00:00Oui, chacun peut penser ce qu'il veut du fond de l'affaire.
00:02Ce n'est pas mon propos ce matin, que le RN soit condamné,
00:05que l'intégralité des faits reprochés soit retenue par la justice,
00:08ce n'est pas pour moi le cœur du débat qui nous occupe aujourd'hui.
00:11La seule question, c'est de savoir si des juges peuvent avoir une telle influence sur une élection,
00:17de surcroît une élection présidentielle.
00:20Alors certains vont me dire que les juges ne font qu'appliquer la loi
00:22et que Marine Le Pen, si elle est reconnue coupable, sera condamnée en vertu du droit français.
00:27C'est vrai, c'est implacable.
00:28Mais je pense qu'il faut être totalement déconnecté pour ne pas voir le malaise que suscite la situation.
00:33Qui peut décemment imaginer que la vie politique pourra reprendre un cours normal
00:37si Marine Le Pen est écartée de la course ?
00:39Je n'aimerais pas être les juges qui seront critiqués, quelle que sera leur décision.
00:43Pour vous, Thomas Bonnet, c'est le principe de l'inéligibilité qu'il faut remettre en question ?
00:47Oui, la Cour suprême, c'est le peuple, l'avait dit De Gaulle.
00:50Et je pense qu'on ferait bien de se rapprocher de l'esprit du fondateur de notre Vème République.
00:54Les Français devraient avoir le droit de voter pour qui ils souhaitent,
00:56quel que soit ses démêlés avec la justice.
00:59Alors je sais, beaucoup de métiers réclament un casier judiciaire vierge,
01:03notamment dans la fonction publique.
01:04Mais là, on parle de l'élection présidentielle,
01:07c'est-à-dire de choisir qui sera la clé de voûte de nos institutions.
01:10Ce choix ne peut pas être dicté par autre chose que la rencontre
01:14entre un homme ou une femme et une majorité au sein du peuple français.
01:17Quelle que soit l'issue cet après-midi, on doit mesurer le précédent que constitue cette décision
01:23qui, tout en se basant sur l'État de droit, met en péril notre équilibre démocratique.
01:28En quoi cette décision peut-elle être une bascule pour notre démocratie ?
01:32Écoutez, si Marine Le Pen est inéligible, toute l'élection sera entachée de cette décision.
01:38L'ombre de la favorite empêchée planera sur la campagne et le résultat des urnes pourra être questionné à la
01:44lumière de cet événement judiciaire.
01:45C'est grave d'imaginer que l'élection présidentielle puisse ne pas constituer un acte de consensus national pour cette
01:53raison.
01:53Surtout, nous sommes dans un moment où les évidences démocratiques sont remises en question.
01:57Ce sont des voix qu'on veut faire taire, ce sont des chaînes qu'on ferme, d'autres qu'on
02:01menace,
02:01des réseaux sociaux qu'on veut réguler, autant de signaux plus ou moins faibles
02:05qui devraient tous nous alerter dans d'autres régimes, sous la présidence d'autres personnalités.
02:11Les mêmes périls, les mêmes faits auraient suscité l'inquiétude du Quai d'Orsay.
02:15François-Olivier Gisbert, observateur avisé et expérimenté de la vie politique,
02:19disait hier sur notre antenne que nous étions en train de basculer en démocrature,
02:24néologisme que chacun comprendra.
02:25C'est ça aussi le bilan de la décennie écoulée.
02:29Alors ce qui se joue cet après-midi à la cour d'appel, ce n'est pas que le destin
02:32d'une femme,
02:33ce n'est pas que le destin de Marine Le Pen,
02:35c'est une partie de notre vitalité démocratique qui est en jeu cet après-midi.
02:38Sous-titrage Société Radio-Canada
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