- il y a 2 jours
Symbole de la Révolution française, La Marseillaise dit l'attachement au souvenir des luttes contre la tyrannie.
Elle a accompagné presque tous les soulèvements populaires de la planète de 1792 à nos jours. Oubliée en temps de paix, sa puissance unificatrice autour des valeurs républicaines s'exprime avec vigueur dans les moments tragiques. Devenue hymne universel de libération et de fraternité, elle n'a pourtant jamais cessé d'être contestée, vénérée, parodiée, adaptée. Tout au long d'un voyage musical, ce film apporte un éclairage inédit sur notre Histoire.
Réalisé par : Pascal Signolet / Écrit par : Pascal Signolet, Anaïs Prosaïc, Eric Dietlin / Avec la voix de : Fabrice Drouelle / Documentaliste : Mirabelle Fréville / Année : 2016 / Durée : 52' / Coproduction : Bleu Iroise / France Télévisions
Elle a accompagné presque tous les soulèvements populaires de la planète de 1792 à nos jours. Oubliée en temps de paix, sa puissance unificatrice autour des valeurs républicaines s'exprime avec vigueur dans les moments tragiques. Devenue hymne universel de libération et de fraternité, elle n'a pourtant jamais cessé d'être contestée, vénérée, parodiée, adaptée. Tout au long d'un voyage musical, ce film apporte un éclairage inédit sur notre Histoire.
Réalisé par : Pascal Signolet / Écrit par : Pascal Signolet, Anaïs Prosaïc, Eric Dietlin / Avec la voix de : Fabrice Drouelle / Documentaliste : Mirabelle Fréville / Année : 2016 / Durée : 52' / Coproduction : Bleu Iroise / France Télévisions
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00:25Sous-titrage MFP.
00:34A la fois patriotique et révolutionnaire, symbole de l'ordre établi ou de la lutte contre l'oppression,
00:40la Marseillaise est au cœur des tumultes qui ont façonné le sentiment national.
00:44Révérée passionnément comme appel à la liberté ou rejetée pour ses paroles guerrières,
00:49l'hymne le plus chanté au monde ne laisse aucun citoyen différent.
01:22Sous-titrage MFP.
01:26Le 14 juillet 1989, la France a rendez-vous avec son histoire.
01:31Pour célébrer l'héritage de la Révolution française de 1789,
01:34le pays organise les très spectaculaires cérémonies du bicentenaire.
01:38Et quand la cantatrice Jessie Norman entonne la Marseillaise,
01:42drapée dans une robe tricolore dessinée par le couturier Azélina Lya,
01:45le monde entier retient son souffle.
01:49Il me paraissait tout à fait symbolique que ce soit elle,
01:52parce que la Concorde, au centre de l'identité française,
01:56il me paraissait très bienvenue qu'elle chanta la Marseillaise,
02:00parce qu'elle était américaine, qu'elle était noire,
02:03parce que de cette façon-là, elle incarnait les deux faces de ce chant qui est le nôtre.
02:08D'une part, le fait qu'il était profondément enraciné dans la terre de France,
02:12c'était une chanson, un chant patriotique,
02:15au moment du début d'une guerre contre l'Autriche,
02:18et qu'en même temps, il avait une ambition révolutionnelle.
02:41Je crois que la Marseillaise est un chant de guerre d'indépendance.
02:46Voilà pourquoi tous les opprimés, tous les colonisés,
02:49tous ceux qui subissent une pression étrangère dans le monde
02:53peuvent se revendiquer de la Marseillaise et la chanter.
03:11Vous sentez bien qu'il y a là, entre le drapeau, la devise et l'hymne national,
03:16quelque chose qui les relie les uns aux autres.
03:20Et ce n'est pas par hasard, d'ailleurs, qu'on les ait vus ressurgir ensemble
03:24après les événements dramatiques de l'année 2015.
03:37C'est la BO du ralliement, alors du ralliement, à mon avis, assez intime,
03:43mais qui doit être un peu chanté comme le chant des partisans.
03:59C'est un chant de rassemblement, parce que c'est aussi une façon de se reconnaître.
04:15Si on chante la Marseillaise, mais c'est surtout un chant d'interpellation.
04:19C'est pour ça qu'il faut le chanter et qu'il y ait un appel à la responsabilité.
04:24Plus que cette couverture qui viendrait se mettre là-dessus
04:29et qui serait simplement le bruit de fond des émotions
04:32ou la bande originale des émotions.
04:34Non, non, pas du tout, c'est une interpellation.
04:50Si nous ne sommes pas en guerre, je crois,
04:54il faut être tout de même vigilant sur les valeurs de la République,
04:58sur les valeurs qui constituent la communauté des citoyens républicains,
05:02des citoyens laïcs, des citoyens qui veulent vivre en parité,
05:07hommes, femmes, qui veulent défendre également une certaine idée de la France,
05:12capables d'accueillir des étrangers, capables d'accueillir des réfugiés,
05:16capables de construire de la citoyenneté pour le futur.
05:20À ces moments-là, chanter la Marseillaise redevient un moment assez magique,
05:25il faut le dire.
05:26Moi, j'étais dans la rue en janvier, avec tous les Français qui étaient dans la rue,
05:31et quand je dis maintenant marchons, marchons,
05:35je vois, j'entends, j'entends la rue ce jour-là.
05:40Et donc, tout mon rapport avec cette parole change tout d'un coup.
05:44Et c'est des images qui sont venues imprégner ces mots, cette parole-là.
05:51Dans les moments les plus difficiles de la République,
05:55elle a repris son sens.
05:57Elle est redevenue l'hymne de la République.
06:01C'est beau, hein ?
06:02Moi, j'étais très émue,
06:05et depuis, à chaque fois que je l'ai dit,
06:08j'ai plus le rapport que j'avais avant,
06:11avec les paroles de la Marseillaise.
06:22La France !
06:23Quand la République est attaquée, on se sent plus attaché.
06:28C'est bizarre que, dans les moments difficiles d'une vie,
06:31on se rapproche plus, comme dans les moments difficiles d'une famille.
06:36Pareil, hein ?
06:38La Marseillaise est un moment d'histoire qui construit le futur,
06:43qui rappelle que la République peut être un combat,
06:46qui rappelle que la République peut avoir à se défendre les armes à la main,
06:52qui rappelle qu'il y a des gens qui sont ennemis, encore aujourd'hui,
06:56du message républicain, du message de liberté, du message d'égalité,
07:01du message de fraternité et du message de laïcité
07:05et du message, donc, d'acceptation de l'autre dans toutes ses différences
07:10et dans la volonté de construire une société la plus unie, socialement parlant, aussi.
07:17Ce qui demeure très frappant, aujourd'hui, comme hier et comme avant-hier,
07:21c'est que la Marseillaise continue d'être un champ de libération tout autour de la planète.
