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"Disclosure Day" est le 37e film de Steven Spielberg... mais seulement son quatrième à traiter frontalement d'extraterrestres, après "Rencontres du troisième type" (1977), "E.T." (1982) et "La Guerre des mondes" (2005). Pourtant, ce sont à chaque fois des œuvres majeures de sa filmographie et des moments charnières de sa vie personnelle et de l'état de son pays et du monde. Analyse.

"Disclosure Day", avec Emily Blunt et Josh O'Connor, sort ce mercredi 10 juin au cinéma.

#stevenspielberg #spielberg #disclosureday #sciencefiction
Transcription
00:00Les aliens reviennent enfin chez Steven Spielberg dans Disclosure Day.
00:04C'est le 37e film du réalisateur, mais si on fait le compte,
00:07c'est seulement la 4e fois que Spielberg traite directement d'extraterrestres.
00:12C'est peu, mais ce sont à chaque fois des films majeurs de sa filmographie
00:16et surtout une vieille obsession que ce grand réalisateur traite depuis près de 50 ans,
00:21une métaphore des périodes personnelles qu'il traverse
00:24et qui raconte aussi beaucoup du monde dans lequel il vit.
00:38Avant Spielberg, l'extraterrestre au cinéma vient d'ailleurs pour coloniser la Terre,
00:43éradiquer ou asservir l'espèce humaine, une cristallisation des angoisses de la guerre froide.
00:49Avec Rencontre du 3e type en 77 puis E.T. en 82,
00:53Spielberg est le premier à transformer les aliens en créatures sympas
00:57qui aident les humains à s'élever.
01:00Dans Rencontre du 3e type, c'est la curiosité mutuelle
01:03qui aide humains et extraterrestres à entrer en contact et créer un lien.
01:10Ça, ça correspond tout à fait à la personnalité de Steven Spielberg.
01:13Curieux depuis l'enfance, il l'a passé entre les scouts,
01:16les récits de Jules Verne, à observer le ciel avec son père,
01:19puis à écrire des histoires.
01:21Le récit du film est peuplé d'enfants.
01:23Des petits, comme Gary, le garçon élevé par une mère célibataire,
01:26ou les extraterrestres eux-mêmes,
01:28à qui Steven Spielberg a donné une taille d'enfant
01:30afin de renforcer la sympathie qu'on a pour eux,
01:33mais aussi de grands enfants,
01:34comme le scientifique interprété par François Truffaut,
01:37lu par une chaleur enfantine, selon Spielberg,
01:40ou le personnage de Richard Dreyfus, fan de maquettes de train,
01:43et dont l'excitation et la recherche de vérité
01:45l'empêchent finalement de s'occuper de sa famille,
01:47le poussant à l'abandonner de manière radicale.
01:50Cette notion d'abandon parental est centrale dans l'œuvre de Spielberg.
01:55Le divorce de ses parents quand il a 18 ans
01:57laisse une trace indélébile qui va alimenter sa filmographie.
02:01E.T. est l'autre exemple flagrant de cette blessure.
02:05L'abandon est ce qui lie E.T. à Elliot.
02:08Le premier est laissé derrière par ses semblables,
02:10le second grandit dans un foyer déserté par le père.
02:13La caméra est à hauteur d'enfant,
02:15le monde des adultes est regardé d'en bas
02:17comme quelque chose de menaçant
02:19et d'incroyablement sérieux.
02:25E.T. c'est à la fois un film de science-fiction,
02:28mais aussi un conte et un film intime.
02:30Et comme pour Rencontre du Troisième Type,
02:32celui qui vient d'ailleurs
02:33porte des réponses sur son soi intérieur,
02:36comme en grandir et s'élever au contact de l'autre.
02:39Spielberg a écrit E.T. comme une sorte de variation
02:42à rencontre du Troisième Type,
02:44comme il l'a souvent expliqué.
03:03E.T. est incontestablement son oeuvre la plus personnelle,
03:06jusqu'à The Fablemans en 2022,
03:09film autobiographique sur son enfance de cinéaste,
03:11quasiment un manuel pour revoir E.T.
03:14Il faut attendre 33 ans pour que Spielberg
03:16aborde à nouveau la question des extraterrestres,
03:19mais avec une vision à l'opposé
03:21de ces deux films d'aliens précédents.
03:23Dans La Gare des Mondes, Ray, un père divorcé,
03:26doit traverser une invasion alien avec ses enfants.
03:28Cette adaptation du classique de la littérature anglaise
03:31de H.G. Wells est un vieux projet
03:33qui traînait dans un coin de sa tête,
03:35mais il attendait le bon moment pour la réaliser.
03:37Celui-ci intervient en 2004,
03:40soit trois ans après le 11 septembre 2001.
03:42La série d'attentats filmée en direct
03:44et qui fait près de 3000 morts sur le sol étasunien
03:47choque évidemment Steven Spielberg.
03:50Dans une conférence de presse lors de la promo du film en 2005,
03:53il explique que
04:07Les souvenirs des images de l'attaque du World Trade Center
04:10parcourent le film.
