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  • il y a 1 jour
L'invasion de la France par l'armée allemande en mai 1940 et la défaite foudroyante de l'armée française étaient plus que prévisibles, elles étaient inévitables. La démonstration en a été faite par un grand historien incorporé lors des quelques semaines de combats qu'il a vécues de près, dont le livre clairvoyant, L'Etrange Défaite, lui vaut aujourd'hui d'être accueilli au Panthéon.

Il y dénonçait la pensée immobile, l'arrogance aveugle, la bêtise des fats du haut commandement français avant et pendant le désastre, le plus tragique et le plus humiliant de notre longue Histoire.
Ce film déroule au jour le jour, pas à pas, les évènements sur le terrain qui ont mené à la débandade de l'armée française, alors considérée comme la plus puissante du monde. Tout se passe du 10 mai au 10 juin 1940, jour de la percée allemande définitive sur la Somme.

Toute une série de décisions malheureuses, sous le commandement du général Gamelin, vite remplacé par Weygand par Paul Reynaud, n'avaient pu en aucun cas remédier à l'impréparation stratégique, matérielle et logistique de nos armées. Face à l'assurance passive des disciples du Maréchal Pétain, en retard d'une guerre, misant tout sur la défensive, avec des canons face aux blindés allemands, le Blitzkrieg ne pouvait guère échouer.

Réalisé et raconté par : Jean-François Delassus / Conseiller historique : Yves le Maner / Montage : Caroline Lefevre / Musique originale : Bruno Alexiu / Année : 2002 / Durée : 59' / Coproduction : Dargaud Marina / France 3 Nord-Pas-de-Calais Picardie / CRRAV

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Transcription
00:00Très émouvant de revenir là où tant d'hommes sont tombés pour rien.
00:06J'ai tellement envie de copains à mourir que ça me bouleverse.
00:11Ça me bouleverse.
00:14Là, vraiment, j'ai eu peur, vous savez.
00:17J'ai eu très, très peur parce que, inofficiellement, ça hurle.
00:25Ça hurle.
00:26J'ai eu très peur en Belgique.
00:29Un jour, je souhaite, je n'ai pas de plus.
00:34On s'y fait, vous savez, on s'y fait.
00:36On nous a eu très peur.
00:38Et à la fin, on a eu tellement, tellement peur qu'à la fin, on n'a plus peur de
00:43rien.
00:47Nous vivons en paix depuis 50 ans.
00:52La guerre n'existe plus qu'à la télé, avec des images qui viennent de chez les autres.
00:59Et pourtant, un jour, elle est passée devant nos portes.
01:03Un tourbillon d'une violence inouïe, des villes rasées en quelques minutes, des landos dans les fossés, des chevaux éventrés.
01:09Cette barbarie, nos grands-parents, nos parents l'ont connue.
01:14Mai 40, le printemps le plus beau du siècle.
01:17Ce printemps-là a été un enfer.
01:20Un enfer dont on n'a pas idée.
01:22Un enfer dont on a perdu l'idée.
01:43En mai 1940, la France a connu la raclée la plus terrible de son histoire.
01:49L'enchaînement des faits sur les terrains est mal connu.
01:52Les vraies raisons de l'effondrement ont été masquées par des images d'épinales.
01:56Des colonnes de panseurs traversant les champs de blé, doublant l'accueil des charrettes et des vélos.
02:03Des soldats blonds et souriants, en face desquels des soldats français fuyaient comme des lapins.
02:09Des colonnes de prisonniers goguenards et soulagés.
02:12Bref, une guerre propre et rapide.
02:15Ces images ont été répandues dans la mémoire collective par la propagande nazie et par le régime de Vichy.
02:23Ensuite, elles ont été reproduites au cinéma par des comédies bouffonnes.
02:28La réalité, au contraire, est effrayante de brutalité.
02:31On s'est beaucoup battus.
02:33Et elle est effarante d'absurdité.
02:35Tant les erreurs du commandement français ont été nombreuses.
02:39Nos chefs affirmaient que l'armée française ne pouvait pas être vaincue.
02:43Elle est bousculée, balayée, anéantie en un mois.
02:48En quelques semaines, en quelques jours, dans le nord de la France, tout est joué.
02:54Comment cela ?
02:57Pourquoi ?
03:14Lorsque Hitler a envahi la Pologne en septembre 1939, la France et l'Angleterre ont déclaré la guerre à l
03:19'Allemagne.
03:20Mais notre armée ne bouge pas.
03:22De septembre 1939 à mai 1940, elle vit crosse aux pieds.
03:27Huit mois d'une drôle de guerre, huit mois de routine et d'ennui, à l'abri de la ligne
03:31Maginot.
03:33La fameuse ligne Maginot, qu'est-ce que c'est ?
03:36Ce n'est pas une fortification continue, mais une ligne de gros ouvrages espacés,
03:41entre lesquels courent des barrages anti-chars et stationnent des troupes d'intervalle.
03:48La ligne Maginot fixe ainsi un million d'hommes et la moitié de nos chars, c'est beaucoup.
03:54C'est d'autant plus qu'il faut protéger notre frontière du nord, car la ligne est trop courte.
03:59Elle s'arrête au pied du massif des Ardennes, considérée comme un obstacle infranchissable.
04:08Des troupes allemandes sont pourtant passées par là en 1914.
04:12La ligne s'arrête là aussi, parce qu'à partir des Ardennes, notre frontière n'est plus commune avec l
04:18'Allemagne, mais avec la Belgique, pays neutre.
04:22Nos dirigeants estiment que c'est une protection suffisante.
04:26La Belgique était neutre en 1914.
04:29Cela n'a pas empêché les Allemands de l'envahir pour envahir la France.
04:35Enfin, en 1939, notre stratégie est encore celle de la Grande Guerre.
04:40Une guerre de position, purement défensive.
04:43Les Français sont encore traumatisés par la saignée de 1914-1918.
04:47Seulement 20 ans plus tôt, des hommes vont à la guerre pour la deuxième fois.
04:52Les fils partent avec la mémoire du carnage que leurs pères leur ont transmise.
04:57Ils acceptent la mobilisation avec une sorte de courage résigné.
05:01Et ce ne sont pas les longs mois d'attente de la drôle de guerre qui leur ont donné du
05:05ressort.
05:06Le 3 septembre 1939, pourquoi ?
05:11Parce qu'on n'a pas attaqué à ce moment-là.
05:13Il n'y avait pas d'Allemands dans les frontières.
05:15Tous étaient en Pologne.
05:17On avait une chance, disons, d'envahir la rue ou l'Allemagne.
05:26Et pourquoi on n'a pas fait à votre avis ?
05:28Nous n'en vions pas de Rommel dans notre état-major.
05:33Nos généraux avaient 70 ans.
05:36Il y avait des généraux de 50 ans en Allemagne.
05:42Soudain, la guerre cesse d'être drôle.
05:46Tragédie en cinq actes.
05:57Cela commence avant l'aube, dans le silence, par un exploit.
06:02La prise du fort de Ébénémal, qui défend la ville de Liège et de Deupont sur le canal Albert, par
06:08des planeurs.
06:10Ce fort enterré, considéré comme le plus puissant du monde, est réduit à l'impuissance en un quart d'heure
06:16par une poignée de soldats.
06:22Le millier de soldats belges enfouis en dessous sont enfumés par des conduits d'aération et devront se rendre.
