00:00Bienvenue dans Circo, l'émission de la rédaction où nous suivons les députés sur leur terrain.
00:05Dans ce numéro, on va s'intéresser au cadmium.
00:08C'est un métal lourd qui a été classé cancérogène il y a 30 ans.
00:11Il est présent dans les engrais phosphatés et on le retrouve presque partout.
00:16Dans le pain, dans le chocolat, dans les céréales.
00:18Notre équipe a suivi Benoît Biteau.
00:21Il est député écologiste de Charente-Maritime.
00:23C'est un des départements les plus exposés en France.
00:26Et son combat, c'est d'essayer de réduire drastiquement les taux autorisés dans notre pays.
00:31Cadmium, un député qui veille au grain.
00:33C'est un reportage de Maïté Frémont, Raphaël Lisambard et Manuel Audinet.
00:48Salut Gérard.
00:49Salut.
00:49Comment vas-tu ?
00:50Très bien et toi ?
00:51Bah écoute, ma forme ?
00:53Ouais.
00:54Tu veux peut-être voir le jardin ?
00:55Bah oui, montre-nous.
00:57Allez, montre-nous.
00:58Gérard vit ici depuis 26 ans, à une quarantaine de kilomètres de la Rochelle.
01:04Il adore jardiner, mais depuis trois ans, c'est terminé.
01:09On a été intoxiqué par le cadmium.
01:13Ce retraité ne peut plus manger aucun fruit et légume de son potager,
01:17car la terre de Gérard est contaminée.
01:19Elle affiche des taux en cadmium bien au-dessus de la normale.
01:24Regardez, j'ai plein d'arbres fruitiers, il ne faudrait pas que je mange les fruits.
01:27J'ai un abricotier, des sorisiers.
01:30Vous ne pouvez même pas mettre les poules pour rattraper les fruits en dessous ?
01:31Je ne peux même pas rattraper les poules.
01:33J'en avais 4-5 poules.
01:36On était obligé de les donner, parce qu'on ne peut pas consommer les oeufs.
01:42C'est terrible, quoi.
01:43Non, non, c'est pénible, vraiment.
01:45On ne peut plus utiliser la terre, quoi.
01:47C'est fini.
01:50Si la terre de son jardin est particulièrement contaminée,
01:54c'est parce que, pendant des années,
01:56une usine d'engrais phosphatés était installée juste à côté de sa maison.
02:01L'usine, on la voyait quand il y avait encore les cheminées.
02:05Les vents nous ramenaient très souvent des odeurs malsaines,
02:10des oeufs pourris.
02:11C'était très désagréable.
02:13Ça bouffe un peu la vie.
02:16Franchement, c'est...
02:17Surtout qu'on est bien, là.
02:19Oui, on est bien.
02:20Dès que j'avais été élu député, vous m'avez alerté avec un dossier conséquent.
02:24En vrai, je suis sur le sujet depuis 2019,
02:27depuis que je suis député européen.
02:28On avait quand même déjà des études scientifiques
02:31qui montraient la menace que représentait le canium sur notre santé.
02:35Face au taux de contamination dans sa terre,
02:37l'État a recommandé à Gérard de rapidement faire une prise de sang.
02:42Alors ça, ce sont les analyses de ma femme et de moi,
02:48où on peut lire les taux de canium supérieurs à la normale.
02:55Moi, j'ai 0,8.
02:58Et le taux minimum, c'est 0,25.
03:00Et là, ma femme, 1,5.
03:03Très élevé.
03:04Même hallucinant.
03:05Alors vous recevez ça, vous vous dites
03:07« Bon, là, il y a vraiment un problème. »
03:11Gérard et un collectif de riverains ont décidé de porter plainte contre l'État.
03:15On vous dit « Ça va être difficile de vivre là où vous avez mis 20 ans
03:22pour construire votre maison et la payer. »
03:25C'est fou, c'est fou.
03:26Mais moi, je ne peux qu'être en colère quand on a ça sur la table.
03:30Parce qu'il y a urgence.
03:31On ne peut plus différer le moment de protéger la santé des plus jeunes
03:35et des plus démunis.
03:37Et des plus démunis.
03:41Si le député est autant en colère,
03:44c'est que son département est l'un des plus touchés par la contamination au cadmium.
03:49Sur cette carte, les teneurs de la Charente-Maritime explosent.
03:55Dans ces champs, on a déversé des engrais phosphatés en grande quantité pour doper les cultures.
04:01Mais au-delà de la Charente-Maritime, c'est bien toute la France qui est contaminée.
04:06Car elle se fournit en engrais à 80% au Maroc,
04:10un pays dont le sol est très riche en cadmium.
04:15Le problème, c'est que le cadmium est nocif pour notre santé.
