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  • il y a 1 semaine
Céréales, légumes, chocolats, féculents... Il est partout dans nos assiettes et présente un risque pour la santé : le cadmium, ce métal lourd, toxique et classé cancérogène provient en très grande majorité des engrais phosphatés du Maroc, utilisés par l'agriculture. Il pollue nos sols, nos cours d'eau et les aliments que nous consommons.

Aujourd'hui, près de la moitié des Français dépasse les seuils d'alerte et sont 3 à 4 fois plus contaminés que leurs voisins européens selon l'ANSES.

Parmi les zones les plus touchées : le Poitou-Charentes. Face à ce fléau, Benoît Biteau, député écologiste de Charente-Maritime mène le combat dans sa circonscription et dans l'hémicycle avec un objectif : limiter les risques d'exposition au cadmium.

Comment réagissent les habitants face à ce poison invisible ? Quels risques pour notre santé ? Quelles solutions pour en sortir ?
Des riverains aux plaines céréalières charentaises en passant par les bassins ostréicoles de l'île d'Oléron... Reportage de Maïté Frémont, Raphaël Lizambard et Manuel Odinet.

C'est une partie essentielle du travail parlementaire qui est de nouveau mise en lumière à travers ce reportage où les journalistes de la rédaction suivent un député dans sa circonscription pour expliquer son travail sur le terrain. C'est aussi un voyage sur un territoire, avec ses enjeux locaux, et une rencontre avec ses habitants. Suivez votre député sur LCP !

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Transcription
00:00Bienvenue dans Circo, l'émission de la rédaction où nous suivons les députés sur leur terrain.
00:05Dans ce numéro, on va s'intéresser au cadmium.
00:08C'est un métal lourd qui a été classé cancérogène il y a 30 ans.
00:11Il est présent dans les engrais phosphatés et on le retrouve presque partout.
00:16Dans le pain, dans le chocolat, dans les céréales.
00:18Notre équipe a suivi Benoît Biteau.
00:21Il est député écologiste de Charente-Maritime.
00:23C'est un des départements les plus exposés en France.
00:26Et son combat, c'est d'essayer de réduire drastiquement les taux autorisés dans notre pays.
00:31Cadmium, un député qui veille au grain.
00:33C'est un reportage de Maïté Frémont, Raphaël Lisambard et Manuel Audinet.
00:48Salut Gérard.
00:49Salut.
00:49Comment vas-tu ?
00:50Très bien et toi ?
00:51Bah écoute, ma forme ?
00:53Ouais.
00:54Tu veux peut-être voir le jardin ?
00:55Bah oui, montre-nous.
00:57Allez, montre-nous.
00:58Gérard vit ici depuis 26 ans, à une quarantaine de kilomètres de la Rochelle.
01:04Il adore jardiner, mais depuis trois ans, c'est terminé.
01:09On a été intoxiqué par le cadmium.
01:13Ce retraité ne peut plus manger aucun fruit et légume de son potager,
01:17car la terre de Gérard est contaminée.
01:19Elle affiche des taux en cadmium bien au-dessus de la normale.
01:24Regardez, j'ai plein d'arbres fruitiers, il ne faudrait pas que je mange les fruits.
01:27J'ai un abricotier, des sorisiers.
01:30Vous ne pouvez même pas mettre les poules pour rattraper les fruits en dessous ?
01:31Je ne peux même pas rattraper les poules.
01:33J'en avais 4-5 poules.
01:36On était obligé de les donner, parce qu'on ne peut pas consommer les oeufs.
01:42C'est terrible, quoi.
01:43Non, non, c'est pénible, vraiment.
01:45On ne peut plus utiliser la terre, quoi.
01:47C'est fini.
01:50Si la terre de son jardin est particulièrement contaminée,
01:54c'est parce que, pendant des années,
01:56une usine d'engrais phosphatés était installée juste à côté de sa maison.
