:41d'avant la Révolution.
00:24:42Le peuple de Paris
00:24:43se soulève
00:24:44au cours des trois glorieuses
00:24:45trois journées révolutionnaires
00:24:46durant lesquelles
00:24:47la Marseillaise retentit
00:24:48sur les barricades.
00:24:53Un jeune compositeur
00:24:55de 28 ans
00:24:55Hector Berlioz
00:24:57chante avec la foule.
00:24:59Porté par l'élan
00:25:00de liberté
00:25:00qui souffle sur Paris
00:25:01il compose
00:25:02une nouvelle orchestration
00:25:03de la Marseillaise
00:25:04énergique et grandiose
00:25:06dont la partition précise
00:25:08pour tout ce qui a une voix
00:25:09un chœur
00:25:10et du sang dans les veines.
00:25:35En 1848
00:25:37l'avènement de la deuxième république
00:25:38en France
00:25:39entraîne des soulèvements populaires
00:25:40à travers l'Europe des monarchies.
00:25:42C'est le printemps des peuples.
00:25:45On chante la Marseillaise
00:25:47sur toutes les barricades
00:25:47de Hongrie,
00:25:48d'Italie,
00:25:48de Pologne,
00:25:49d'Allemagne.
00:25:50Une répression féroce
00:25:51écrasera sans pitié
00:25:52ses mouvements de lutte
00:25:53contre la tyrannie.
00:25:57Témoin de son temps
00:25:58Franz Litz
00:25:59composerait une version virtuose
00:26:01aux échos mutilés
00:26:02de l'hymne des révolutions.
00:26:30La révolution industrielle
00:26:32est en marche.
00:26:33Une nouvelle classe sociale
00:26:34apparaît,
00:26:35le prolétariat.
00:26:37Le préfet Haussmann
00:26:38lance de gigantesques travaux
00:26:40pour moderniser Paris
00:26:41mais il refuse
00:26:41de restaurer
00:26:42la tombe de Roger de Lille.
00:26:46Sous le second empire,
00:26:48chanter la Marseillaise
00:26:48est un délit.
00:26:50Pourtant,
00:26:50quand l'empereur
00:26:51Napoléon III
00:26:52se lance dans une guerre
00:26:53contre la puissante armée prussienne,
00:26:55il autorise à nouveau
00:26:56la Marseillaise
00:26:56pour exalter
00:26:57le patriotisme.
00:26:59Cette Marseillaise,
00:27:00opportunément sortie
00:27:01de la clandestinité,
00:27:02sera ironiquement surnommée
00:27:03l'hymne de Derrière les Fagots.
00:27:06« La Marseillaise est à nous,
00:27:07on nous la prend,
00:27:08nous la prêtons,
00:27:09mais il faudra
00:27:10qu'on nous la rende »,
00:27:11déclare le jeune écrivain
00:27:12républicain Émile Zola.
00:27:14On retrouve les deux ressorts
00:27:16qui font la popularité
00:27:17de la Marseillaise,
00:27:18c'est-à-dire,
00:27:19d'une part,
00:27:20le refus
00:27:20du régime d'autorité,
00:27:22du régime qui opprime
00:27:23les libertés,
00:27:24Napoléon III,
00:27:25et d'autre part,
00:27:26le désir de résister
00:27:27à l'ennemi.
00:27:29En 1870,
00:27:31après la cuisante
00:27:31défaite
00:27:32de Napoléon III
00:27:32à Sedan,
00:27:33Bismarck et ses troupes
00:27:34humilient les vaincus
00:27:35en sifflotant la Marseillaise.
00:27:38Mais Paris refuse
00:27:39de désarmer
00:27:40et la Commune instaure
00:27:41le gouvernement du peuple
00:27:42par le peuple.
00:27:43Les communards parisiens
00:27:45se sentent trahis
00:27:45par les conditions
00:27:46de l'armistice.
00:27:47Alors,
00:27:48sur les barricades,
00:27:49la Marseillaise retrouve
00:27:50sa force révolutionnaire
00:27:51et patriotique.
00:27:53Le gouvernement conservateur
00:27:54de la Troisième République
00:27:55négocie la capitulation.
00:27:57Il engage
00:27:57une répression féroce
00:27:59de la Commune
00:27:59qui n'aura duré
00:28:00que trois mois.
00:28:01Le pays se fracture,
00:28:03entre monarchistes
00:28:04et républicains.
00:28:06C'est à la fin
00:28:07des années 1870
00:28:10que la Troisième République
00:28:12va faire
00:28:13de la Marseillaise
00:28:14l'hymne national.
00:28:16On ne fait pas d'ailleurs
00:28:17une grande affaire,
00:28:18on se contente
00:28:19de remettre en vigueur
00:28:20la décision
00:28:21de Messidor en trois
00:28:22et antérieurement
00:28:23avait fait de la Marseillaise
00:28:24l'hymne de la France.
00:28:28avec les avantages
00:28:29de cette situation
00:28:31dominante
00:28:31et les inconvénients
00:28:32aussi
00:28:32d'un risque
00:28:33d'institutionnalisation
00:28:35qui peut,
00:28:36à certains égards,
00:28:37lui faire perdre
00:28:38de son mordant,
00:28:39de sa force,
00:28:40à mesure qu'on la chante
00:28:41dans toutes les occasions
00:28:43un peu solennelles
00:28:44où la République
00:28:45se célèbre elle-même.
00:28:47Les ouvriers,
00:28:48les hommes
00:28:49qui vont défendre
00:28:50l'idée socialiste
00:28:51au XIXe siècle
00:28:52vont associer aussi
00:28:54rapidement eux-mêmes
00:28:55cette idée
00:28:56que la Marseillaise
00:28:57fait partie
00:28:59de l'ordre bourgeois
00:29:00et on va s'éloigner
00:29:01petit à petit
00:29:02du côté de ces révolutionnaires
00:29:03de la Marseillaise
00:29:05au profit de l'international
00:29:06qui arrive
00:29:07à la fin du siècle.
00:29:11Sous la Troisième République,
00:29:13on commence de poser
00:29:15dans certains cercles
00:29:16intellectuels
00:29:17la question récurrente
00:29:19des paroles
00:29:20de la Marseillaise.
00:29:21Est-ce que cette Marseillaise
00:29:23ne serait pas
00:29:24trop brutale,
00:29:25trop guerrière,
00:29:26trop agressive
00:29:27et certains proposent
00:29:29de changer les paroles ?
00:29:31Pendant la Belle Époque,
00:29:33période prospère
00:29:33d'exposition universelle
00:29:35et coloniale,
00:29:36la guerre semble loin
00:29:37et quand le journaliste
00:29:38en vogue
00:29:38Maxime Formon
00:29:39interpelle l'opinion,
00:29:41faut-il réécrire
00:29:41la Marseillaise ?
00:29:43Raymond Poincaré,
00:29:44futur président
00:29:45de la République,
00:29:46lui répond
00:29:46« Quelques passions
00:29:48qu'on ait pour la paix,
00:29:49je ne trouve pas mauvais
00:29:50qu'à toute heure,
00:29:51chez nous,
00:29:51on entretienne
00:29:52l'amour sacré
00:29:53de la patrie.
00:29:53Cette pensée
00:29:54que nous pouvons être forcés,
00:29:56tôt ou tard,
00:29:56de repousser les agresseurs,
00:29:58d'aller aux armes
00:29:59et de former nos bataillons. »
00:30:02En 1914,
00:30:03la France entre de nouveau
00:30:04en guerre contre l'Allemagne
00:30:05et l'Autriche-Hongrie.
00:30:06L'Union sacrée
00:30:07soude le peuple français,
00:30:09la dimension nationaliste
00:30:10et guerrière
00:30:11de la Marseillaise
00:30:12est à son apogée.
00:30:13« Qu'ils sachent
00:30:14que dans la fournaise
00:30:15nous chantons
00:30:16la Marseillaise
00:30:18car dans ces terribles jours
00:30:21on garde l'international
00:30:24pour la victoire finale
00:30:26on la chantera
00:30:29au retour. »
00:30:33L'internationalisme
00:30:34a été en berne à l'époque
00:30:35puisque chaque pays
00:30:37s'était replié
00:30:38sur sa propre défense
00:30:40de la patrie.
00:30:42C'est un moment très important
00:30:43dans l'histoire de la Marseillaise
00:30:44depuis deux siècles.
00:30:46La volonté s'exprime,
00:30:47la décision est prise
00:30:48par le gouvernement de guerre
00:30:49de rapporter,
00:30:51de transférer les cendres
00:30:53de Rouget de Lille
00:30:54aux Invalides.
00:30:55Rouget de Lille,
00:30:56il avait une vie
00:30:58un peu austère
00:30:59dans la suite
00:31:00de son intuition géniale
00:31:02de 1792.
00:31:03Il avait vécu
00:31:04très chichement.
00:31:05Mais voilà tout à coup,
00:31:08rétrospectivement,
00:31:09il devient un symbole essentiel
00:31:11comme auteur de la Marseillaise.
00:31:13Cet événement
00:31:13était fait
00:31:14pour incarner,
00:31:16pour concrétiser
00:31:17l'efficacité patriotique
00:31:19de la Marseillaise
00:31:20qu'on aurait dû chanter
00:31:21aux yeux des généraux
00:31:22beaucoup à proximité
00:31:24des tranchées.
00:31:25L'armistice est signé
00:31:26le 11 novembre 1918.
00:31:29Le jour même,
00:31:30Clémenceau vient
00:31:30donner lecture
00:31:31à l'Assemblée nationale.
00:31:32Fait exceptionnel,
00:31:34la Marseillaise
00:31:35est chantée dans l'hémicycle
00:31:36pour la première fois.
00:31:37Elle le saura de nouveau
00:31:39un siècle plus tard
00:31:40après les attentats de Paris.
00:31:42Et puis,
00:31:43dans l'entre-deux-guerres,
00:31:45la Marseillaise confirme
00:31:46qu'elle est un peu
00:31:47gyrovague,
00:31:48qu'elle tendance
00:31:49à se promener
00:31:49dans les différents courants
00:31:51de la sensibilité française.
00:31:54Et comme elle devient
00:31:55l'hymne principalement
00:31:57des anciens combattants
00:31:58les plus déterminés
00:32:00à défendre le patriotisme.
00:32:02Du coup,
00:32:03elle s'alourdit
00:32:04de quelque chose
00:32:07comme un risque de chauvinisme.
00:32:10D'ailleurs,
00:32:10pendant un certain temps,
00:32:11les communistes
00:32:12refusent absolument
00:32:13la Marseillaise
00:32:13au profit,
00:32:14naturellement,
00:32:15de l'international.