04:22Tant qu'il me restera quelques neurones, j'essaierai de comprendre.
04:27Ce médecin est un lanceur d'alerte sur le cadmium.
04:30Depuis 30 ans, il tente d'éveiller les consciences.
04:33Depuis 1993, le Centre international de recherche contre le cancer
04:39a mis le cadmium comme cancérogène, mutagène, reproche toxique avérée.
04:44Il n'y a pas de sujet, il n'y a pas de discussion,
04:47il n'y a pas à dire, il faut encore une autre étude.
04:48Non, ça a été déjà démontré en 1993.
04:52Le cadmium est un perturbateur endocrinien.
04:55Il agit sur nos reins, notre foie ou encore notre pancréas.
04:59Associé à d'autres polluants, l'effet cocktail serait explosif.
05:04Là, les médecins ont essayé d'alerter, de faire du lobbying auprès du gouvernement
05:09pour dire que le cadmium, c'est une bombe à retardement,
05:11ça peut être aussi important que l'amiante.
05:15Mais bien sûr, bien sûr.
05:16Il y a une tribune très remarquée.
05:18Voilà, donc arrêtez, s'il vous plaît, arrêtez.
05:20Prenez les bonnes décisions en responsabilité.
05:23Donc il y a urgence à légiférer pour protéger les gens.
05:27Il y a d'autant plus urgence qu'on n'a pas de capacité à se détoxifier.
05:32Ce n'est pas vrai.
05:34On aurait un médicament en disant, très bien, vous prenez la pilule magique,
05:37vous allez pisser le cadmium et demain, ça ira très bien.
05:40On ne sait pas faire ça.
05:42Les arguments du médecin, Benoît Biteau les connaît bien et en est convaincu.
05:46Il vient de faire voter une proposition de loi pour faire baisser les seuils de cadmium
05:51dans les engrais phosphatés de 90 à 40 mg.
05:55Et ce, dès le 1er janvier 2027, contre l'avis du gouvernement
06:00qui défendait un calendrier moins rapide pour protéger les intérêts des agriculteurs.
06:05Cette loi protège aussi les agriculteurs.
06:08Parce qu'en vérité, tous ces agriculteurs ont utilisé les engrais phosphatés
06:12sans avoir la connaissance, l'information du taux de cadmium dans les engrais phosphatés.
06:18C'est-à-dire qu'ils ont utilisé des engrais pour réussir leur production de céréales, surtout.
06:24Et en même temps, alors c'est à la mode depuis 2017,
06:27mais en même temps, ils ont contaminé leur sol avec du cadmium sans le savoir.
06:34Et normalement, ce texte aurait dû être voté à l'unanimité.
06:38Ce qui est incroyable, c'est que ce ne soit pas le cas.
06:47Qu'est-ce que tu veux, toi, espèce de pot de colle ?
06:50Qu'est-ce que tu veux, toi, espèce de pot de colle ?
06:52Il paraît que mes animaux ne me reconnaissent plus.
06:55Parce que je suis député et que je ne mets plus les pieds à la ferme.
06:58Avant d'être un député, Benoît Biteau est surtout un paysan,
07:02ingénieur agronome de formation et adepte du bio.
07:06Alors ici, on a trois vieilles vaches.
07:10Celle qui est au fond à 19 ans, les deux-là ont 17 ans.
07:13Et un jeune taureau de 2 ans.
07:16Et puis, on a quelques bodées du Poitou.
07:18Il y en a 17 sur cette ferme.
07:20L'intérêt, c'est de faire pâturer des ruminants, comme les vaches,
07:24avec des monogastriques, comme les bodées,
07:26de manière à avoir une prairie qui, naturellement, est riche en protéines,
07:31riche en énergie, sans avoir recours à des engrais.
07:35Donc, voilà, c'est un moyen de contourner les engrais.
07:38Depuis 20 ans, il n'y a plus aucun entrant qui rentre sur cette parcelle,
07:44que ce soit des engrais ou des pesticides.
07:48Sur ces terres, le député a choisi de se passer complètement d'engrais phosphatés.
07:54Ces animaux lui fournissent un engrais naturel
07:57et il fait pousser des arbres pour nourrir sa terre.
08:01Mon grand-père a acheté ici en 1931.
08:07Bientôt 100 ans.
08:09Mon grand-père, qui était né au 19e siècle, avait des pratiques agricoles
08:13où il cohabitait avec les arbres,
08:15où il avait des cultures pérennes qui pouvaient cohabiter avec des cultures annuelles.
08:19Et c'est ces pratiques-là qui faisaient que le phosphore
08:22ne partait jamais très loin en profondeur,
08:24remontait et était rendu disponible pour les plantes cultivées en surface.