02:01L'usine, on la voyait quand il y avait encore les cheminées.
02:05Les vents nous ramenaient très souvent des odeurs malsaines,
02:10des oeufs pourris.
02:11C'était très désagréable.
02:13Ça bouffe un peu la vie.
02:16Franchement, c'est...
02:17Surtout qu'on est bien, là.
02:19Oui, on est bien.
02:20Dès que j'avais été élu député, vous m'avez alerté avec un dossier conséquent.
02:24En vrai, je suis sur le sujet depuis 2019,
02:27depuis que je suis député européen.
02:28On avait quand même déjà des études scientifiques
02:31qui montraient la menace que représentait le canium sur notre santé.
02:35Face au taux de contamination dans sa terre,
02:37l'État a recommandé à Gérard de rapidement faire une prise de sang.
02:42Alors ça, ce sont les analyses de ma femme et de moi,
02:48où on peut lire les taux de canium supérieurs à la normale.
02:55Moi, j'ai 0,8.
02:58Et le taux minimum, c'est 0,25.
03:00Et là, ma femme, 1,5.
03:03Très élevé.
03:04Même hallucinant.
03:05Alors vous recevez ça, vous vous dites
03:07« Bon, là, il y a vraiment un problème. »
03:11Gérard et un collectif de riverains ont décidé de porter plainte contre l'État.
03:15On vous dit « Ça va être difficile de vivre là où vous avez mis 20 ans
03:22pour construire votre maison et la payer. »
03:25C'est fou, c'est fou.
03:26Mais moi, je ne peux qu'être en colère quand on a ça sur la table.
03:30Parce qu'il y a urgence.
03:31On ne peut plus différer le moment de protéger la santé des plus jeunes
03:35et des plus démunis.
03:37Et des plus démunis.
03:41Si le député est autant en colère,
03:44c'est que son département est l'un des plus touchés par la contamination au cadmium.
03:49Sur cette carte, les teneurs de la Charente-Maritime explosent.
03:55Dans ces champs, on a déversé des engrais phosphatés en grande quantité pour doper les cultures.
04:01Mais au-delà de la Charente-Maritime, c'est bien toute la France qui est contaminée.
04:06Car elle se fournit en engrais à 80% au Maroc,
04:10un pays dont le sol est très riche en cadmium.
04:15Le problème, c'est que le cadmium est nocif pour notre santé.
04:22Tant qu'il me restera quelques neurones, j'essaierai de comprendre.
04:27Ce médecin est un lanceur d'alerte sur le cadmium.
04:30Depuis 30 ans, il tente d'éveiller les consciences.
04:33Depuis 1993, le Centre international de recherche contre le cancer
04:39a mis le cadmium comme cancérogène, mutagène, reproche toxique avérée.
04:44Il n'y a pas de sujet, il n'y a pas de discussion,
04:47il n'y a pas à dire, il faut encore une autre étude.
04:48Non, ça a été déjà démontré en 1993.
04:52Le cadmium est un perturbateur endocrinien.
04:55Il agit sur nos reins, notre foie ou encore notre pancréas.
04:59Associé à d'autres polluants, l'effet cocktail serait explosif.
05:04Là, les médecins ont essayé d'alerter, de faire du lobbying auprès du gouvernement
05:09pour dire que le cadmium, c'est une bombe à retardement,
05:11ça peut être aussi important que l'amiante.
05:15Mais bien sûr, bien sûr.
05:16Il y a une tribune très remarquée.
05:18Voilà, donc arrêtez, s'il vous plaît, arrêtez.
05:20Prenez les bonnes décisions en responsabilité.
05:23Donc il y a urgence à légiférer pour protéger les gens.
05:27Il y a d'autant plus urgence qu'on n'a pas de capacité à se détoxifier.
05:32Ce n'est pas vrai.
05:34On aurait un médicament en disant, très bien, vous prenez la pilule magique,
05:37vous allez pisser le cadmium et demain, ça ira très bien.