07:41Sous-titrage Société Radio-Canada
08:21Sous-titrage Société Radio-Canada
08:25Et c'est par là qu'elle est fidèle à son destin initial,
08:31c'est-à-dire d'être un champ à vocation universelle.
08:35Et c'est par là qu'elle demeure, malgré tous les heurts et les malheurs qu'elle a pu connaître,
08:39les déformations, les diversités de ses interprétations,
08:41elle demeure un phénomène prodigieux.
08:52Allons enfants de la patrie, le jour de gloire est d'arrivée,
09:00contre nous de la tyrannie, l'étendard sanglant est de l'œil.
09:11En 1979, Serge Gainsbourg, grand amoureux de la Marseillaise,
09:15en fait justement une interprétation qui soulève une énorme polémique.
09:21Serge Gainsbourg, la Marseillaise en reggae, c'est pas un peu de la provocation ?
09:26Je pense pas. Je pense que le reggae, c'est une musique révolutionnaire,
09:30la Marseillaise est un chant révolutionnaire.
09:35Bon, qu'on danse dessus, on dansait bien sûr la carmagnole,
09:39dansons la carmagnole, vive le son du canon.
09:48Alors qu'elle connaît un immense succès, surtout auprès de la jeunesse,
09:52cette interprétation sera considérée par certains comme un véritable sacrilège.
09:56Le 4 janvier 1980, le concert de Strasbourg sera annulé
10:00après plusieurs alertes à la bombe et de multiples incidents dans tout le pays.
10:08Je voudrais vous dire qu'un groupe d'extrême droite
10:15a fait annuler ce concert.
10:26Attendez, attendez, attendez.
10:34Je suis un insoumis
10:38et qui est redonné à la Marseillaise son sens initial.
10:44Et je vous demanderai de la chanter avec moi.
10:49Allons, enfants de la patrie,
10:53Dieu, le jour de gloire est arrivé.
11:16Si ce concert de Strasbourg prend une dimension symbolique particulière,
11:20c'est parce que la Marseillaise est née dans cette ville
11:22trois ans après le début de la Révolution française.
11:27La Marseillaise est associée à un homme, un rogé de Lille,
11:30donc on se pose encore la question du destin,
11:33né en 1760, décédant vers 1836,
11:39capitaine du génie, militaire,
11:41étant également poète, compositeur.
11:44Il a déjà écrit une tentative d'opéra,
11:47des audes, avant 1792.
11:52On a peine à reconstituer cette nuit d'avril 1792
11:57où, dans la proximité du maire de Strasbourg,
12:02ce jeune officier du génie de 32 ans,
12:06en vérité obscure,
12:07a eu l'intuition d'inventer les paroles
12:11et la musique de la Marseillaise
12:13dans cette ambiance d'un moment
12:15qui suivait de peu la déclaration de la guerre aux Autrichiens.
12:18On était au début du moment où la Révolution française,
12:21porteuse des grandes valeurs des droits de l'homme
12:23et des Lumières, les incarnants,
12:24allait avoir à affronter les royaumes
12:26qui étaient tout hérissés d'inquiétude
12:28envers ces prétentions qui étaient vouées à les affaiblir.
12:32Donc on est dans un moment très particulier
12:34où il y a à la fois une fierté révolutionnaire
12:39et en même temps une inquiétude patriotique.
12:41C'est une guerre dans laquelle on s'engage
12:43avec un risque énorme.
12:46D'abord parce qu'on déclare la guerre
12:48aux meilleures armées européennes,
12:50on déclare la guerre alors que le pays est divisé,
12:54que la cour soutient la guerre parce qu'elle espère
12:57qu'elle va durer très peu de temps
12:58et la cour, c'est-à-dire le roi de France,
13:01parie sur la défaite des soldats français.
13:03Cela crée, comme vous pouvez l'imaginer,
13:05une ambiance anxiogène,
13:07cela crée une ambiance de tension, d'agressivité
13:10qui fait que l'ennemi est à l'intérieur,
13:13l'ennemi est à l'extérieur
13:15et il faut se mobiliser pour renverser
13:18un ennemi très puissant.
13:23Faites-nous quelques beaux chants
13:24pour ce peuple soldat qui surgit de toutes parts
13:26à l'appel de la patrie en danger
13:27et vous aurez bien mérité de la nation.
13:30C'est ainsi que le baron de Dietrich
13:31s'adresse à Roger de Lille
13:33le soir du 24 avril 1792
13:35lors du dîner précédant l'affrontement.
13:38La nuit même,
13:40Roger se met au travail.
13:50La Marseillaise, à l'origine, c'est ça.
13:52C'est un instant figé d'un enthousiasme
13:55d'un jeune homme, Roger de Lille,
13:58qui va écrire paroles et de musiques
14:00et qui va être pris d'une espèce de fièvre
14:03après avoir entendu des gens dire
14:04« Allons enfants »,
14:06d'entendre tous ces slogans.
14:19Roger de Lille obéit en fait
14:21à une tension créatrice
14:23que l'on repère dans les clubs
14:25des jacobins de Strasbourg
14:27où les grands thèmes de la Marseillaise
14:29sont déjà là.
14:30Se soulever, la lutte contre les tyrans,
14:33l'appel à la liberté,
14:35l'appel aux armes.
14:40La Marseillaise est un champ de guerre,
14:42mais c'est un champ politique,
14:43c'est un champ révolutionnaire.
14:45La Marseillaise, quand on la lit bien,
14:48est en fait un texte composé
14:50de deux réalités complètement différentes.
14:52La destruction de l'ancien régime.
14:55On ne veut plus être esclave,
14:57on ne veut plus de despote,
14:59on ne veut plus de phalange de mercenaires,
15:02on ne veut plus de cohorte étrangère
15:05pour commander en France.
15:07Mais d'un autre côté,
15:08c'est un texte de fondation,
15:10c'est un texte républicain,
15:12c'est un texte qui défend
15:13la liberté des chômières,
15:15la liberté de tout un chacun
15:17à pouvoir travailler dans ce pays de paysans
15:20où l'écrasante majorité des Français
15:22ne demandent qu'une seule chose,
15:24cultiver leur champ.
15:25C'est un texte qui défend l'égalité.
15:28Plus de privilèges, pour qui que ce soit.
15:31La guerre va être aussi une formidable machine
15:33de démocratisation de la France.
15:37Car tout un chacun va devoir défendre le pays.
15:40Tout est soldat, dit-on dans la Marseillaise.
15:43Ce n'est pas un champ de violence pour la violence,
15:46c'est un champ de défense de la patrie
15:49qui est en danger.
15:51Le 25 avril 1792,
15:53après avoir travaillé toute la nuit,
15:55Rouget de Lille présente la partition
15:56au maire de Strasbourg,
15:58qui la chante aussitôt.
