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  • il y a 2 jours
C'était il y a 40 ans, la mort de Coluche, le 19 juin 1986. Un décès, survenu lors d'un accident de moto, qui reste entouré de mystères pour certains. Car Coluche, par son humour féroce, s'était fait des ennemis. Il avait bousculé la classe politique en se présentant à la présidentielle. Une candidature qui avait fait trembler l'Élysée. C'est cette incroyable histoire que l'on vous raconte ce soir. Un récit d'Isabelle Quintard, Nicolas Baggioni, Alexandre Funel avec Stéphanie Cambus. 

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Transcription
00:00Pour lui, le message est clair.
00:02Tant qu'il reste dans la case amuseur, le pouvoir le tolère.
00:07Dès qu'il devient contestataire, on lui coupe le micro.
00:12Cette censure va le faire réfléchir à une autre option.
00:17Alors, comme on a voté pendant 30 ans pour des gens compétents et intelligents,
00:21je propose aujourd'hui qu'on vote pour un imbécile qui n'y connaît rien, c'est-à-dire moi.
00:25Un soir d'automne 1980, la France découvre l'improbable projet de Coluche.
00:31Sa candidature à l'élection présidentielle de 1981.
00:36Romain Goupil lui dit, si tu te présentes à la présidentielle, on ne pourra plus te censurer.
00:42A partir de là, tu pourras dire tout ce que tu veux.
00:45J'avais pensé à me présenter la fois d'avant, il y a 7 ans.
00:48Mais comme je n'étais pas assez connu, je ne pouvais pas.
00:51Alors, je me suis dit que j'avais qu'une solution, c'était d'apprendre.
00:56On ne peut pas interdire un candidat.
00:59Le candidat peut tout dire.
01:00C'est le miracle de la République, un système démocratique avec des élections.
01:05Et quoi pense le candidat, il peut s'exprimer.
01:09Et maintenant, tu considères que tu peux aller jusqu'au bout ?
01:11Maintenant, je vais essayer de foutre.
01:13Tu sais comment c'est.
01:15On fait ce qu'on peut et puis on fout le bordel qu'on va foutre.
01:18On fera toujours ça de pris.
01:21C'est une farce.
01:22Et en même temps, d'offrir au peuple français, je reprends son expression, un bol d'air au ras du
01:27sol.
01:28Et c'était vraiment ce qu'on ressentait.
01:30On sentait qu'on ne respirait pas au ras du sol.
01:34On sentait qu'on nous faisait chier, qu'on était un petit peu, c'était tatillon, il y avait plein
01:39de trucs interdits.
01:40Il n'y avait pas les radios libres, il n'y avait rien.
01:41Et c'était une volonté de respirer.
01:44Parce que moi, ce que je fais, c'est uniquement pour semer la merde et pour compter combien on est
01:48à vouloir être du côté des rieurs plutôt que des emmerdeurs.
01:54C'était virulent, hein, virulent.
01:56Quand vous dites bleu blanc merde, qui est la photo officielle qu'on voudrait voir dans toutes les mairies et
02:01dans toutes les administrations, on l'a fait poser sur des chiottes.
02:07Ce qui prouve bien la dérision, la moquerie, mais ça va toucher quelque chose de particulier à l'époque.
02:16Mais ce qui commence comme un coup marketing va devenir bien plus que ça.
02:24Coluche, candidat à l'élection présidentielle, monsieur Coluche, devrais-je peut-être dire aujourd'hui, qui avait hier organisé une
02:29conférence de presse pour présenter cette candidature.
02:32Il se retrouve aujourd'hui face à Daniel Grand-Clément et l'invité du Crible d'Antenne 2, c'est
02:36à vous.
02:36Alors est-ce qu'aujourd'hui vous vous prenez au sérieux ?
02:39Ça a immédiatement intéressé tout le monde.
02:42Chacun s'est dit, bon, ça va être une campagne animée.
02:45Et donc il a bénéficié d'une vraie écoute instantanée.
02:49Mais les gens, ils savent très bien que de toute façon c'est une plaisanterie, puisque je me présente au
02:54premier tour.
02:54Ce que je veux simplement, c'est que les mecs qui ne prennent pas au sérieux...
02:57Vous ne parlez pas du tout sur le tour de la plaisanterie, là, pas du tout.
02:59Mais oui, mais parce que c'est de fait que c'est pas une plaisanterie.
03:03Mais vous allez être entraîné obligatoirement à ce que ce ne soit plus une plaisanterie.
03:06C'est grâce à vous que c'est pas une plaisanterie.
03:12Un sondage le crédite très vite de 12,5% d'attention de vote.
03:17À la même période, Giscard est à 32% contre 18% pour Mitterrand.
03:23Une surprise pour tout le monde.
03:25Quand on a vu que ça cristallisait un peu, à ce moment-là, les politiques ont commencé à prendre ça
03:31au sérieux.
03:34Quelques mois plus tard, 16% des Français ont envie de voter pour lui.
03:39Et ce chiffre fait réfléchir l'humoriste.
03:43Et là, je l'ai senti profondément troublé.
03:46Mais sincèrement.
03:47Et je me rappelle qu'il m'a dit quelque chose du genre...
03:51Je pense que ça n'arrivera pas.
03:53Mais tu te rends compte que si ça se faisait, je pourrais changer quelque chose à l'histoire de notre
03:58pays.
04:00C'est un marrant.
04:01Alors comme ils font tout ce qu'ils peuvent à gauche pour ne pas prendre de pouvoir...