05:40On ne sait pas faire ça.
05:42Les arguments du médecin, Benoît Biteau les connaît bien et en est convaincu.
05:46Il vient de faire voter une proposition de loi pour faire baisser les seuils de cadmium
05:51dans les engrais phosphatés de 90 à 40 mg.
05:55Et ce, dès le 1er janvier 2027, contre l'avis du gouvernement
06:00qui défendait un calendrier moins rapide pour protéger les intérêts des agriculteurs.
06:05Cette loi protège aussi les agriculteurs.
06:08Parce qu'en vérité, tous ces agriculteurs ont utilisé les engrais phosphatés
06:12sans avoir la connaissance, l'information du taux de cadmium dans les engrais phosphatés.
06:18C'est-à-dire qu'ils ont utilisé des engrais pour réussir leur production de céréales, surtout.
06:24Et en même temps, alors c'est à la mode depuis 2017,
06:27mais en même temps, ils ont contaminé leur sol avec du cadmium sans le savoir.
06:34Et normalement, ce texte aurait dû être voté à l'unanimité.
06:38Ce qui est incroyable, c'est que ce ne soit pas le cas.
06:47Qu'est-ce que tu veux, toi, espèce de pot de colle ?
06:50Qu'est-ce que tu veux, toi, espèce de pot de colle ?
06:52Il paraît que mes animaux ne me reconnaissent plus.
06:55Parce que je suis député et que je ne mets plus les pieds à la ferme.
06:58Avant d'être un député, Benoît Biteau est surtout un paysan,
07:02ingénieur agronome de formation et adepte du bio.
07:06Alors ici, on a trois vieilles vaches.
07:10Celle qui est au fond à 19 ans, les deux-là ont 17 ans.
07:13Et un jeune taureau de 2 ans.
07:16Et puis, on a quelques bodées du Poitou.
07:18Il y en a 17 sur cette ferme.
07:20L'intérêt, c'est de faire pâturer des ruminants, comme les vaches,
07:24avec des monogastriques, comme les bodées,
07:26de manière à avoir une prairie qui, naturellement, est riche en protéines,
07:31riche en énergie, sans avoir recours à des engrais.
07:35Donc, voilà, c'est un moyen de contourner les engrais.
07:38Depuis 20 ans, il n'y a plus aucun entrant qui rentre sur cette parcelle,
07:44que ce soit des engrais ou des pesticides.
07:48Sur ces terres, le député a choisi de se passer complètement d'engrais phosphatés.
07:54Ces animaux lui fournissent un engrais naturel
07:57et il fait pousser des arbres pour nourrir sa terre.
08:01Mon grand-père a acheté ici en 1931.
08:07Bientôt 100 ans.
08:09Mon grand-père, qui était né au 19e siècle, avait des pratiques agricoles
08:13où il cohabitait avec les arbres,
08:15où il avait des cultures pérennes qui pouvaient cohabiter avec des cultures annuelles.
08:19Et c'est ces pratiques-là qui faisaient que le phosphore
08:22ne partait jamais très loin en profondeur,
08:24remontait et était rendu disponible pour les plantes cultivées en surface.
08:28Passé au bio, une solution efficace
08:31pour se débarrasser totalement du cadmium dans nos assiettes.
08:35C'est ce que pense Emmanuel Marchand,
08:37qui lui aussi utilise les mêmes techniques que le député,
08:40celle de l'agroforesterie.
08:43Salut Penouard, ça va bien ?
08:45Oui, et toi ?
08:45Moi, tu dois être heureux de ce moment.
08:49Heureux et claqué.
08:50Sur ces 82 hectares, Emmanuel Marchand fait pousser des légumineuses.
08:54Aucun engrais phosphaté n'entre sur ses terres.
08:57Et pourtant, il sait que le cadmium est sans doute présent dans ce qu'il produit.
09:04On hérite du passé.