00:32:16Et puis,
00:32:16de même que les communistes
00:32:18rallient le drapeau rouge,
00:32:20de même,
00:32:21ils rallient la Marseillaise.
00:32:22Au moment où ils décident
00:32:23de s'associer aux socialistes
00:32:25pour accéder au pouvoir,
00:32:27il est tout à fait significatif
00:32:29que c'est le Front Populaire
00:32:30qui décide de célébrer,
00:32:32a choisi,
00:32:32le centième anniversaire
00:32:34de la mort
00:32:35de Rouget de Lille
00:32:36en 1836.
00:32:37La Marseillaise
00:32:39a trahi des entrailles
00:32:40de la France révolutionnaire
00:32:42de 1792,
00:32:44de la France
00:32:45des Jacobins
00:32:47et des Girondins
00:32:48dressés contre les rois
00:32:50et les Théodaux.
00:32:51Elle est l'expression
00:32:53ardente et passionnée
00:32:55de la volonté révolutionnaire
00:32:57du peuple de France.
00:33:11En juin 1940,
00:33:13les troupes d'Hitler
00:33:14occupent la France
00:33:14et défilent dans la capitale.
00:33:16Si l'hymne national français
00:33:18n'est pas interdit,
00:33:19on s'en méfie.
00:33:21Acte symbolique
00:33:22ou démoralisateur,
00:33:23les Allemands
00:33:24feront déboulonner
00:33:25la statue de Rouget de Lille,
00:33:26a choisi le roi.
00:33:34Sans supprimer la Marseillaise,
00:33:36le régime
00:33:37du maréchal Pétain
00:33:38qui est né
00:33:38sous la botte de l'ennemi,
00:33:40choisit cette malheureuse
00:33:42chanson
00:33:43« Maréchal, nous voilà ».
00:33:44La Marseillaise
00:33:46passe des mauvais moments
00:33:47mais du même coup,
00:33:48elle reprend tout le lustre possible
00:33:50du côté de la résistance.
00:33:52Aragon,
00:33:52le très grand poète,
00:33:54surréaliste
00:33:54puis communiste,
00:33:56qui,
00:33:56dans les années 30,
00:33:58a publié des vers
00:33:59d'une grande violence
00:34:00contre la Marseillaise,
00:34:01l'hymne bourgeois
00:34:04dont il faut faire fi,
00:34:06dont il faut faire litière.
00:34:07Puis arrive la résistance,
00:34:09il y a des vers magnifiques,
00:34:10la balade de celui
00:34:11qui chanta
00:34:12dans les supplices
00:34:13et dont le dernier souffle
00:34:16exprime
00:34:16la Marseillaise.
00:34:17« Chantez-lui sous les balles
00:34:24des mots
00:34:25sanglants et levés
00:34:27d'une seconde rafale
00:34:30il a fallu l'achever
00:34:31une autre chanson française
00:34:33à ses lèvres et montées
00:34:35finissant la Marseillaise
00:34:37pour toute l'humanité. »
00:34:40Il y a deux grands airs
00:34:41de la résistance.
00:34:43D'un côté,
00:34:43la Marseillaise
00:34:44et de l'autre,
00:34:45le chant des partisans.
00:34:46La Marseillaise
00:34:48est à peu près
00:34:49à la même place
00:34:50dans l'expression
00:34:52des courages,
00:34:53des frustrations,
00:34:54des malheurs
00:34:55et du refus
00:34:57de la barbarie.
00:34:58Il est tout à fait naturel
00:34:59qu'à la Libération,
00:35:00le général de Gaulle
00:35:01lui-même
00:35:03reprenne la Marseillaise
00:35:05quand il met le pied
00:35:06sur le sol français
00:35:07et à Paris
00:35:08au moment
00:35:09de la grande fête
00:35:10de la Libération.
00:35:27Il chante la Marseillaise
00:35:28comme toute Paris
00:35:30et toute la France
00:35:31à ce moment-là.
00:35:32La Marseillaise revient
00:35:33à sa pleine dignité.
00:35:34D'ailleurs, symboliquement,
00:35:35elle est inscrite
00:35:36dans la Constitution.
00:35:37La Marseillaise devient
00:35:40constitutionnellement
00:35:40l'hymne national
00:35:41à côté du drapeau français,
00:35:43drapeau de la nation,
00:35:45drapeau tricolore.
00:36:00Dans l'euphorie de la Libération,
00:36:02Jean Gorelhardt
00:36:03et Stéphane Grappelli
00:36:04font swinguer la Marseillaise,
00:36:05une version annonciatrice
00:36:06des bouleversements
00:36:07qui secouent la France
00:36:08d'après-guerre.
00:36:11Une nouvelle génération
00:36:12s'émancipe
00:36:13au son du jazz,
00:36:14du rock,
00:36:14des musiques surgissent
00:36:15des transistors.
00:36:16Elle revendique
00:36:17de nouvelles libertés,
00:36:18rejette l'autoritarisme
00:36:19des anciens
00:36:20et rêve d'un monde nouveau.
00:36:25Quand la vague contestataire
00:36:27de mai 68
00:36:28déferle sur les facultés
00:36:29et les usines,
00:36:30pour la première fois
00:36:31de son histoire,
00:36:32la France des barricades
00:36:33n'entonne pas
00:36:34l'hymne libérateur.
00:36:36Populaire émission
00:36:38de Gaulle émission !
00:36:42A l'inverse,
00:36:43c'est le pouvoir conservateur
00:36:45qui se regroupe
00:36:45autour de la Marseillaise.
00:36:47Une foule immense
00:36:48descend les Champs-Elysées
00:36:49pour manifester son soutien
00:36:50au général de Gaulle.
00:36:52La Ve République
00:36:53a eu peur.
00:36:56Sur l'arrêt gauche,
00:36:57la contestation
00:36:58s'exprime aussi
00:36:59par l'apparition
00:36:59de nouvelles icônes
00:37:00comme Mao
00:37:01et autres héros révolutionnaires.
00:37:03Paradoxalement,
00:37:04le grand timonier
00:37:05avait fait chanter
00:37:05la Marseillaise
00:37:06pendant la longue marche
00:37:07et elle sera enseignée
00:37:08un temps
00:37:09dans les écoles chinoises.
00:37:16A leur tour,
00:37:18en 1989,
00:37:19les étudiants chinois
00:37:21qui exigent
00:37:21des réformes démocratiques
00:37:22la chanteront
00:37:23sur la place
00:37:23Tiananmen
00:37:24à Pékin.
00:37:33De retour d'exil
00:37:35en 1917,
00:37:36Lénine est accueillie
00:37:37par une Marseillaise
00:37:37des travailleurs
00:37:38qui restera
00:37:39l'hymne de l'URSS
00:37:41pendant quelques mois.
00:37:45Ironie tragique
00:37:46de l'histoire,
00:37:46les opposants
00:37:47au régime soviétique
00:37:48la chanteront
00:37:48à Prague en 68
00:37:50ou à Hongrie
00:37:51en 56.
00:37:54On est en référence
00:37:55à la Révolution française,
00:37:56c'est la mère
00:37:57de toutes les révolutions
00:37:58si on veut.
00:37:59Quand on veut
00:37:59mener une révolution,
00:38:01quand on est à la tête
00:38:02d'un mouvement révolutionnaire,
00:38:03il faut des éléments
00:38:04qui nous apparentent
00:38:05à cette révolution.
00:38:06et ça,
00:38:06dans le monde entier,
00:38:07ça a donné lieu
00:38:08à des références
00:38:09à la Marseillaise.
00:38:11On va la retrouver
00:38:12en Amérique latine
00:38:13au début du 19e siècle
00:38:15en particulier
00:38:15et on va la retrouver
00:38:17également un siècle après
00:38:18en Espagne
00:38:19sous la première république
00:38:20en 1931
00:38:21avec une forte présence
00:38:22en Catalogne.
00:38:28L'autre volet
00:38:29du destin international
00:38:30de la Marseillaise
00:38:31est qu'elle incarne
00:38:32une certaine idée
00:38:32de la France
00:38:33porteuse de valeurs universelles.
00:38:36En 1967,
00:38:38la BBC diffuse
00:38:39Our World,
00:38:40première émission de télé
00:38:41en mondiaux vision
00:38:42regardée par 350 millions
00:38:43de spectateurs.
00:38:47Il s'agit alors
00:38:48d'une toute autre révolution.
00:38:50La télévision britannique
00:38:52a demandé aux Beatles
00:38:53de composer
00:38:54une chanson simple,
00:38:55comprise de tous
00:38:56et dont les premières notes
00:38:57soient reconnaissables
00:38:58dans le monde entier.
00:39:15All You Need Is Love
00:39:17deviendra l'hymne
00:39:18du Flower Power
00:39:18et de la génération hippie.
00:39:20Plus tard,
00:39:21John Lennon affirmera
00:39:23« Je suis un artiste révolutionnaire ».
00:39:44La Marseillaise,
00:39:45symbole de paix,
00:39:46de fraternité,
00:39:47ce sera effectivement le cas.
00:39:49Le 24 septembre 1984,
00:39:52date anniversaire
00:39:52du début de la Première Guerre.
00:39:54Ce moment de réconciliation
00:39:56entre deux ennemis héréditeurs
00:39:57marquera profondément
00:39:59l'histoire de la Marseillaise.
00:40:01François Mitterrand
00:40:02et le chancelier allemand Kohl
00:40:04se sont pris la main.
00:40:07On n'a peut-être pas
00:40:08chanté beaucoup les paroles
00:40:09ou prêté beaucoup d'attention
00:40:10aux paroles,
00:40:11mais l'air était là,
00:40:12la musique était là
00:40:13et ce fut un moment
00:40:14très noble
00:40:15où, en somme,
00:40:17par-delà
00:40:18les aspects
00:40:19qui peuvent apparaître
00:40:20cocardiers
00:40:20de cet hymne
00:40:21qui est le nôtre,
00:40:24il a retrouvé
00:40:24sa vocation universelle,
00:40:26en tout cas sa vocation
00:40:27d'unité entre les peuples.
00:40:30L'apaisement
00:40:31des relations internationales
00:40:32se poursuit en 1989
00:40:34avec la chute du mur de Berlin
00:40:35et la fin de la guerre froide,
00:40:37événement
00:40:38qui soulève
00:40:38d'immenses espoirs
00:40:39pour l'avenir.
00:40:58Union et fraternité
00:41:00est au cœur
00:41:00des festivités
00:41:01du bicentenaire.
00:41:02Une France multicolore
00:41:03affirmait alors fièrement
00:41:05à la face du monde
00:41:05sa foi
00:41:06en ses valeurs universelles.
