00:00Monsieur Vélenchon, bonsoir. Farerka, créatrice de contenu politique sur les réseaux.
00:03On commence à avoir l'habitude de se voir aux conférences des nouveaux médias.
00:07L'avantage, c'est que vous, vous avez un programme.
00:09Et donc, on peut questionner votre programme à cette période de la campagne.
00:12Donc moi, j'ai lu le programme de la France insoumise.
00:14J'espère qu'on aura le temps de se pencher sur plusieurs éléments pendant cette conférence.
00:19Ce soir, je vais m'arrêter sur deux chapitres.
00:21Le premier chapitre sur lequel je vais m'arrêter, c'est celui sur l'Europe.
00:24Et le deuxième chapitre sur lequel je vais m'arrêter, c'est celui sur le partage des richesses.
00:27Dans le premier chapitre, vous dites que si les négociations avec l'Europe sur le statut de la Banque Centrale
00:32Européenne échouent,
00:32vous appliquerez votre programme quand même.
00:34Et que vous le ferez en désobéissant les règles, en tout cas que vous donneront la BCE.
00:39Et dans le second, c'est-à-dire dans celui du partage des richesses,
00:42vous dites que c'est justement à cette même Banque Centrale Européenne que vous demandez de racheter la dette française,
00:48d'en effacer une partie sans intérêt et de vous laisser un découvert sans limite.
00:53Sachant que vous dites être prêt à vouloir désobéir d'un côté,
00:56mais que vous comptiez quand même entièrement sur la BCE pour financer votre programme de l'hôte.
01:01Comment faites-vous coïncider les deux pour être certaine que la BCE s'aligne finalement sur le programme ?
01:06Oui, il n'y a aucune difficulté à le faire. Merci pour votre question,
01:10puisque ce sont deux sujets qui ne sont pas corrélés.
01:13Le partage de la richesse produite actuellement n'est pas corrélé à ce que la BCE fait de la dette.
01:20Deuxième non-corrélation, la dette n'est pas un obstacle au partage de la richesse,
01:25ni même à une action de développement de la consommation populaire.
01:28Ce sont deux questions différentes.
01:30La question numéro 1 concerne la désobéissance.
01:34La désobéissance appuie sur un principe dont vous avez observé,
01:38que nous en faisons une règle d'intervention d'une manière générale.
01:41Quelle est cette règle ?
01:43Le refus de normes conduisantes à de la régression sociale ou écologique.
01:50Nous désobéissons aux règles européennes si elles aboutissent à une régression sociale ou écologique.
01:58Petit 1.
02:00Petit 2.
02:01Si elles empêchent un progrès écologique et social.
02:05Voilà.
02:06Donc, il y a deux raisons pour lesquelles nous désobéissons.
02:10Et dans les deux cas, c'est lié directement à la question de non-régression sociale et écologique
02:15que nous venons de défendre, les armes à la main, si j'ose dire,
02:18dans le dossier Corse.
02:20Nous avons dit aux autonomistes corses que nous, d'abord, nous sommes convaincus de leur loyauté,
02:26c'est-à-dire que nous pensons qu'ils ne nous ont pas menti.
02:29Et je continue à le penser.
02:31Mais on leur a dit, on est obligé de vous dire
02:33que nous qui pensons avoir en charge la nation française,
02:37nous ne sommes pas d'accord pour un droit à différenciation
02:40et donc nous ne sommes pas d'accord pour un droit à régression sociale ou écologique.
02:44Nous avons obtenu la victoire dans le vote.
02:48Pas aussi claire, nette et précise qu'on l'aurait voulu, mais nous l'avons obtenu.
02:53Alors, ça, c'est pour... on le fera.
02:54Ensuite, la suppression de la dette.
02:57Elle prend plusieurs formes.
02:59La première forme de cette...
03:00Alors, je commence par dire, principiellement,
03:03la dette n'est pas le problème qui est présenté d'une manière ordinaire.
03:07La dette s'évalue, non pas sur une année de PIB,
03:11mais sur sa durée réelle, faciale.
03:13Quand vous vendez un titre de dette, vous prenez l'argent, vous donnez le titre
03:16et vous vous engagez à donner une rétribution à ce titre de dette.
03:21Et quand vous arrivez au bout de la période,
03:238 ans, c'est la moyenne des titres de dette français,
03:26vous remboursez.
03:27En réalité, on ne rembourse jamais.
03:29On emprunte à nouveau pour payer.
03:31Et on recommence à payer des dividendes, des intérêts.
03:36OK ? Tout le monde suit ?
03:37Bon, voilà.
