- il y a 1 jour
Au carrefour des tensions internationales.
C'est un rocher au large des côtes de la Chine. Un pays qui ne dit pas son nom. Taïwan a longtemps vécu dans l'ombre d'un compromis que personne n'a accepté, mais que tout le monde respecte depuis 70 ans.
Un sentiment d'urgence a créé une énergie unique au monde et ce petit pays s'est rendu indispensable à l'économie mondiale.
Aujourd'hui, Taïwan est pris dans les vents contraires qui balaient la planète. Cela sent la poudre entre la Chine et les Etats-Unis.
C'est un rocher au large des côtes de la Chine. Un pays qui ne dit pas son nom. Taïwan a longtemps vécu dans l'ombre d'un compromis que personne n'a accepté, mais que tout le monde respecte depuis 70 ans.
Un sentiment d'urgence a créé une énergie unique au monde et ce petit pays s'est rendu indispensable à l'économie mondiale.
Aujourd'hui, Taïwan est pris dans les vents contraires qui balaient la planète. Cela sent la poudre entre la Chine et les Etats-Unis.
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00:09La marche de l'histoire mène à la réunification de la Chine et à la renaissance de la nation chinoise.
00:21Jamais nous ne renoncerons à l'emploi de la force.
00:27Les autorités de Pékin ne doivent pas sous-estimer la force de la démocratie taïwanaise.
00:34Taïwan assumera ses responsabilités et se défendra elle-même.
00:41La résolution du problème taïwanais ainsi que la réunification complète de la Chine sont les missions historiques du parti communiste
00:49chinois et un engagement inébranlable.
00:54Nous préserverons fermement notre souveraineté. Nous défendrons la liberté et la démocratie et protégerons notre sécurité nationale.
01:02De part et d'autre du détroit de Taïwan, une bataille des récits est engagée entre Taïpé et Pékin.
01:10Une démonstration de force à haut risque entre deux capitales rivales.
01:15Le résultat d'un accident de l'histoire sept décennies plus tôt.
01:21En 1949, le général Chiang Kai-shek et son armée fuient la Chine devant l'avancée des troupes communistes de
01:28Mao Zedong.
01:29Ils s'embarquent pour Taïwan et y imposent leur pouvoir.
01:33L'île devient la République de Chine.
01:36Elle doit servir de bastion à la reconquête du continent.
01:40Mais rien ne va se passer comme prévu.
01:4570 ans plus tard, Taïwan est devenu une nation et une démocratie modèle.
01:51Alors que Pékin a fait de sa conquête un objectif absolu et symbolique, l'île cultive sa spécificité.
01:5924 millions d'habitants s'éloignent du continent inexorablement.
02:04La rupture du statu quo fait courir au monde le risque d'un conflit généralisé.
02:14La rupture du statu quo fait courir au monde le risque d'un conflit généralisé.
03:00Les montagnes de Taïwan sont le secret le mieux gardé de la belle île, sa colonne vertébrale.
03:08Elles servent aussi de refuge aux aborigènes du pays, lointains cousins des peuples d'Océanie.
03:1616 tribus et 16 langues qui ont survécu tant bien que mal aux assauts successifs des colons.
03:25Discriminés, dépouillés de l'essentiel de leurs terres, les aborigènes ne forment plus que 2% de la population.
03:33500 000 personnes qui font l'objet en période électorale de toutes les attentions.
03:48Cette assemblée de retraités accueille l'une des personnalités aborigènes les plus célèbres de Taïwan.
04:09Kolas Yotaka, 38 ans, est l'actuelle porte-parole de la présidente de Taïwan.
04:14Elle se présente au poste de gouverneur du district de Hualien à l'est de l'île, sa région natale,
04:20pour la première fois.
04:24Je voulais que vous ne me voyiez en personne, car je ne porte pas de maquillage aujourd'hui.
04:30Et j'espère que vous n'êtes pas trop déçus.
04:34Bon, super, merci à vous. Je vous souhaite à tous une belle réussite.
04:45Ce matin, la candidate assiste à un concours de chant et c'est elle qui doit ouvrir le bal.
04:51Faites comme vous voulez. Les plus âgés peuvent aussi danser avec nous, ok ?
04:56Très bien. Alors, levez les mains, dansons ensemble.
05:00Je vais vous interpréter une chanson de Fong Faifei qui s'intitule Aime-moi d'amour.
05:17Colas Yotaka a choisi une chanson en mandarin et pourtant, elle ne se considère pas comme chinoise.
05:24Cette ancienne présentatrice de la télévision aborigène est l'un des visages du renouveau culturel des tribus.
05:34Les chants, la danse, ce sont des moyens d'expression très importants chez nous,
05:39pour communiquer nos émotions et transmettre notre histoire, car nous n'avons pas de système d'écriture.
05:53Beaucoup d'étrangers ignorent qu'il existe des tribus aborigènes à Taïwan.
05:58Ils pensent que les Taïwanais sont chinois.
06:01C'est faux.
06:03Il y a 16 tribus à Taïwan.
06:07J'appartiens à la tribu Amis, la plus peuplée des tribus.
06:16Ma famille a traversé toute l'histoire coloniale taïwanaise.
06:19Au début, il y a 400 ans, les aborigènes étaient les seuls à vivre sur l'île.
06:24Puis les Espagnols sont arrivés.
06:27Ensuite, les Hollandais se sont installés pour le commerce.
06:31Puis la dynastie Manchu des Tsing.