00:41:10En 1989,
00:41:11quand je présidais
00:41:12à la mission
00:41:12du bicentenaire,
00:41:14j'ai vu Théodore Monod,
00:41:15l'abbé Pierre,
00:41:16qui disaient
00:41:16« Mais enfin,
00:41:16vous n'allez pas garder
00:41:17ces paroles insupportables. »
00:41:20Et j'ai été amené
00:41:20à leur dire deux choses.
00:41:21Je n'étais pas le seul.
00:41:23Premièrement,
00:41:24que ces paroles
00:41:25sont désormais historiques,
00:41:26elles sont figées,
00:41:27on ne va pas s'amuser
00:41:28à les remplacer.
00:41:29Il faut les replacer
00:41:31dans leur époque.
00:41:32Qu'un sang impur
00:41:34abreuve nos sillons,
00:41:35ça n'a aucune tonalité raciste.
00:41:39Évidemment,
00:41:40les choses étaient différentes
00:41:41après la Shoah.
00:41:46Il est normal
00:41:47que la notion
00:41:47de sang impur
00:41:48soit mal comprise,
00:41:50soit mal interprétée.
00:41:53Puisque nous,
00:41:53nous vivons
00:41:54dans un monde
00:41:54où nous devons être
00:41:55constamment vigilants
00:41:56vis-à-vis des formes
00:41:58du racisme moderne
00:42:00qui prétend
00:42:01justement
00:42:02qu'il y aurait
00:42:03des personnes
00:42:04qui,
00:42:05génétiquement,
00:42:07physiquement,
00:42:08seraient inférieures
00:42:09ou auraient moins
00:42:10de capacités
00:42:11d'autres personnes.
00:42:12Donc,
00:42:12il est normal
00:42:13que cette question
00:42:13du sang impur
00:42:15nous braque
00:42:16et que l'on soit
00:42:17sensibilisés.
00:42:18Mais,
00:42:19elle est justement,
00:42:21dans le cas
00:42:21de la Marseillaise,
00:42:22le contraire même
00:42:24d'une forme
00:42:25de racisme.
00:42:26Ce sont des gens
00:42:27qui chantent
00:42:27le sang impur
00:42:28qui ont souffert
00:42:29toute leur vie
00:42:30de se voir
00:42:32ramenés
00:42:33à leur
00:42:33sang impur.
00:42:35On leur a dit
00:42:35toute leur vie
00:42:36qu'ils avaient
00:42:36du sang impur.
00:42:38Donc,
00:42:38évidemment,
00:42:39cette question
00:42:40du sang
00:42:41est centrale.
00:42:42Mais,
00:42:42la replacer
00:42:43après la catastrophe
00:42:45de la naissance
00:42:46du racisme
00:42:48au XIXe siècle
00:42:49est une erreur totale.
00:42:51Le sang impur,
00:42:52c'est le sang
00:42:54des gens simples
00:42:54et qu'à l'époque,
00:42:56on ne pouvait pas
00:42:56l'exprimer autrement
00:42:57parce qu'on s'adressait
00:42:58à des gens simples,
00:42:59à des gens
00:43:00comme ma grand-mère.
00:43:00Ma grand-mère
00:43:01a toujours compris
00:43:02ça en le chantant.
00:43:03Aux armes citoyennes,
00:43:07formez vos bataillons.
00:43:09Marchez, marchez
00:43:10qu'un sang impur
00:43:11abroive vos sillons.
00:43:14Aux armes citoyennes,
00:43:17formez vos bataillons.
00:43:20Marchez, marchez
00:43:21qu'un sang impur
00:43:22abroive vos sillons.
00:43:25Qu'un sang qu'un pur
00:43:26abroive nos sillons,
00:43:27il y a deux interprétations.
00:43:29Pour certains,
00:43:30minoritaires,
00:43:31le sang impur,
00:43:32ce serait celui
00:43:33des révolutionnaires
00:43:34eux-mêmes
00:43:36en reprenant
00:43:37quelque sorte
00:43:38à leur compte
00:43:38le fait que les autres
00:43:40disaient que c'était
00:43:40le sang bleu,
00:43:41un sang supérieur.
00:43:42Vous allez voir
00:43:43ce que ce sang impur
00:43:44va marquer
00:43:46en acceptant la mort.
00:43:49La seconde interprétation
00:43:51me paraît plus juste
00:43:53est celle qui fait dire
00:43:55que le sang impur
00:43:58c'était celui
00:44:00des aristocrates.
00:44:02C'est celui des nobles
00:44:03qui sont des traîtres
00:44:04qui ont émigré,
00:44:06qui reviennent
00:44:07dans le pays
00:44:08qu'ils ont trahi
00:44:09et à qui on promet
00:44:10donc de mourir
00:44:11sur le champ de bataille
00:44:13de telle sorte
00:44:13que leur sang
00:44:14qui a été prétendument pur
00:44:17pendant des centaines d'années
00:44:18voire depuis 1400 ans
00:44:20depuis qu'existe la noblesse
00:44:22va cette fois-ci
00:44:24nourrir
00:44:24les champs
00:44:27de France.
00:44:28En même temps
00:44:29il faut être très attentif
00:44:30à la strophe
00:44:31numéro 5
00:44:32à la cinquième strophe
00:44:34que l'on devrait apprendre
00:44:36par cœur
00:44:36et où il est dit
00:44:38et où il est dit
00:44:40qu'il faut être
00:44:43indulgent
00:44:44à l'égard des soldats
00:44:45d'en face
00:44:47à regret
00:44:48s'armant contre nous
00:44:49dit la strophe
00:44:50à regret
00:44:51s'armant contre nous
00:44:52on les oblige
00:44:54les souverains
00:44:55avec le système hiérarchique
00:44:57les oblige
00:44:57à lutter contre nous
00:44:59les oblige
00:44:59à lever les armes
00:45:00contre nous
00:45:00il faut comprendre
00:45:02que s'ils pouvaient
00:45:04être libres
00:45:05comme ils le souhaiteraient
00:45:07ils ne se battraient pas
00:45:08contre les armées françaises
00:45:10donc soyons indulgents
00:45:11à leur égard
00:45:11cette strophe
00:45:12est extrêmement importante
00:45:14français
00:45:15en guerrier magnanime
00:45:17portez ou retenez vos coups
00:45:19épargnez ces tristes victimes
00:45:22à regret s'armant contre nous
00:45:24mais c'est des spots sanguinaires
00:45:27mais les complices de bouillet
00:45:29tous ces tigres
00:45:31qui s'empuient
00:45:33déchirent le sein de leur mère
00:45:36en rose à nos citoyens
00:45:40formez vos bataillons
00:45:42marchez, marchez
00:45:44qu'un sang impur
00:45:45boivent vos sillons
00:45:47depuis l'enfance
00:45:49j'ai un rapport
00:45:49très très fort
00:45:50avec la Marseillaise
00:45:51extrêmement fort
00:45:52mais je dirais même musicalement
00:45:56musicalement
00:45:56c'est d'une famille
00:45:58de gens très républicains
00:46:00donc la Marseillaise c'est important
00:46:04mon père jouait dans
00:46:05l'harmonie municipale
00:46:06et donc jouait
00:46:07c'était la Marseillaise
00:46:09moi je suis rentré très jeune
00:46:10dans l'harmonie municipale
00:46:12je suis passé au saxophone
00:46:15le contre-champ de la Marseillaise
00:46:17je connaissais par coeur
00:46:18je jouais toujours
00:46:19les hymnes
00:46:20au monument aux morts
00:46:22et tout
00:46:22dans la petite ville
00:46:23où j'habitais à la Bourboule
00:46:25et en plus j'avais un autre rapport
00:46:27que ça
00:46:27c'est à dire que dans la famille
00:46:29on avait un tel sens
00:46:30de la continuité
00:46:31qu'on m'a donné
00:46:34le nom du héros de la famille
00:46:36qui est mort en 18
00:46:38et donc je jouais
00:46:39le contre-champ
00:46:40de la Marseillaise
00:46:41en étant dans une sorte
00:46:43d'attitude méditative
00:46:44en voyant mon propre nom
00:46:45et la date
00:46:46de ma propre mort
00:46:47sur le monument aux morts
00:46:48donc si vous voulez
00:46:49ça ancrée
00:46:50ça ancrée extrêmement profondément
00:46:53le fait national
00:46:57et le fait de la chanson
00:46:58amour sacré de la patrie
00:47:00conduit soutien
00:47:02nos bras vengeurs
00:47:03liberté, liberté, chérie
00:47:05combat avec tes défenseurs
00:47:08j'ai essayé d'en faire une version
00:47:09comme si c'était un chant d'introspection
00:47:11comme si c'était une chanson d'amour
00:47:13comme moi j'aime
00:47:14comme si c'était
00:47:16chanté à l'oreille
00:47:18d'une
00:47:19d'une Marianne aimée
00:47:20enfin quelque chose comme ça
00:47:33le choix de la Marseillaise
00:47:35n'est pas anodin
00:47:36parce qu'il fallait que je la prenne
00:47:38pour avoir la nationalité
00:47:40donc la prendre comme ça
00:47:42toute seule
00:47:42je me suis dit
00:47:43je la mets dans un spectacle
00:47:45je vais la prendre
00:47:46c'est fait, c'est bon
00:47:47mais mon rapport à la France
00:47:50est un rapport bien réfléchi
00:47:51bien rationnel
00:47:52c'est la laïcité
00:47:56c'est le pays
00:47:57qui allait me permettre
00:47:58de m'exprimer
00:47:58avec le plus de liberté
00:48:00que je puisse avoir
00:48:03c'est ce rapport là
00:48:05c'est le rapport à la culture
00:48:07c'est le rapport à l'écriture
00:48:08c'est le rapport à l'art
00:48:11de ce pays
00:48:12un pays où je me sens
00:48:14l'égale des autres
00:48:15sans voir la couleur
00:48:16l'origine, le sexe
00:48:19un pays où je peux m'exprimer librement
00:48:21sans en payer le prix
00:48:24quand j'ai écrit ce spectacle
00:48:25j'avais dans la tête
00:48:27tout ce qui a été dit
00:48:28sur la Marseillaise
00:48:29que ce soit
00:48:30contre les paroles
00:48:31qui sont trop violentes
00:48:32que ce soit
00:48:33un texte
00:48:34qu'il faut dépoussiérer
00:48:36que ce soit
00:48:37Gainsbourg
00:48:38avec
00:48:39etc
00:48:41tout
00:48:41était dans ma tête
00:48:42je connais très bien
00:48:44tout ce débat
00:48:45dans la société française
00:48:47il y a eu des moments
00:48:48où oui
00:48:49je me sentais un peu visée
00:48:51par les paroles violentes
00:48:52un peu
00:48:52de la Marseillaise
00:48:53en oubliant
00:48:54le contexte dans lequel
00:48:55elle était écrite
00:48:56bien sûr
