Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 heures
Christelle et Delphine ont déposé un recours contre TikTok. Elles accusent la plateforme chinoise d’avoir nourri et aggravé le mal-être de leur enfant : la fille de Christelle a fait plusieurs tentatives de suicIde, celle de Delphine s’est donné la m0rt. Les deux femmes se soutiennent dans leur peine et leur combat au sein du collectif Algos Victima. Elles échangent face à la caméra du "Nouvel Obs", pour un entretien exclusif.

Retrouvez aussi l'article sur notre site 👉 https://bit.ly/meres-tiktok

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00On lui a montré comment mourir sans souffrir,
00:03comment faire un noeud à une corde,
00:05comment enlever une lame d'un taille crayon.
00:07J'étais complètement à trois milieux de penser l'horreur de TikTok.
00:12Christelle est la mère de Stella, une jeune femme de 18 ans
00:14qui a fait plusieurs tentatives de suicide à l'adolescence.
00:17Adolescence marquée par plusieurs hospitalisations
00:19à la suite d'un viol avec violence.
00:22Delphine a perdu sa fille, Charlize, alors qu'elle n'avait que 15 ans.
00:25Elle a mis fin à ses jours après plusieurs tentatives de suicide.
00:28Durant ses années collège, Charlize est victime de harcèlement.
00:31Le point commun entre leurs deux histoires,
00:33les deux adolescentes étaient tombées dans une boucle de contenu mortifère sur TikTok.
00:37Nous avons rencontré ses deux mères à Nice.
00:39Elles nous racontent comment elles ont découvert la descente aux enfers de leur fille.
00:42Alors Charlize, en fait, s'est passée progressivement
00:46jusqu'à un point où vraiment elle était sur son téléphone toute la journée,
00:50enfin toute la journée, beaucoup,
00:53et qu'elle ne voulait plus sortir.
00:55Et puis on voyait qu'elle se scarifiait.
00:58Un ou deux jours après son départ,
01:02on s'est réunis avec les parents de ses meilleurs amis et ses meilleurs amis,
01:07qui a montré une vidéo et qui a dit qu'elle avait posté ça la veille.
01:13Et donc nous, avec mon mari, on regarde la vidéo
01:15et qui dit en écriture,
01:17« La nuit porte conseil, moi elle m'a conseillé de prendre un tabouret et une corde. »
01:22Et donc là, ça a été la sidération.
01:25Elle en repostait plusieurs,
01:27mais bon, c'est comme Pierre et le loup,
01:29au bout d'un moment, on n'y croit plus.
01:30Et puis le jour où ça arrive, voilà.
01:33Et c'est comme ça qu'on a découvert, en fait, l'horreur de TikTok.
01:37Quand on a récupéré ensuite son téléphone,
01:39on est allé voir son compte.
01:41Elle repostait des choses, oui.
01:43Elle disait qu'on lui avait souhaité la mort.
01:46Sur le harcèlement, elle l'avait postée.
01:48Sur l'isolation, qu'elle était seule.
01:51Et que même s'il y a parté, il n'y a personne qui s'en soucierait.
01:58La meilleure façon, c'était de partir, quoi.
02:01Et vous, Christelle, comment vous avez vu le changement de comportement de votre fille ?
02:05Alors, elle commençait à aller de plus en plus mal.
02:09Il y avait un décrochage scolaire.
02:11Elle perdait beaucoup de poids.
02:13Elle était devenue à la limite de l'anorexie.
02:16Il y a passé de plus en plus de temps sur son téléphone
02:18jusqu'à ce qu'un soir, j'ai une amie qui m'envoie une capture d'écran
02:23d'une vidéo qu'elle venait de publier
02:26où elle disait, épuisée de ce lourd secret,
02:29ce soir, je disparais et je vais y arriver.
02:32Deux ans après, on est toujours dans les traitements,
02:37les prises en charge psychiatriques.
02:39Les deux mamans rejoignent il y a deux ans le collectif Algos Victima,
02:43composé de plusieurs familles ayant vécu des histoires similaires.
02:46C'est à ce moment qu'elles prennent conscience du rôle de TikTok
02:48dans le mal-être de leur adolescente.
02:50Il y a une similarité en fait.
02:52C'est ça.
02:52Il y a la même...
02:54C'est-à-dire qu'elle a dû certainement une fois liker une vidéo
02:58et ensuite on lui a montré comment mourir sans souffrir,