03:38Donc, la dette rapportée à 8 ans, c'est 12% du PIB
03:42de 8 ans de production française.
03:45Bon.
03:46Par conséquent, il n'y a pas de quoi se jeter par la fenêtre
03:49ni crier à la faillite.
03:50Mais pour effrayer, on fait ce numéro pour dire qu'il faut couper, couper
03:55sans regarder le contenu.
03:57Pourquoi ça a de l'intérêt ?
03:59C'est qu'on oppose le montant de la dette au montant du budget.
04:03Mais il n'y a rien qui empêche d'augmenter les prélèvements
04:06qui sont faits sur la richesse produite dans le budget
04:08et avec ça, de payer les politiques de relance de la consommation populaire.
04:12De quelle manière ?
04:14Eh bien, par exemple, en lançant des grands travaux
04:17ou des travaux d'une manière générale.
04:20en donnant, d'abord, en revalorisant les salaires des fonctionnaires.
04:25Vous devez le savoir, les salaires des fonctionnaires,
04:27c'est le goutte-à-goutte le plus efficace qu'on est
04:29pour relancer la consommation populaire.
04:32Quand on parle de plusieurs millions de personnes
04:33qui ont une paye, qui n'est quand même pas de quoi
04:36aller passer ses vacances dans des villas de luxe.
04:40Bon.
04:41Voilà.
04:41Ensuite, il y a les budgets que l'État donne aux communes
04:44pour faire des travaux.
04:46Aujourd'hui, sans la puissance publique,
04:47l'investissement dans le pays serait aux alentours de zéro,
04:51car le capital privé n'investit pas.
04:54Je répète, le capital privé n'investit pas à proportion,
04:58mais déjà, n'investit pas,
04:59comme le fait la puissance publique.
05:01Vous retirez l'investissement public,
05:03et dans le pays, il ne reste plus rien.
05:05Et d'ailleurs, nous avions annoncé
05:07que le fait de faire une politique de restriction
05:10aboutirait à un ralentissement.
05:12Et en ce moment, c'est à moi de poser la question
05:15aux partisans échevelés de l'Union européenne,
05:17que compte-t-il faire au juste
05:19avec une union qui se met à augmenter les taux d'intérêt
05:22parce qu'il y a une inflation tout à fait provisoire
05:26liée à la guerre,
05:27provoquée par les Américains
05:29et pas par un fait économique spécifique,
05:32et qui augmente les taux d'intérêt
05:33pour éviter que l'inflation n'aille trop loin,
05:35sans pour autant compenser si peu que ce soit
05:37sur les salaires des fonctionnaires
05:39la dite inflation, à part pour les élus.
05:42Bon, je ne sais pas si j'ai été assez clair.
05:45Donc, un, il n'y a pas de contradiction.
05:47Deux, la dette n'est pas le problème qui est posé.
05:51Trois, la gestion politique du budget de la nation
05:54n'empêche pas du tout d'avoir des politiques redistributives,
05:57même si l'Union Européenne venait à refuser
05:59l'annulation d'une partie de la dette.
06:02Je termine juste en vous précisant ce point.
06:04Quelle partie de la dette ?
06:06Ben déjà, celle qu'elle a.
06:07Pour commencer, ça serait un bon début.
06:09La Banque Centrale Européenne a racheté inconditionnellement,
06:13parce qu'elle n'arrivait à rien autrement,
06:16a racheté inconditionnellement
06:18des titres de dette détenus par les banques privées
06:20et qui étaient des titres de dette des nations.
06:23Eh ben, on lui propose de continuer à prêter directement aux nations
06:26plutôt que de transiter par les banques privées
06:28et de geler à taux zéro la dette.
06:32Alors là, bon, pardon pour ceux qui ne sont pas branchés superéconomie,
06:36ce n'est pas votre cas, mais bon,
06:39et ça consiste à prendre des titres de dette
06:41et vous les mettez au frigo.
06:42Vous pouvez les mettre à la cave,
06:43vous pouvez les mettre pendus au plafond.
06:45Ça n'a aucune espèce d'importance.
06:47Cet argent n'existe pas.
06:48Ça, c'est le moment un peu compliqué.
06:50Il s'agit de comprendre qu'une dette n'existe pas
06:52quand vous vous la devez à vous-même.
06:54Si moi-même, je me fais un titre de dette de 1000 balles,
06:57je ne trouverai personne pour me le payer
06:58puisque moi, je ne suis pas d'accord pour le payer.
07:00Mais je suis d'accord pour avoir le titre de dette.
07:03C'est un peu ce qui arriverait à la Banque Centrale
07:05si elle avait des titres de dette
07:07et qu'elle devrait demander à des États de les payer.