06:33Et puis, en 1895, les Japonais ont attaqué et défait les Manchu et se sont emparés de Taïwan.
06:50Mon grand-père était japonais.
06:55C'est pour cela que je m'appelle Yotaka.
06:59C'est un nom japonais.
07:01C'est le nom de mon père.
07:11La conquête japonaise débute en 1895.
07:15Taïwan est alors connue sous le nom de Formose, la belle île en portugais.
07:22Les nouveaux maîtres bâtissent monuments et infrastructures
07:25et font de l'île tropicale le jardin de l'Empire.
07:29Langues et noms japonais obligatoires.
07:39Ces images d'archives exceptionnelles ont été tournées dans les années 1930.
07:46Les tribus conservent certaines de leurs coutumes.
07:51Elles doivent néanmoins rendre un culte à l'empereur du Japon.
08:01Toute contestation est sévèrement réprimée.
08:04Du gaz moutarde sera employé pour punir une tribu.
08:13Après la capitulation japonaise en 1945,
08:17l'île revient à la République de Chine,
08:19qui envoie l'armée prendre possession de Taïwan.
08:22Les nouveaux maîtres imposent à leur tour l'usage du mandarin
08:26et bannissent les noms à consonance japonaise.
08:34Ce n'est qu'en 2005 que Kola Syotaka a pu retrouver l'usage de son nom.
08:40Elle fait campagne sur son identité aborigène.
08:50La candidate a reçu l'investiture du Parti démocrate progressiste.
08:55La présidente de ce même parti a été la première chef d'État de Taïwan
08:59à formuler des excuses officielles aux tribus
09:03et à reconnaître leur apport à l'identité de l'île.
09:11Après 400 ans de colonisation,
09:13Taïwan a fusionné toutes ces histoires
09:15pour former une identité spécifique.
09:18Cette identité repose sur des cultures,
09:21des spiritualités,
09:24des langues et même une nourriture
09:26et une façon de vivre qui nous sont propres.
09:32Kola Syotaka incarne ce nouvel ADN taïwanais,
09:36ouvert, inclusif, démocratique.
09:39Une provocation aux oreilles de Pékin.
09:42Une révolution aussi face à la conception traditionnelle
09:46de l'identité de l'île,
09:47imposée par le généralissime Chiang Kai-shek.
09:53Son mémorial, grandiose,
09:56trône toujours au centre de Taïpé,
09:58la capitale.
10:06A chaque heure,
10:07des sentinelles paradent
10:08au pied de l'ancien dictateur
10:10dont l'héritage est aujourd'hui controversé.
10:32Né au sud de Shanghai à la fin du 19e siècle,
10:35le général Chiang Kai-shek est premier ministre de la République de Chine.
10:40Lorsque le Japon part à la conquête de la Chine
10:42dans les années 1930.
10:44Il prend la tête de la résistance armée.
10:52Le militaire incarne alors son pays
10:55aux côtés des alliés américains et britanniques,
10:58Roosevelt et Churchill.
11:02Après la reddition du Japon en 1945,
11:05Chiang Kai-shek est élu président de la République de Chine.
11:11Mais une guerre civile l'oppose bientôt
11:13à ses anciens alliés communistes
11:15menés par Mao Zedong.
11:40En septembre 1949,
11:42les troupes communistes entrent dans Pékin.
11:46Mao Zedong triomphe.
12:06La déroute nationaliste est totale.
12:14Les étrangers quittent le pays
12:16et Chiang Kai-shek leur emboîte le pas.
12:19Il emporte dans sa fuite
12:21une grande partie des trésors de la cité interdite
12:23et deux millions de soldats nationalistes
12:26et leurs familles.
12:28Direction Taïwan,
12:29sous la protection de la 7e flotte américaine.
12:40Taïpé devient la nouvelle capitale de la République de Chine.
12:44Seul gouvernement légitime,
12:46alors, pour la communauté internationale.
12:50Désormais, deux Chines se font face.
12:57Avec l'argent de l'Amérique,
12:59le général va d'abord lancer
13:00une vaste réforme agraire.
13:05Les rendements explosent.
13:06Point de départ d'un développement rapide de l'économie.
13:15C'est ce qu'est venu constater en 1960
13:17avec le président américain Eisenhower.
13:21Le protecteur et parrain de l'île anticommuniste.
13:47Le vieux général meurt en 1975,
13:50un an avant Mao.
13:52La reconquête n'a pas eu lieu,
13:54mais Taïwan a gagné la compétition économique.
13:57La richesse par habitant y est alors
13:59cinq fois plus importante qu'en Chine continentale.
14:03Un écart qui explose les années suivantes
14:06sous la houlette du fils du dictateur,
14:08Chang Ching-Kuo.
14:10Il lance un plan d'investissement massif
14:13dans les infrastructures.
14:17Les entreprises occidentales affluent.
14:19C'est le fameux « made in Taïwan ».
14:31Quelles sont les conditions de travail
14:33pendant ces usines ?
14:34Travaillent combien d'heures par jour ?
14:35Normalement, dix à douze heures par jour
14:37et sept jours par semaine.
14:40Ils n'ont pas de jours de repos ?
14:42Ils ont par mois trois jours maximum.
14:44Et quand il y a trop de travail ?
14:45Ils travaillent toujours.
14:53Toute opposition est bannie
14:55et les prisons sont pleines,
14:57comme le rapporte un reportage
14:58de la télévision suisse tournée en 1967.