06:37Les nazis avaient le sens de la propagande.
06:40Leurs caméramans ont filmé, voire mis en scène, leur guerre.
06:44Les français avaient interdit les caméras sur le front et n'ont rien filmé.
06:48D'ailleurs, filme-t-on une défaite ?
06:51Aussi, la quasi-totalité des images de ce mois de guerre est allemande.
07:11Les Allemands ont massé sur les frontières belges-hollandaises un million de combattants et trois mille chars.
07:16Ce sont à peu près les mêmes chiffres de notre côté.
07:19Mais tandis que nos troupes sont alignées en cordon sur mille kilomètres,
07:23les troupes allemandes sont concentrées sur quelques axes, en fer de lance, pour une guerre de mouvements.
07:30Les troupes belges et hollandaises connaissent un réveil brutal.
07:34Elles refluent presque aussitôt pour ne pas être écrasées.
07:38Ensuite, elles ne cesseront de reculer.
07:41En plusieurs vagues de mille appareils, la Luftwaffe cloue au sol les aviations belges et hollandaises.
07:47Elles déversent ces bombes sur les aérodromes et sur les nœuds ferroviaires français.
07:59Des parachutistes, une nouveauté, sont lâchés au-dessus des points stratégiques.
08:07L'attaque surprise est d'autant plus malvenue que la France sort d'une crise gouvernementale.
08:13Et l'Angleterre change de premier ministre.
08:16Un homme fort arrive au pouvoir, Winston Churchill.
08:19On ne peut pas en dire autant du chef du gouvernement français, Paul Reynaud.
08:23Reynaud songeait à limoger le commandant en chef, Gamelin.
08:26L'attaque allemande sauve Gamelin.
08:30Le généralissime applique le plan prévu de longue date.
08:34Entrer en Belgique et créer une ligne de front au milieu de son territoire.
08:39Ce plan permettait de faire la guerre chez les Belges, au lieu de la faire chez nous.
08:44Il prévoyait donc que les Allemands attaqueraient par la Belgique.
08:48Les Allemands attaquent là où ils sont attendus.
08:51Parfait, Gamelin se frotte les mains.
08:53Dès 6h30, ils donnent l'ordre à quatre armées d'entrer en Belgique.
08:59Le grand état-major allemand se frotte les mains encore plus.
09:02Ses adversaires font exactement ce qu'ils voulaient qu'ils fassent.
09:06Se jeter dans le piège qui leur tend.
09:10En effet, quel est le plan allemand ?
09:13Ils proposent de commencer par une attaque en Belgique,
09:16justement parce qu'elle va y entraîner l'entrée des troupes alliées.
09:21Mais la grande masse des Panzers serait concentrée dans le sud,
09:25traverserait le massif des Ardennes là où on ne les attend pas,
09:29percerait la ligne de défense française là où s'arrête la ligne Maginot,
09:33puis foncerait vers la mer.
09:35Abbeville est l'objectif de ce coup de faux.
09:39Une fois la ville atteinte,
09:40les armées françaises, belges et anglaises seraient prises au piège.
09:44Il n'y aurait plus qu'à fermer le filet.
09:49C'est quasiment un coup de poker.
09:51Son as des chars, le général Guderian, est dans le coup,
09:54alors Hitler fait sien à ce plan.
09:59Le piège peut marcher d'autant mieux
10:00que notre plan de défense néglige les Ardennes
10:03et envoie nos meilleures unités au nord,
10:05jusqu'en Hollande,
10:07donc très loin du point d'impact principal de l'attaque allemande.
10:10Les Allemands laissent monter ces unités.
10:12Pas une bombe de la Louvre-Vafeu qui se déchaîne partout ailleurs ce jour-là.
10:17Pas une seule bombe ne leur coupe la route.
10:21Nous étions survolés par les soukasses.
10:24Les soukasses qui faisaient un bruit d'enfer en piquant sur nous.
10:28Jamais que nous n'avons été mitraillés par les soukasses.
10:31Ils auraient pu tirer sur nous.
10:34Non, on n'aurait jamais tiré sur nous.
10:36C'était des amis.
10:37Ainsi, Gamelin ne voit pas le danger.
10:41Il est ravi que ses troupes s'approchent en bon ordre des positions prévues.
10:53Au sud,
10:55les troupes belges ont reçu l'ordre étrange
10:58de se retirer des Ardennes pour laisser la place aux Français
11:01qui n'y sont pas encore arrivés.
11:06Les avant-gardes allemandes
11:07peuvent occuper le terrain vide
11:09en toute tranquillité.
11:17Les troupes de la 9e armée française
11:19tardent en effet à arriver dans les Ardennes
11:22car les véhicules manquent.
11:26Et puis il y a au-dessus l'aviation allemande.
11:28Les Stukas font leur entrée en scène,
11:31jettent les hommes dans les fossés,
11:34pour des raisons incompréhensibles.
11:36Nous n'avons quasiment pas de batterie anti-aérienne
11:39et notre aviation, dispersée sur tout le front,
11:42est quasiment absente.
11:44Nous n'avions presque pas d'avions.
11:46La preuve, c'est qu'on n'en voyait pas,
11:47on voyait les avions allemands,
11:48mais on ne voyait pas d'avions français.
11:50Vous n'avez jamais vu la chasse française ?
11:51Jamais.
11:52Même en Hollande, je n'ai jamais vu d'avions français.
11:54Mais parce qu'il n'y avait pas d'avions.
11:58Les Allemands avaient trois ou quatre fois plus d'avions que nous.
12:02On nous a interdits de tirer.
12:04Pourquoi ?
12:04Il ne fallait plus tirer sur les avions.
12:07Parce qu'il ne fallait pas attirer l'attention des avions,
12:10comme s'ils ne nous voyaient pas.
12:12Au début, l'aviation franco-britannique est dirigée en priorité
12:17contre les ponts qui n'ont pas été détruits
12:18ou les pontons flottant des Allemands,
12:21comme à Maestricht.
12:23Ce baptême du feu est tragique.
12:26Un appareil sur trois ne revient pas.
12:31Nous ne savions pas que les Allemands avaient une artillerie antiaérienne
12:34aussi importante et efficace.
12:36La flaque a fait du balle-trappe.
12:39D'autant plus que le principal appareil d'attaque français
12:42était conçu pour le vol rasant.
12:45La DCA allemande l'a chassée du ciel dès la première rencontre.
13:00L'armée hollandaise est laminée.
13:02Elle va bientôt capituler.
13:04À Breda, certains de nos soldats sont face aux Allemands
13:07qui viennent les observer d'assez près.
13:10Personne ne tire.
13:12Mais les Allemands, certainement, ils n'avaient pas l'ordre d'attaquer.
13:16Ils nous surveillaient avec les sitcars
13:20à tel point que je disais au capitaine
13:24« Nous avons des fusils mitrailleurs qui sont vraiment au point.
13:30À 200 m, on peut les foutre en l'air, les sitcars allemands. »
13:33Ah non, surtout pas.
13:34Il ne fallait pas tirer.
13:36On se demandait même s'il y aurait eu une guerre.
13:40C'était la guerre, pourtant.
13:42Vos officiers n'avaient pas l'ordre du quartier général de tirer.
13:45Ah non.
13:47Pendant ce temps, la Wehrmacht pénètre dans Liège.