09:06C'est-à-dire que moi, j'ai repris la ferme en 2010,
09:08une ferme qui était paternelle, en tout cas portée par mon père,
09:12et qui était en conventionnel,
09:14donc avec des engrais phosphatés à l'époque.
09:16Donc on peut imaginer qu'il y a encore des résidus de ce passé-là.
09:20Si tu n'apportes pas de phosphate extérieur,
09:23à priori, très vite, tu fais baisser ton taux de cadmium dans ta ferme.
09:27Et c'est de l'ordre de quelques années, un peu comme...
09:29C'est très, très vite.
09:30À partir du moment où on n'apporte plus d'engrais phosphatés,
09:33très vite, on fait baisser le taux de cadmium
09:35dans les produits que tu vas sortir de ton sol.
09:39Pour lutter contre le cadmium, d'autres options existent.
09:44Comme se fournir en engrais phosphatés en Finlande ou en Slovaquie,
09:48dont les taux de cadmium sont très bas.
09:52Et puis, il y a aussi la solution de la dépollution.
09:59Aujourd'hui, maintenant qu'on a voté,
10:02on peut continuer de travailler avec le Maroc,
10:04avec une méthode de décalmation qui est très efficace.
10:07Et les Marocains nous disent eux-mêmes
10:09qu'ils seraient déjà en capacité de fournir des engrais phosphatés
10:13à moins de 20 mg.
10:15Donc c'est la preuve que la méthode fonctionne.
10:17On sait que le coût est dérisoire,
10:19puisqu'il est évalué à 2 euros par hectare et par an pour un agriculteur.
10:23Donc c'est pas ça qui va mettre en difficulté la compétitivité de l'agriculture.
10:29C'est que dalle.
10:292 euros par hectare et par an, c'est rien du tout.
10:32Si la compétitivité de l'agriculture en France
10:35est menacée pour un surcoût de 2 euros par hectare et par an,
10:38il faut vraiment se poser des vraies questions.
10:40Oui, comparativement, l'augmentation du fioul touche bien plus
10:43en termes d'euros que par hectare et par an.
10:50Le député en est convaincu,
10:52nettoyer les terres est possible
10:53et surtout, il y a urgence.
10:57Tout ce qui s'accumule dans nos campagnes
11:00suit le cycle de l'eau.
11:01D'abord dans les fleuves,
11:03puis dans l'océan.
11:06Or, les coquillages sont particulièrement sensibles
11:09aux contaminations de l'eau.
11:11Ce qui pourrait s'avérer catastrophique
11:13pour l'économie de la région.
11:17Oh, dis donc !
11:18Elle est loupée.
11:19Bon, attends, mais moi, je ne la gamaigne pas pour autant.
11:22Bon, les huites, elles, elles encaissent.
11:24La question n'est pas
11:25est-ce que c'est nocif pour les huites ?
11:27Non.
11:27Ça, ce n'est pas le sujet.
11:28Le sujet, est-ce que c'est nocif pour ceux qui les mangent ?
11:30Tu as quand même parlé de 600 entreprises.
11:33Oui.
11:33Ça mérite quand même d'être protégé.
11:36Et ce qu'on dit au sujet de ces entreprises,
11:38c'est qu'elles portent une production identitaire, authentique,
11:42emblématique de notre bassin.
11:43Bien sûr.
11:44Tout le monde connaît l'huître de Marais-Noléron.
11:46Tout le monde sait ce que c'est.
11:48Donc on ne peut pas se permettre d'hypothéquer l'avenir
11:51d'une filière aussi florissante
11:53au motif qu'on n'aurait pas pris soin de l'eau sur le bassin versant.
11:55Ce n'est pas possible.
11:57Si la proposition de loi de Benoît Biteau a été adoptée en première lecture,
12:01son parcours législatif est loin d'être fini.
12:04C'est aujourd'hui au Sénat de s'en saisir.
12:14Sous-titrage Société Radio-Canada
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