15:14Dans les prisons de l'île,
15:16les cinq polices du régime
15:17enferment tous ceux qui s'écartent
15:19de la ligne officielle.
15:20Beaucoup de ces hommes sont des formosans
15:22qui considèrent les deux millions
15:23de Chinois continentaux venus en 1949
15:26comme des occupants.
15:27Ils contestent aux Métropolitains
15:29le droit de faire la loi dans le riz.
15:34La répression avait débuté
15:36dès l'année 1947
15:38avec l'écrasement d'une série
15:40de manifestations hostiles
15:41au nouveau pouvoir nationaliste.
15:45Connu sous le nom d'incident 228,
15:48ce massacre originel fit entre
15:5018 000 et 38 000 morts.
15:58Entre 1949 et 1988,
16:02pendant les années de loi martiale,
16:04le régime a mis sous les verrous
16:06près de 140 000 prisonniers politiques
16:08et condamné 3 000 à 4 000 d'entre eux
16:12à la peine de mort.
16:15Leurs noms sont inscrits
16:17à l'entrée de cette ancienne prison
16:18transformée en musée,
16:20le Mémorial de la Terreur Blanche.
16:23C'est l'expression choisie
16:24par les historiens
16:25pour qualifier cette période
16:27longtemps taboue.
16:43Si le cinéma taïwanais
16:44s'est emparé de cette histoire
16:46dès la fin des années 1980,
16:48ce n'est que récemment
16:49qu'il la raconte aux féminins
16:51en mémoire des centaines de femmes
16:54emprisonnées par le régime.
17:09Elles adoraient lire.
17:10Elles avaient de grands idéaux.
17:12Mais elles ne savaient pas
17:13que ces idéaux les conduiraient
17:15à se faire arrêter
17:15et à se faire déporter.
17:18Si elles n'avaient pas été arrêtées,
17:19elles auraient pu tomber amoureuses,
17:22elles auraient eu des petits amis,
17:23elles auraient pu continuer leurs études,
17:25elles auraient eu un avenir brillant.
17:27Elles auraient fait partie
17:29du premier groupe
17:29de femmes intellectuelles de Taïwan
17:31et auraient pu éduquer
17:33la génération suivante
17:34et obtenir davantage de droits
17:35pour les femmes taïwanaises.
17:38Zero True,
17:39une réalisatrice taïwanaise
17:41connue pour ses films féministes,
17:43vient de consacrer
17:44un long métrage à cette histoire.
17:46Les clichés pris sur le tournage
17:48sont exposés dans le musée.
18:01Le film raconte l'histoire
18:03de trois femmes emprisonnées
18:05dans les années 1950
18:06et déportées dans la prison
18:08de Green Island,
18:09une île située au large de Taïwan
18:11dans l'océan Pacifique.
18:13Trois femmes dont le profil
18:15est basé sur des personnages réels.
18:25Avant de réaliser le film,
18:27j'ai fait beaucoup
18:28de recherches historiques.
18:30J'ai dû lire une trentaine de livres.
18:33Et bien sûr,
18:33j'ai vu beaucoup de photos.
18:36Parmi elles,
18:37il y avait celles de 14 prisonniers
18:39condamnés à mort.
18:44Ils étaient dans différentes prisons
18:46et sans se consulter,
18:48ils ont tous eu la même réaction
18:49avant leur exécution.
18:51Ils ont fait un sourire aux photographes.
18:54Leur intégrité
18:55et leur noblesse de cœur
18:56sont inimaginables.
18:58C'était des rebelles.
19:01J'ai mis cet esprit de résistance
19:04dans l'une de mes héroïnes.
19:08Je voulais que les spectateurs
19:10se demandent
19:10comment ils auraient réagi
19:11à leur place
19:12s'ils avaient été emprisonnés
19:14pour des raisons politiques.
19:27Bienvenue à l'avant-première
19:29du film Untold Her Story
19:31qui sort demain en salle.
19:35Et c'est au tour
19:36de la réalisatrice Zero Chu
19:38de fouler le tapis rouge.
19:43Ce soir,
19:44aux côtés de plusieurs victimes,
19:46un hôte de marque
19:47s'est déplacé,
19:48le vice-président taïwanais.
19:51Le second personnage de l'État,
19:53élu du Parti démocrate progressiste,
19:56est venu apporter son soutien
19:57au producteur du film,
19:59un ancien homme politique
20:00qui est aussi le fils
20:01d'une victime
20:03de la terreur blanche.
20:05Et maintenant,
20:06je vous invite tous
20:07à rejoindre la salle de projection.
20:09Merci.
20:09Merci à tous.
20:14Dans le film,
20:16vous constaterez que le dictateur
20:17est la seule source du mal
20:19pour les victimes
20:20et même
20:21pour les complices du régime.
20:27J'aimerais que les spectateurs
20:29comprennent la chose suivante.
20:33Tant que notre pays
20:35ne prend pas la mesure
20:36du mal infligé
20:37par l'ancien dictateur,
20:39justice n'aura pas été rendue.
20:43Si ce processus
20:44continue à être retardé,
20:46c'est toute notre démocratie
20:48qui en bâtira.
20:51Ce débat sur l'héritage
20:53de Chiang Kai-shek
20:54est une constante à Taïwan
20:56depuis la fin de la dictature.
21:041996,
21:06les premières élections libres
21:08se tiennent à Taïwan
21:09après 50 ans d'autoritarisme.