13:52Sur la place de Breda, il y avait un camion français
13:57avec toutes les musiques dedans
13:59parce qu'on devait faire concert à Breda
14:01pour les habitants et pour nous.
14:04Imaginez les Allemands quand ils ont ouvert les portes,
14:08qu'ils ont vu des enseignements de musique.
14:11La situation en Belgique est si mauvaise
14:14que le commandement français stoppe ses opérations
14:17dans le sud de la Hollande.
14:19À peine sont-elles arrivées
14:20que nos troupes sont sommées de se replier en Belgique.
14:24Cette fois, elles repartent sous le pilonnage de l'aviation allemande.
14:32C'était la pagaille complète.
14:35On se dirigeait vers le sud
14:38et on rencontrait des régiments ceci, des régiments cela.
14:41« Ah, toi, t'es mon régiment.
14:43On va faire le recul ensemble, etc. »
14:46Tout ça à pied ?
14:47Tout ça à pied.
14:48Mais alors, en abandonnant du matériel ?
14:51Tout.
14:51C'est-à-dire ?
14:52C'est-à-dire nos camions,
14:55nos...
14:56un canon de 25 avec la geniette.
14:59C'est là, au centre de la Belgique,
15:02que nos fantassins se trouvent face à une force mécanisée,
15:05comme le monde n'en avait alors jamais vu.
15:07Quand on avait arrivé les chars,
15:09c'est très, très impressionnant.
15:13Là, les copains,
15:14on a essayé de tirer sur ces chars avec nos fusils,
15:17c'était pas la peine.
15:18Ou alors, il faudrait avoir eu des...
15:20des bazookas ou quelque chose comme ça
15:22pour lui tirer dessus,
15:23qu'on n'en avait pas, hein.
15:24On avait que des grenades,
15:25c'était pas suffisant.
15:26Et les chars sont arrêtés à 25 mètres,
15:28ils ont commencé à nous tirer dessus.
15:32Dans les Ardennes,
15:33le retard dans la mise en place des unités s'aggrave.
15:36Les fins de parcours se font à pied.
15:38L'arrivée du matériel tarde
15:40à cause de l'exode qui obstrue les routes.
15:42Dès le premier jour de la guerre, en effet,
15:45les civils belges se sont mis à fuir.
15:47Le 12 mai 1940,
15:51les populations des petits villages des environs
15:54aient pris littéralement de panique
15:57en souvenir des faits qui se sont déroulés en 1914-18.
16:02On se sauve.
16:03On se sauve parce qu'on a peur des Allemands.
16:05En 1914, ils avaient brûlé les maisons
16:07et ils tuaient les bêtes, hein.
16:09Ah oui, ils tuaient les bêtes pour manger.
16:10Il fallait qu'ils mangent, il fallait qu'ils boivent.
16:11Ils vidaient les caves à vin, hein.
16:13On a fait comme tout le monde.
16:15Sans regret, les vaches étaient, on sait où,
16:17le chien était là, les cochons étaient enfermés,
16:19on est partis.
16:19Tout à l'abandon, monsieur.
16:20Comme ça.
16:21Maman a simplement pris la clé,
16:22l'a mis dans son tablier, c'est tout.
16:23Tout restait comme ça.
16:25Fenaire ouverte le poil à lui, tout.
16:26Et tout possesseur d'un moyen quelconque,
16:30de locomotion, une charrette, une brouette, n'importe quoi,
16:34se sauve.
16:36Et ils passent la frontière en même temps que les Français qui refluent.
16:40Il y avait des colonnes entières de soldats français
16:43qui étaient montées pour prendre, disons,
16:46certaines positions dans le sud de la Belgique.
16:50Et ils n'ont pas eu le temps de se mettre en place.
16:53Ils ont été débordés par les colonnes de blindés allemands.
16:58Ils ont reçu l'ordre de repartir.
17:01Dans les Ardennes, le 12 mai au soir,
17:04cette division Panzer s'approche de la Meuse,
17:07quasiment incognito.
17:08Et pourtant, depuis le 10 mai,
17:12les colonnes allemandes, 40 000 véhicules,
17:15chars, automitrailleuses, camions,
17:17ont traversé le Luxembourg et les Ardennes belges
17:20en suivant un réseau de quatre petites routes.
17:24C'est un des plus fantastiques embouteillages de l'histoire.
17:28Les convois sont bloqués sur 250 kilomètres.
17:32La nuit, ils avancent tout feu allumé.
17:35Nos avions d'observation n'ont pas pu ne pas remarquer
17:38ces longues tentacules.
17:40Quelle cible !
17:41Et pourtant, pas une seule attaque aérienne alliée
17:45n'est venue prendre ces colonnes en enfilade.
17:49C'est que notre grand commandement vivait avec l'idée
17:52que le massif forestier des Ardennes
17:54ne pouvait être traversé par une armée mécanisée.
17:57Notre état-major souffrait d'une maladie grave,
18:01le mépris du renseignement.
18:03Il aurait pourtant suffi d'aller sur place et de voir.
18:06Les Français avaient fait sauter le pont ici.
18:09Ils ont traversé le village.
18:12Il y avait une pâture qui était libre à 100 mètres d'ici.
18:17Ils ont traversé.
18:17Ils ont pratiquement fait deux voies de roulement.
18:20Ils ont traversé la rivière qui était peu profonde.
18:24Et ils sont montés à travers ce champ.
18:26Il y avait un flot ininterrompu de camions,
18:30de canons et de militaires.
18:34Après avoir passé la rivière ce mois,
18:38l'avant-garde des chars est passée par ici
18:41et a continué par ce chemin forestier
18:43que vous voyez ici de côté.
18:47Notre grand état-major ignorait que les forêts des Ardennes sont exploitées,
18:51que de ce fait elles sont striées de chemin,
18:53certains empiérées,
18:54que les arbres y forment une couverture parfaite
18:57et que par beau temps,
18:59les traversées pouvaient être une simple promenade militaire.
19:07Nos chefs pensaient que si par extraordinaire
19:10les blindés allemands franchissaient les Ardennes,
19:12comme le disait Pétain,
19:14il sera toujours temps de les coffrer à la sortie.
19:28Mais face à cette division Panzer,
19:33face à des professionnels aguerris
19:35menés par des chefs comme Rommel et Guderian,
19:38qu'on voit ici à Bouillon,
19:40diriger la construction d'un ponton,
19:44nous avions aligné la 9e armée,
19:47la moins bien équipée,
19:48composée de réservistes âgés,
19:51d'appelés sans expérience,
19:52d'autant plus sans expérience que pendant la drôle de guerre,
19:55beaucoup n'avaient même pas reçu d'entraînement.
19:57En 1939, vous savez comment ça s'est passé,
20:00la drôle de guerre.
20:01On a resté six mois sans aucun entraînement.
20:06Et on n'a jamais tiré au fusil pendant les six mois.
20:11On attendait que les Allemands reviennent de Pologne
20:15pour faire la guerre.
20:17Les Allemands ne revenaient pas.
20:18Alors on attendait, nous.
20:21Pourquoi ?
20:22Qu'est-ce que vous faisiez pendant un drôle de guerre ?
20:23On s'amuseait au football.
20:26Ou on dansait avec les filles dans les bistrots.
20:30On était jeunes, hein.
20:32Ou on nous demandait si vous ne voulez pas aller en congé.
20:37Je vous donne dix jours de permission.