00:48:57parce qu'on oublie quand même
00:48:58il y avait des jours
00:49:00quand je jouais
00:49:03le sens de la Marseillaise
00:49:04prenait vraiment
00:49:05son sens
00:49:08il y a des jours
00:49:09où j'avais les larmes aux yeux
00:49:11en scandant
00:49:12ce texte
00:49:14mais il y avait toujours
00:49:15un moment
00:49:16
00:49:17qui me figeait comme ça
00:49:19dans mon émotion
00:49:20vers la fin
00:49:22quand je dis
00:49:22amour sacré de la patrie
00:49:24conduit soutien
00:49:26nos bras vengeurs
00:49:27liberté chérie
00:49:28combat avec tes défenseurs
00:49:30toujours
00:49:31c'est le seul moment
00:49:33du spectacle
00:49:34quoi que je fasse
00:49:35je ne peux pas
00:49:36je ne peux pas le dire
00:49:37sur un ton
00:49:38léger
00:49:39j'ai toujours été
00:49:43captivée
00:49:43par ce moment
00:49:44comme si
00:49:45cette parole
00:49:46a été écrite
00:49:47précisément pour moi
00:49:50liberté
00:49:51liberté
00:49:53chérie
00:49:55combat avec
00:49:56tes défenseurs
00:49:59combat avec
00:50:01tes défenseurs
00:50:03si on songe
00:50:05à l'avenir
00:50:05de la Marseillaise
00:50:06on peut rêver
00:50:07à ce que son aspect
00:50:08international
00:50:09l'emporte
00:50:10sur la tentation
00:50:12chauvine
00:50:13la tentation
00:50:13nationaliste
00:50:14qui parfois
00:50:15s'est exprimée
00:50:16par elle
00:50:17patriotisme
00:50:18oui patriotisme
00:50:19oui mais
00:50:19le patriotisme
00:50:20il porte
00:50:21un
00:50:23civisme
00:50:23universel
00:50:24aussi en même temps
00:50:25sans renoncer
00:50:25à l'identité française
00:50:26si à l'avenir
00:50:28la Marseillaise continue
00:50:29d'exprimer
00:50:30ce que la France
00:50:31a et doit avoir
00:50:32d'unique
00:50:33en l'obligeant
00:50:34d'ailleurs
00:50:34être au meilleur
00:50:35d'elle-même
00:50:35tout en
00:50:37figurant assez bien
00:50:38à côté de l'hymne
00:50:39à la joie de Beethoven
00:50:40comme hymne de l'Europe
00:50:42cela me conviendrait
00:50:43assez bien
00:50:44je crois que
00:50:45comme
00:50:47au moment de sa naissance
00:50:48c'est un acte de survie
00:50:50la Marseillaise
00:50:51c'est un acte de foi
00:50:53dans l'avenir
00:50:54c'est un acte de foi
00:50:55dans les valeurs
00:50:56citoyennes
00:50:57la République
00:50:58n'est jamais
00:50:58une donnée
00:50:59en soi
00:51:00c'est toujours
00:51:01un horizon
00:51:02d'idéalité
00:51:03c'est toujours
00:51:04quelque chose
00:51:04qu'on veut construire
00:51:05ensemble
00:51:06et donc
00:51:07quand tout va bien
00:51:08évidemment
00:51:09l'actualité
00:51:10de la Marseillaise
00:51:11diminue
00:51:12puis dans les moments
00:51:13de danger
00:51:13et puis dans les moments
00:51:14de risque
00:51:15puis dans les moments
00:51:15de vigilance
00:51:16républicaine
00:51:18la Marseillaise
00:51:19réapparaît
00:51:20spontanément
00:51:21elle réapparaît
00:51:23comme une affirmation
00:51:25de soi
00:51:26comme une affirmation
00:51:27des valeurs
00:51:28pour lesquelles
00:51:29on aimerait
00:51:30combattre
00:51:31c'est à dire
00:51:33que la Marseillaise
00:51:33est en fait
00:51:34un futur
00:51:35la Marseillaise
00:51:36n'est pas liée
00:51:37au passé
00:51:38de la révolution
00:51:39la Marseillaise
00:51:40est liée
00:51:40au futur
00:51:41parce qu'elle montre
00:51:42bien que
00:51:43la République
00:51:44est une chose
00:51:45complètement abstraite
00:51:46et qu'il faut défendre
00:51:48en permanence
00:51:49lorsque le marquis
00:51:50de Sade
00:51:50dit en 1795
00:51:51français
00:51:52encore un effort
00:51:53pour devenir républicain
00:51:55bien la Marseillaise
00:51:57aide
00:51:57à devenir républicain
00:51:58parce qu'elle montre
00:52:00que rien n'est inscrit
00:52:02dans le réel
00:52:02rien n'est acquis
00:52:04pour toujours
00:52:05et tout
00:52:06est toujours
00:52:06à défendre
00:52:12La Marseillaise
00:52:13est notre hymne national
00:52:14elle est aujourd'hui
00:52:15le symbole
00:52:16de la révolution française
00:52:17des valeurs républicaines
00:52:19et plus au-delà
00:52:20des luttes
00:52:21contre la tyrannie politique
00:52:23et pourtant
00:52:23elle n'a jamais cessé
00:52:25d'être contestée
00:52:26parodiée
00:52:27adaptée
00:52:27comme vient
00:52:28de nous le rappeler
00:52:29à l'instant
00:52:30ce documentaire
00:52:31réalisé par
00:52:32Pascal Signoret
00:52:33nous allons y revenir
00:52:35maintenant
00:52:35avec nos deux invités
00:52:37présents aujourd'hui
00:52:37sur ce plateau
00:52:39de débat doc
00:52:40Mathilde Larrère
00:52:41pour commencer
00:52:41bienvenue à vous
00:52:42merci
00:52:42vous êtes historienne
00:52:44maîtresse de conférence
00:52:45en histoire contemporaine
00:52:46à l'université
00:52:47Gustave Eiffel
00:52:48c'est à Paris
00:52:48et spécialiste
00:52:49des mouvements révolutionnaires
00:52:51au 19e siècle
00:52:52on vous doit
00:52:53lieu et symbole
00:52:54de la république
00:52:55c'est un ouvrage
00:52:56disponible
00:52:57chez CNRS édition
00:52:59Patrick Veil
00:53:00est également avec nous
00:53:01bienvenue à vous
00:53:02Patrick Veil
00:53:02vous êtes historien
00:53:04spécialiste
00:53:05des questions
00:53:06de citoyenneté
00:53:07directeur de cherche
00:53:08émérite
00:53:09au CNRS
00:53:11votre dernier ouvrage
00:53:12s'intitule lui
00:53:12de l'immigration
00:53:14en France
00:53:14et il est disponible
00:53:16chez Grasset
00:53:18nous venons de voir
00:53:19ce documentaire
00:53:20cette histoire
00:53:21on ne peut plus
00:53:21tumultueuse
00:53:22de notre hymne
00:53:24national
00:53:25c'est vrai
00:53:26qu'en sortant
00:53:26de ce film
00:53:27on se dit
00:53:27finalement
00:53:28il y a une caractéristique
00:53:29il y a une caractéristique
00:53:30c'est à la fois
00:53:31un champ patriotique
00:53:32et révolutionnaire
00:53:34et ça c'est compatible
00:53:35ça en fait un hymne
00:53:36complètement à part
00:53:38c'est ça qui fait
00:53:39sa spécificité
00:53:40à cet hymne national
00:53:41qui est la marseillaise
00:53:42alors oui
00:53:44c'est un champ
00:53:45révolutionnaire
00:53:45et patriotique
00:53:46du moins
00:53:47jusqu'à la fin
00:53:48du 19ème siècle
00:53:49après
00:53:50à partir du moment
00:53:51où ça devient
00:53:51un hymne national
00:53:52ça devient
00:53:53un hymne solennel
00:53:55du pouvoir
00:53:55donc ça ne devient plus
00:53:56en tout cas en France
00:53:57un hymne révolutionnaire
00:53:59il va rester
00:54:00ou elle va rester
00:54:01puisque c'est la marseillaise
00:54:02un hymne révolutionnaire
00:54:03dans d'autres pays
00:54:04mais en France
00:54:05c'est fini
00:54:06elle est assagi
00:54:07avec le passage
00:54:08à la reconnaissance
00:54:09comme hymne
00:54:10sa dimension révolutionnaire
00:54:12disparaît
00:54:13avec la reconnaissance
00:54:16de la marseillaise
00:54:16alors sous le régime de Vichy
00:54:18c'était sous contrôle
00:54:19on ne la chantait pas
00:54:20la marseillaise
00:54:21c'était vécu comment
00:54:21sous le régime de Vichy
00:54:22pour rebondir
00:54:23sur ce que vous venez
00:54:24de dire tout de même
00:54:24alors ça le redevient
00:54:26quand elle est interdite
00:54:26en fait c'est
00:54:27parce que justement
00:54:28elle n'est plus un hymne
00:54:29à ce moment là
00:54:29elle perd sa dimension
00:54:32solennelle et officielle
00:54:33et par conséquent
00:54:33elle peut se recharger
00:54:34c'est un champ de résistance
00:54:35sous Vichy
00:54:36tout à fait
00:54:37tout à fait
00:54:37et d'ailleurs une scène
00:54:38qui n'est pas évoquée
00:54:39dans le documentaire
00:54:41mais qui est
00:54:42tellement emblématique de ça
00:54:43c'est la scène dans Casablanca
00:54:44elle manque
00:54:46elle manque
00:54:47parce que c'est une très très belle
00:54:49scène de marseillaise
00:54:50quand arrivent des allemands
00:54:52et que l'orchestre
00:54:54comment il s'appelle
00:54:54le bar
00:54:55en fait c'est un tchèque
00:54:56c'est un réfugié tchèque
00:54:58résistant
00:54:59qui lance
00:55:00et l'américain
00:55:02qui tient le bar
00:55:03à Freiburgart
00:55:05donne son autorisation
00:55:06de chanter la marseillaise
00:55:07et les français évidemment
00:55:09et là on voit
00:55:10la dimension
00:55:11internationale
00:55:12de résistance
00:55:13voilà
00:55:14c'est magnifique
00:55:15et d'oppression
00:55:16contre la tyrannie
00:55:17parce que si c'est un champ
00:55:18révolutionnaire
00:55:19c'est parce que c'est un champ
00:55:19d'oppression
00:55:20contre la tyrannie
00:55:21j'ai doté
00:55:23les périodes
00:55:24où la marseillaise
00:55:25a été
00:55:25soit interdite
00:55:27soit mise sous contrôle
00:55:29la restauration
00:55:30l'empire
00:55:31l'empire déjà
00:55:32l'empire bien sûr
00:55:33le premier empire
00:55:34la restauration
00:55:36le second empire
00:55:38Vichy
00:55:39on l'a évoqué
00:55:40à l'instant
00:55:41ça ce sont des périodes
00:55:42où il ne faisait pas bon