21:13C'est le fils du despote
21:15qui a souhaité
21:15cette transition démocratique
21:17en douceur,
21:18un moment historique.
21:24Et c'est son successeur,
21:25le candidat du parti nationaliste
21:27qui est élu,
21:28Li Tenghui,
21:29un technocrate
21:30né sur l'île.
21:33Le nouveau président
21:35vide les prisons
21:36et engage plusieurs réformes
21:37pour mettre fin
21:38au régime autocratique.
21:44Mais il faudra attendre
21:45l'alternance politique
21:47pour voir le visage
21:48de Chiang Kai-shek
21:49s'éclipser
21:50de l'espace public.
22:04La plupart des statues
22:05de l'île ont été déplacées
22:06dans ce jardin public
22:07dans les années 2000.
22:11Mais la figure du dictateur
22:12reste présente
22:13sur certains billets
22:14et certaines pièces de monnaie
22:16et cela ne devrait pas
22:17changer de si tôt.
22:27Refus catégorique
22:28du Kuomintang,
22:29le parti nationaliste,
22:31l'un des deux grands partis
22:32de l'île
22:33qui fait toujours trôner
22:34Chiang Kai-shek
22:35dans son hall d'accueil.
22:38Seul mouvement politique
22:40autorisé pendant la dictature,
22:42le Kuomintang refuse
22:43de désavouer
22:44son ancien mentor.
22:49Comme vous le savez,
22:51une commission a conclu
22:52qu'il fallait entièrement
22:53retirer Chiang Kai-shek
22:54de l'espace public
22:56taïwanais.
22:57Quelle est la position
22:58officielle du Kuomintang
22:59à ce sujet ?
23:07Je pense que le parti démocrate
23:09progressiste a déjà
23:10retiré suffisamment
23:11de statuts.
23:15Le Kuomintang pense
23:17qu'il ne faut pas oublier
23:19les nombreux apports
23:20de Chiang Kai-shek
23:21en raison de certains
23:23chapitres historiques.
23:26Ils ont déjà commencé
23:27à changer les livres scolaires.
23:29On n'enseigne plus
23:30l'histoire de la Chine,
23:31par exemple.
23:33On n'enseigne plus
23:34notre passé.
23:37Ce n'est pas bien.
23:39Cela aura des conséquences
23:41néfastes
23:41pour la nouvelle génération.
23:48Ces dernières années,
23:50le Kuomintang est devenu
23:51le champion de l'identité
23:53chinoise de l'île.
23:54Il promeut une attitude
23:56conciliante vis-à-vis de Pékin,
23:57l'ancien ennemi communiste.
24:01En 2015,
24:02le président Ma Ying-jeou,
24:04numéro un alors
24:05du parti nationaliste,
24:07était allé serrer la main
24:08du président Xi Jinping
24:09à Singapour.
24:11Une rencontre historique
24:12qui a fait polémique
24:13au sein même
24:14du Kuomintang.
24:18Alors que la jeunesse
24:19du parti se vit
24:20taïwanaise,
24:21la vieille garde soutient
24:22une unification rapide
24:24avec le continent.
24:29Beaucoup de gens considèrent
24:31que le mot Chine
24:31est un gros mot.
24:33Mais pour moi,
24:34c'est un atout
24:34parce que la Chine
24:36n'est pas le monopole
24:37du parti communiste chinois.
24:39La Chine,
24:39c'est 5000 ans d'histoire
24:40et les deux côtés
24:41du détroit de Taïwan
24:43appartiennent à la Chine.
24:44Donc, en réalité,
24:46ces deux côtés
24:46sont en état de partition.
24:49Mes idées ne sont peut-être
24:50pas majoritaires à Taïwan,
24:52mais je pense qu'au fond,
24:5340% de la population
24:54pense comme moi.
25:03Chinois ou Taïwanais,
25:05ou Taïwanais et Chinois,
25:07la question est régulièrement posée
25:09à la population de l'île.
25:11Alors qu'à la fin de la dictature,
25:13dans les années 1990,
25:1520% seulement de la population
25:17se déclarait taïwanaise
25:19à l'exclusion de toute autre identité,
25:22cette proportion est aujourd'hui
25:23largement majoritaire,
25:2664%.
25:28Quant à ceux qui se disent
25:29uniquement Chinois,
25:31ils ont aujourd'hui
25:32quasiment disparu.
25:37Jamais pourtant les deux économies
25:39n'ont été aussi imbriquées.
25:42Plusieurs centaines de milliers
25:43de Taïwanais travaillent sur le continent.
25:45Et la Chine absorbe 40%
25:48des exportations taïwanaises.
25:51Même au sein des milieux d'affaires,
25:53les regards se détournent
25:54désormais de la République populaire.
26:01Je m'appelle Robert Cao.
26:03Je suis l'un des pionniers
26:05du secteur des semi-conducteurs
26:06à Taïwan.
26:13Robert Cao, 75 ans,
26:15est le fondateur du groupe UMC.
26:1820 000 employés,
26:19le troisième groupe
26:20de semi-conducteurs au monde.
26:28En 1976,
26:30Robert Cao faisait partie
26:31du groupe de brillants ingénieurs
26:33envoyés aux États-Unis
26:34par le gouvernement taïwanais
26:36pour maîtriser
26:37cette technologie d'avenir.
26:39Elle est utilisée depuis
26:40dans la plupart des objets
26:42du quotidien.
26:43Voiture,
26:44ordinateurs,
26:45smartphones.