03:05comment faire un noeud à une corde,
03:08comment enlever une lame d'un taille crayon pour se scarifier.
03:11Ils ont tous eu les mêmes contenus.
03:14C'est ça.
03:15Donc c'est pas isolé, c'était pas que ma fille, c'était plein de monde.
03:20Déjà visuellement, c'est horrible, je sais pas toi ce que tu en penses,
03:23mais il y a les musiques qui vont avec.
03:24Aussi, parce que les musiques sont très tristes.
03:26Les musiques morbides, mais c'est hyper angoissant.
03:29Pour un enfant dont le cerveau est en construction,
03:32ça peut être dramatique en fait.
03:35Et est-ce que tu te dis pas...
03:37Moi je me dis, est-ce que si TikTok n'avait pas existé,
03:42est-ce que ma fille, ou Charlize, serait venue nous en parler de tout ça ?
03:47Pourquoi aller en parler à son entourage
03:49quand tout simplement on ouvre son téléphone
03:52et on a des tas de personnes, des tas d'adolescents
03:55qui sont dans la même situation qu'on.
03:56Et qui ont l'air de comprendre.
03:57Et qui ont l'air de comprendre.
03:59Comme si nous, on n'était pas capables de les aider.
04:00Peut-être que les parents, ma mère n'aurait peut-être pas été capable,
04:05mais TikTok, les autres me comprennent en fait.
04:08Et ensemble, on vit la même chose.
04:10Quelles images vous aviez des réseaux sociaux avant tout ça ?
04:13Est-ce que c'est quelque chose que vous utilisiez vous-même ?
04:16Moi, TikTok, je n'avais jamais été sur cette application.
04:19Pareil, TikTok, je crois qu'à l'époque où j'en ai entendu parler,
04:22c'était Musical.ly, où ils faisaient des danses sur des chansons.
04:26J'étais complètement à trois milieux de penser ce qu'il y avait dessus
04:31après quand on l'a découvert.
04:33Pour Christelle et Delphine, le collectif est aussi une manière
04:36de trouver du réconfort sans se sentir jugée en tant que parent.
04:39Moi, c'est vrai que j'ai contacté au départ pour partager
04:42quelqu'un qui avait vécu la même heure que nous.
04:44Alors moi, c'est parce que je vois l'article dans notre journal local
04:48des parents de Charlize.
04:50Donc leur histoire me touche.
04:52Charlize, comme elle est décrite, j'ai l'impression qu'on décristait là en fait.
04:56Je veux les contacter parce que peut-être que je vais avoir des réponses.
05:01Peut-être que je vais avoir des gens, pas peut-être,
05:02mais certainement qui ont vécu la même chose que moi.
05:04Je vais me sentir moins seule.
05:06On va pouvoir échanger.
05:07On a créé des liens par rapport à ce qu'on a vécu.
05:10Puis les gens, soit ils ne vous prennent pas au sérieux,
05:12soit ils vous disent, mais moi, en tant que parent,
05:14j'aurais mieux surveillé mon enfant.
05:16Moi, j'aurais fait ça.
05:17Moi, j'aurais fait ça.
05:17Non, mais en fait, il n'y a pas de bon ou mauvais parent.
05:20On s'adapte juste à la génération de nos enfants.
05:23C'est sûr qu'on s'en prend plein la tête.
05:25Mais oui, bien sûr.
05:26Et je pense que les gens qui font ça, ils font du harcèlement.
05:30C'est un peu du harcèlement parce que dire c'est vous le responsable,
05:34c'est de votre faute si votre enfant est mort, c'est les parents qu'il faut punir.
05:37Aujourd'hui, elles ont déposé plusieurs plaintes contre TikTok,
05:40dont une pour abus de faiblesse.
05:42Toutes deux souhaitent que la plateforme assume sa part de responsabilité.
05:45C'est un peu utopique, ce que j'espère.
05:47C'est que grâce à nos plaintes, ils vont déjà revoir leur algorithme.
05:53Moi, j'aimerais bien.
05:55Moi aussi, et surtout qu'il y ait de la modération.
05:58Parce que malgré ce qu'ils disent, comme quoi ils prennent tout en compte,
06:03ils font tout ce qu'il faut pour protéger les enfants, c'est pas le cas.
06:08C'est pas le cas.
06:09TikTok, de son côté, nous assure que 99,1% des contenus
06:13enfreignant leur politique relative au suicide ou à l'automutilation
06:16ont été supprimés ou détectés de manière proactive.
Commentaires

Recommandations