00:00Il est 7h47, on est avec la présidente de l'Assemblée Nationale qui est de passage dans l'Hérault, Anne
00:06-Pinque-Sonducène.
00:06Bonjour Yael Moine-Pivet.
00:08Bonjour.
00:08Vous êtes allée hier rencontrer les gendarmes et les policiers municipaux à Castelnau-le-Laye.
00:13C'est votre 85e déplacement depuis que vous êtes présidente de l'Assemblée Nationale, donc depuis 2022.
00:18La semaine dernière, chez nos collègues d'ici Loire-Océan, vous disiez, vous déplacez sur le terrain pour mieux comprendre
00:23de quoi on parle à l'Assemblée quand on est député
00:25et pour vous mettre, je vous cite, à portée d'engueulade. Alors est-ce que vous vous êtes fait engueuler
00:29hier à Castelnau-le-Laye par les gendarmes ?
00:31Même pas. En revanche, ils avaient besoin d'entendre des choses, de leur dire que, je leur ai dit que
00:37la représentation nationale était extrêmement attachée à leur travail
00:41et que je savais qu'ils donnaient le meilleur d'eux-mêmes. On sait qu'ils sont un peu dans
00:45la tourmente.
00:46Ils avaient des revendications, eux ?
00:47Alors, il n'y avait pas de revendications, mais ils sont un peu abattus parce que, parfois, certains hommes ou
00:52femmes politiques les mettent en cause par rapport au travail qu'ils effectuent.
00:58Or, on sait tous que nos gendarmes, nos policiers donnent le meilleur d'eux-mêmes, font ce qu'ils peuvent
01:02avec les moyens qu'on leur donne
01:04et que, compte tenu du nombre d'affaires qu'ils ont, notamment en matière de violence intrafamiliale, ils n'ont
01:09pas suffisamment de moyens.
01:10Et donc, leur dire la reconnaissance de la représentation nationale par ma voix, ils en avaient besoin, ils avaient besoin
01:17d'entendre cela.
01:18Et moi, je trouve que c'est très important aussi d'aller vers les gens et de ne pas attendre
01:22à Paris que les gens viennent à nous.
01:24Et donc, vous êtes venue dans les rôles, vous allez filer ensuite dans les bouches du Rhône.
01:27L'actualité de cette semaine, de ces deux dernières semaines, évidemment, c'est le meurtre de Liana.
01:32Les obsèques ont lieu aujourd'hui.
01:34En début de semaine, vous avez demandé à ce que soit inscrite à l'agenda parlementaire,
01:37cette proposition de loi intégrale sur les violences sexistes et sexuelles, ça changerait quoi, cette loi ?
01:43Et pourquoi on l'appelle intégrale ?
01:45C'est justement ça qui est important.
01:46En fait, aujourd'hui, et depuis des années, on travaille en silo.
01:51Donc, on légifère par petits bouts et on prend les choses vraiment de façon très sectorielle et séquencée.
01:57Et ça ne marche pas.
01:58C'est ça le point vraiment fondamental.
02:01Il faut avoir une approche à 360 degrés et c'est ce que fait cette loi intégrale.
02:05Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut parler d'éducation.
02:08Il faut regarder le scolaire et le périscolaire, regarder ce qui s'y passe et tous les scandales qui sont
02:14apparus.
02:14Il faut regarder évidemment la chaîne de la justice, force de l'ordre, justice.
02:20C'est le monde économique.
02:21En fait, c'est l'ensemble de la société qui doit considérer que ces violences sont une priorité.
02:27Nous devons protéger les femmes et les enfants de ce pays.
02:31Et cette loi intégrale, elle change vraiment la vision et le paradigme.
02:35Elle ne suffira pas.
02:36Il faut des moyens aussi.
02:38Justement, vous avez été avocate.
02:40Vous avez vu le système judiciaire, vous, de l'intérieur en tant qu'avocate.
02:43Vous êtes présidente de l'Assemblée nationale.
02:45Vous nous dites qu'on a besoin de moyens.
02:46Gérald Darmanin, ministre de la Justice, martèle depuis deux semaines qu'il n'y a ni problème de loi, ni
02:51problème de moyens.
02:52Donc, vous êtes totalement en désaccord avec ce qu'il dit ?
02:53Je suis totalement en désaccord.
02:54Il y a un problème de loi.
02:56Il faut aller plus loin.
02:57Il y a des dispositions qui sont importantes.
03:00Et deuxièmement, il faut mettre plus de moyens.
03:02On a mis des moyens.
03:03Il ne faut pas dire qu'on n'a rien fait.
03:04Le budget de la justice a augmenté sous ces dix années de plus de 50%.
03:09On a 1500 magistrats qui sont en train d'être formés pour justement renforcer nos tribunaux.
03:15Mais ça ne suffit pas.
03:17Il y a un problème de moyens au niveau de nos forces de l'ordre.
03:20Il y a un problème de moyens au niveau de la justice.
03:22Et il faut regarder le problème en face parce qu'on a aussi, depuis des années, sous-investi ces secteurs.
03:28Et on a une explosion d'un nombre de plaintes.
03:30Donc, entre l'explosion d'un nombre de plaintes et le sous-dimensionnement de notre justice, ça craque de partout.