20:40On ne savait pas quoi faire de nous.
20:44Le 12 mai au soir, les fantassins de la 9e armée
20:47arrivent au bord de la Meuse, à travers bois,
20:48pour échapper au bombardement des Stukas.
20:51Ils sont épuisés, affamés.
20:53Pire que tout, ils sont sans liaison, sans instruction.
20:57Deux secteurs sont dégarnis de troupes,
20:59alors que les Allemands sont en face.
21:01La Meuse est un obstacle anti-chars naturel,
21:03à condition que tous les ponts aient été détruits.
21:07Ce qui a été fait.
21:09Mais pas les écluses.
21:11Or, certaines de ces écluses sont surmontées d'une passerelle,
21:14effranchissables à pied.
21:15Les fantassins allemands ne s'en privent pas.
21:18Ils passent la nuit, sur la rigauche,
21:20dans un secteur où il n'y a personne.
21:28En d'autres endroits, les Allemands traversent la Meuse
21:30tout simplement en canot épneumatique.
22:03A l'aube, les Allemands tiennent trois têtes de pont.
22:09Le génie assemble des pontons flottants
22:11pour permettre aux véhicules de passer.
22:15Ces poches sont vulnérables, on tente de les reprendre.
22:18Les Allemands s'accrochent comme des forcenés
22:20et tiennent grâce au soutien de la Luftwaffe.
22:31Les Stukas sont utilisés comme une artillerie aérienne
22:34au service des troupes au sol.
22:38Quand elles rencontrent un obstacle,
22:40les Stukas viennent à la rescousse
22:42et bombardent en piquet.
22:51Ces frappes affectent le moral des troupes,
22:54provoquent les premières débandades.
22:58Ça rend fou, le piquet des Stukas
23:01avec leurs sirènes.
23:02C'était terrible.
23:05Terrible, terrible, terrible.
23:06Un hurlement inimaginable.
23:09Je devais trembler.
23:10Il n'y a pas la peine que je raconte d'histoire.
23:12Tous les gens, il y avait des civils,
23:14avec nous, il n'y avait pas que des militaires.
23:16Sauvés dans les prairies, dans les fossés.
23:20Et puis il y avait des morts.
23:22Moi, j'ai vu des morceaux de cadavres
23:24dans les arbres, des bombes qui tombaient d'eau.
23:27Je suis là, donc j'ai eu de la chance.
23:30Et puis là, à Sedan,
23:32sur trois autres petits kilomètres,
23:34se joue le sort de la guerre.
23:36Malgré nos défaites dans cette ville
23:38en 1870, en 1914,
23:42face aux mêmes ennemis,
23:44Sedan n'est quasiment pas protégé.
23:47Pas de ligne Maginot,
23:48pas de blocos sérieux,
23:50pas de DCA.
23:52800 bombardiers se déchaînent.
24:15Les panzers sortent déjà de la forêt
24:17et foncent vers le fleuve.
24:20Les Stukas pylônent nos soldats
24:22sur l'autre rive.
24:23Protégés par la fumée des explosions,
24:25les fantassins allemands
24:26franchissent le fleuve en masse
24:28et s'installent dans une poche
24:29de 20 kilomètres carrés.
24:31Notre commandement devrait tout faire
24:33pour la reprendre.
24:34Mais Gamelin,
24:35qui n'est jamais sur le terrain
24:36pour se rendre compte,
24:37ordonne de colmater d'abord
24:39avant de contre-attaquer.
24:41C'est la règle.
24:43Guderian profite de ce répit
24:45pour faire passer ses chars
24:46exactement au même endroit
24:48qu'en août 14,
24:50devant cette même usine
24:51dont les murs cachent le lieu de passage,
24:54auquel le commandement français
24:55n'a pas jugé bon
24:56d'accorder une défense particulière.
25:04La situation à Sedan
25:06fait mijoter une panique.
25:08Dans les états-majors français,
25:09on devient incapable de réfléchir.
25:12L'affolement des officiers
25:14se propage aux troupes.
25:16À Bulçon,
25:17bien en arrière des premières lignes,
25:19des fuyards qui viennent de la Meuse
25:21annoncent que des chars
25:22ont franchi le fleuve.
25:23Pour le moment, c'est faux.
25:25Mais abandonnant leurs canons,
25:27des artilleurs
25:27prennent la pousse
25:28à la coudre d'escampette.
25:30Bientôt, des milliers de fantassins
25:31se sauvent,
25:32sèment le désarroi
25:33jusque dans le poste de commandement,
25:34tapis dans la forêt,
25:35loin de la réalité du front.
25:38Son chef appelle le général de division.
25:40Celui-ci aggrave la situation
25:42en lui donnant l'ordre
25:43de déménager de quelques kilomètres seulement
25:45dans une maison abandonnée
25:47sans téléphone ni électricité.
25:49Ce qui est dramatique,
25:51c'est qu'il quitte ici
25:51un PC parfaitement aménagé
25:53avec des arrivées téléphoniques souterraines,
25:57donc préserver des bombardements aériens
26:00et quitte donc un lieu parfaitement aménagé
26:02pour aller dans un lieu
26:03où il n'y a rien en termes d'aménagement.
26:06C'est un ordre très curieux
26:08en plein milieu d'une bataille
26:10qui a pour but d'enrayer l'avance allemande.
26:13Nos chefs sont sourds et aveugles.
26:15Ils n'utilisent pas le téléphone radio, interdit,
26:18mais le téléphone avec fil.
26:20Le fil est rompu, ils deviennent muets.
26:22Les chefs allemands, eux,
26:24sont informés de tout ce qui se passe
26:25grâce au téléphone radio.
26:27Sur le terrain, à la tête de leur troupe,
26:30ils sont en liaison directe avec l'artillerie,
26:33les blindés et les avions d'observation.
26:36Ils donnent des ordres
26:37qui sont immédiatement perçus.
26:39Face à un obstacle,
26:41ils convoquent l'aviation en un tour de manivelle.
26:53Tandis qu'à Sedan,
26:54Guderian fait franchir la Meuse à ses chars,
26:56un peu plus au nord,
26:58Rommel a choisi cet endroit pour traverser.
27:00Une falaise cache la Meuse
27:02aux observateurs français juchés au-dessus.
27:04À l'aube, une brume complice monte du fleuve.
27:12Et pour l'aviation,
27:13ce 14 mai a été la journée la plus noire.
27:18L'aviation franco-britannique
27:19s'acharne au-dessus de Sedan.
27:21C'est la plus grande bataille aérienne
27:23de ce mois de guerre.
27:25Juste pour détruire
27:26trois ou quatre pontons.
27:29Nos pilotes n'y parviennent pas.
27:32La chasse allemande les surclasse
27:34dans les combats aériens.
27:40Les artilleurs allemands ont eu le temps
27:42d'installer une rampe de feu de 300 pièces.
27:48Enfin, les bombardiers alliés
27:49ont attaqué par petits paquets,
27:51au lieu de risquer le tout pour le tout
27:52dans une seule vague d'assaut.
27:53Plus de la moitié des centaines
27:56de bombardiers engagés
27:57sont abattus ou endommagés.
27:58Pour rien.
27:59Le petit ponton derrière l'usine
28:01est toujours là.
28:02Pendant le cyclone,
28:03les Panzers ont continué à déferler.