00:55:43la chanter
00:55:44cette marseillaise
00:55:45on comprend très rapidement
00:55:46pourquoi
00:55:46à la vue des régimes
00:55:48que j'ai cités à l'instant
00:55:49ça inscrit
00:55:51l'île national
00:55:52dans une filiation
00:55:53avec la révolution française
00:55:54tout à fait
00:55:55bon
00:55:55et aujourd'hui
00:55:56nous sommes dans une période
00:55:57où cette filiation
00:55:58est contestée
00:55:59il y a des gens
00:56:00qui voudraient revenir
00:56:00à l'ancien régime
00:56:01supprimer le droit du sol
00:56:02il y a des choses
00:56:04et donc
00:56:05cette inscription
00:56:05on voit bien
00:56:06qu'il y a des régimes
00:56:07qui ne supportent pas
00:56:08de la maintenir
00:56:09comme une nationale
00:56:09parce que ça
00:56:10ça nous ramène
00:56:12à cet événement
00:56:14non seulement
00:56:15de l'histoire de France
00:56:16mais de l'histoire du monde
00:56:17et c'est ce qui fait
00:56:18la force de la Marseillaise
00:56:19c'est que
00:56:19la révolution française
00:56:20même si la France
00:56:21devait disparaître demain
00:56:22la révolution française
00:56:23resterait un grand événement
00:56:25de l'histoire du monde
00:56:26et la Marseillaise
00:56:27s'inscrit dans cette histoire
00:56:28dans ces périodes
00:56:29que je viens de citer
00:56:30vous avez cité
00:56:31le premier empire
00:56:32son premier empire
00:56:33il n'est pas complètement interdit
00:56:35il est toléré
00:56:35comment géraient ces régimes
00:56:37que je viens de citer
00:56:38Napoléon
00:56:38néanmoins
00:56:39les Marseillaises existaient
00:56:41ça avait même été
00:56:42notre rime national
00:56:42à partir de 1795
00:56:45je crois officiellement
00:56:46comment ces régimes
00:56:47géraient
00:56:47néanmoins ce chant existait
00:56:48il était là
00:56:49il pouvait être chanté
00:56:50ici ou là
00:56:51l'empereur fait avec
00:56:54et il a fait chanter
00:56:56à Austerlitz
00:56:57lors de la retraite
00:56:59de Russie aussi
00:56:59donc il fait avec
00:57:00parce que le chant
00:57:01est installé
00:57:02parce qu'il est aimé
00:57:02parce qu'il est entonné
00:57:03et que ce serait
00:57:05contre-productif
00:57:06de véritablement
00:57:07l'interdire
00:57:08mais on sait bien
00:57:09qu'il aurait préféré
00:57:10soit le chant du départ
00:57:11soit il avait
00:57:12une réécriture
00:57:13en faveur de l'empire
00:57:16Napoléon est tout à la fois
00:57:17un héritier
00:57:18un faux soyeur
00:57:18de la révolution
00:57:20on dirait que je donne
00:57:20un sujet de disserte là
00:57:21mais c'est vrai
00:57:22c'est à dire que c'est les deux
00:57:23en fait
00:57:24c'est les deux
00:57:25parce que c'est une création
00:57:26nouvelle aussi l'empire
00:57:27donc bon
00:57:28la Marseillaise
00:57:29d'ailleurs sous le directoire
00:57:30la Marseillaise sera toujours
00:57:31notre chant national
00:57:32sous le directoire
00:57:33ce n'est qu'à partir
00:57:34de l'empire
00:57:35oui oui
00:57:35c'est l'empire
00:57:36l'empire bloc
00:57:37et évidemment
00:57:38la restauration
00:57:39la restauration
00:57:40c'est les frères de Louis XVI
00:57:42qui reviennent sur le trône
00:57:43donc évidemment
00:57:44qu'ils ne vont pas reprendre
00:57:45l'hymne de la révolution française
00:57:47qui va revenir
00:57:47sur les barricades
00:57:48de 1830
00:57:49c'est le tableau
00:57:51qui est dans le documentaire
00:57:53d'Eugène de la Croix
00:57:54la liberté
00:57:54en guise de la peuple
00:57:55donc on croit souvent
00:57:56que c'est une image
00:57:57de la révolution française
00:57:58mais non c'est un tableau
00:57:58de la révolution de 1830
00:58:00et effectivement
00:58:00sur les barricades de 1830
00:58:02on chante la Marseillaise
00:58:03mais comme on reprend
00:58:04le drapeau tricolore
00:58:05qui avait été supprimé
00:58:07sous la restauration
00:58:08et remplacé par le drapeau blanc
00:58:09comme certains vont pouvoir
00:58:10ressortir des bonnets frugiens
00:58:12comme Lafayette
00:58:14d'ailleurs
00:58:14est à nouveau valorisée
00:58:17donc il y a un retour
00:58:18on le sait
00:58:19qu'il y a un retour
00:58:19des imaginaires
00:58:21des symboles
00:58:22parce que
00:58:22aussi il y a un retour
00:58:23des idées
00:58:24de la révolution française
00:58:25en 1830
00:58:26et la Marseillaise avec
00:58:27mais très vite
00:58:28elle va être
00:58:30non pas interdite
00:58:32mais assez vite
00:58:33plus tard interdite
00:58:34en tout cas
00:58:34mise sous le boisseau
00:58:35et remplacée par la Parisienne
00:58:36si j'ai bien compris
00:58:37ce que vous nous avez dit
00:58:38tout à l'heure
00:58:38le XXe siècle
00:58:39en revanche
00:58:40à vos yeux
00:58:42la Marseillaise
00:58:42n'est plus un champ révolutionnaire
00:58:44vous êtes d'accord avec ça ?
00:58:45on vient de dire sous Vichy
00:58:46on a parlé de Vichy
00:58:47enlevons Vichy
00:58:48d'accord
00:58:49mais
00:58:50alors il n'est plus
00:58:51sur le territoire français
00:58:52parce que visiblement
00:58:52il l'est à l'extérieur
00:58:53de nos frontières
00:58:54la longue marche
00:58:55Mao
00:58:56on l'apprend
00:58:57on l'apprend
00:58:58pour la longue marche
00:58:59Lénine est accueillie
00:59:01au champ de la Marseillaise
00:59:02en avril 17
00:59:03à Moscou
00:59:03parce que la révolution française
00:59:04fait partie justement
00:59:05de l'histoire
00:59:06des mouvements révolutionnaires
00:59:07du monde
00:59:08évidemment que
00:59:09dans le mouvement
00:59:11des soviets
00:59:11ou dans la révolution chinoise
00:59:13la révolution française
00:59:14ils se sentent
00:59:15les descendants
00:59:16de cette révolution
00:59:18donc
00:59:18même si elle s'installe
00:59:20c'est quand même
00:59:21du coup
00:59:21l'installation
00:59:22de la révolution française
00:59:24comme
00:59:24comme
00:59:25centre
00:59:26de notre histoire
00:59:27de notre histoire politique
00:59:28quand vous inscrivez
00:59:29la déclaration
00:59:30des droits de l'homme
00:59:31et du citoyen
00:59:31de 1789
00:59:33en tête
00:59:34de la constitution
00:59:35de la quatrième république
00:59:37et puis de la cinquième république
00:59:40alors qu'elle n'avait pas
00:59:41d'impact
00:59:42juridique
00:59:43jusque là
00:59:45vous
00:59:46vous inscrivez
00:59:47dans cette filiation
00:59:48et il y a des forces politiques
00:59:51en France
00:59:51qui n'apprécient pas ça
00:59:52mais c'est quand même
00:59:54cette inscription là
00:59:55c'est pour ça que c'est à la fois
00:59:56installé
00:59:57mais c'est toujours fragile
00:59:58la république est toujours
01:00:01en permanente
01:00:03refondation
01:00:03si l'on peut dire
01:00:04chaque génération
01:00:05en reprend
01:00:06ou en retire
01:00:08ce qu'elle en a hérité
01:00:09bon et donc
01:00:10voilà
01:00:10c'est pour ça
01:00:12que c'est intéressant
01:00:13de connaître son histoire
01:00:14alors en France
01:00:16les révolutionnaires
01:00:17alors on pense évidemment
01:00:18aux forces de gauche
01:00:23qui préfèrent
01:00:23on l'a appris
01:00:24on le voit
01:00:25dans ce documentaire
01:00:26l'international
01:00:27bien sûr
01:00:27alors
01:00:28pas au 19ème siècle
01:00:29puisque au 19ème siècle
01:00:31non mais au 20ème
01:00:32au 20ème
01:00:33non je reviens au 20ème
01:00:34mais vous savez que l'international
01:00:35est écrite sur l'ère de la marseillaise
01:00:36c'est à dire qu'en fait
01:00:38on connaît l'ère de Dégéter
01:00:39mais à la base
01:00:40c'est
01:00:41debout les damnés de la terre
01:00:44debout les forces
01:00:46de la faim
01:00:47donc c'est sur l'international
01:00:49l'international est écrit
01:00:50sur l'ère de la marseillaise
01:00:51ce qui montre
01:00:52la force révolutionnaire du champ
01:00:55oui après effectivement
01:00:56elle est remplacée
01:00:57par l'international
01:00:58dans les milieux ouvriers
01:01:00dans les familles communistes
01:01:03mais d'ailleurs
01:01:05le documentaire le montre bien
01:01:06au moment du front populaire
01:01:07ce moment d'union
01:01:10des familles
01:01:11des frères ennemis
01:01:12du socialisme
01:01:12que sont les socialistes
01:01:13SFIO et les communistes
01:01:15et bien on va voir
01:01:17Torres chanter
01:01:18la marseillaise
01:01:19et il y a ce
01:01:19en plus ça tombe bien
01:01:20parce que l'anniversaire
01:01:21de la mort de Rouget de Lille
01:01:23les 100 ans
01:01:24c'est en plein milieu
01:01:25du front populaire
01:01:26donc c'est parfait
01:01:27il y a ce film
01:01:29extraordinaire
01:01:29de Renoir
01:01:30la marseillaise
01:01:31il y a des extraits
01:01:32d'ailleurs dans le documentaire
01:01:33sans qu'il soit identifié
01:01:34comme tel
01:01:34mais qui est un film
01:01:36qui en dit autant sur 1936
01:01:37que sur la révolution française
01:01:39mais qui raconte
01:01:40cette histoire
01:01:41cette histoire
01:01:42de l'hymne
01:01:42voilà
01:01:43Strasbourg