26:47Taïwan en détient aujourd'hui
26:49le quasi-monopole.
26:53Dans les années 2000,
26:55alors que la Chine
26:56s'ouvre au monde,
26:57Robert Cao participe
26:58à l'inauguration
26:59de la première usine
27:00de semi-conducteurs
27:01sur le continent.
27:03Ce grand collectionneur
27:04d'art chinois
27:05est proche alors
27:06du pouvoir de Pékin.
27:08Il milite
27:08pour l'unification.
27:12À l'époque,
27:13la situation
27:14de la Chine continentale
27:15était vraiment prometteuse.
27:18Le boom économique
27:19nourrissait la croissance
27:20du monde entier.
27:23On pouvait espérer
27:24que le pays
27:25devienne une démocratie.
27:27Aujourd'hui,
27:28tout le monde a compris
27:29que c'était une erreur,
27:35le détonateur
27:36de sa prise de conscience,
27:38ce sont les émeutes
27:39de Hong Kong
27:39en 2019.
27:42La ville avait été
27:43rétrocédée
27:43par le Royaume-Uni
27:44à la Chine
27:45en échange
27:46d'un statut à part
27:47qui préserve
27:48son identité démocratique.
27:50Un pays,
27:51deux systèmes.
27:54Mais au printemps 2019,
27:56le régime annonce
27:57une réforme
27:58qui rompt
27:58avec les promesses
27:59faites
28:00et mettra fin
28:01à la spécificité
28:02hongkongaise.
28:03Robert Zhao
28:04vit alors sur place.
28:12Le parti communiste chinois
28:14a fait appel
28:15à des gangs criminels.
28:17Et le 21 juillet,
28:19ils ont envoyé
28:19leur sbire
28:20dans la station
28:20de métro
28:21de Yuen Long.
28:22Ils ont battu
28:23des citoyens
28:24Hongkongais
28:24à coups de bâton.
28:37Ils voulaient leur faire peur
28:39pour que les manifestations
28:40s'arrêtent.
28:42Ce genre de hooliganisme
28:43m'a fait complètement
28:45désespéré
28:45du parti communiste
28:47chinois.
28:51Le milliardaire
28:52en est convaincu.
28:53En cas d'unification,
28:55Taïwan connaîtra
28:56le même destin
28:57que Hongkong.
29:00Il décide
29:01de rentrer dans l'île
29:02pour participer
29:03à la guerre,
29:04inévitable selon lui,
29:06et il a annoncé
29:07un don,
29:08100 millions d'euros
29:09pour la défense
29:09de Taïwan.
29:1430 millions
29:15financent déjà
29:15une école
29:16de formation
29:17à la défense civile,
29:18l'académie
29:19des ours noirs,
29:20l'animal emblématique
29:21de l'île.
29:28Sur un champ de bataille,
29:29il faut rester
29:30sur ses gardes
29:30en permanence.
29:31L'ennemi peut être
29:32près de vous
29:33sans que vous le sachiez.
29:34D'accord ?
29:36Restez sur vos gardes
29:37lorsque votre collègue
29:38soigne quelqu'un.
29:39Dites-lui de se dépêcher
29:40et dès que c'est fini,
29:42partez immédiatement.
29:42Ok ?
29:46Cet après-midi,
29:47ce pompier délivre
29:48un enseignement
29:49sur les blessures
29:50de guerre.
29:51Manipulation
29:52d'un garrot tourniquet,
29:54geste de premier secours,
29:56technique de lutte
29:56contre la désinformation
29:58en ligne.
29:59Le stage dure
30:00deux jours
30:01et depuis sa création
30:02en 2021,
30:04il affiche complet.
30:07« Lorsque vous avez
30:08terminé,
30:09levez la main
30:10et criez.
30:13Ok, super,
30:14tout le monde est rapide.
30:1730 secondes,
30:18c'est parfait. »
30:22À Taïwan,
30:23le service militaire
30:24est réservé aux hommes
30:25et se limite
30:26à quatre mois.
30:28Cette durée
30:29passera à un an
30:30à partir de 2024,
30:32mais peu de monde
30:33se sent préparé
30:34à faire face
30:35à une invasion.
30:36Et l'agression russe
30:37en Ukraine
30:38n'a rassuré personne.
30:43« Je pense qu'il faut
30:44toujours se préparer
30:46au pire.
30:47C'est comme souscrire
30:48à une assurance.
30:49Ici,
30:50je fais l'apprentissage
30:51de connaissances
30:52qui me permettront
30:53de réagir
30:53à une situation
30:54totalement inconnue
30:55et je pourrais
30:56en faire profiter
30:57mes proches.
31:01Je suis né
31:02dans les années 50,
31:04donc j'ai connu
31:05des temps difficiles,
31:06la loi martiale
31:07et je ne veux pas
31:08que Taïwan les revive.
31:13Aujourd'hui,
31:13il est évident
31:14que notre voisin
31:15veut faire de nous
31:15ses esclaves
31:16et c'est inacceptable.
31:25En un an,
31:273 000 personnes
31:27ont fait le stage.
31:29Pas suffisant,
31:30selon Robert Cao,
31:31qui a pour ambition
31:32de former
31:333 millions de citoyens
31:35et multiplie
31:36les interventions
31:36dans les médias
31:37contre les partisans
31:38de l'unification.
31:46Vous voulez vraiment
31:48transférer
31:48notre souveraineté
31:49au continent ?
31:51Nous élisons
31:52notre président.