04:05Et qu'il s'est pris au jeu parce qu'il a croisé pas mal de gens qui, tout d
04:10'un coup, se mettaient à lui faire confiance.
04:13Vous comptez voter pour Coluche, vous ?
04:15Éventuellement, oui, pourquoi pas.
04:17Mitran nous refuse Recart.
04:19Certains autres nous refusent des écologistes qui sont, me semble-t-il, plus intelligents que tout ce qu'on a
04:23vu jusqu'à présent.
04:24Alors pourquoi pas Coluche ?
04:25Les gens se mettaient à dire, ben voilà, vous pouvez devenir notre porte-parole.
04:30Ça l'a beaucoup touché.
04:31Moi, je propose non pas que Coluche soit un président de la République, ce qui est bien sûr absurde,
04:36mais que quel que soit le président de la République, celui-ci passe au moins une demi-heure avec Coluche
04:41par jour.
04:42Des comités de soutien sont organisés.
04:45C'est bon, François ?
04:46Pour Coluche ?
04:48Des chanteurs poussent sa candidature, comme Eddie Mitchell ou Michel Sardou.
04:53Si vous voulez, je ne vote jamais, mais s'il a ces 500 voix, je lui promets d'aller me
04:57lever le dimanche et d'aller voter pour lui.
04:59Ça, c'est certain, parce que je trouve que Coluche va pouvoir dire des vérités.
05:04Des appuis hétéroclites affluent.
05:07Gérard Nicou, leader du syndicat des petits commerçants, promet des milliers de signatures de maires.
05:12Je voterai pour Coluche, parce qu'entre les comiques de circonstance et un comique professionnel, je choisirai le comique professionnel.
05:19Les plus grands intellectuels français se mobilisent aussi, comme Pierre Bourdieu, professeur au Collège de France,
05:25Gilles Deleuze, philosophe, ou le sociologue Alain Touraine.
05:31Avec une partie du pays qui le soutient, et notamment des noms prestigieux,
05:38Coluche se sent désormais investi d'une mission, représenter ce qui n'existe pas en politique.
05:45On est dans la merde.
05:46C'est-à-dire que moi, personnellement, ça va, j'ai gagné du pognon, et je le dis tout le
05:50temps, et j'en ai rien à foutre, je vais me tirer.
05:52Mais pour ceux qui sont obligés de rester, c'est vraiment le bordel.
05:55C'est vraiment pas bien.
05:56Il y a une pyramide sociale, où il y a un mec qui est en haut, tout seul, jusqu'à
06:00là, vous me direz qu'il y a du vent en ce moment là-haut.
06:03Parce qu'il y a beaucoup de mecs qui volent sa place.
06:04Et plus on descend, plus on est nombreux.
06:06Et quand on arrive en bas, on est vraiment dans la merde.
06:08Alors moi, ce que je voudrais, c'est qu'on remue la merde de manière assise.
06:11C'est donc vraiment une histoire de merde, ma candidature.
06:13Je voudrais qu'on remue la merde, et que l'odeur monte jusqu'au nez des mecs qui dirigent,
06:17et qu'au lieu d'être tourné vers l'extérieur du pays, se tourne un peu vers l'intérieur, et
06:20qu'ils disent,
06:21« Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qu
06:23'ils ont, ceux-là ? Ah merde, on leur prend tout leur pognon. »
06:25Ah oui, il faudrait leur en laisser un peu.
06:27Un Coluche candidat, j'appelle les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes...
06:33Est-ce à cause de ce poids politique inattendu ?
06:37À partir de fin novembre 1980, tout semble basculer.
06:42Le climat devient menaçant pour le candidat Coluche.
06:49Pas de spectacle Coluche, ce soir, au théâtre du gymnase à Paris.
06:53Le régisseur du spectacle, René Gorsin, a été assassiné.
06:56Le régisseur de Coluche, 39 ans, marié, père de deux enfants, est retrouvé abattu de deux balles dans la nuque
07:03sur un chantier le long de la Marne.
07:08Je l'apprends dans l'après-midi.
07:11J'arrive au théâtre en me disant « Lala, qu'est-ce que... »
07:13Et l'ambiance, effectivement, elle est assez grave pour tout le monde.
07:17D'abord parce qu'on l'aimait bien.
07:18Et puis, il y a cette histoire, quand même, est-ce que c'est pas un assassinat lié à la
07:24campagne ?
07:25Ça n'a rien à voir avec votre restante candidature aux élections ?
07:28J'espère que non. J'espère que non, parce que si des gens qui sont des professionnels de la politique
07:34agissent comme ça vis-à-vis des candidats,
07:36ça va leur retomber sur le nez parce que je n'ai pas l'intention de notaire, si je le
07:39sais.
07:40Le commissaire chargé de l'affaire aurait reçu l'ordre de laisser planer le doute sur un lien avec la
07:45candidature de Coluche,
07:47alors que la police a su très vite qu'il s'agissait d'un crime d'ordre privé orchestré par
07:52la femme du régisseur.
07:54L'inspecteur chargé de l'enquête me dit, je le savais 15 jours après,
08:00mais en haut lieu, on m'a demandé de ne pas bouger, au motif qu'il fallait laisser reposer la
08:05patte.
08:06Ce qui signifie qu'à ce moment-là, la police savait qu'en réalité, ça n'avait rien à voir,
08:13mais on leur a demandé d'attendre un an avant d'arrêter la personne coupable.
08:16Le but, c'était que cette candidature pue.
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