01:01:44les marseillais
01:01:44qui montent
01:01:45qui arrivent
01:01:45le 10 août
01:01:46tout est dedans
01:01:46c'est d'ailleurs
01:01:47les images du 10 août
01:01:48qui sont mon documentaire
01:01:50plutôt au symbole
01:01:51de l'ordre établi
01:01:52donc la marseillaise
01:01:53au 20ème siècle
01:01:54au final
01:01:55on pourrait dire
01:01:56les choses comme ça
01:01:57on pense à 68
01:01:59par exemple
01:01:59on chantait
01:02:00sans doute
01:02:01beaucoup l'international
01:02:02durant mai 68
01:02:04dans les rues
01:02:05en revanche
01:02:06lorsqu'il a
01:02:07les gaullistes
01:02:08ont réuni
01:02:08plus d'un million de personnes
01:02:10à la fin
01:02:11de cet épisode
01:02:11de 68
01:02:12ils ont chanté
01:02:13évidemment
01:02:14de tout leur poumon
01:02:15la marseillaise
01:02:16c'est le symbole
01:02:17plutôt de l'ordre établi
01:02:18dans une grande partie
01:02:20du 20ème
01:02:20c'est devenu
01:02:21l'hymne national
01:02:22bon
01:02:22donc c'était
01:02:23le rappel
01:02:24de la nation
01:02:25etc
01:02:25le rappel à De Gaulle
01:02:28et c'est la manif
01:02:29qui a d'ailleurs
01:02:31entraîné
01:02:31c'était après
01:02:33l'annonce
01:02:34de la dissolution
01:02:35donc les élections
01:02:36sont un raz-de-marée
01:02:38pour De Gaulle
01:02:39etc
01:02:39donc oui
01:02:40mais
01:02:42ça s'installe
01:02:43comme hymne national
01:02:44mais je dirais
01:02:45que quand on regarde
01:02:46un peu
01:02:47moi j'enseigne
01:02:47j'ai enseigné une partie
01:02:48de mes 20 dernières années
01:02:49aux Etats-Unis
01:02:50l'hymne national
01:02:52est chantée
01:02:52pour chaque match
01:02:54local
01:02:55il est chanté
01:02:56à la rentrée
01:02:58tous les jours
01:02:59à l'école
01:03:01on n'est pas là
01:03:02c'est à la fois
01:03:03l'hymne national
01:03:04mais on n'a pas
01:03:05un patriotisme
01:03:07enfin je veux dire
01:03:07ça n'est pas
01:03:09révéré
01:03:09de façon quotidienne
01:03:11par tous les enfants
01:03:11du pays
01:03:12donc c'est là
01:03:14ça sort
01:03:15de temps en temps
01:03:15enfin on n'est pas
01:03:17je dirais
01:03:18les pouvoirs publics
01:03:19jusqu'à présent
01:03:21en tout cas
01:03:21n'ont pas exigé
01:03:22de la population
01:03:23des enfants
01:03:25fort heureusement
01:03:26oui mais ce que je veux dire
01:03:27c'est que
01:03:27les Etats-Unis
01:03:28ça n'a rien à voir
01:03:30donc il faut
01:03:31là aussi
01:03:32ils ont été créés
01:03:34par une révolution
01:03:35bon ben on voit
01:03:36on n'a pas
01:03:37le même rapport
01:03:39à l'hymne national
01:03:39qu'avec les Etats-Unis
01:03:40ce qui change aussi
01:03:41entre le 19ème
01:03:42et le 20ème
01:03:43c'est qu'au 19ème
01:03:44la Marseillaise
01:03:45est plutôt un champ
01:03:46des familles
01:03:46que l'on va dire
01:03:47de gauche
01:03:47alors qu'au 20ème
01:03:49la Marseillaise
01:03:50du moins en France
01:03:51à nouveau
01:03:51passe plus à droite
01:03:53il y a une réconciliation
01:03:55des droites
01:03:56et des extrêmes droites
01:03:58avec la Marseillaise
01:03:59après la guerre
01:04:00de 14-18
01:04:01et on va avoir
01:04:03les ligues d'extrême droite
01:04:04qui chantent
01:04:04la Marseillaise
01:04:05lors des manifestations
01:04:07des ligues d'extrême droite
01:04:09dans les années 30
01:04:09et on sait bien
01:04:10que le Front National
01:04:12devenu Rassemblement National
01:04:13a fait comme une espèce
01:04:15d'annexion
01:04:16de hold-up
01:04:16sur la Marseillaise
01:04:17s'en présentant
01:04:18maintenant
01:04:19comme le défenseur
01:04:20donc il y a
01:04:21cette appropriation
01:04:22par l'extrême droite
01:04:22qui est réelle
01:04:25et qui pose problème
01:04:27parfois
01:04:28pour des gens de gauche
01:04:29pour reconnaître
01:04:31l'international
01:04:32l'international
01:04:33ils n'ont pas de problème
01:04:34à le reconnaître
01:04:34pour reconnaître
01:04:35la Marseillaise
01:04:36Peu de temps d'ailleurs
01:04:37avant cette émission
01:04:40Bali Bagayoko
01:04:41qui est le nouveau maire
01:04:42de Seine-Saint-Denis
01:04:43a eu ses propos
01:04:44siffler la Marseillaise
01:04:46quand la France
01:04:46se déshonore
01:04:47par ses actes
01:04:48à l'international
01:04:49c'est un droit
01:04:50à la répique populaire
01:04:52parce que les enfants
01:04:53de celles et ceux
01:04:53qui sont ici
01:04:54dans les grands stades
01:04:56ils sont citoyens d'ici
01:04:57mais aussi de là-bas
01:04:59un commentaire
01:05:00sur cette réaction
01:05:02de Bali Bagayoko
01:05:03maire de Seine-Denis
01:05:04aujourd'hui
01:05:06issu de la formation
01:05:08La France Insoumise
01:05:09il a le droit
01:05:10de s'exprimer
01:05:11dans ce sens
01:05:16il n'a pas commis
01:05:18un crime
01:05:19en disant
01:05:19ses paroles
01:05:21est-ce que moi
01:05:22j'aurais prononcé
01:05:23ses paroles
01:05:25peut-être pas
01:05:26parce que
01:05:26si vous voulez
01:05:27après il a dit
01:05:27j'ai fait un commentaire
01:05:30sociologique
01:05:30non parce qu'il est
01:05:32quand même maire
01:05:33donc en tant que maire
01:05:34il a un devoir
01:05:36de respect
01:05:37des emplaines
01:05:37de la République
01:05:38donc il avait peut-être
01:05:40à dire ce qu'il dit
01:05:41puis après
01:05:41il pouvait dire aux enfants
01:05:43mais
01:05:45il a un rôle d'éducateur
01:05:46quelque part
01:05:47il est une référence
01:05:49il est devenu
01:05:50en étant élu maire
01:05:51il est devenu
01:05:51une référence
01:05:52non seulement d'ailleurs
01:05:53pour les citoyens de sa ville
01:05:54mais pour beaucoup
01:05:55de citoyens français
01:05:56et donc je pense
01:05:57qu'il n'est plus
01:05:58un sociologue
01:05:59ou un animateur
01:06:01vous voyez
01:06:01faisons un commentaire
01:06:02il est représentant
01:06:05de la République
01:06:06dans sa commune
01:06:07et donc voilà
01:06:09c'est ça que je voulais dire
01:06:11mais pour le reste
01:06:11il a bien sûr
01:06:13le droit
01:06:13de dire ce qu'il a dit
01:06:14alors siffler
01:06:15la Marseillaise
01:06:17dans les stades de sport
01:06:18notamment les stades
01:06:19de football
01:06:19c'est pas neuf
01:06:20c'est pas nouveau
01:06:22alors effectivement
01:06:23France-Algérie
01:06:24c'est resté dans les mémoires
01:06:252001
01:06:26c'était au stade de France
01:06:27et puis
01:06:27pour être bien franco-français
01:06:29cette fois
01:06:30la finale de la coupe de France
01:06:31qui oppose
01:06:31Lorient et Bastia
01:06:33c'était en 2002
01:06:34la Marseillaise
01:06:35est sifflée
01:06:35dans les deux cas
01:06:36Jacques Chirac
01:06:36d'ailleurs est présent
01:06:37dans les tribunes
01:06:38mais en 2002
01:06:39il a bien fait quitter
01:06:41le stade pour de bon
01:06:42et tout ça
01:06:43a amené à une loi
01:06:43d'ailleurs en 2003
01:06:44aujourd'hui
01:06:46insulter la Marseillaise
01:06:47la siffler
01:06:49siffler
01:06:49notre hymne national
01:06:51ça peut aller
01:06:52jusqu'à
01:06:527500 euros
01:06:53d'amende
01:06:53il y a une
01:06:55moi ça me pose problème
01:06:56en tant que citoyenne
01:06:57alors expliquez-nous pourquoi
01:06:58parce que
01:06:59on fait tout un
01:07:01et on a raison
01:07:02on valorise la liberté
01:07:04d'expression
01:07:04et bien
01:07:05siffler la Marseillaise
01:07:06pour moi relève
01:07:06de la liberté d'expression
01:07:08et ce que révèle
01:07:10qu'est-ce que ça révèle
01:07:11France-Algérie
01:07:12par exemple
01:07:12mais France-Algérie
01:07:13on est dans un moment
01:07:14de tension
01:07:14ça révèle quelque chose
01:07:15quand même
01:07:16bien sûr que ça révèle
01:07:17déjà ça révèle
01:07:18la politisation du sport
01:07:19et qui est
01:07:21très souvent
01:07:21très problématique
01:07:22et moi par exemple
01:07:24je suis beaucoup plus choquée
01:07:25si on parle de valeurs
01:07:26de la République
01:07:26je pense que les valeurs
01:07:28de la République
01:07:28sont beaucoup plus
01:07:31agressées
01:07:31et menacées
01:07:32quand il y a
01:07:33des insultes racistes
01:07:34sur le terrain
01:07:35de foot
01:07:36quand il y a
01:07:36des insultes homophobes
01:07:38contre des joueurs
01:07:40je pense que là
01:07:41la République
01:07:41est beaucoup plus en danger
01:07:43que quand on siffle
01:07:44la Marseillaise
01:07:45dans un contexte
01:07:47qui est
01:07:47qu'il faut resituer
01:07:48politique etc
01:07:49France-Algérie
01:07:50j'aurais pu citer
01:07:51France-Tunisie aussi
01:07:53là il y a un rapport
01:07:54à la colonisation
01:07:54bien sûr qu'il y a un rapport
01:07:55à la colonisation
01:07:55là il faut nous l'expliquer
01:07:56tout de même
01:07:57mais parce que
01:07:57parce que cette France
01:07:592879
01:08:00qui fait de la Marseillaise
01:08:02son hymne
01:08:03c'est cette France
01:08:04qui va se lancer
01:08:05dans la colonisation
01:08:06donc des pays du Maghreb
01:08:07puis d'un certain nombre