31:53Nous sommes
31:54des citoyens égaux.
31:55Vous voulez vraiment
31:56vivre sous un régime
31:57autocratique ?
31:58Il faut s'unir
32:00et si la guerre arrive,
32:02combattre comme les Afghans
32:03face aux Russes
32:03et face aux Américains.
32:08Et pour unir
32:09les citoyens de l'île
32:10et clarifier les choses,
32:12le milliardaire
32:12se déclare partisan
32:13de l'impensable.
32:17Changer la constitution
32:18pour changer
32:19le nom du pays
32:20qui s'appelle toujours
32:21République de Chine
32:23en Taïwan.
32:25Mais Pékin a prévenu
32:27ce pas symbolique
32:28vers une indépendance
32:29officielle,
32:30c'est la guerre.
32:34Si une très grande
32:35majorité de Taïwanais
32:37ne veut pas
32:37de l'unification,
32:39ils sont tout aussi
32:40nombreux à préférer
32:41le statu quo,
32:42à ne pas vouloir
32:43provoquer la Chine,
32:45surtout dans les territoires
32:46les plus proches
32:47du continent,
32:48comme ici,
32:49à Kinmen.
32:53C'est un confetti
32:55de terre
32:55enclavé en zone rouge,
32:57une collection
32:58d'îles distantes
32:59de quelques kilomètres
33:00seulement
33:01des gratte-ciels
33:02de la République
33:03populaire de Chine.
33:06L'archipel de Kinmen,
33:08autrefois appelé
33:09Chemoy,
33:10a connu la guerre,
33:12la vraie,
33:12avec son lot
33:13de destruction.
33:14C'était dans
33:15les années 50.
33:22Point de tension extrême
33:23dans les relations
33:24internationales,
33:25Chemoy vit isolé
33:27derrière un rideau
33:28d'obus
33:28que déversent
33:29les batteries côtières
33:30de la Chine communiste.
33:32L'hôpital militaire
33:33abrite beaucoup
33:33de blessés
33:34qui n'avaient pas
33:34d'uniforme.
33:36Les rues et les maisons
33:37de l'île
33:37portent la marque
33:38de la guerre.
33:39Les rues et les plus
34:01d'un du bon
34:09Dans cette maison, nous avons reçu plusieurs obus.
34:14Deux sont tombés devant, sur la façade.
34:18Un autre a traversé le plafond au troisième étage.
34:22Et juste là, dans la cour, trois autres obus sont tombés.
34:34Lorsque l'obus a éclaté, un éclat a brisé mon avant-bras gauche.
34:38Il s'est complètement séparé de mon corps.
34:42J'ai dû subir trois opérations pour le recouvre.
34:47Mais le plus grave, ce n'est pas ça.
34:49Le plus grave, c'est ici, à la hanche.
34:52Vous voyez ? Il n'y a plus d'eau ici.
35:00Natif de l'île, officier de carrière, Lin Matang a connu Kinmen pendant la guerre froide.
35:11L'archipel était alors directement placé sous autorité militaire.
35:16Cent mille soldats stationnés dans un immense réseau de bunkers.
35:26Des obus pleuvaient de part et d'autre, un jour sur deux, jusque dans les années 1970.
35:32Kinmen était alors l'avant-poste de Taïwan.
35:41Quand soufflent les vents favorables, d'énormes ballons emportent vers le continent communiste,
35:46situé à moins de 5 km, de menus produits destinés à saper le moral de l'adversaire.
35:51Il doit ainsi tomber du ciel sur la côte communiste,
35:55plus de paquets de biscuits, de tubes de pâte dentifrice,
35:58de sous-vêtements féminins enveloppés dans le portrait de Chiang Kai-shek,
36:02qu'il n'est tombé de manne sur la tête des Hébreux.
36:07Et pour faire bonne mesure, 15 heures par jour,
36:10de puissants haut-parleurs vont porter jusqu'à l'intérieur des terres communistes
36:14la ration quotidienne des accusations nationalistes contre le régime de Pékin.
36:32En 1994, l'immense majorité des soldats est partie,
36:37et des millions de touristes les ont bientôt remplacés, venus de Chine continentale.
36:45Pékin fournit désormais l'eau aux îles et a même proposé de bâtir un pont.
36:51Les habitants de Kinmen applaudissent, vétérans en tête.
37:00Ils n'arrêtaient pas de nous hurler dessus, 24 heures sur 24.
37:04Et on faisait la même chose.
37:09On nous avait appris à les haïr.
37:12Et maintenant, on a plein d'amis, de la famille de l'autre côté du Détroit.
37:19Ils viennent souvent nous rendre visite avec le ferry.
37:25Partisans de la Chine, partisans de l'unification,
37:29Lin Matang se vit surtout en partisans de la paix.
37:34Pas question de provoquer le puissant voisin.
37:37Pas question de voir les menaces du régime communiste,
37:40formulées très officiellement à la télévision d'État chinoise,
37:44mises à exécution.
37:48Il n'y a qu'une seule Chine dans le monde.
37:51Et Taïwan est une partie inaliénable du territoire de la République populaire de Chine.
37:58La Chine s'oppose fermement à toute forme d'interaction
38:01entre la région de Taïwan
38:03et d'autres pays qui ont des liens diplomatiques avec la Chine.
38:08Nous prévenons les autorités de Taïwan une nouvelle fois.
38:12La moindre action de leur part qui interromperait le cours de l'histoire
38:16sera rejetée par le peuple chinois.
