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  • il y a 22 heures
Plus de 7 millions de personnes sont atteintes de drépanocytose. C’est la maladie génétique la plus fréquente au monde, et près de 80 % d’entre elles vivent en Afrique subsaharienne. En Afrique, où près de 400 000 enfants naissent chaque année avec la drépanocytose, la moitié d’entre eux meurent avant l’âge de 10 ans faute de diagnostic précoce et d’un accès adapté aux soins.

À l’origine de cette pathologie héréditaire, une anomalie de l’hémoglobine, la protéine chargée de transporter l’oxygène dans le sang. Les conséquences sont parfois dramatiques : anémie chronique, crises de douleurs osseuses d’une violence extrême, infections pulmonaires, accidents vasculaires cérébraux ou atteintes irréversibles de plusieurs organes.

Au Sénégal, où Le Monde a rencontré plusieurs familles confrontées à la maladie, l’arrivée d’un générique de l’hydroxyurée suscite un immense espoir. Reconnue depuis plus de vingt ans comme le traitement de référence contre la drépanocytose et inscrite sur la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé depuis 2013, cette molécule permet de réduire les crises douloureuses, les hospitalisations et les complications les plus graves.

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Transcription
00:00Modou a 15 ans.
00:02Depuis sa naissance, son enfant se ressemble à un combat permanent.
00:06C'était des hospitalisations en un plus finir.
00:09On dirait qu'il a 10 ans.
00:11Il grandit difficilement avec cette maladie.
00:14Cette maladie, c'est la drépanocytose.
00:17Elle provoque des douleurs osseuses extrêmement violentes,
00:20une anémie chronique et des infections à répétition.
00:24C'est la maladie génétique la plus répandue au monde.
00:27En Afrique, on estime qu'un habitant sur cinq est porteur du gène.
00:32Pourtant, la drépanocytose reste largement méconnue.
00:36Faute de dépistage et de traitement adapté,
00:39en Afrique, plus de la moitié des enfants malades meurent avant l'âge de 10 ans.
00:44Mais depuis quelques mois, un médicament produit au Sénégal fait naître un immense espoir.
00:50Pas une petite révolution, une grosse révolution.
00:58Faculté de médecine de Dakar, nous avons rendez-vous avec la professeure Fatou Sambandiaï.
01:03Elle est hématologue.
01:05Elle nous explique qu'à l'origine de la maladie, il y a un problème au niveau des globules rouges.
01:09La forme normale des globules rouges, c'est ça.
01:12Au cours de la drépanocytose, vous avez des globules rouges sous forme de fossiles ou de lunes.
01:18S'ils se déforment, c'est parce qu'il y a une anomalie de l'hémoglobine,
01:21la protéine qui transporte dans ces globules l'oxygène dans le sang.
01:26Déformés, les globules ne parviennent pas à circuler correctement dans les petits vaisseaux sanguins.
01:31Ce qui se passe, c'est qu'ils vont se bousculer.
01:34En se bousculant, ils s'arrêtent, ils ne progressent pas.
01:38Il n'y a pas de progression.
01:40Et s'ils ne progressent pas, ils vont éclater.
01:42Et ça va donner de l'anémie.
01:45L'anémie, des douleurs extrêmes et à terme, des atteintes dans tout l'organisme,
01:52avec par exemple des nécros osseuses, des infections au poumon et des accidents vasculaires cérébraux.
01:59Au Sénégal, 12% de la population est porteuse de ce gène.
02:04La majorité sont des porteurs sains, on les dit AS.
02:08Ils ont hérité d'un seul gène anormal et ne développent pas la maladie.
02:13Le danger apparaît quand deux porteurs sains forment un couple.
02:18À chaque grossesse, ils ont une chance sur quatre de transmettre leurs deux gènes anormaux.
02:24L'enfant développe alors la forme grave de la maladie.
02:27On dit qu'il est drépanocytaire de type SS.
02:35Chez Les Sidi, deux enfants ont développé le type SS.
02:39Modou et sa petite sœur Aïda.
02:42Le drame de cette maladie, c'est qu'elle avance masquée.
02:46Sans le savoir, des millions de parents transmettent le gène à leurs enfants.