28:05Au soir,
28:06ils seront plus de 500
28:07de l'autre côté
28:08qui vont se ruer
28:09dans les campagnes françaises
28:10comme dans du beurre.
28:25Pendant ce temps,
28:26en Belgique,
28:27la ligne de défense
28:28envers Namur
28:29tient toujours.
28:30Nos chars ont bien résisté.
28:35Ce jour-là,
28:37les Allemands perdent
28:38160 blindés
28:39en une seule journée.
28:42Mais est-ce vraiment
28:43un échec ?
28:46L'offensive allemande
28:47en Belgique
28:48n'avait pour but
28:49que de fixer nos troupes
28:50tandis que l'essentiel
28:52se passait au sud,
28:53en France.
28:54Le commandement français
28:55a fini par s'en rendre compte.
28:57Il donne l'ordre
28:58de quitter ses positions
28:59si chèrement défendues
29:00pour reculer
29:01sur nos frontières.
29:03Trop tard.
29:04Au sud,
29:05le fond de la Meuse
29:06a cédé.
29:07Les divisions allemandes
29:08se ruent
29:09dans le ventre mou
29:10du dispositif français.
29:13entrer en scène
29:14des divisions
29:15de chars français
29:15pour tenter
29:16de stopper
29:17les Panzers.
29:23Quand les Panzers
29:24se mettent en mouvement,
29:25c'est par centaines.
29:26Quand ils attaquent,
29:27c'est en meute.
29:30Les Allemands
29:30ont 3000 chars.
29:31Ils les utilisent
29:32en 3 paquets de 1000.
29:34Nous avons aussi
29:353000 chars,
29:36mais nous les utilisons
29:37en 1000 paquets de 3.
29:42Le résultat de ce saupoudrage
29:44est catastrophique.
29:46À ce jeu,
29:47nous perdons tous nos chars.
29:50Les Panzers sont moins épais
29:52et moins bien armés
29:53que les meilleurs des nôtres.
29:54Mais de ce fait,
29:55ils sont plus légers
29:56et rapides.
29:59Nos chars sont le résultat
30:01d'une doctrine militaire
30:02dépassée.
30:02Le blindage du meilleur
30:04est plus épais.
30:05Mais il est lourd
30:05et gourmand en essence.
30:06Il tombe souvent
30:07en panne d'essence.
30:08Il est lent
30:09et peu maniable.
30:10Il ne convient pas
30:11à la manœuvre.
30:13Pour les stratèges français,
30:15la mission principale
30:16du combat revenait
30:17à l'infanterie.
30:19Comme en 14.
30:20Les chars n'ont pas
30:21de valeur offensive.
30:22Ils n'ont que des missions
30:23d'appui au service
30:24de l'infanterie.
30:26Il a fallu attendre
30:27la démonstration
30:27de l'efficacité
30:28des Panzers en Pologne
30:29pour qu'enfin,
30:30sous l'impulsion
30:31d'esprits clairvoyants
30:32comme le colonel de Gaulle,
30:34soient constituées
30:35trois divisions blindées
30:36à vocation offensive.
30:39Ce sont ces trois divisions blindées
30:40rassemblées au dernier moment
30:42qui reçoivent des chars
30:43tout juste sortis d'usines,
30:45servis par des chauffeurs
30:46et des canonniers
30:46qui souvent les utilisent
30:47pour la première fois.
30:49Ce sont ces trois
30:50malheureuses divisions
30:51que nous jetons
30:52dans la gueule du loup.
30:54L'expérience
30:55et l'habileté
30:56des tankistes allemands
30:57nous coûtent
30:58deux ou trois chars
30:58pour un Panzer
31:00mis hors de combat.
31:08Résultat,
31:09le soir du 15 mai
31:10en tête de sa colonne,
31:12Guderian croise
31:13ou dépasse
31:13des colonnes en fuite,
31:15des états-majors
31:16qui se sauvent,
31:17des hommes
31:18qui pleurent de rage
31:19ou de désespoir,
31:22des officiers
31:22qui veulent se suicider.
31:36Les colonnes
31:37motorisées allemandes
31:38foncent,
31:40lâchant l'infanterie
31:42qui les suivent.
31:45Souvent quittant la route
31:46afin d'éviter
31:47d'éventuels champs de mines
31:48pour rouler à travers champs
31:50en versant les clôtures.
31:53Rommel se heurte
31:54ici
31:54à la petite ligne
31:56de casemate
31:56tendue pendant la drôle de guerre
31:58entre la ligne Maginot
32:00et la mer.
32:01On l'appelait
32:01la ligne Maginette.
32:03C'est le bruit
32:04des ferrailles
32:04qui les a réveillés,
32:06disons.
32:06Ben oui, d'accord,
32:07mais...
32:07Les chars arrivent,
32:09les soldats là-bas
32:10du 84 réagissent,
32:12ils voient
32:13les deux premiers chars
32:14arriver,
32:14ils pointent,
32:15paf,
32:16un kiff-lamp.
32:17Deuxième kiff-lamp.
32:17Avec un canon de 25,
32:19là, hein ?
32:19C'était un canon de 25.
32:20Non, 37.
32:22C'est du 37.
32:23Ça ne fait rien,
32:24c'est pas grand.
32:25Et alors,
32:26Rommel est passé
32:26par les pâtures.
32:28Et mon potager,
32:30il a arrêté sa colonne
32:31suite aux deux chars
32:33incendiers
32:33et ils sont grimpés
32:34sur le bloc
32:35sans que les soldats
32:36ne se rendent compte.
32:37Ils étaient conçus
32:38pour tirer dans la tranchée
32:41face à l'autre bloco.
32:42Ils les voyaient arriver
32:44dans la tranchée
32:45et là,
32:45on les canardait
32:46comme on voulait
32:47parce qu'ils ne pouvaient
32:48pas remonter,
32:49c'était abrupt.
32:50Alors,
32:51on ne s'imaginait pas
32:52qu'ils pouvaient
32:53uniquement passer
32:53sur la route.
32:54Mais c'était tellement
32:55plus facile.
32:57Et ils ne pouvaient pas
32:57tirer sur la route
32:59du côté de la maison
33:00de M. Edgar.
33:02N'est-ce pas ?
33:02Donc,
33:03ils ne pouvaient tirer
33:03que dans un angle
33:04très étroit.
33:05Très étroit.
33:05Donc,
33:06le blocoge
33:06ne servait à rien.
33:08En somme,
33:09non,
33:09puisque les Allemands
33:10arrivaient derrière.
33:11Et puis,
33:11ils sont arrivés par la route.
33:12Et c'est partout,
33:13c'était partout comme ça.
33:14Mais ils ne prévoyaient pas
33:15que les chars allemands
33:16allaient prendre la route.
33:18Allez,
33:19expliquez ça comme là.
33:20Donc,
33:21on a fait l'équivalent
33:22de centaines de kilomètres
33:23de fausses anti-chars
33:24pour rien.
33:25Pour rien.
33:26Pour rien.
33:26C'est vrai.
33:28Rommel atteint
33:29un veine le soir.
33:30Il contourne la ville
33:32où des blindés français
33:32l'attendaient.
33:33Il décide de foncer
33:35à la tête de ses chars
33:36pendant la nuit.
33:37Dans l'inconnu,
33:38tirant au hasard
33:39sur les côtés de la route.
33:40Jusqu'à la ville suivante,
33:42l'Andrecy.