38:22La Chine ne laissera jamais Taïwan proclamer son indépendance.
38:26Tous ses dirigeants rêvent d'accomplir la réunification pendant qu'il est aux affaires
38:30pour laisser une trace dans l'histoire.
38:32Un pays, deux systèmes bien sûr.
38:35Sinon ce sera la guerre.
38:39Est-ce que vous parlez politique avec vos enfants ou vos petits-enfants ?
38:46Non, pas vraiment.
38:47C'est un phare là.
38:58Le patriarche saura-t-il un jour si sa progéniture est d'accord avec lui ?
39:01Sans doute serait-il surpris.
39:16A Taïwan, 83% des jeunes de 18 à 29 ans déclarent se sentir uniquement Taïwanais.
39:26Née après la levée de la loi martiale, cette génération de millennials
39:29tourne plus volontiers ses regards vers le Japon,
39:32la Nouvelle-Zélande ou l'Europe que vers la Chine.
39:40Elle ne craint ni de prendre la parole,
39:43ni de se moquer ouvertement de la Chine continentale et de sa propagande.
39:48Sur les réseaux sociaux ou par le biais de vidéos parodiques.
39:58Bonjour et bienvenue à la conférence de presse du ministère des Affaires étrangères
40:02à destination des médias chinois et étrangers.
40:06Tout dans cette satire ressemble à l'original.
40:10À un détail près, les drapeaux rouges affichent des visages de Winnie Lourson,
40:15l'avatar caricatural du président chinois Xi Jinping.
40:19À part ça, tout est crédible.
40:23Je n'ai rien à répondre à cette question médiocre.
40:26Question suivante.
40:30La vidéo a été produite dans ce studio de Taipé par cette jeune femme.
40:39Sandra Ho, 29 ans, est une figure montante du paysage médiatique taïwanais.
40:49Le panneau situé au-dessus du porte-parole indique normalement les abréviations de leur ministère.
40:58Mais nous avons choisi délibérément d'écrire « ministère de Winnie Lourson ».
41:03Ils disent toujours qu'il faut appliquer les ordres du parti.
41:06Et là, ils appliquent les ordres de Winnie.
41:10Nous savons que ce mot « Winnie » est complètement banni de la grande muraille numérique chinoise.
41:15Et c'est évidemment plus intéressant pour nous et encore plus drôle d'utiliser Winnie le plus possible dans nos
41:22sketchs.
41:26Sandra Ho a eu l'idée de cette parodie lors d'un voyage d'étudiants en Chine, financé par Pékin.
41:32Elle y découvre l'ampleur de la propagande sur les chaînes de télévision autorisées et commence à les imiter.
41:39Succès fulgurant.
41:42La chaîne ICTV, référence à CCTV, la chaîne publique chinoise, compte 1,2 millions d'abonnés sur YouTube.
41:52Multipliant les formats, l'émission est devenue un phénomène de société.
42:01Les gens ont pris conscience que la guerre était possible, notamment depuis le déclenchement du conflit en Ukraine.
42:08Et cela angoisse tout le monde.
42:14Il est impossible de prévoir quand elle pourrait se déclencher.
42:19Et pourtant, il faut continuer à vivre.
42:23Notre programme sert de catharsis.
42:25Il permet aux gens d'exprimer leurs émotions.
42:37Notre nationalité officielle est celle de la République de Chine, donc c'est écrit République de Chine sur notre passeport.
42:44Mais comme tout le monde nous connaît sous le nom de Taïwan au niveau international, c'est aussi écrit Taïwan.
42:50La situation ubuesque de Taïwan et son histoire chaotique sont une autre source d'inspiration.
42:57Le programme le plus populaire de la chaîne se moque d'une autre dictature, celle de Chiang Kai-shek.
43:03Bonjour à tous.
43:04Bonjour à tous.
43:05Bienvenue dans notre programme spécial pour la fête nationale.
43:08Aujourd'hui, nous enregistrons ce journal télévisé depuis le lieu de sépulture de notre défunt président Chiang Kai-shek.
43:13En cette année d'épidémie et de guerre, nous sommes heureux de bénéficier de la protection des esprits de notre
43:18président.
43:21Je vous invite à chanter les louanges de la mère patrie et de la Chine libre.
43:24Veuillez vous lever, surtout ceux qui ne se sont pas levés avant.
43:40Ce ton mordant et engagé, la marque d'une maturité démocratique, est celui de toute une génération.
43:48Il est né lors du mouvement des tournesols en 2014, dont Sandra Ho a été témoin direct.
43:57A l'époque, plusieurs centaines d'étudiants envahissent le parlement taïwanais
44:01pour protester contre un projet de loi du gouvernement d'alors dirigé par le Kuomintang.
44:07Ils prévoyaient un accord de libre-échange avec la Chine communiste, première étape vers l'unification.
44:13La jeunesse prend symboliquement le pouvoir, c'est un tournant majeur.
44:23La conséquence la plus importante de ce mouvement, selon moi,
44:27est que les gens se sont dit que la politique était une chose importante, dont il faut s'occuper.
44:34Et certains d'entre nous ont commencé à œuvrer pour une implication plus grande des jeunes en politique
44:39pour que nos voix puissent être entendues dans le débat public.
44:48L'occupation du Parlement dure trois semaines et s'achèvera pacifiquement
44:53avec l'abandon du projet de libre-échange.