15:59Un officier s'écrit
16:00« Qu'est-ce donc que ce diable d'air ?
16:02On dirait qu'il a des moustaches ! »
16:04Le succès est immédiat.
16:06Le champ, copié des centaines d'exemplaires,
16:08se répand dans la ville.
16:14Rouget de Lille écrit
16:15le champ de guerre pour l'armée du Rhin.
16:17Deux mois plus tard,
16:18c'est un jeune officier et médecin
16:21de Montpellier qui s'appelle François Mireur,
16:23qui est accueilli par le club des Jacobins marseillais
16:26le 21 juin 1792.
16:29Et à l'occasion d'un manqué donné en son honneur,
16:32chante « Chante le Rouget de Lille ».
16:39Rapidement, il va y avoir un appel
16:41à la mobilisation d'un groupement de volontaires,
16:43des fédérés,
16:44pour défendre Paris,
16:45menacé par les troupes austro-prussiennes.
16:48à Marseille,
16:49il y a tout de suite une mobilisation très forte.
16:55Les soldats marseillais,
16:57au début du mois de juillet,
16:58remontant toute la France,
17:00ont pris l'habitude de chanter cette chanson
17:03qui va devenir le chant des Marseillais.
17:06Et on les accueille ainsi à Paris.
17:09Et cette chanson a un destin lié
17:11non seulement à la naissance de la République,
17:14mais à l'abolition et à la chute de la monarchie.
17:16Puisque les témoignages que nous possédons
17:19du 10 août,
17:20où les fédérés bretons,
17:22les fédérés marseillais,
17:23avec les sans-culottes parisiens,
17:25combattent contre les soldats
17:26qui défendent le palais des Tuileries,
17:28vont chanter la Marseillaise.
17:31Donc la Marseillaise fait partie aussi
17:33de la geste qui accompagne
17:35la chute de la monarchie,
17:38l'abolition du règne de Louis XVI.
17:41Et quelques semaines plus tard,
17:42reçurent le champ de bataille de Valny,
17:44la naissance de la République en armes.
17:52C'est Michelet,
17:54l'admirable historien de la Révolution française,
17:57qui a dit que lors de la victoire de Jemap,
17:59la Marseillaise avait remplacé
18:01beaucoup d'eau de vie.
18:03Et Carnot, l'organisateur de la victoire,
18:05de son côté,
18:06disait qu'elle avait été aussi importante
18:08que 100 000 soldats.
18:20C'est un hymne qui très vite a suscité
18:23un engouement incroyable
18:25et des réinterprétations,
18:27des parodies,
18:27des versions différentes.
18:28Il ne faut pas oublier
18:30que les deux principaux médias
18:32de l'opinion,
18:33à ce moment-là,
18:34sont le théâtre et la chanson.
18:36On l'a oublié,
18:37mais il y a partout des triteaux de théâtre
18:39et partout,
18:39tout le monde chante.
18:41La chanson est un vecteur de propagande,
18:43est un vecteur d'idées politiques,
18:45est un vecteur de mobilisation populaire,
18:48et pas simplement populaire,
18:50qui est tout à fait important.
18:51La production de chansons
18:52est essentiellement faite
18:54sur des airs qui sont déjà existants,
18:55c'est-à-dire qu'on écrit
18:57de nouveaux couplets,
18:59on écrit un nouveau poème,
19:00souvent politique, philosophique,
19:02ou pas,
19:03ou une chanson d'amour,
19:04ou une chanson à boire,
19:05mais on met sur l'air d'eux.
19:23On sait que dans la production
19:25des 3000 chansons révolutionnaires
19:27qu'on a réussi à répertorier,
19:29on sait qu'il y a à peu près
19:30200 versions différentes
19:32de la Marseillaise.
19:36Les clavages
19:38Ils ont affranchi leur pays
19:41Le despotisme dans sa rage
19:45Les immolent là sur ses débris
19:49Les immolent là sur ses débris
19:53Mais en sacrifiant leur vie
19:57Calmes au milieu des tourments
20:01Ils n'ont souffert en ces moments
20:05Que sur les mots de leur patrie
20:09La Marseillaise s'impose
20:11de par la clarté et l'évidence
20:13de son ton mélodique,
20:14mais elle est aussi concurrencée.
20:17On sait par exemple
20:17qu'en 1794-1795,
20:20après la disparition de Robespierre,
20:22dans la période dite de réaction
20:24termidorienne,
20:25on sait que la contre-révolution
20:27va inventer aussi sa chanson
20:29Le réveil du peuple
20:30et qui va être aussi
20:32un chant de ralliement
20:34des contre-révolutionnaires.
20:36Le jour tardive de la vengeance
20:39C'est enfin palier vos bourreaux
20:44Le 26e Messie d'Or de l'An 3,
20:46donc à l'été 1995,
20:48la Marseillaise devient
20:49le chant national,
20:52donc le chant officiel
20:53de la République.
20:55Au départ, c'est le chant des Marseillais,
20:57l'hymne des Marseillais,
20:58ce n'est pas la mention de la Marseillais.
21:00C'est quelque chose
21:01qui s'instaure très rapidement
21:02par association
21:05entre l'idée de la République,
21:07l'idée de l'allégorie féminine
21:08de la République
21:09qui apparaît à partir de 1793,
21:11notamment,
21:12et l'idée d'un chant national,
21:13d'un chant de ralliement,
21:14un chant patriotique
21:15qui va donner lieu
21:16à cette figure féminine
21:17et à cette féminisation du nom.
21:19Donc on va finir
21:20par l'appeler la Marseillaise.
21:23Elle a donc été populaire
21:24jusqu'à l'arrivée
21:25de Bonaparte au pouvoir.
21:28Et vous ne vous étonnerez pas
21:29de savoir
21:30que Napoléon Bonaparte,
21:32le premier consul,
21:33puis l'empereur,
21:34a regardé la Marseillaise
21:35avec beaucoup de méfiance.
21:38Il a préféré
21:39Veillon ou Salut de l'Empire.
21:41Mais il n'a pas pu empêcher
21:43que la Marseillaise
21:44continuât à vivre.
21:47C'est à Belganz,
21:48dans le film
21:49où il évoque Austerlitz,
21:50qui montre que spontanément,
21:52la Marseillaise éclate.
21:54Soldats,
21:56vous avez à la journée
21:57d'Austerlitz
21:59décoré vos aigles
21:59d'une gloire immortelle.
22:02Et il vous suffira
22:03de dire
22:04j'étais à la bataille
22:05d'Austerlitz
22:07pour que l'on vous réponde.
22:09Voilà un brave.
22:21En 1802-1803,
22:24Bonaparte envoie
22:25à Saint-Domingue
22:26une des expéditions coloniales
22:28les plus violentes
22:29de toute l'histoire
22:31coloniale française.