33:43car il veut
33:44s'emparer du pont
33:45sur la Sambre
33:45avant qu'il ne soit détruit.
33:47Et il y parvient
33:48à l'aube.
33:51Parallèlement,
33:52Guderian a fait
33:52une percée fulgurante
33:53vers l'Oise.
33:54C'est ainsi
33:55que les chars
33:56du colonel de Gaulle
33:57sont dirigés
33:58vers Montcornet
33:59pour tenter
34:00de couper ce doigt.
34:07Les équipages
34:07n'ont pas de carte.
34:08Ils demandent
34:09aux paysans
34:09des calendriers
34:10des postes
34:10qui contiennent
34:11une carte succincte
34:12de la région.
34:15Ils se perdent
34:16dans des marécages.
34:18Ils se trompent
34:19de cible,
34:19attaquent le mauvais village.
34:23Pendant le combat,
34:24faute de liaison,
34:25des estafettes
34:26courent entre les chars.
34:30Guderian écrira
34:31qu'il a vu
34:31des chars arriver
34:32à 2 km de lui
34:34et qu'en fin de journée,
34:35ils ont fait demi-tour.
34:37Pour lui,
34:37l'équipé du colonel
34:38de Gaulle
34:39n'a été qu'une gesticulation.
34:41Elle a été coûteuse
34:42puisqu'on y perd
34:4390 blindés.
34:50Surpris par l'avance
34:51foudroyante
34:52de ces colonnes blindées,
34:53Hitler veut marquer
34:53une pause.
34:59Il craint
34:59que les deux lèvres
35:00de la plaie française
35:01ne se referment.
35:03Il trouve sa victoire
35:04trop facile.
35:05Surestimant les Français,
35:06il redoute
35:07un piège mortel,
35:08une nouvelle bataille
35:09de la Marne.
35:10Pour la troisième fois,
35:12Guderian est sommé
35:13de s'arrêter,
35:14cette fois sous peine
35:15d'être relevé
35:15de son commandement.
35:17Pour la troisième fois,
35:19Guderian passe outre.
35:23Et il continue.
35:35Les colonnes de Guderian
35:36et de Rommel
35:37déboulent
35:37sur des axes parallèles.
35:39Elles atteignent
35:40Cambray,
35:40Saint-Quentin,
35:41Perronne.
35:42L'infanterie
35:43suit comme elle peut.
35:45Ivre de fatigue,
35:47mais avec le sourire
35:48de la foi conquérante.
35:50Et souvent,
35:51elle ne prend même pas
35:51la peine de faire
35:52de prisonnier.
35:53La clé du succès
35:54de la Wehrmacht
35:55est là,
35:55la vitesse de déplacement
35:57de ces unités d'attaque.
35:59On est partis
36:00faire la guerre de 40
36:01comme à la guerre
36:02de 14-18,
36:03exactement.
36:04Presque avec la même tenue,
36:06presque avec le même armement,
36:08avec la guerre de tranchées,
36:09avec le ravitaillement
36:11qui viendrait par Bouteillon,
36:13avec tout ça,
36:14alors que c'était
36:15pas ça à la guerre.
36:16Quand on avait arrivés
36:17les Allemands
36:18derrière les chars,
36:20quand on les avait arrivés
36:20avec une petite chemisette,
36:23une petite musette
36:24sur le dos
36:25et la mitraillette.
36:27Et drrrrrrrr.
36:29Voilà.
36:29C'était ça,
36:30l'armée allemande.
36:31Eux,
36:31ils avaient appris
36:31leur boulot.
36:32Et vous ?
36:33Ben nous,
36:34nous, on n'avait rien.
36:35On était encore vêtus
36:37comme un je vous dis,
36:37comme en plein hiver
36:38avec la vareuse,
36:39avec le gros sac
36:40avec la couverture
36:41et les godasses
36:42et la gamelle
36:43et tout ça.
36:44Voilà.
36:45Et on était vraiment
36:47pas partis
36:47pour faire cette guerre-là.
36:56face à ces hordes
36:58qui suivent
36:58à marche forcée
36:59des capitaines
37:00ardents et admirés.
37:01Que vaut l'idée
37:02de Weygand
37:03d'attaquer les flancs
37:03de l'avance allemande ?
37:05Rien.
37:06Les mouvements
37:07de nos unités
37:07sont trop lents.
37:08Les Allemands
37:09ne sont jamais là
37:10où ils croient les trouver.
37:11Ils sont toujours plus loin,
37:12plus avant.
37:24Plus ils approchent
37:25de la mer,
37:26plus les bas-côtés
37:26des routes
37:27sont un cafarnaum,
37:28plus la coulée
37:29des réfugiés
37:30s'épaissit.
37:32L'exode a commencé
37:33par le départ
37:34des mieux informés,
37:35des riches,
37:35des notables,
37:36en voiture.
37:38Puis il y a eu,
37:39tantôt sous ordre,
37:40tantôt sans ordre,
37:41la fuite
37:42des fonctionnaires,
37:43la désertion
37:44des préfets,
37:45des maires,
37:45des gardiens de prison.
37:48Pire que tout
37:49est l'instruction
37:49donnée aux gendarmes
37:50de partir.
37:51Les commerçants
37:52qui avaient des voitures
37:53étaient déjà partis
37:54depuis quelques jours.
37:56Que va-t-on manger ?
37:57Pas de boulanger,
37:58pas d'épicier,
37:59pas de boucher.
38:00Il fallait donc partir.
38:02Et puis ensuite,
38:03il y avait eu
38:03le bombardement le 18,
38:05on allait,
38:05il laissait sa peau.
38:06Donc il fallait partir
38:07et nous sommes partis
38:08le 19 mai au matin
38:10avec le vélo,
38:11une valise sur le porte-bagages,
38:13une valise dans le cadre,
38:14les musettes,
38:15les havre-sac,
38:16mon père,
38:17ma mère et moi.
38:18En laissant le chien,
38:19ce qui était
38:20un crève-coeur pour moi,
38:21étant donné
38:22qu'il m'avait mis une être.
38:25On voulait prendre
38:26la Somme
38:26pour traverser la Somme
38:28avant qu'il n'arrive.
38:29Manque de chance,
38:30ils étaient avant nous
38:32sur la Somme.
38:32Donc il a fallu repartir
38:34vers l'ouest
38:34pour dépasser les Allemands.
38:36Et c'est à ce moment-là
38:37qu'ils arrivent devant nous.
38:38Donc on refait
38:40un demi-tour
38:41et on remonte
38:42sur Béthune.
38:43Alors j'ai vécu,
38:44moi,
38:45ce que c'est
38:45qu'un mitraillage
38:46par les Stoukans.
38:48Le convoi est arrêté.
38:49Bon,
38:50tout le monde
38:50se précipite
38:51dans les fossés.
38:52C'est la panique générale.
38:54Les chevaux
38:54restent attachés
38:56ou étant donné
38:57qu'eux aussi
38:58sont pris.
38:59Ils cassent
39:00leurs traits,
39:02ils s'en vont,
39:03ils passent
39:03sur les corps.
39:04les personnes
39:06impotentes
39:07sont en haut
39:07des chars
39:08et tombent par terre.
39:09Enfin,
39:10disons,
39:11c'est l'apocalypse.
39:12Les avions repassent
39:13une fois,
39:13deux fois,
39:14trois fois,
39:15quatre fois.