03:36On le voit.
03:37Moi, j'ai des gens qui m'écrivent, des avocats, des magistrats.
03:40C'est des remontées de terrain.
03:41Et c'est à ça que ça sert d'être sur le terrain aujourd'hui comme hier.
03:44Parce qu'il faut regarder la réalité en face.
03:47Et donc, on a fait beaucoup.
03:49Mais c'est manifestement insuffisant.
03:502,7 milliards d'euros, c'est à ce chiffre-là, à ce montant-là qu'elle est chiffrée, l
03:56'application de cette loi intégrale.
03:57De cette loi intégrale.
03:58On doit mettre ces moyens-là.
03:59En tout cas, on doit mettre de toute façon tous les moyens nécessaires.
04:02C'est pour ça qu'aussi cette loi intégrale, ce qu'elle dit, c'est que ces sujets-là doivent
04:07être,
04:07enfin, une priorité nationale pour tout le monde.
04:11Ça doit être en haut de la pile.
04:13On doit, la République doit protéger ses enfants.
04:16La République faillit quand il y a des enfants qui sont, à ce point,
04:20soit victimes de violences intrafamiliales ou dans leur entourage.
04:25Et on voit, c'est des drames absolus quand ça conduit au décès d'un enfant,
04:31d'une femme battue, dont on n'a pas pris en compte les différentes plaintes.
04:35Enfin, malheureusement, nos journaux sont pleins de ces affaires-là.
04:38Et donc, ça suffit.
04:39Ça suffit.
04:40Nous, on est des hommes et des femmes politiques.
04:42On doit regarder la réalité en face.
04:44On doit faire notre mission.
04:46Et notre mission, c'est de protéger les femmes et les enfants de ce pays.
04:49Aujourd'hui, nous avons failli.
04:50Et donc, il faut que cela cesse.
04:52Cette proposition soit mise à l'agenda parlementaire le plus rapidement possible.
04:56Vous êtes dans les rots.
04:57Vous êtes ce matin sur une radio de l'audiovisuel public
04:59pendant les débats de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, justement.
05:02Vous avez largement critiqué la manière dont Charles Allon,
05:05qui est député de la circonscription de Lunel, ici, menait les débats.
05:08On a une députée du Rassemblement National, ici, qui vous a interpellé sur les réseaux sociaux
05:12parce qu'elle s'étonne, elle, dans l'affaire des photos qui ont été prises avec sa collaboratrice
05:16que vous ayez saisi, le déontologue.
05:18Est-ce que Charles Allon, c'est votre ennemi numéro un à l'Assemblée ?
05:21Alors, vous savez, moi, je n'ai aucun ennemi.
05:23Je suis présidente de l'Assemblée Nationale et je respecte chacun des parlementaires.
05:27Vous aurez noté quand même que sur cette commission,
05:29moi, la simple chose que j'ai demandé, c'est que cette commission puisse se passer sereinement et dignement.
05:34Je n'ai jamais eu autant de réclamations de parlementaires qui étaient membres de la commission
05:39à l'endroit de... sur son fonctionnement.
05:43Vous avez aujourd'hui plus de cinq commissions d'enquête à l'Assemblée Nationale.
05:48Je vous mets au défi de m'en citer une, parce que les présidents et les rapporteurs font leur travail
05:52sans aller matin, midi et soir sur les plateaux télé à se plaindre ou je ne sais quoi.
05:56Moi, c'est ça que je demande, de la sérénité parce qu'on doit faire du travail de fond.
06:00Alors, Charles Allon, moi, je n'y pense pas toute la journée.
06:03Il m'est vraiment complètement indifférent.
06:06En revanche, ce qui m'importe, c'est la dignité de mon institution,
06:09l'institution que j'ai l'honneur de présider, le sérieux des travaux que nous menons
06:12parce que c'est important, une commission d'enquête.
06:15C'est le contrôle du Parlement sur l'action du gouvernement et des pouvoirs publics.
06:19Et je ne veux pas que les travaux puissent être remis en cause
06:23par le comportement d'un tel ou d'un tel.
06:25C'est juste ça, mon point.
06:27Et sur la question des photos de Paris Match,
06:30alors pareil, en fait, on a voté une loi en 2017
06:32qui est l'interdiction des emplois familiaux.
06:34C'est un délit pénal aujourd'hui.
06:36Ça faisait suite notamment à l'affaire Fillon.
06:39Et c'est mon rôle.
06:40Si j'ai des éléments qui m'indiquent qu'un député pourrait avoir commis un délit,
06:45c'est mon rôle de saisir le déontologue.
06:47Je vous indique que certains députés m'ont demandé de saisir le procureur de la République,
06:51ce que je n'ai pas fait.
06:52J'ai d'abord demandé au déontologue de vérifier.
06:54Donc c'est mon rôle plein et entier.
06:57Maintenant, s'il y en a qui ne sont pas contents,
06:58écoutez, tant pis pour eux.
06:59Ils pourront aller vous parler pour les députés, en tout cas directement à l'Assemblée.
07:02Merci beaucoup, Yael Brun-Pivet, d'avoir été avec nous ce matin.
07:05De passage dans les Raux et direction les Bouches-du-Rhône.
07:08Merci beaucoup.
Commentaires