08:28Passé au bio, une solution efficace
08:31pour se débarrasser totalement du cadmium dans nos assiettes.
08:35C'est ce que pense Emmanuel Marchand,
08:37qui lui aussi utilise les mêmes techniques que le député,
08:40celle de l'agroforesterie.
08:43Salut Penouard, ça va bien ?
08:45Oui, et toi ?
08:45Moi, tu dois être heureux de ce moment.
08:49Heureux et claqué.
08:50Sur ces 82 hectares, Emmanuel Marchand fait pousser des légumineuses.
08:54Aucun engrais phosphaté n'entre sur ses terres.
08:57Et pourtant, il sait que le cadmium est sans doute présent dans ce qu'il produit.
09:04On hérite du passé.
09:06C'est-à-dire que moi, j'ai repris la ferme en 2010,
09:08une ferme qui était paternelle, en tout cas portée par mon père,
09:12et qui était en conventionnel,
09:14donc avec des engrais phosphatés à l'époque.
09:16Donc on peut imaginer qu'il y a encore des résidus de ce passé-là.
09:20Si tu n'apportes pas de phosphate extérieur,
09:23à priori, très vite, tu fais baisser ton taux de cadmium dans ta ferme.
09:27Et c'est de l'ordre de quelques années, un peu comme...
09:29C'est très, très vite.
09:30À partir du moment où on n'apporte plus d'engrais phosphatés,
09:33très vite, on fait baisser le taux de cadmium
09:35dans les produits que tu vas sortir de ton sol.
09:39Pour lutter contre le cadmium, d'autres options existent.
09:44Comme se fournir en engrais phosphatés en Finlande ou en Slovaquie,
09:48dont les taux de cadmium sont très bas.
09:52Et puis, il y a aussi la solution de la dépollution.
09:59Aujourd'hui, maintenant qu'on a voté,
10:02on peut continuer de travailler avec le Maroc,
10:04avec une méthode de décalmation qui est très efficace.
10:07Et les Marocains nous disent eux-mêmes
10:09qu'ils seraient déjà en capacité de fournir des engrais phosphatés
10:13à moins de 20 mg.
10:15Donc c'est la preuve que la méthode fonctionne.
10:17On sait que le coût est dérisoire,
10:19puisqu'il est évalué à 2 euros par hectare et par an pour un agriculteur.
10:23Donc c'est pas ça qui va mettre en difficulté la compétitivité de l'agriculture.
10:29C'est que dalle.
10:292 euros par hectare et par an, c'est rien du tout.
10:32Si la compétitivité de l'agriculture en France
10:35est menacée pour un surcoût de 2 euros par hectare et par an,
10:38il faut vraiment se poser des vraies questions.
10:40Oui, comparativement, l'augmentation du fioul touche bien plus
10:43en termes d'euros que par hectare et par an.
10:50Le député en est convaincu,
10:52nettoyer les terres est possible
10:53et surtout, il y a urgence.
10:57Tout ce qui s'accumule dans nos campagnes
11:00suit le cycle de l'eau.
11:01D'abord dans les fleuves,
11:03puis dans l'océan.
11:06Or, les coquillages sont particulièrement sensibles
11:09aux contaminations de l'eau.
11:11Ce qui pourrait s'avérer catastrophique
11:13pour l'économie de la région.
11:17Oh, dis donc !
11:18Elle est loupée.
11:19Bon, attends, mais moi, je ne la gamaigne pas pour autant.
11:22Bon, les huites, elles, elles encaissent.
11:24La question n'est pas
11:25est-ce que c'est nocif pour les huites ?
11:27Non.
11:27Ça, ce n'est pas le sujet.
11:28Le sujet, est-ce que c'est nocif pour ceux qui les mangent ?
11:30Tu as quand même parlé de 600 entreprises.
11:33Oui.
11:33Ça mérite quand même d'être protégé.
11:36Et ce qu'on dit au sujet de ces entreprises,
11:38c'est qu'elles portent une production identitaire, authentique,
11:42emblématique de notre bassin.
11:43Bien sûr.
11:44Tout le monde connaît l'huître de Marais-Noléron.
11:46Tout le monde sait ce que c'est.
11:48Donc on ne peut pas se permettre d'hypothéquer l'avenir
11:51d'une filière aussi florissante
11:53au motif qu'on n'aurait pas pris soin de l'eau sur le bassin versant.
11:55Ce n'est pas possible.
11:57Si la proposition de loi de Benoît Biteau a été adoptée en première lecture,
12:01son parcours législatif est loin d'être fini.
12:04C'est aujourd'hui au Sénat de s'en saisir.
12:14Sous-titrage Société Radio-Canada
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