39:16C'est un mitraillage
39:18systématique
39:18des civils
39:19et militaires
39:20bien ordonné
39:21pour tuer.
39:23C'est l'apocalypse
39:24totale.
39:25Ce n'est qu'en
39:25arrivant à Terwane
39:2750 kilomètres après
39:28que nous sommes
39:30nez à nez
39:31avec,
39:31je ne sais plus
39:32quel est
39:32la Panzer
39:33qui est là.
39:34Nous décidons
39:35de revenir
39:36au point de départ.
39:37Nous arrivons
39:38dans notre maison
39:39ou ce qui reste
39:40de la maison
39:40puisque c'est
39:41une maison
39:42complètement pillée
39:43où nous ne retrouvons
39:45ni immeubles
39:47ni chez soi
39:50les rideaux arrachés,
39:52les fenêtres cassées,
39:54les...
39:54Tout est par terre.
39:55Tout est par terre.
39:56Par qui ?
39:56Et là,
39:57ce que font
39:58mes parents en arrivant,
39:59ils se mettent à pleurer
40:00parce qu'ils sont
40:01complètement ruinés.
40:04Donc nous avons fait
40:05300 kilomètres
40:06à pied
40:07pour rien.
40:09Les populations
40:10ont eu le sentiment
40:11que les pouvoirs publics
40:12les avaient abandonnés.
40:14Le gouvernement
40:15qui n'avait jamais imaginé
40:16possible un tel écroulement
40:17est incapable
40:18d'organiser l'évacuation.
40:19Pas de camp,
40:20pas de vivres,
40:21pas d'infirmerie.
40:23Les effets
40:23d'une propagande mensongère
40:25et de l'absence
40:25d'informations vraies
40:26ont fait que les gens
40:28ne savaient plus
40:29s'il fallait rester
40:30ou partir.
40:37Les tankistes de Guderian
40:39atteignent Abville
40:40après avoir parcouru
40:42la distance record
40:43dans l'histoire
40:43des conquêtes militaires
40:44de 110 kilomètres
40:46en une journée.
40:48Auparavant,
40:49l'aviation allemande
40:50avait commis
40:50l'assassinat d'Abville
40:51gratuit,
40:52inutile
40:53du point de vue stratégique,
40:55n'a servi
40:55qu'à répandre la terreur.
40:58Les Panzers
40:59ont dû contourner
41:00la ville brûlante.
41:05Le soir même,
41:07trois automitrailleuses
41:08atteignent
41:08la baie de Somme.
41:11La manche est atteinte.
41:14Le plan a été appliqué
41:15comme prévu.
41:17Les armées alliées
41:18sont prises au piège.
41:31Les Allemands
41:31resserrent leur mâchoire
41:33sur la poche
41:33où sont enfermés
41:34un million et demi
41:35de soldats alliés.
41:37Repli des Anglais
41:38sur Dunkerque.
41:40Les Panzers
41:41remontent
41:42vers les ports du nord.
41:43Ils bousculent
41:44les troupes françaises
41:45prises à revers.
41:47Boulogne tombe
41:47le 25 mai
41:48après des combats acharnés.
41:50Calais le lendemain.
41:53Le repli des Britanniques
41:55est favorisé
41:56par une résistance
41:57de plus en plus déterminée
41:58à la poussée allemande.
41:59À Maubeuge,
42:00par exemple,
42:00la ville des Forts,
42:02bien mal préparée
42:03à se défendre.
42:04On y a commis
42:05exactement
42:06la même erreur
42:07d'installation des canons
42:08qu'en 1914.
42:09Les canons étaient
42:10enterrés,
42:11enterrés
42:12dans des excavations
42:13de 6 mètres de profondeur
42:15et avec les tubes
42:17qui dépassaient.
42:18Ils étaient orientés
42:19vers la Belgique.
42:20On n'a jamais pu
42:21les retourner
42:21étant donné que les Allemands
42:24sont arrivés
42:25derrière nous.
42:26Par là ?
42:27Par le sud.
42:28Ma batterie
42:28n'a pas tiré du tout.
42:29Pas un coup de canon.
42:30On ne pouvait pas
42:31la retourner,
42:31on ne pouvait pas tirer.
42:32On n'avait pas prévu
42:33que les Allemands
42:34pouvaient avancer
42:34et prendre le fort
42:35par le sud.
42:36Moi, ce n'est pas moi
42:37qui commandait.
42:38Par-dessus le marché,
42:39notre état-major
42:40qui se trouvait
42:40à Neuf-Ménil,
42:42notre état-major
42:43est parti à la longue ville
42:45sans nous prévenir.
42:46Et comme nous n'avions pas
42:47d'ordre d'ailleurs,
42:49nous n'avions pas d'ordre
42:50d'ailleurs du tout.
42:51J'ai dit au capitaine Bayard,
42:53mais mon capitaine,
42:54il y a des obus,
42:55et des obus,
42:55on en avait.
42:56On avait des obus,
42:56c'était un des cas.
42:58Mais nous n'avons pas
42:59de grenades.
43:00Il m'a répondu,
43:01ça je vous jure
43:02qu'il m'a répondu ça,
43:03il m'a répondu,
43:04pourquoi pas des baïonnettes
43:06le clair,
43:06il m'a dit.
43:09Ailleurs,
43:10des hommes se font
43:11effectivement tuer
43:12en chargeant à la baïonnette
43:13plutôt que de se rendre.
43:15Des unités isolées
43:16de soldats nord-africains
43:17font preuve
43:17d'un courage exemplaire.
43:20A Bouchin, par exemple.
43:23Habitués à avancer
43:24dans du mou,
43:25les Allemands
43:26ne supportent plus
43:26qu'on leur résiste.
43:28Ils confient à DSS
43:29le soin de nettoyer
43:30les poches de résistance
43:31à leur manière.
43:34Les massacres de Wani
43:35sont un des grains
43:36d'un chapelet d'atrocité
43:38commis sur leur route.
43:41On a entendu
43:43un Allemand descendre,
43:45on a vu une lampe torche
43:46mais nous étions
43:47dans une petite cavette.
43:49L'Allemand a descendu,
43:50descendu, descendu,
43:52aucun bruit,
43:52nous étions 14, 15 personnes
43:53peut-être.
43:54Un enfant avait pleuré
43:56la veille,
43:56il ne pleurait plus.
43:57Un chien avait aboyé,
43:58il n'aboyait plus.
43:59Silence total.
44:01Brutalement,
44:01un cri,
44:03Raos,
44:04le soldat est remonté.
44:05S'il était descendu
44:06deux ou trois marches plus,
44:07peut-être que je ne serai pas
44:08l'aujourd'hui
44:09pour raconter mon histoire.
44:10On était nombreux
44:11dans la cave.
44:13Alors ils ont rentré,
44:14puis un grand coup de pied
44:15dans le derrière,
44:16moi j'en ai eu un,
44:17mon père aussi,
44:18et ils nous ont fait sortir.
44:20Et puis là,
44:20c'est là en route,
44:21on a vu des cadavres.
44:23Juste dans la cour de l'école,
44:24on a passé à la fin,
44:25sur la rue,
44:27là sur le trottoir,
44:28tout le long de la route,
44:29le feu,
44:30et des cadavres à droite,
44:31à gauche,
44:32des chevaux,
44:33les voies gonflées.
44:34Une famille entière,
44:35les parents et les enfants.