22:32Lorsque les soldats français
22:33se retranchent
22:35dans leur camp
22:35et qu'ils voient
22:36les soldats noirs
22:38qui vont défendre leur liberté
22:39montée vers les forts,
22:41qu'entendent-ils
22:42des soldats noirs
22:43qui vont devenir
22:44haïtiens
22:45dans quelques mois
22:46mais qui chantent
22:47la Marseillaise.
22:48Et les soldats
22:49du corps expéditionnaire
22:50se retournent vers
22:50les officiers
22:51en disant
22:51mais que se passe-t-il ?
22:53Ces soldats
22:53qui chantent
22:54la Marseillaise
22:54ils chantent
22:55le même hymne
22:55que vous.
22:56Les officiers
22:57ont bien du mal
22:57à leur faire tirer
22:59sur d'autres soldats noirs
23:00qui chantent
23:01la Marseillaise.
23:02Mais c'est dire
23:02que ces anciens esclaves
23:04devenus citoyens
23:05se défendant
23:06défendant leur liberté
23:07contre le décret unique
23:09de remise en esclavage
23:10avaient intégré
23:11que la Marseillaise
23:12était un champ
23:13de liberté
23:13et qu'ils s'appliquaient
23:15à eux-mêmes.
23:19Le destin de la Marseillaise
23:21pendant ce XIXe siècle
23:22connaît des heurts
23:24et des malheurs
23:25qui accompagnent
23:26en définitive
23:27l'histoire
23:28des régimes successifs.
23:29Des tensions
23:30entre l'autorité
23:31de certains d'entre eux
23:33et les poussées
23:33de liberté
23:34qui surviennent.
23:37Juillet 1830
23:38Charles X
23:39devenu roi de France
23:40veut rétablir
23:41la monarchie
23:42d'avant la révolution.
23:43Le peuple de Paris
23:44se soulève
23:45au cours des trois glorieuses
23:46trois journées révolutionnaires
23:48durant lesquelles
23:48la Marseillaise retentit
23:49sur les barricades.
23:54Un jeune compositeur
23:56de 28 ans
23:56Hector Berlioz
23:58chante avec la foule
24:00porté par l'élan
24:01de liberté
24:01qui souffle sur Paris
24:02il compose
24:03une nouvelle orchestration
24:04de la Marseillaise
24:05énergique et grandiose
24:07dont la partition précise
24:09pour tout ce qui a une voix
24:10un chœur
24:12et du sang dans les veines.
24:37En 1848,
24:38l'avènement de la deuxième république
24:40en France entraîne
24:41des soulèvements populaires
24:42à travers l'Europe des monarchies.
24:43C'est le printemps des peuples.
24:46On chante la Marseillaise
24:48sur toutes les barricades
24:49de Hongrie, d'Italie,
24:49de Pologne, d'Allemagne.
24:51Une répression féroce
24:52écrasera sans pitié
24:54ses mouvements de lutte
24:55contre la tyrannie.
24:59Témoin de son temps,
25:00Franz Litz composerait
25:01une version virtuose
25:02aux échos mutilés
25:03de l'hymne des révolutions.
25:31La révolution industrielle
25:33est en marche.
25:34Une nouvelle classe sociale
25:35apparaît, le prolétariat.
25:38Le préfet Haussmann
25:39lance de gigantesques travaux
25:41pour moderniser Paris,
25:42mais il refuse de restaurer
25:43la tombe de Roger de Lille.
25:47Sous le Second Empire,
25:49chanter la Marseillaise
25:49est un délit.
25:51Pourtant,
25:52quand l'empereur Napoléon III
25:53se lance dans une guerre
25:54contre la puissante armée prussienne,
25:56il autorise à nouveau
25:57la Marseillaise
25:58pour exalter le patriotisme.
26:00Cette Marseillaise,
26:01opportunément sortie
26:02de la clandestinité,
26:03sera ironiquement surnommée
26:04l'hymne de Derrière les Fagots.
26:07La Marseillaise est à nous,
26:09on nous la prend,
26:10nous la prêtons,
26:10mais il faudra
26:11qu'on nous la rende,
26:12déclare le jeune écrivain
26:13républicain Émile Zola.
26:15On retrouve les deux ressorts
26:17qui font la popularité
26:18de la Marseillaise,
26:19c'est-à-dire,
26:20d'une part,
26:21le refus du régime
26:22d'autorité,
26:24du régime qui opprime
26:25les libertés,
26:25Napoléon III,
26:26et d'autre part,
26:27le désir de résister
26:28à l'ennemi.
26:30En 1870,
26:32après la cuisante défaite
26:33de Napoléon III à Sedan,
26:34Bismarck et ses troupes
26:35humilient les vaincus
26:36en sifflotant la Marseillaise.
26:39Mais Paris refuse
26:40de désarmer
26:41et la commune instaure
26:42le gouvernement du peuple
26:43par le peuple.
26:44Les communards parisiens
26:46se sentent trahis
26:46par les conditions
26:47de l'armistice.
26:48Alors,
26:49sur les barricades,
26:50la Marseillaise retrouve
26:51sa force révolutionnaire
26:52et patriotique.
26:54Le gouvernement conservateur
26:55de la Troisième République
26:56négocie la capitulation.
26:58Il engage une répression
26:59féroce de la commune
27:00qui n'aura duré
27:01que trois mois.
27:02Le pays se fracture
27:04entre monarchistes
27:05et républicains.
27:07C'est à la fin
27:08des années 1870
27:10que la Troisième République
27:13va faire de la Marseillaise
27:15l'hymne national.
27:18On ne fait pas d'ailleurs
27:18une grande affaire,
27:19on se contente
27:20de remettre en vigueur
27:21la décision de Messidor
27:23en trois
27:23et antérieurement
27:24avait fait de la Marseillaise
27:25l'hymne de la France.
27:29avec les avantages
27:31de cette situation
27:32dominante
27:32et les inconvénients
27:33aussi
27:33d'un risque
27:35d'institutionnalisation
27:36qui peut,
27:37à certains égards,
27:38lui faire perdre
27:39de son mordant,
27:40de sa force,
27:41à mesure qu'on la chante
27:42dans toutes les occasions
27:44un peu solennelles
27:45où la République
27:46se célèbre elle-même.
27:48Les ouvriers,
27:49les hommes
27:50qui vont défendre
27:51l'idée socialiste
27:52au XIXe siècle
27:53vont associer aussi
27:55rapidement eux-mêmes
27:57cette idée
27:57que la Marseillaise
27:59fait partie
28:00de l'ordre bourgeois.
28:01Et on va s'éloigner
28:02petit à petit
28:03du côté de ces révolutionnaires
28:04de la Marseillaise
28:06au profit
28:07de l'international
28:07qui arrive
28:09à la fin du siècle.