02:49Je n'ai jamais soupçonné que j'étais malade drépanocytaire.
02:54On peut être porteur sans vraiment le savoir.
02:55Sans le savoir.
02:56C'est ça qui induit en erreur beaucoup de familles qui préfèrent très souvent jeter cette responsabilité-là sur la
03:04femme plutôt que sur l'homme.
03:06Mes parents, ils sont même allés jusqu'à accuser ma femme d'avoir été la seule responsable de la maladie
03:12de notre enfant.
03:13Je leur ai fait comprendre que c'est une maladie que Modou Mbanyek a hérité de ses deux parents.
03:20Au Sénégal, le dépistage est encore incomplet.
03:23Le test le plus répandu, le test d'Emel, ne permet pas de faire la différence entre un malade et
03:28un porteur sain.
03:30Et les tests plus précis, comme l'électrophorese, coûtent trop cher pour les hôpitaux publics.
03:35Il y a des tests de diagnostic rapide, comme pour les tests de grossesse.
03:39Une petite lame comme ça où on met une goutte de sang et ils sont maintenant très fiables.
03:45Ça commence à se répandre dans les pays africains.
03:47Ça reste un peu cher, 5-8 euros le test.
03:52Quelques programmes pilotes testent désormais les bébés à la naissance.
03:56Et des campagnes de communication commencent à inciter les jeunes couples à tester leur compatibilité génétique avant le mariage.
04:03Il faut que ce soit une vraie stratégie d'État de faire du dépistage.
04:07Il faut savoir quand est-ce qu'on fait le dépistage.
04:09Le mieux, c'est probablement au lycée, pour que les gens le sachent.
04:12Et que ça soit très libre de se dire, tiens, moi je suis AS, j'ai pas envie de me
04:16marier avec un AS.
04:18Autre problème, la maladie est encore méconnue du grand public.
04:22Face aux premiers symptômes, les familles passent souvent à côté des signaux d'alerte.
04:27Beaucoup de nos femmes avec des enfants drépanocytaires, il est très entre guillemets, ignorent ce que c'est que la
04:33drépanocytose.
04:34Parce que ce sont des enfants qui vont faire des douleurs des mains et des pieds et ça doit alerter.
04:40Commence alors une longue errance médicale.
04:43Dans la famille de Modou, le diagnostic a mis des années à être posé.
04:47On pensait qu'il était tombé, que ça lui a fait des bobos, des enflures au niveau des membres supérieurs
04:54et inférieurs.
04:55Comme beaucoup de familles, les Sidi ont d'abord consulté des tradis praticiens.
05:00Il y a plein de charlatans, il y en a qui sont vraiment téméraires.
05:04Ils disent pouvoir soigner toutes sortes de maladies par des plantes, des racines.
05:10A Thiès, la famille Dieng a vécu le même calvaire pour ses deux enfants.
05:14Notamment pour Seinabou, leur aînée, aujourd'hui âgée de 12 ans.
05:18Elle était tout le temps hospitalisée.
05:20Elle avait tout le temps des douleurs, fatigue chronique.
05:23Elle ne mangeait pas.
05:24Et même à l'hôpital, le combat continue.
05:27Car au sein du personnel soignant, la maladie est encore mal maîtrisée.
05:31Il nous arrivait à aller une, deux fois, parfois même trois fois par semaine à l'hôpital.
05:36On était en train d'aérer, on ne trouvait pas de spécialistes.
05:40Les médecins se contentent de parer au plus pressé.
05:42Calmer les crises à coups d'antidouleurs et de transfusions sanguines.
05:47Des soins d'urgence qui coûtent une fortune, à Thiès comme à Dakar.
05:52Pour Abdoulaye Sidi, la facture est devenue insoutenable.
05:55Chaque année, on pouvait faire deux à trois ou voire même quatre hospitalisations.
06:00Et chaque hospitalisation me revenait entre, disons, 150 et 250 000 fois.
06:06Les drépanocytaires n'étaient pas admis dans les mutuelles, puisque ce sont des malades qui coûtent beaucoup d'argent.
06:17Gérer la crise quand elle survient.
06:19Rares sont les professionnels de santé qui savent comment prévenir les symptômes en amont.