44:58Deux ans plus tard, Taïwan élira une nouvelle présidente, démocrate progressiste, Tsai Ing-wen.
45:05Son gouvernement comprendra plusieurs figures du mouvement des tournesols.
45:20C'est le cas de la ministre des Affaires numériques, Audrey Tang, 41 ans,
45:26haqueuse, autodidacte et transgenre.
45:29Elle symbolise à elle seule les innovations de la démocratie taïwanaise.
45:43Pourquoi est-ce que vous filmez notre entretien ?
45:47Nous croyons en la transparence et en l'ouverture vis-à-vis de nos concitoyens.
45:53Toutes nos rencontres avec des visiteurs et des journalistes se conforment à la même règle.
45:59Cela permet à tous de connaître la façon avec laquelle s'est déroulée l'interview,
46:03mais aussi de pouvoir l'utiliser librement et gratuitement selon le principe des licences Creative Commons.
46:12Cet idéal de transparence radicale, Audrey Tang l'a appliqué avec succès
46:17pendant la première épidémie de Covid en 2020.
46:24Plutôt que de confiner la population,
46:27les autorités taïwanaises ont alors misé sur l'intelligence artificielle
46:30et le partage des informations.
46:34Audrey Tang a ainsi coordonné une initiative lancée par des hackers,
46:39une cartographie des stocks de masques du pays en temps réel.
46:45Résultat, une des proportions de mort les plus faibles au monde à l'époque,
46:49mieux que la Chine et ses méthodes autoritaires.
46:55Sur Internet, le visage de la ministre et ses nombreux mèmes
46:59sont devenus la meilleure publicité du pays.
47:14Bonjour, je m'appelle Audrey Tang, ministre des Affaires digitales de Taïwan.
47:19Je suis heureuse de partager avec le monde entier notre recette d'une bonne démocratie digitale.
47:24Dans cette fausse recette du bubble tea,
47:27la ministre met en avant un site Internet
47:29où tous les citoyens taïwanais, même les plus jeunes,
47:33peuvent participer à l'élaboration des lois
47:35et proposer des initiatives populaires.
47:38La moitié de la population aurait déjà consulté le site.
47:42On a banni l'usage des pailles en plastique
47:44à la suite d'une initiative populaire.
47:47C'est ça l'esprit de la démocratie digitale taïwanais.
48:06Premier membre transgenre d'un gouvernement au monde,
48:11anarchiste revendiqué,
48:13Audrey Tang a élaboré une définition originale de l'identité taïwanaise.
48:19Nous sommes une société d'immigrés,
48:21c'est-à-dire que le père de mon père, par exemple,
48:24est venu de la province chinoise du Sichuan.
48:28Ma grand-mère paternelle, elle, est venue de la ville de Lugan.
48:39On peut donc dire que plusieurs mémoires cohabitent à Taïwan
48:41et plusieurs langues.
48:43Nous avons 20 langues nationales.
48:46Comment vivre en harmonie avec une telle diversité ?
48:49Cette question forme une partie importante de notre identité.
49:03Moi-même, je me définis comme non-binaire en termes de genre.
49:07Et officiellement, je n'ai aucune orientation politique.
49:13Plusieurs cultures, plusieurs genres et plusieurs générations fusionnent.
49:18Et pour moi, ce sont les consensus que nous concluons
49:21pour surmonter nos conflits
49:22qui définissent notre identité.
49:30Taïwan subit tout le temps des tremblements de terre.
49:33Trois petits séismes en moyenne tous les jours.
49:36Et ces séismes ont entraîné la formation du Mont Jade,
49:39notre point culminant qui continue à grandir.
49:42En d'autres termes, c'est notre résilience au conflit
49:44qui nous permet de créer des valeurs communes.
49:47C'est ça, pour moi, la vraie identité.
49:57Pays le plus démocratique d'Asie,
50:00selon le classement du magazine The Economist,
50:02Taïwan pointe au huitième rang mondial
50:05devant l'Allemagne et devant la France.
50:08L'île fait figure de modèle et de refuge.
50:17Ils peuvent ici danser et aimer sans crainte.
50:23Taïwan est le premier pays d'Asie
50:25à avoir légalisé le mariage
50:27entre personnes de même sexe en 2019.
50:31La Marche des Fiertés de Taïpé
50:33est la plus populaire du continent,
50:36120 000 participants en 2022.
50:4635 ans seulement après la levée de la loi martiale,
50:50la trajectoire de Taïwan force le respect
50:53et inspire des artistes comme la réalisatrice Zero True,
50:57venue braver la pluie avec sa partenaire.
51:06Ce genre d'atmosphère me rend fière de mon pays.
51:15J'aime vraiment le fait que Taïwan ait été capable
51:17d'en finir avec le culte de l'homme fort.
51:21Un grand pays n'a pas besoin d'un homme providentiel.
51:25Il a besoin d'une société de citoyens.
51:29C'est ça, une société adulte.
51:37Cette identité ouverte,
51:40brandie en étendard,
51:41apporte un souffle d'optimisme.
51:45suffira-t-elle à tenir à distance
51:46les appétits de Pékin ?
51:48pour leur dire,
51:49on ne croire si jamais
51:52à dire,
51:54on ne croire.
51:58On ne croire pas mon groupe
52:01au courant s'ils,
52:02à dire.
52:06Sous-titrage Société Radio-Canada
52:08J'enons
52:08J'enons
52:08J'enons
52:12J'enons
52:41Sous-titrage MFP.
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