01:08:10de colonies
01:08:10en Afrique subsaharienne
01:08:12et sur le continent asiatique
01:08:14c'est une Europe coloniale
01:08:16et la colonisation
01:08:17ben voilà
01:08:18c'est le champ aussi
01:08:19de la colonisation
01:08:20même si effectivement
01:08:22il y a pu y avoir
01:08:24comme un effet
01:08:25de retournement
01:08:26contre le colonisateur
01:08:28d'utilisation
01:08:29de la Marseillaise
01:08:30contre les colonisateurs
01:08:31le documentaire
01:08:32en parle
01:08:33dans le cas d'Haïti
01:08:34mais
01:08:35absolument
01:08:36oui
01:08:36Saint-Domingue
01:08:37mais sinon
01:08:38voilà
01:08:39cette hymne nationale
01:08:40d'une république
01:08:41qui à peine
01:08:43quelques années après
01:08:43se lance
01:08:44dans une oeuvre coloniale
01:08:45dont on sait
01:08:46qu'elle a été
01:08:47d'une très grande violence
01:08:47et qui est une colonisation
01:08:49c'est-à-dire
01:08:49l'appropriation d'espace
01:08:50donc c'est assez logique
01:08:53que ce soit
01:08:53ces matchs-là
01:08:54qui créent
01:08:56ces difficultés
01:08:57notre rapport
01:08:57à la colonisation
01:09:00de la Marseillaise
01:09:02lorsqu'elle est chantée
01:09:03aujourd'hui
01:09:03en présence de pays
01:09:05anciennement
01:09:06colonie française
01:09:07je pense qu'il faut
01:09:07distinguer
01:09:08historiquement
01:09:09la période
01:09:10de la révolution
01:09:11avec Saint-Domingue
01:09:13avec l'abolition
01:09:14de l'esclavage
01:09:15et son rédermissement
01:09:16les citoyens
01:09:17noirs
01:09:18sous le premier empire
01:09:19qui deviennent
01:09:21je dirais
01:09:21les héros
01:09:22de l'armée française
01:09:23dans les Caraïbes
01:09:24qui conquiert
01:09:24voilà
01:09:25et cet horrible
01:09:26cet atroce
01:09:27rétablissement
01:09:28et ces citoyens
01:09:30chantent la Marseillaise
01:09:31ce qui est leur hymne
01:09:32ce sont des compatriotes
01:09:33qui ont eu
01:09:33l'esclavage
01:09:34ils s'en sortent
01:09:35en devenant indépendants
01:09:36et donc ça
01:09:37c'est pas
01:09:38c'est pas du tout
01:09:39la même histoire
01:09:39que je dirais
01:09:41un siècle plus tard
01:09:42la colonisation
01:09:43mais
01:09:43alors
01:09:44je dirais que
01:09:47je pense qu'il faut pas
01:09:48surinterpréter
01:09:49les sifflements
01:09:49non moi non plus
01:09:50je pense que c'est
01:09:51je pense que
01:09:52il y a une instrumentalisation
01:09:55de ces sifflements
01:09:55c'est très compliqué
01:09:56c'est toujours plus compliqué
01:09:59d'abord
01:10:00parce que ces jeunes
01:10:01sont français
01:10:03sont français
01:10:04mais parfois
01:10:04ils se sentent pas reconnus
01:10:05comme tels
01:10:06et donc quelque part
01:10:07et ne le sont pas
01:10:08toujours d'ailleurs
01:10:09et parfois
01:10:10souvent ils le sont
01:10:11les jeunes sont nés en France
01:10:12et surtout
01:10:13oui mais ils sont pas
01:10:13forcément reconnus
01:10:15ils se sentent pas reconnus
01:10:16parce qu'on ne leur donne pas
01:10:17les moyens de se sentir
01:10:18reconnus souvent
01:10:19enfin
01:10:20quelque part
01:10:21ils savent que ça emmerde
01:10:23les autorités
01:10:24bon ils sont jeunes
01:10:26bon
01:10:27de même que les Corses
01:10:28ils savaient qu'en sifflant
01:10:30ils emmerdaient
01:10:30le gouvernement
01:10:31je dirais moi
01:10:32je mettrais ça dans la même
01:10:33vous voyez
01:10:34ce que je veux dire
01:10:35alors les Corses
01:10:36c'est pas du tout pareil
01:10:37ils n'ont pas été colonisés
01:10:38au sens où
01:10:39ils étaient pleinement citoyens
01:10:41dès la conquête
01:10:42ils ont d'ailleurs
01:10:42fourni à la France
01:10:43un et deux empereurs
01:10:45donc ils n'ont rien à voir
01:10:47avec le statut
01:10:48de la colonisation
01:10:49mais vous voyez
01:10:51donc je dirais
01:10:52que c'est pas
01:10:53il faut pas en faire
01:10:54une surinterprétation
01:10:56comme si c'était le signe
01:10:57de la désintégration
01:10:59de la république
01:11:00ça n'est pas le cas
01:11:01c'est compliqué
01:11:03souvent quand on discute
01:11:04avec ces jeunes
01:11:04ils ont un rapport
01:11:05très affectif à la France
01:11:07ils sont français
01:11:08ils aimeraient
01:11:09se voir reconnus plus
01:11:10etc
01:11:11donc il faut pas
01:11:12exagérer
01:11:12maintenant
01:11:12c'est malgré tout
01:11:13une bonne chose
01:11:14d'avoir légiféré
01:11:15en 2003
01:11:16après notamment
01:11:16ces deux incidents
01:11:17moi je comprends
01:11:18je veux dire que
01:11:19ce que je disais tout à l'heure
01:11:20on ne demande pas
01:11:22de chanter la Marseillaise
01:11:24tous les jours
01:11:25contrairement aux américains
01:11:26et aux Etats-Unis
01:11:27alors croyez-moi
01:11:28tous les gosses
01:11:28la chantent
01:11:29quel que soit
01:11:30donc peut-être
01:11:31que quand elle est chantée
01:11:31de temps en temps
01:11:32dans les matchs internationaux
01:11:33les gens peuvent
01:11:34la respecter
01:11:35voilà
01:11:36donc que y ait des exigences
01:11:38vis-à-vis des citoyens
01:11:39moi ça ne me choque pas
01:11:40voilà
01:11:40qu'un sang impur
01:11:41abreuve nos sillons
01:11:43alors évidemment
01:11:43il a été beaucoup question
01:11:44de ce vers
01:11:45dans le film
01:11:45que nous avons regardé ensemble
01:11:47fallait-il surinterpréter
01:11:51on a parlé de racisme
01:11:53à propos de ce vers
01:11:56on en a surtout parlé
01:11:57au XXe siècle d'ailleurs
01:11:59de ce racisme
01:12:01prétendu à travers ce vers
01:12:03ce documentaire
01:12:05nous explique que non
01:12:06ce sang impur
01:12:07si on recontextualise
01:12:08c'était le sang bleu
01:12:10celui des nobles
01:12:11c'est fini ça
01:12:12cette polémique
01:12:13autour du racisme
01:12:14autour de ce vers
01:12:15aujourd'hui
01:12:16ah non c'est pas fini
01:12:17non
01:12:18non je pense pas
01:12:18que ce soit fini
01:12:19d'ailleurs
01:12:20on peut parler de racisme
01:12:21peut-être même à vos yeux
01:12:22à travers ce vers
01:12:22tel qu'on peut l'interpréter
01:12:24aujourd'hui en 2026
01:12:25c'est ça
01:12:25c'est à dire que
01:12:26quand il est écrit
01:12:27non
01:12:28d'autant qu'en plus
01:12:29les théories racistes
01:12:30elles sont postérieures
01:12:32donc bien sûr que non
01:12:33quand il a été écrit
01:12:34mais qu'on puisse
01:12:35l'interpréter comme ça
01:12:36maintenant
01:12:36c'est quelque chose
01:12:37que l'on peut entendre
01:12:38je vais faire une comparaison
01:12:40moi je suis féministe
01:12:42et l'hymne des femmes
01:12:44dans les paroles
01:12:45de l'hymne des femmes
01:12:46il y a
01:12:47nous sommes le continent noir
01:12:48et femmes esclaves
01:12:49debout debout
01:12:50et actuellement
01:12:51des féministes
01:12:52des coloniales
01:12:53intersectionnelles
01:12:54disent que ces paroles
01:12:55elles les ressentent
01:12:57mal
01:12:57elles les ressentent
01:12:58comme racistes
01:12:59bien sûr qu'il n'a pas été écrit
01:13:01comme ça
01:13:01mais à partir du moment
01:13:02où des gens
01:13:03ressentent comme racistes
01:13:05et donc
01:13:05le prennent de façon violente
01:13:07des paroles
01:13:08qui ne vont pas
01:13:09ben on les change
01:13:10si c'est perçu
01:13:12comme ça
01:13:12pourquoi les garder
01:13:13en fait
01:13:14moi je n'ai pas
01:13:15est-ce qu'on les a changées
01:13:16ces paroles
01:13:18on a déjà eu cette réflexion
01:13:19il y a une réécriture
01:13:20de l'hymne des femmes
01:13:21il y a plein d'hymnes
01:13:23qui ont été transformés
01:13:24parce que
01:13:25transformés
01:13:25mais on n'a jamais changé
01:13:27officiellement les paroles
01:13:28de la marseillaise
01:13:29non
01:13:29mais d'autres
01:13:30de l'hymne allemand
01:13:32oui
01:13:32et d'autres aussi
01:13:33parce que
01:13:34c'est normal
01:13:35un texte qui est écrit
01:13:36donc pas en 1789
01:13:37mais en 92
01:13:40c'est logique
01:13:42qu'ils deviennent
01:13:42un peu anachroniques
01:13:44et ce n'est pas
01:13:46il va rester tel quel
01:13:48dans les sources
01:13:48moi ça ne me choquerait pas
01:13:49si on me disait
01:13:50qu'on a changé
01:13:50les paroles
01:13:51et voilà
01:13:52ça vous choquerait vous ?
01:13:53moi ça ne me choque pas
01:13:54qu'on le garde
01:13:55parce que ça force
01:13:56à faire de l'histoire
01:13:57alors ça c'est vrai
01:13:58tu vois
01:13:58oui je suis d'accord
01:13:59c'était trop bien
01:14:00de faire de l'histoire
01:14:01ça veut dire
01:14:01qu'il faut
01:14:02il faut que les gens
01:14:03se disent
01:14:04remettons-nous
01:14:05à la place
01:14:06de ceux qui ont écrit
01:14:07le texte
01:14:07et c'est quand même ça
01:14:08qu'on doit apprendre
01:14:09c'est-à-dire qu'il faut
01:14:10arrêter
01:14:12d'interpréter
01:14:13des sensibilités
01:14:14aujourd'hui
01:14:15des choses
01:14:16il faut
01:14:16en tant qu'historien
01:14:17notre boulot
01:14:18c'est de remettre
01:14:20les...