06:25Pourtant, des solutions existent.
06:27Et pour Seynabou, cela a tout changé.
06:40Cette révolution dans la vie de Seynabou, elle la doit à une molécule, l'hydroxyurée.
06:47Son fonctionnement est simple.
06:49Elle pousse l'organisme à produire de l'hémoglobine fétale,
06:53une forme d'hémoglobine qui empêche les globules rouges de se déformer.
06:57Attention, elle ne guérit pas définitivement la maladie.
07:01Mais les études scientifiques montrent qu'elle réduit drastiquement les douleurs causées par les crises vaso-occlusives,
07:06les épisodes de syndrome thoracique aigu,
07:09le recours aux transfusions et donc les hospitalisations.
07:13Et surtout, elle augmente les probabilités de survie au-delà de 10 ans.
07:21Pour la famille Dieng, ce protocole médical a démarré il y a 18 mois,
07:26après leur rencontre avec le docteur Mariem Kamara.
07:29C'est elle qui leur a prescrit de l'hydréa, l'un des médicaments qui intègre cette molécule.
07:34On a senti qu'elle connaissait véritablement la maladie.
07:39Depuis lors, la situation s'est sensiblement améliorée.
07:43Une situation idéale, mais qui reste une exception.
07:46En Afrique, moins de 10% des malades ont accès à ce traitement.
07:50D'abord à cause de son prix, prohibitif pour la majorité des familles.
07:5512 000 francs CFA par mois pour un enfant de seulement 30 kilos.
07:59Et puis, il y a un problème de stock.
08:01Au Sénégal, ce médicament est régulièrement introuvable en pharmacie.
08:05Heureusement pour nous, on avait des parents à l'étranger.
08:10Et voilà, on pouvait s'en procurer.
08:13Depuis septembre 2025, la production locale d'un nouveau médicament est venue soulager la famille.
08:20Son nom, le DREPAF.
08:22Il s'agit du tout premier générique de l'hydroxyurée fabriqué directement sur le continent africain, à Dakar.
08:29Et pour la famille Dieng, cela a tout changé pour leur fils Babacar.
08:33Maintenant, avec le DREPAF, vraiment, on est véritablement soulagés.
08:38La grande innovation de ce produit, c'est sa version pédiatrique.
08:42Avant le DREPAF, il n'existait aucun dosage adapté aux plus petits.
08:47Les traitements se limitaient alors aux antidouleurs et aux fers, sans s'attaquer à la source du problème.
08:55C'est ici, à Mbao, dans la banlieue de Dakar, qu'est produit de cette solution.
09:00C'est des produits qui sont en forme de gélules.
09:02Et la prise, les mamans ou en tout cas la famille, pourront ouvrir la gélule et le mettre dans des
09:10aliments liquides ou sévilles liquides.
09:13Autre innovation, le coût.
09:15Le générique est vendu 1 500 francs CFA pour un traitement d'un mois.
09:19C'est deux fois et demi moins cher que l'hydréa.
09:23Pour maintenir à prix bas, l'usine sénégalaise Teranga Pharma s'appuie sur un partenariat humanitaire avec une ONG, DREPAFric.
09:31Elle est propriétaire de la marque DREPAF.
09:34L'organisation garantit à l'usine un volume de production suffisant et assure la distribution du médicament dans plusieurs pays
09:41africains.
09:43En parallèle, l'ONG forme plus de 300 médecins, pharmaciens et infirmiers à la prescription du traitement.
09:52Mais pour les promoteurs du projet, un autre enjeu reste crucial.
09:56Faire encore baisser le prix du médicament au Sénégal.
09:59Notre combat vis-à-vis de l'État, par exemple, c'est d'obtenir ce qu'on appelle la liste
10:04sociale.
10:05C'est une décision politique qui prenne un peu moins de taxes sur le médicament.
10:08Ce prix pourrait baisser de probablement 15%.
10:12En attendant, chez les Ndiang, l'espoir a même fait naître une vocation.
10:17Et qu'est-ce que tu voudrais faire plus tard ?
10:19Je voudrais te faire devenue un moment donné.
10:29Sous-titrage Société Radio-Canada
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