28:12Sous la Troisième République,
28:14on commence
28:15de poser
28:16dans certains cercles
28:17intellectuels
28:18la question
28:19récurrente
28:20des paroles
28:21de la Marseillaise.
28:22Est-ce que cette Marseillaise
28:25ne serait pas
28:25trop brutale,
28:26trop guerrière,
28:28trop agressive ?
28:29Et certains proposent
28:30de changer les paroles.
28:32Pendant la Belle Époque,
28:34période prospère
28:35d'expositions universelles
28:36et coloniales,
28:37la guerre semble loin
28:38et quand le journaliste
28:39en vogue
28:39Maxime Formon
28:40interpelle l'opinion,
28:42faut-il réécrire
28:43la Marseillaise ?
28:44Raymond Poincaré,
28:45futur président
28:46de la République,
28:47lui répond
28:47« Quelques passions
28:49qu'on ait pour la paix,
28:50je ne trouve pas mauvais
28:51qu'à toute heure,
28:52chez nous,
28:53on entretienne
28:53l'amour sacré
28:54de la patrie.
28:55Cette pensée
28:55que nous pouvons être forcés
28:57tôt ou tard
28:57de repousser les agresseurs,
28:59d'aller aux armes
29:00et de former nos bataillons. »
29:03En 1914,
29:04la France entre de nouveau
29:05en guerre
29:06contre l'Allemagne
29:06et l'Autriche-Hongrie.
29:08L'Union sacrée soude
29:09où le peuple français,
29:10la dimension nationaliste
29:12et guerrière
29:12de la Marseillaise
29:13est à son apogée.
29:14« Qu'ils sachent
29:15que dans la fournaise
29:16nous chantons
29:17la Marseillaise
29:19car dans ces terribles jours
29:23on garde l'international
29:25pour la victoire finale
29:27pour la victoire finale
29:27on la chantera
29:30au retour »
29:34L'internationalisme.
29:35L'internationalisme
29:35était en berne à l'époque
29:37puisque chaque pays
29:38s'était replié
29:39sur sa propre défense
29:41de la patrie.
29:43C'est un moment
29:44très important
29:44dans l'histoire
29:45de la Marseillaise
29:45depuis deux siècles.
29:47La volonté s'exprime,
29:48la décision est prise
29:49par le gouvernement
29:50de guerre
29:51de rapporter,
29:52de transférer
29:53les cendres
29:54de Rouget de Lille
29:55aux invalides.
29:57Rouget de Lille,
29:57il avait une vie
29:59un peu austère
30:00dans la suite
30:01de son intuition géniale
30:03de 1792.
30:04Il avait vécu
30:05très chichement.
30:06Mais voilà tout à coup,
30:09rétrospectivement,
30:10il devient
30:11un symbole essentiel
30:12comme auteur
30:13de la Marseillaise.
30:14Cet événement
30:14était fait
30:15pour incarner,
30:17pour concrétiser
30:18l'efficacité patriotique
30:20de la Marseillaise
30:21qu'on aurait dû chanter
30:23aux yeux des généraux
30:24beaucoup
30:24à proximité
30:25des tranchées.
30:26L'armistice
30:27est signé
30:28le 11 novembre 1918.
30:30Le jour même,
30:31Clémenceau
30:31vient donner lecture
30:32à l'Assemblée nationale.
30:34Fait exceptionnel,
30:35la Marseillaise
30:36est chantée
30:36dans l'hémicycle
30:37pour la première fois.
30:38Elle le saura
30:39de nouveau
30:40un siècle plus tard
30:41après les attentats
30:42de Paris.
30:43Et puis,
30:44dans l'entre-deux-guerres,
30:46la Marseillaise
30:47confirme
30:47qu'elle est un peu
30:48gyrovague,
30:49qu'elle tendance
30:50à se promener
30:51dans les différents courants
30:52de la sensibilité française.
30:54Et comme elle devient
30:56l'hymne principalement
30:58des anciens combattants
30:59les plus déterminés
31:01à défendre le patriotisme.
31:03Du coup,
31:04elle s'alourdit
31:05de quelque chose
31:08comme un risque
31:10de chauvinisme.
31:11D'ailleurs,
31:11pendant un certain temps,
31:12les communistes
31:13refusent absolument
31:14la Marseillaise
31:14au profit,
31:15naturellement,
31:16de l'international.
31:17Et puis,
31:17de même que
31:18les communistes
31:19rallient le drapeau rouge,
31:21de même,
31:22ils rallient
31:22la Marseillaise
31:23au moment
31:24où ils décident
31:24de s'associer
31:26aux socialistes
31:26pour accéder
31:27au pouvoir,
31:29il est tout à fait
31:29significatif
31:30que c'est le Front Populaire
31:31qui décide
31:32de célébrer,
31:33à choisir,
31:33le centième anniversaire
31:35de la mort
31:36de Rouget de Lille
31:37en 1836.
31:38La Marseillaise
31:40a trahi
31:41des entrailles
31:42de la France
31:42révolutionnaire
31:43de 1792,
31:45de la France
31:46des Jacobins
31:48et des Girondins
31:49dressés
31:50contre les rois
31:51et les Théodaux.
31:52Elle est l'expression
31:54ardente
31:55et passionnée
31:56de la volonté
31:57révolutionnaire
31:58du peuple de France.
32:12En juin 1940,
32:14les troupes d'Hitler
32:15occupent la France
32:15et défilent
32:16dans la capitale.
32:17Si l'hymne national
32:18français n'est pas interdit,
32:20on s'en méfie.
32:22Acte symbolique
32:23ou démoralisateur,
32:25les Allemands
32:25feront déboulonner
32:26la statue de Rouget de Lille,
32:28a choisi le roi.
32:36Sans supprimer
32:36la Marseillaise,
32:37le régime
32:38du maréchal Pétain
32:39qui est né
32:39sous la botte
32:40de l'ennemi,
32:41choisit
32:42cette malheureuse
32:43chanson
32:44« Maréchal,
32:45nous voilà ».
32:45La Marseillaise
32:47passe des mauvais moments
32:48mais du même coup,
32:49elle reprend
32:50tout le lustre possible
32:51du côté de la résistance.
32:53Aragon,
32:54le très grand poète
32:55surréaliste
32:56puis communiste
32:56qui,
32:57dans les années 30,
32:58a publié des vers
33:00d'une grande violence
33:01contre la Marseillaise,
33:02l'hymne bourgeois
33:05dont il faut faire fi,
33:07dont il faut faire litière.
33:08Puis arrive la résistance
33:10et il y a des vers magnifiques,
33:11la balade de celui
33:12qui chanta
33:13dans les supplices
33:14et dont le dernier souffle
33:17exprime
33:17la Marseillaise.
33:23Chantez-lui
33:24sous les balles
33:25des mots
33:27semblant
33:28et levé
33:28d'une seconde
33:30rafale
33:31il a fallu
33:31l'achever
33:32une autre
33:33chanson française
33:34à ses lèvres
33:35et montées
33:36finissant
33:37la Marseillaise
33:38pour toute
33:39l'humanité.