44:37Oui, oui, oui.
44:38Ils ont été fusillés
44:39en montant de la cave,
44:40vous savez.
44:41Ils ont vu remonter
44:42l'un après l'autre,
44:43oui.
44:43Pam, pam, pam, pam, pam.
44:45Ils nous ont lignés
44:45dans la cour.
44:47La mitrailleuse
44:48qui était en batterie,
44:49elle était prête
44:49à faire feu sans aucun doute,
44:50et mon père m'a toujours dit qu'il y avait un officier qui avait donné l'ordre d'arrêter
44:58le massacre.
44:59Quand on est rentré, sur le coup de midi, je me souviens même que mon mère a fait des frites,
45:07je ne sais pas pourquoi, elle a fait des frites et puis on a salé les frites avec du sucre.
45:13Hitler juge que ses divisions blindées sont trop exposées.
45:16Il leur donne l'ordre express de s'immobiliser sur une ligne qui longe les canaux d'Arras à la
45:22mer du Nord.
45:24Pour les Britanniques, c'est un répit inespéré.
45:28Ils ont le temps de protéger leur repli sur Dunkerque.
45:33La Wehrmacht a mis 13 jours pour parcourir 500 kilomètres,
45:37elle en mettra autant pour faire les derniers kilomètres jusqu'à Dunkerque.
45:48Le terrain est prêt pour un grand coup de théâtre.
45:51L'aviation allemande a rasé la ville et coulé tout ce qu'elle pouvait dans le port
45:56pour empêcher le réembarquement des troupes anglaises.
46:05Des batailles de retardement ont fortement contribué au succès de l'évacuation de Dunkerque.
46:11A Lille surtout, où sept divisions sont encerclées.
46:15Elles tentent en vain de sortir de ce chaudron de sorcières.
46:18Des affrontements ont lieu dans les faubourgs, rue par rue.
46:30Après avoir épuisé leur munition, les Français se rendent.
46:34La grande place de Lille est le théâtre d'un spectacle désuet dans une guerre sauvage.
46:38L'état-major allemand rend à des compagnies françaises les honneurs de la guerre
46:42parce qu'elles se sont bien battues.
46:44Elles défilent avant de prendre le chemin de la captivité.
46:50Dans les Flandres, les arrière-gardes britanniques se battent jusqu'au bout.
46:53Des SS fous de rage abattent froidement dans cet abri des dizaines de soldats britanniques.
47:00Et ils jettent les survivants dans une mare.
47:06Au fur et à mesure qu'on approche de Dunkerque,
47:08les routes qui traversent les pôles d'air,
47:10qui ont été inondées pour gêner l'avance allemande,
47:13offrent le spectacle hallucinant du matériel abandonné et saboté.
47:20Quand les Allemands donnent l'assaut final le 1er juin contre la poche de Dunkerque,
47:24les soldats français tiennent ferme.
47:26Leur héroïsme permet à l'évacuation miracle de se produire
47:29et d'entrer dans la légende.
47:31Il y a un bateau qui s'est amené.
47:33Et il s'est amené vers nous.
47:35Alors on a compris qu'on était en moitié sauvés.
47:39Alors le bateau a costé à 6h30.
47:44Et à moins de 6h45,
47:48il y a eu 2500 hommes d'embarquer.
47:51Au pas de gymnastique.
47:544 par 4.
47:55Et le bateau est parti tout de suite.
47:56Vous avez été bombardé ou mitraillé par l'aviation ?
47:58Oui.
47:59Ah, si tu as sorti du port...
48:02...
48:10...
48:12...
48:13...
48:14...
48:26C'est parti.
48:54C'est parti.
49:14C'est parti.
49:45C'est parti.
49:56C'est parti.
50:22C'est parti.
50:37C'est parti.
50:57C'est parti.
51:03C'est parti.
51:08C'est parti.
51:14C'est parti.
51:17C'est parti.
51:43C'est parti.
51:48C'est parti.
51:49C'est parti.
51:50C'est parti.
52:06C'est parti.
52:08C'est parti.
52:19C'est parti.
52:36C'est parti.
52:46C'est parti.
52:51C'est parti.
52:53C'est parti.
52:58C'est parti.
53:10C'est parti.
53:17C'est parti.
53:18C'est parti.
53:22C'est parti.
53:28C'est parti.
53:40C'est parti.
53:45C'est parti.
53:52C'est parti.
53:53C'est parti.
54:01C'est parti.
54:04C'est parti.
54:08C'est parti.
54:20C'est parti.
54:48Le 8 juin.
54:49C'est parti.
54:50Le front vole en éclats.
54:52Les Panzers foncent à travers champ vers la Normandie, vers l'île de France.
54:57L'armée française s'effondre définitivement.
55:00La panique gagne tout le pays.
55:03Elle jette 5 millions de civils sur les routes.
55:07La suite est connue.
55:09Le gouvernement s'est enfui pour se réfugier à Bordeaux.
55:12Reynaud cède sa place à Pétain qui demande aussitôt l'armistice.
55:16C'est le plus beau jour dans la vie d'Adolf Hitler.
55:26Pétain dit aux Français qu'ils doivent expir leur faute passée avant d'espérer une rédemption.
55:30De Gaulle affirme depuis Londres que la guerre n'est pas finie.
55:34En France, en tout cas, on ne se bat plus, puisque Pétain a dit qu'il fallait cesser les combats.
55:38Quand les Allemands apparaissent, des unités entières se constituent prisonnières d'elles-mêmes.
55:44Ils seront bientôt 1 600 000 captifs, à se laisser docilement diriger par des gardiens peu nombreux vers l'estalac
55:51d'Allemagne.
55:55Les combats ont fait 75 000 morts dans les rangs français.
56:00Ce sont des pertes comparables aux pires moments de la Grande Guerre.
56:04C'est dire que, contrairement à une légende indigne de leur mémoire, beaucoup de nos soldats se sont vraiment battus.
56:10Mais le tragique est là, ils se sont battus dans de très mauvaises conditions, souvent pour rien.
56:20Nos chefs n'ont pas su penser cette guerre.
56:23Mais les états-majors ont travaillé avec les instructions du gouvernement,
56:27lui-même issus d'un parlement, représentant la collectivité tout entière.
56:33Au lieu de nous préparer à contrer la menace nazie, nous avons cultivé la mésentente entre classes sociales.
56:40La haine d'une république indifférente aux compétences,
56:43qui s'est épuisée dans la succession de 17 gouvernements en 7 ans.
56:48Le traumatisme dû aux pertes du conflit précédent.
56:52Le pacifisme général, l'esprit défensif, le béton de la ligne Maginot remplaçant les poitrines,
56:58ont précipité la faillite de la nation.
57:06Il a fallu l'effondrement pour que se lève un nouvel espoir.
57:12Contrairement au rêve des Poilus de Verdun, la Derdeder n'a pas été 14-18.
57:16La vraie Derdeder a été mai 40.
57:19Il a fallu cette guerre de plus, la troisième avec l'Allemagne,
57:22pour qu'on se dise enfin, plus jamais ça, plus jamais une telle violence, tant de haine.
57:28Et nous nous sommes réconciliés avec les Allemands.
57:30Nous avons fait l'Europe ensemble.
57:33Et enfin, nous pouvons goûter au plaisir d'une vie paisible, sans crainte du lendemain.
57:37...
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