04:11La première attaque des tripodes, filmée à hauteur de la foule,
04:14montre les gens fuir sans savoir où aller.
04:17La poussière et la cendre recouvrent tout.
04:20Le mal vient d'un ciel que Steven Spielberg
04:23dit ne plus pouvoir regarder comme avant.
04:25Dans un article du média Sci-Fi,
04:27un journaliste new-yorkais témoin direct du 11 septembre
04:30explique que Spielberg est le réalisateur
04:32qui a le mieux retranscrit la terreur de ce jour-là.
04:36Les références au 11 septembre sont même explicites.
04:39La fille de Ray mentionne les terroristes,
04:41son fils lui veut s'engager dans l'armée
04:43afin de réclamer vengeance.
04:46111 septembre, pas de film,
04:48à vous-même frontalement Spielberg.
04:50La guerre des mondes a de toute façon
04:52toujours raisonné avec son époque.
04:54Quand Orson Welles la transpose à la radio en 1938,
04:58un an avant la Seconde Guerre mondiale,
05:00il crée une panique générale à travers le pays.
05:03En 1953, la première adaptation au cinéma
05:05avec des ennemis sans visage qui envahissent le sol américain
05:08évoque évidemment les craintes de la guerre froide.
05:11En 2005, Steven Spielberg utilise la guerre des mondes
05:15pour évacuer les traumas de son pays
05:17un peu à la manière de ses autres films plus historiques
05:19tout en parlant toujours de l'intime.
05:22Quand on lui demande quel type d'aliens il préfère,
05:25Steven Spielberg n'hésite pas.
05:37Il n'en a jamais fait mystère.
05:51Je pense qu'il y a des intelligents et intelligents
05:53ici sur Terre.
05:54Je crois qu'il y a une vie à l'autre.
05:56Je pense qu'il y a un sentiment d'intuité et aussi
05:58une mathématicale, que il y a des beings,
06:00both friendly et hostile,
06:02off de ce plan de l'autre, ou d'un autre.
06:04Je reviens mon pensée.
06:05Je me suis devenu un peu plus âge,
06:07et j'ai commencé à comprendre
06:09que avec toutes les caméras de la vidéo
06:11aujourd'hui, pourquoi les UFO sightings ont diminué ?
06:32En 50 ans de cinéma,
06:34le monde qui l'entoure a beaucoup changé,
06:36ce qui a évidemment fait évoluer ses convictions.
06:39Disclosure Day reflète ça.
06:41Deux inconnus, l'un expert en cybersécurité,
06:44l'autre présentatrice, Météo,
06:46s'allie pour divulguer au monde
06:47des documents cachés par le gouvernement
06:49prouvant l'existence extraterrestre.
06:52Spielberg y est moins dans l'intime,
06:54mais il recycle une nouvelle fois
06:56ses obsessions pour ces petits aliens bienveillants
06:58qui permettent à l'humanité de s'élever.
07:01On est donc plus proche de rencontres du troisième type
07:04que de la guerre des mondes.
07:05Mais il n'oublie pas le monde dans lequel il vit.
07:08Ses héros sont en recherche de vérité,
07:10défient les secrets gardés
07:11et les discours d'État,
07:12choisissent d'accorder leur confiance
07:14moins en ce qu'ils croient
07:16qu'en ce qu'ils voient.
07:25Spielberg n'agite pas pour autant
07:27de discours complotistes.
07:28Au contraire,
07:29il fait presque une déclaration politique
07:31au temps de la désinformation
07:33et de la post-vérité,
07:35des thématiques qu'il avait déjà explorées
07:36en 2017 dans Patagon Papers.
07:41En clair, Spielberg fait du cinéma
07:43à l'époque du président Donald Trump.
07:45Et même s'il n'est pas forcément
07:47un cinéaste politique
07:48et que Disclosure Day reste un thriller
07:51de science-fiction,
07:52il a tout de même son mot à dire
07:54sur le monde dans lequel il vit.
07:56On ne va pas en raconter plus sur Disclosure Day,
07:58mais le 37e film de Steven Spielberg,
08:0079 ans,
08:02est sans doute la somme de la fascination
08:04qu'il entretient depuis tout petit
08:05pour ce qui nous dépasse, nous humains.
08:08Et si le traitement des aliens
08:09a pu changer au cours de sa vie,
08:11en fonction de son rapport avec ses parents,
08:13des tragédies mondiales
08:14ou de l'état de son pays,
08:15il y a une seule constante
08:17qui traverse tout le cinéma
08:19de celui qui reste toujours
08:20l'un des meilleurs réalisateurs de Hollywood,
08:22une profonde foi en l'être humain
08:25qui, au contact de l'autre,
08:27qu'il soit hostile ou non,
08:29trouve son salut dans son empathie.
08:31Et vous, dites-nous,
08:32lequel de ces extraterrestres de Spielberg
08:34vous convainc le plus
08:35et donnez-nous aussi
08:37votre top 3 de vos Spielberg préférés.
08:39On attend ça en commentaire.
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