33:41Il y a deux
33:42grands airs
33:42de la résistance.
33:44D'un côté,
33:44la Marseillaise
33:45et de l'autre,
33:46le chant des partisans.
33:48La Marseillaise
33:48est à peu près
33:50à la même place
33:51dans l'expression
33:53des courages,
33:54des frustrations,
33:55des malheurs
33:56et du refus
33:58de la barbarie.
33:59Il est tout à fait
34:00naturel
34:00qu'à la libération,
34:01le général de Gaulle
34:02lui-même
34:04reprenne
34:04la Marseillaise
34:06quand il met
34:07le pied
34:07sur le sol français
34:08et à Paris
34:09au moment
34:10de la grande fête
34:11de la libération.
34:28Il chante la Marseillaise
34:30comme toute Paris
34:31et toute la France
34:32à ce moment-là.
34:33La Marseillaise
34:33revient à sa pleine dignité
34:35d'ailleurs,
34:36symboliquement,
34:36elle est inscrite
34:37dans la Constitution.
34:39La Marseillaise
34:39devient constitutionnellement
34:42l'hymne national
34:43à côté du drapeau français,
34:45drapeau de la nation,
34:46drapeau tricolore.
35:01Dans l'euphorie
35:02de la libération,
35:03Jean Gorelart
35:04et Stéphane Grappelli
35:05font swinguer
35:05la Marseillaise,
35:06une version
35:07annonciatrice
35:07des bouleversements
35:08qui secouent la France
35:09d'après-guerre.
35:12Une nouvelle génération
35:13s'émancipe
35:14au son du jazz,
35:15du rock,
35:15des musiques
35:16sur gilets transistors.
35:18Elle revendique
35:18de nouvelles libertés,
35:19rejette l'autoritarisme
35:21des anciens
35:21et rêve d'un monde nouveau.
35:26Quand la vague contestataire
35:28de mai 68
35:29déferle sur les facultés
35:30et les usines,
35:31pour la première fois
35:32de son histoire,
35:33la France des barricades
35:34n'entonne pas
35:35l'hymne libérateur.
35:43A l'inverse,
35:44c'est le pouvoir conservateur
35:46qui se regroupe
35:46autour de la Marseillaise.
35:48Une foule immense
35:49descend les Champs-Elysées
35:50pour manifester son soutien
35:51au général de Gaulle.
35:53La Ve République
35:54a eu peur.
35:57Sur l'arrêt gauche,
35:58la contestation
35:59s'exprime aussi
36:00par l'apparition
36:00de nouvelles icônes,
36:01comme Mao
36:02et autres héros révolutionnaires.
36:04Paradoxalement,
36:05nos grands timoniers
36:06avaient fait chanter
36:07la Marseillaise
36:07pendant la longue marche
36:08et elle sera enseignée
36:09un temps
36:10dans les écoles chinoises.
36:18A leur tour,
36:19en 1989,
36:20les étudiants chinois
36:22qui exigent
36:22des réformes démocratiques
36:23la chanteront
36:24sur la place
36:25Tiananmen
36:25à Pékin.
36:35De retour d'exil
36:36en 1917,
36:37Lénine est accueillie
36:38par une Marseillaise
36:39des travailleurs
36:39qui restera
36:40l'hymne de l'URSS
36:42pendant quelques mois.
36:46Ironie tragique
36:47de l'histoire,
36:47les opposants
36:48au régime soviétique
36:49la chanteront
36:50à Prague en 68
36:51ou à Hongrie
36:52en 56.
36:55On est en référence
36:56à la Révolution française,
36:57c'est la mère
36:58de toutes les révolutions
36:59si on veut.
37:00Quand on veut
37:00mener une révolution,
37:02quand on est à la tête
37:03d'un mouvement révolutionnaire,
37:04il faut des éléments
37:05qui nous apparentent
37:06à cette révolution.
37:07Et ça,
37:07dans le monde entier,
37:08ça a donné lieu
37:09à des références
37:10à la Marseillaise.
37:12On va la retrouver
37:13en Amérique latine
37:14au début du 19ème siècle
37:16en particulier
37:17et on va la retrouver
37:18également un siècle après
37:19en Espagne
37:20sous la Première République
37:21en 1931
37:22avec une forte présence
37:23en Catalogne.
37:29L'autre volet
37:30du destin international
37:31de la Marseillaise
37:32est qu'elle incarne
37:33une certaine idée
37:34de la France,
37:34porteuse de valeurs universelles.
37:38En 1967,
37:39la BBC diffuse
37:40Our World,
37:41première émission de télé
37:42en mondiaux vision
37:43regardée par 350 millions
37:45de spectateurs.
37:48Il s'agit alors
37:49d'une toute autre révolution.
37:51la télévision britannique
37:53a demandé aux Beatles
37:54de composer
37:55une chanson simple
37:56comprise de tous
37:57et dont les premières notes
37:58soient reconnaissables
37:59dans le monde entier.
38:16All you need is love
38:18deviendra l'hymne
38:19du Flower Power
38:19et de la génération hippie.
38:21Plus tard,
38:23John Lennon
38:23affirmera
38:24« Je suis un artiste révolutionnaire ».
38:45La Marseillaise,
38:46symbole de paix,
38:47de fraternité,
38:48ce sera effectivement le cas.
38:50Le 24 septembre 1984,
38:53date anniversaire
38:54du début de la Première Guerre.
38:55Ce moment de réconciliation
38:57entre deux ennemis
38:58héréditeurs
38:59marquera profondément
39:00l'histoire de la Marseillaise.
39:02François Mitterrand
39:03et le chancelier allemand
39:05se sont pris la main.
39:08On n'a peut-être pas
39:09chanté beaucoup les paroles
39:10ou prêté beaucoup
39:11d'attention aux paroles,
39:12mais l'air était là,
39:13la musique était là
39:14et ce fut un moment
39:16très noble
39:16où, en somme,
39:18par-delà
39:19les aspects
39:20qui peuvent apparaître
39:21cocardiers
39:22de cet hymne
39:23qui est le nôtre,
39:25il a retrouvé
39:26sa vocation universelle
39:27et en tout cas
39:28sa vocation
39:28d'unité
39:29entre les peuples.
39:31L'apaisement
39:32des relations internationales
39:34se poursuit en 1989
39:35avec la chute du mur de Berlin
39:37et la fin de la guerre froide,
39:38événement
39:39qui soulève
39:39d'immenses espoirs
39:40pour l'avenir.
40:00Union et fraternité
40:01étaient au cœur
40:01des festivités du bicentenaire,
40:03une France multicolore
40:05affirmaient alors fièrement
40:06à la face du monde
40:07sa foi
40:07en ses valeurs universelles.