07:10Alors, où se trouvent les 18% de titres de dette ?
07:13Si vous voulez savoir où ils sont,
07:14dans les caisses de la Banque Centrale de chaque pays.
07:17Donc, les 18% sont dans la Banque de France.
07:20Donc, il suffit d'y aller, de les prendre,
07:21de les foutre au feu, il n'y en a plus.
07:22Et personne ne s'apercevra jamais que ça a disparu.
07:26Bon, je caricature un peu à peine,
07:28mais c'est pour donner de la matière première
07:29au Monde et à d'autres journaux
07:31pour s'en prendre à moi
07:32parce que les pauvres, sinon, ça devient difficile
07:34tellement je suis devenu prudent.
07:36Donc, vous avez raison de dire
07:38qu'on pourrait penser
07:39que si nous avions commis l'erreur
07:41de suspendre à l'accord de l'Europe
07:43de faire notre politique de redistribution,
07:45on connaît la réponse.
07:46Mais, voyez-vous, moi, je ne donne pas cher
07:48de la capacité de résistance de l'Union européenne
07:51à la politique des Français.
07:53Pourquoi ?
07:54D'abord, parce que nous sommes
07:55la deuxième économie du continent.
07:57Deuxièmement, parce que la merveilleuse économie allemande,
08:00qui était, paraît-il, un modèle pour tout le monde,
08:01est paralysée dans une récession depuis trois ans.
08:06Et par conséquent, ceux-là vont au moins faire les fiers,
08:09d'autant que l'année prochaine,
08:10ils vont dépasser les 3% de déficit dans leur budget,
08:14vu qu'ils ont décidé de mettre un fric fou
08:16pour investir, pour faire, comme vous le savez,
08:18l'armée conventionnelle la plus importante d'Europe
08:21et diverses autres balivernes
08:22que nous ne permettrons jamais.
08:24Alors, dans ces conditions,
08:26l'Europe est aussi dans un état de faillite morale
08:29telle que ses plus ardents supporters
08:32ont même du mal à prononcer son nom.
08:34Ils mettent maintenant
08:35« Nous nous distinguons »
08:37des LFI, alors pour ceci, pour ça,
08:39et sur l'Europe,
08:40eh bien, dites-nous quoi,
08:41pour qu'on voit en quoi nous nous distinguons.
08:44Est-ce que c'est sur la Banque Centrale Européenne,
08:46avec la question que vous venez de me poser,
08:47c'est sur quoi, leur différence avec nous ?
08:50Sur le racisme, sur quoi ?
08:52Ils ne le disent jamais,
08:53parce qu'ils ont décidé,
08:54suivant la technique que vous connaissez,
08:56qui est une technique de bourrage de crâne,
08:58qui consiste à dire que nous allons quitter l'euro.
09:00Non, nous n'allons pas quitter l'euro.
09:02Et nous savons pourquoi nous ne quitterons pas l'euro.
09:04Parce que nous sommes dans un moment
09:05où si nous quittions l'euro,
09:07nous n'aurions comme unique résultat
09:08quant au UBOU encore plus grand
09:10que celui que nous connaissons aujourd'hui.
09:12Et que nous renforcerions la position singulière du dollar,
09:15alors que notre objectif stratégique est de l'affaiblir.
09:18Et de même, nous ne quitterons pas l'Union Européenne,
09:21parce que c'est une zone de coopération,
09:23mais nous y resterons à nos conditions.
09:25C'est-à-dire avec le principe de non-régression
09:28et la désobéissance aux choses qui nous empêchent de fonctionner.
09:31Voilà.
09:32Alors j'admets qu'en effet,
09:34visu, on pourrait dire qu'il y a une contradiction,
09:36mais je vous rassure, si vous étiez inquiète,
09:38nous n'avons pas l'intention de demander à Mme Van der Leyen
09:40ce que nous avons l'autorisation de faire.
09:42Par contre, nous avons l'intention, en tant que nation,
09:45de lui dire qu'elle n'a aucun pouvoir sur nous.
09:48Et qu'elle n'est pas élue pour ça.
09:50D'ailleurs, elle est élue par le vote du Parlement européen
09:52et pas par les parlements nationaux.
09:54Mais je mets cette question de côté.
09:56Nous ne lui reconnaissons pas le droit qu'elle s'est donné
09:59de signer et d'appliquer des traités
10:01avec lesquels la France n'est pas d'accord,
10:03comme Mercosur.
10:04Et nous verrons ce qu'il adviendra du traité avec l'Inde,
10:07qui est certainement un des plus grossiers et grotesques
10:09qu'on ait signé depuis bien longtemps.