01:14:20et donc
01:14:21c'est comme
01:14:23Sarkozy
01:14:24avait demandé
01:14:25à Simone Veil
01:14:26de présider une commission
01:14:27pour réécrire
01:14:27la déclaration
01:14:28des droits d'hommes
01:14:29et des citoyens
01:14:30et Simone Veil
01:14:30qu'est-ce qu'elle a fait ?
01:14:31elle a fait une commission
01:14:32elle a dit
01:14:33non
01:14:34on n'y touche pas
01:14:34c'est quand même
01:14:35un sacré acte
01:14:36vous ne vous souvenez pas
01:14:36de cette histoire ?
01:14:37il avait voulu réécrire
01:14:38les déclarations
01:14:39je veux dire
01:14:40c'est des documents
01:14:42historiques
01:14:42non mais il ne s'agit pas
01:14:43de réécrire
01:14:44un document historique
01:14:45en revanche
01:14:47tu seras d'accord
01:14:48avec moi
01:14:48la déclaration
01:14:49des droits
01:14:50de l'homme
01:14:50des citoyens
01:14:51de 1789
01:14:52est incomplète
01:14:53il manque les droits sociaux
01:14:54et donc
01:14:54elle a été rajoutée
01:14:55en 1945
01:14:56rajoutée en 1993
01:14:57en 1945
01:14:58oui mais en 1945
01:14:59tout ça c'est dans
01:15:00oui mais
01:15:00tout ça se retravaille
01:15:03et il ne faut pas
01:15:04évidemment qu'on ne va pas
01:15:05changer des sources
01:15:06on ne va pas changer
01:15:06mais fort heureusement
01:15:08on a rajouté
01:15:08des nouveaux droits
01:15:09et c'est très bien
01:15:11parce que si on en restait
01:15:12à celle de 1789
01:15:13le droit au travail
01:15:14le droit à l'instruction
01:15:15ne serait pas présent
01:15:16et on serait bien embêté
01:15:18donc moi je ne veux pas
01:15:20la marseillaise
01:15:21telle qu'elle a été écrite
01:15:22elle est comme ça
01:15:23maintenant un hymne
01:15:24il doit rassembler
01:15:25un hymne
01:15:25il doit faire union
01:15:26et si une partie
01:15:28de nos concitoyens
01:15:29et de nos concitoyennes
01:15:31ne se sentent pas intégrées
01:15:32dans cet hymne
01:15:33parce qu'ils perçoivent
01:15:36la dimension guerrière
01:15:37la dimension possiblement raciste
01:15:40même si on est absolument
01:15:41d'accord là-dessus
01:15:42elle n'est pas à l'origine
01:15:42et je pourrais dire
01:15:44l'absence des femmes
01:15:45parce qu'un chant guerrier
01:15:46en 1792
01:15:48les femmes n'ont absolument
01:15:49aucune place dans l'armée
01:15:50c'est un chant qui ne s'adresse
01:15:51qu'à des hommes
01:15:51et qui ne parle que des hommes
01:15:53donc il y a eu aussi
01:15:54des contestations féministes
01:15:55de ce chant
01:15:56moi je trouve que si
01:15:57on disait collectivement
01:15:59réfléchissons
01:16:00un hymne
01:16:01qui est
01:16:02pour toutes et tous
01:16:03et bien
01:16:04c'est le sens d'un hymne
01:16:05un hymne doit rapprocher
01:16:07il ne doit pas diviser
01:16:08là très clairement
01:16:09il divise
01:16:09il nous a rapproché
01:16:10en tout cas
01:16:11aux derniers Jeux Olympiques
01:16:13à Paris
01:16:13bon évidemment
01:16:14c'est à Paris
01:16:15ce sont les Jeux Olympiques
01:16:17mais tout le monde
01:16:18a été plus ou moins frappé
01:16:19sur la capacité
01:16:20du public
01:16:21français en tout cas
01:16:22à déclencher ce chant
01:16:24pas uniquement
01:16:25au moment de la remise
01:16:25des médailles
01:16:26de la présentation
01:16:27des athlètes
01:16:30mais un peu n'importe quand
01:16:31voilà
01:16:32on l'entame
01:16:32on l'entame
01:16:33assez spontanément
01:16:35dans les travées
01:16:36c'est vrai aussi
01:16:36pour les matchs de football
01:16:37qu'on peut voir aujourd'hui
01:16:38il se passe quelque chose
01:16:40là aujourd'hui
01:16:40autour de la Marseillaise
01:16:42en 2026
01:16:42on en a
01:16:43qu'est-ce qu'on peut dire de ça
01:16:45et on finira là-dessus
01:16:45avec votre avis
01:16:47l'un et l'autre
01:16:47alors moi ce que je pense
01:16:48c'est que dans un moment
01:16:49de très grande incertitude
01:16:51sur le monde
01:16:52qui s'effondre
01:16:52de toutes parts
01:16:53toutes les références
01:16:54qu'on pouvait avoir
01:16:56finalement
01:16:57il y a un truc qui reste
01:16:58c'est la nation
01:17:00et la Marseillaise
01:17:01n'est pas une mauvaise
01:17:02finalement
01:17:02même si elle peut être
01:17:03avec certaines paroles
01:17:04elle quand même
01:17:05elle l'unit
01:17:05elle nous ramène
01:17:06à l'histoire
01:17:07de la révolution
01:17:08comme référence
01:17:09et voilà
01:17:11dans ces moments
01:17:13où on se dit
01:17:14tout fout le camp
01:17:15bon ben ça
01:17:16ça nous tient
01:17:17ça nous fait
01:17:18ça nous fait
01:17:18et puis non seulement
01:17:19ça nous tient
01:17:20mais ça
01:17:20ça nous offre
01:17:23un avenir
01:17:24parce que
01:17:26les principes
01:17:26de la révolution
01:17:27ils sont toujours
01:17:27ils sont imparfaits
01:17:30il faut les continuer
01:17:31donc je trouve
01:17:32que c'est ça
01:17:33que ça veut dire
01:17:34ça veut dire
01:17:34que les gens
01:17:34en ce moment
01:17:35dans un état
01:17:36de grande incertitude
01:17:37sur l'avenir
01:17:38du monde
01:17:39et puis peut-être
01:17:40du pays
01:17:41se disent
01:17:41voilà ça
01:17:41on a quelque chose
01:17:42qui nous unit
01:17:43malgré vos réserves
01:17:45elle est dans
01:17:45une bonne période
01:17:46de sa vie
01:17:46la marseillaise
01:17:47aujourd'hui
01:17:50oui
01:17:51dans le contexte
01:17:53peut-être
01:17:53je ne sais pas
01:17:53moi surtout
01:17:54ce sur quoi
01:17:55je voudrais insister
01:17:56et que j'ai trouvé
01:17:57insuffisamment présent
01:17:58dans le documentaire
01:17:59c'est
01:18:00je le redis
01:18:01la récupération
01:18:01par l'extrême droite
01:18:02de la marseillaise
01:18:03et le documentaire
01:18:04s'ouvre
01:18:05alors pas le début
01:18:06mais sur Jesse Norman
01:18:07chantant
01:18:07la marseillaise
01:18:09à l'occasion
01:18:09évidemment
01:18:09du bicentenaire
01:18:10de la révolution
01:18:11mais sans dire
01:18:13que
01:18:14pas elle
01:18:15mais les organisateurs
01:18:16de cette cérémonie
01:18:18ont reçu
01:18:19mais
01:18:19ils disaient
01:18:21et d'ailleurs
01:18:21c'est sur LCP
01:18:22que j'ai vu ça
01:18:22mais ça
01:18:24de courrier
01:18:24par jour
01:18:25de haine raciste
01:18:26parce qu'une personne
01:18:27noire
01:18:28ne pouvait pas
01:18:28chanter
01:18:29la marseillaise
01:18:30ça a été la même chose
01:18:31lors des Jeux Olympiques
01:18:32car c'est aussi
01:18:33une cantatrice
01:18:34noire
01:18:34dont fort malheureusement
01:18:35j'arrive pas
01:18:36à me rappeler
01:18:36des noms
01:18:37des fois
01:18:37avec la chaleur
01:18:38ça n'aide pas
01:18:38extraordinaire
01:18:40et en fait
01:18:41et quelque part
01:18:42est-ce qu'on aurait
01:18:43parlé autant
01:18:45de ce qu'a dit
01:18:46le maire de Saint-Denis
01:18:47Balibayaco
01:18:48s'il n'était pas
01:18:49lui aussi
01:18:50une personne noire
01:18:50donc moi
01:18:51je trouve qu'en ce moment
01:18:52il y a quelque chose
01:18:53auquel il faut faire attention
01:18:54la marseillaise
01:18:55ne doit
01:18:57la marseillaise
01:18:58doit absolument rester
01:18:58le champ
01:18:59de toutes et toutes
01:19:00quelle que soit
01:19:01leur couleur de peau
01:19:01quelle que soit
01:19:02leur origine
01:19:02et je trouve
01:19:04qu'en ce moment
01:19:05il commence à y avoir
01:19:05quelque chose
01:19:06d'un petit peu inquiétant
01:19:07autour de la marseillaise
01:19:08merci
01:19:08et puis c'était
01:19:09Axel Saint-Cyrel
01:19:10qui avait chanté
01:19:13cet hymne
01:19:13à l'occasion
01:19:14des Jeux Olympiques
01:19:15un grand merci
01:19:16vraiment à tous les deux
01:19:17d'avoir participé
01:19:18à cette émission
01:19:18aujourd'hui
01:19:19autour de l'histoire
01:19:20de l'appropriation
01:19:21aussi
01:19:22de notre hymne national
01:19:23qui est la marseillaise
01:19:24vos réactions
01:19:25ça sera sur
01:19:25hashtag
01:19:26débat doc
01:19:26merci aussi
01:19:27à Aymeric
01:19:28au lanier
01:19:28et bien sûr
01:19:29féliciter
01:19:30Gavalda
01:19:30qui m'ont
01:19:30comme à l'accoutumée
01:19:32aidé
01:19:32à préparer
01:19:32cette émission
01:19:33prochain rendez-vous
01:19:34avec débat doc
01:19:35ça sera bien entendu
01:19:36la même place
01:19:37la même heure
01:19:37et toujours
01:19:38avec son documentaire
01:19:40et son débat
01:19:40à très bientôt

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