40:11En 1989,
40:12quand je présidais
40:13à la mission du bicentenaire,
40:15j'ai vu Théodore Monod,
40:16l'abbé Pierre
40:17qui disaient
40:17« mais enfin,
40:17vous n'allez pas garder
40:18ces paroles insupportables »
40:21et j'étais amené
40:21à leur dire deux choses.
40:23Je n'étais pas le seul.
40:24Premièrement,
40:25que ces paroles
40:26sont désormais historiques,
40:27elles sont figées,
40:28on ne va pas s'amuser
40:29à les remplacer.
40:30il faut les replacer
40:32dans leur époque.
40:33Qu'un sang impur
40:34abreuve nos sillons,
40:37ça n'a aucune tonalité raciste.
40:40Évidemment,
40:41les choses étaient différentes
40:42après la Shoah.
40:47Il est normal
40:48que la notion
40:48de sang impur
40:49soit mal comprise,
40:52soit mal interprétée,
40:54puisque nous,
40:54nous vivons dans un monde
40:55où nous devons être
40:56constamment vigilants
40:58vis-à-vis des formes
40:59du racisme moderne
41:01qui prétend justement
41:03qu'il y aurait des personnes
41:06qui, génétiquement,
41:08physiquement,
41:09seraient inférieures
41:10ou auraient moins de capacités
41:12d'autres personnes.
41:13Donc,
41:13il est normal
41:14que cette question
41:14du sang impur
41:16nous braque
41:17et que l'on soit sensibilisés.
41:19Mais,
41:20elle est justement,
41:22dans le cas de la Marseillaise,
41:23le contraire même
41:25d'une forme de racisme.
41:27Ce sont des gens
41:28qui chantent
41:29le sang impur
41:29qui ont souffert
41:30toute leur vie
41:32de se voir
41:33ramenés
41:34à leur sang impur.
41:36On leur a dit
41:36toute leur vie
41:37qu'ils avaient
41:38du sang impur.
41:39Donc,
41:40évidemment,
41:41cette question
41:41du sang
41:42est centrale.
41:43Mais,
41:43la replacer
41:45après la catastrophe
41:46de la naissance
41:47du racisme
41:49au XIXe siècle
41:50est une erreur totale.
41:53Le sang impur,
41:54c'est le sang
41:55des gens simples
41:56et qu'à l'époque,
41:57on ne pouvait pas
41:58l'exprimer autrement
41:59parce qu'on s'adressait
41:59à des gens simples,
42:00à des gens comme
42:01ma grand-mère.
42:02Ma grand-mère
42:02a toujours compris ça
42:03en le chantant.
42:04« Aux armes citoyens,
42:08formez vos bataillons,
42:10marchez, marchez,
42:12qu'un sang impur
42:13abroive vos sillons. »
42:16« Aux armes citoyens,
42:18formez vos bataillons,
42:20marchez, marchez,
42:22qu'un sang impur
42:23abroive vos sillons. »
42:30Pour certains minoritaires,
42:32le sang impur,
42:33ce serait celui
42:34des révolutionnaires
42:35eux-mêmes,
42:37en reprenant
42:38en quelque sorte
42:39à leur compte
42:39le fait que les autres
42:41disaient que c'était
42:41le sang bleu,
42:42un sang supérieur.
42:43Mais vous allez voir
42:44ce que ce sang impur
42:45va marquer
42:47en acceptant la mort.
42:50La seconde interprétation
42:52me paraît plus juste
42:53et celle
42:55qui fait dire
42:56que le sang impur
42:59c'était celui
43:01des aristocrates.
43:03« C'est celui
43:04des nobles
43:05qui sont des traîtres
43:06qui ont émigré,
43:07qui reviennent
43:08dans le pays
43:09qu'ils ont trahi
43:10et à qui on promet
43:11donc de mourir
43:12sur le champ de bataille
43:14de telle sorte
43:14que leur sang
43:15qui a été
43:16prétendument pur
43:18pendant des centaines
43:19d'années
43:19voire depuis 1400 ans,
43:22depuis qu'existe
43:22la noblesse,
43:23va cette fois-ci
43:24nourrir
43:25les champs
43:27de France. »
43:29« En même temps,
43:30il faut être très attentif
43:31à la strophe
43:32numéro 5,
43:33à la cinquième strophe
43:36que l'on devrait
43:37apprendre par cœur
43:37et où il est dit
43:39et où il est dit
43:41qu'il faut être
43:44indulgent
43:45à l'égard
43:45des soldats
43:46d'en face
43:48à regret
43:49s'armant
43:50contre nous.
43:51»
43:57C'est une hiérarchie
43:58qui les oblige
43:58à lutter contre nous,
44:00ils oblige
44:00à lever les armes
44:01contre nous.
44:02Il faut comprendre
44:03que s'ils pouvaient
44:05être libres
44:06comme ils le souhaiteraient,
44:08ils ne se battraient pas
44:09contre les armées françaises.
44:11Donc soyons indulgents
44:12à leur égard.
44:12Cette strophe
44:13est extrêmement importante.
44:14« Français en guerrier magnanime,
44:18portez ou retenez vos coups,
44:20épargnez ces tristes victimes
44:23à regret s'armant
44:25contre nous.
44:26Mais c'est des spots
44:27sanguinaires,
44:28mais les complices
44:30de Bouillet,
44:31tous ces tigres
44:32qui s'empuient
44:33et déchirent
44:34le sein
44:35de leur mère.
44:37En rosa,
44:40citoyens,
44:41formez vos bataillons,
44:44marcher, marcher
44:45qu'un sang impur
44:46boivent vos sillons. »
44:49« Depuis l'enfance,
44:50j'ai un rapport
44:50très très fort
44:51avec la Marseillaise.
44:53Extrêmement fort,
44:54mais je dirais
44:54même musicalement.
44:57Musicalement,
44:57c'est-à-dire
44:58je suis d'une famille
44:59de gens très républicains,
45:01donc la Marseillaise
45:02c'est important.
45:05Mon père jouait
45:06dans l'harmonie municipale
45:07et donc jouait,
45:09c'était la Marseillaise.
45:10Moi je suis rentré
45:11très jeune
45:11dans l'harmonie municipale,
45:13je suis passé au saxophone.
45:16Le contre-champ
45:17de la Marseillaise
45:18je connaissais par cœur.
45:19Je jouais toujours
45:20les hymnes,
45:22tout au monument aux morts
45:23et tout
45:23dans la petite ville
45:24où j'habitais
45:25à la Bourboule.
45:26Et en plus
45:27j'avais un autre rapport
45:28que ça,
45:29c'est-à-dire que dans la famille
45:30on avait un tel sens
45:31de la continuité
45:32qu'on m'a donné
45:36le nom du héros
45:37de la famille
45:37qui est mort en 18.
45:39Et donc je jouais
45:40le contre-champ
45:41de la Marseillaise
45:42en étant dans une sorte
45:44d'attitude méditative
45:45en voyant mon propre nom
45:46et la date
45:47de ma propre mort
45:48sur le monument aux morts.
45:50Donc si vous voulez
45:50ça ancrée
45:53extrêmement profondément
45:54le fait national
45:58et le fait de la chanson.
46:09J'ai essayé d'en faire une version
46:10comme si c'était
46:11un chant d'introspection,
46:12comme si c'était
46:13une chanson d'amour,
46:15comme moi j'aime,
46:16comme si c'était
46:17chanté à l'oreille
46:19d'une Marianne aimée,
46:21enfin quelque chose comme ça.
46:34Le choix de la Marseillaise
46:36n'est pas anodin
46:37parce qu'il fallait
46:39que je la prenne
46:40pour avoir la nationalité.
46:42Donc la prendre comme ça
46:43toute seule,
46:44je me suis dit
46:44je la mets dans un spectacle,
46:46je vais la prendre.
46:47C'est fait, c'est bon.
46:48mais mon rapport
46:50à la France
46:51est un rapport
46:52bien réfléchi,
46:53bien rationnel.
46:54C'est la laïcité,
46:57c'est le pays
46:58qui allait me permettre
46:59de m'exprimer
47:00avec le plus de liberté
47:01que je puisse avoir.
47:04C'est ce rapport-là,
47:06c'est le rapport
47:07à la culture,
47:08c'est le rapport
47:09à l'écriture,
47:10c'est le rapport
47:10à l'art
47:12de ce pays.
47:14Un pays où je me sens
47:15l'égale des autres,
47:16sans voir la couleur,
47:17l'origine,
47:18le sexe,
47:20un pays où je peux
47:21m'exprimer librement
47:22sans en payer le prix.
47:25Quand j'ai écrit
47:26ce spectacle,
47:27j'avais dans la tête
47:28tout ce qui a été dit
47:29sur la Marseillaise,
47:30que ce soit
47:31contre les paroles
47:32qui sont trop violentes,
47:33que ce soit
47:34un texte
47:35qu'il faut dépoussiérer,
47:37que ce soit
47:38Gainsbourg avec...
47:41etc.
47:42Tout était dans ma tête.
47:44Je connais très bien
47:45tout ce débat
47:46dans la société française.
47:48Il y a eu des moments
47:49où, oui,
47:51je me sentais un peu visée
47:52par les paroles violentes
47:53un peu de la Marseillaise,
47:55en oubliant le contexte
47:56dans lequel elle était écrite,
47:58bien sûr,
47:58parce qu'on oublie quand même.
48:00Il y avait des jours
48:01quand je jouais,
48:04le sens de la Marseillaise
48:05prenait vraiment son sens.
48:09Il y a des jours
48:10où j'avais les larmes aux yeux
48:12en scandant ce texte.
48:15Mais il y avait toujours
48:16un moment
48:18où...
48:18qui me figeait comme ça,
48:20dans mon émotion.
48:22Vers la fin,
48:23quand je dis
48:23amour sacré de la patrie,
48:26conduis, soutiens
48:27nos bras vengeurs,
48:28liberté chérie,
48:29combat avec tes défenseurs.
48:32Toujours,
48:33c'est le seul moment
48:34du spectacle.
48:35Quoi que je fasse,
48:37je ne peux pas le dire
48:39sur un ton léger.
48:41J'ai toujours été
48:43captivée par ce moment,
48:45comme si cette parole
48:47a été écrite
48:48précisément pour moi.
48:51Liberté,
48:52liberté,
48:54chérie,
48:56combat avec tes défenseurs,
49:00combat avec tes défenseurs.
49:05Si on songe
49:06à la vie de la Marseillaise,
49:07on peut rêver
49:08à ce que son aspect
49:09international
49:10l'emporte
49:11sur la tentation
49:13chauvine,
49:14la tentation nationaliste
49:16qui parfois
49:16s'est exprimée
49:17par elle.
49:18Patriotisme,
49:19oui,
49:19patriotisme,
49:20mais le patriotisme
49:21il porte
49:22un civisme universel
49:25aussi en même temps,
49:26sans renoncer
49:26à l'identité française.
49:28Si à l'avenir,
49:29la Marseillaise continue
49:30d'exprimer
49:31ce que la France a
49:32et doit avoir
49:33d'unique,
49:34en l'obligeant d'ailleurs
49:35être au meilleur
49:36d'elle-même,
49:36tout en figurant
49:39assez bien
49:39à côté de l'hymne
49:40à la joie de Beethoven
49:41comme hymne de l'Europe,
49:44cela me conviendrait
49:44assez bien.
49:45Je crois que,
49:47comme au moment
49:49de sa naissance,
49:50c'est un acte de survie,
49:52la Marseillaise.
49:53C'est un acte de foi
49:54dans l'avenir,
49:55c'est un acte de foi
49:56dans les valeurs citoyennes.
49:58la République n'est jamais
49:59une donnée en soi.
50:01C'est toujours
50:02un horizon d'idéalité.
50:04C'est toujours quelque chose
50:05qu'on veut construire
50:06ensemble.
50:08Et donc,
50:09quand tout va bien,
50:10évidemment,
50:10l'actualité de la Marseillaise
50:12diminue.
50:13Puis,
50:14dans les moments de danger,
50:15puis dans les moments
50:15de risque,
50:16puis dans les moments
50:17de vigilance républicaine,
50:20la Marseillaise réapparaît.
50:22Spontanément,
50:23elle réapparaît
50:24comme une affirmation
50:26de soi,
50:27comme une affirmation
50:28des valeurs
50:29pour lesquelles
50:31on aimerait combattre.
50:33C'est-à-dire que
50:34la Marseillaise
50:35est en fait
50:35un futur.
50:36La Marseillaise
50:37n'est pas liée
50:38au passé
50:39de la Révolution.
50:40La Marseillaise
50:41est liée au futur
50:42parce qu'elle montre bien
50:44que la République
50:45est une chose
50:46complètement abstraite
50:47et qu'il faut défendre
50:49en permanence.
50:50Lorsque le marquis de Sade
50:51dit en 1795
50:52« Français,
50:53c'est encore un effort
50:54pour devenir républicain,
50:57la Marseillaise aide
50:58à devenir républicain
50:59parce qu'elle montre
51:01que rien n'est inscrit
51:03dans le réel,
51:04rien n'est acquis
51:05pour toujours
51:06et tout est toujours
51:08à défendre. »
51:37Sous-titrage Société Radio-Canada
51:50Sous-titrage Société Radio-Canada
51:58Sous-titrage Société Radio-Canada
52:00Sous-titrage Société Radio-Canada
52:03Sous-titrage Société Radio-Canada
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