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  • il y a 5 jours
Bernadette Chirac, veuve de l'ancien président de la République Jacques Chirac, est morte vendredi 5 juin à l'âge de 93 ans, a annoncé ce samedi sa fille Claude Chirac. Elle avait été la seule Première dame à avoir elle-même exercé un mandat politique sur son nom propre, celui de conseillère générale de Corrèze, département où elle a été élue sans discontinuer de 1979 à 2015.

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Transcription
00:00Nous sommes donc en direct avec Renaud Muselier.
00:02Merci d'être avec nous.
00:04D'abord, votre première réaction, bien sûr, à l'annonce du décès de Bernadette Chirac.
00:10Oui, une surprise.
00:15Mais il y avait une attente peut-être un peu aussi, puisqu'elle était quand même diminuée.
00:20Mais c'était une femme tellement exceptionnelle qu'on la croyait indestructible.
00:24Et finalement, même quand elle était peu présente, elle était éminemment présente.
00:31Elle avait dégagé une puissance naturelle avec un calme et une sérénité.
00:36Une bonté avec des pics bien lacérés.
00:40Et elle avait surtout une force incroyable, c'est qu'elle aimait les autres, elle aimait les gens.
00:46C'était une femme profondément qui servait la République, qui servait la France,
00:50qui avait été élue et qui, toute sa vie, a accompagné son président, son mari, son Jacques,
00:59dans toute son aventure politique, dans toute sa carrière politique,
01:02et avec beaucoup de bas et quelques hauts.
01:05Et elle n'a jamais eu la tête gonflée par tout ça.
01:11Elle avait une lucidité incroyable.
01:13Elle sentait les choses avant les gens.
01:14Mais ce qui me restera le plus, peut-être, c'est cette douceur lente, présente,
01:24cette sagesse permanente, cette volonté inébranlable.
01:30Et j'avais eu la chance de, j'étais secrétaire d'État aux Affaires étrangères,
01:34je suis parti deux fois à Kaboul, en Afghanistan, pour mettre en place,
01:39avec la chaîne de l'espoir, les opérations pour ces petits Afghans,
01:45qui, tout ça a été dévasté depuis, mais elle avait fait une œuvre absolument incroyable.
01:50Avec les opérations de sauver des gens, c'était fou.
01:55Et en même temps, en France, avec ses pièces jaunes,
01:58elle avait apporté des aides et des contributions complémentaires.
02:02C'était malin, c'était intelligent, c'était fort.
02:06Donc, pour ma part, grand moment de tristesse,
02:10parce que c'est une page, un pas entier de ma vie qui se tourne.
02:15Et c'est vrai que la politique, avec les Chirac,
02:19ce n'est pas pareil qu'aujourd'hui.
02:22Et c'est vrai qu'il y a eu deux Bernadette Chirac.
02:26Il y a eu la première partie de sa vie, aux côtés de Jacques Chirac,
02:31où elle a eu du mal à trouver sa place, évidemment, dans l'ombre de son mari.
02:35Et puis, il y a eu cette deuxième partie, finalement,
02:37où elle a pris son destin en main,
02:39et où elle est devenue véritablement la Bernadette Chirac,
02:42que tous les Français connaissent encore aujourd'hui.
02:46Je crois que vous oubliez toute une première partie, aussi,
02:49où c'est la femme, la mère,
02:53qui se dévoue pour la réussite de son époux,
02:57et qui avait cette puissance,
02:59et elle sera incroyable, cette énergie phénoménale,
03:01et elle l'apaisait, en fait.
03:04Toute cette période-là, elle était moins dans les projecteurs,
03:07parce que discrète,
03:08mais elle était omniprésente par, justement,
03:12cet apaisement, ce bon sens,
03:15cette sagesse dont le président Chirac avait besoin.
03:18Et après, bien sûr, quand la démarche,
03:21après, quand il a été élu président,
03:26là, elle est sortie de l'ombre, bien entendu.
03:28Et elle a eu, effectivement, un moment où sa place n'était pas simple.
03:35Puis, je crois qu'il y a un moment très, très important,
03:37dans l'évolution du couple et de la vie politique en France,
03:41c'est la période de la dissolution.
03:43Parce qu'elle avait tout à fait compris ce qu'il ne fallait pas faire.
03:48Et après, Rodrigue Soutier avec son mari,
03:50elle a été très meurtrie par ces dissolutions
03:53qu'elle avait trouvées pas adaptées.
03:55L'histoire montre qu'une dissolution est rarement adaptée, d'ailleurs.
03:58Mais elle avait sentie, elle avait compris,
04:01et elle avait un instinct naturel
04:04pour voir les compétences,
04:07plus que les ambitions, par exemple.
04:10Il y a la question de la dissolution, en effet,
04:13dont elle avait pressenti le résultat.
04:16Il y a la question aussi de la montée du Front National en 2002,
04:19avec Jean-Marie Le Pen au second tour,
04:21face à Jacques Chirac.
04:23C'est Jacques Chirac lui-même qui l'a raconté,
04:25qu'elle l'avait vu venir, qu'elle l'avait sentie.
04:27Elle était peut-être la seule ou une des seules à l'époque.
04:30Et c'est vrai que vous l'avez évoquée.
04:32C'était aussi une stratège.
04:34En tout cas, elle avait un vrai flair politique.
04:36Elle a dit qu'elle sentait les choses peut-être plus que d'autres
04:38autour de son mari, autour du président de la République.
04:43Oui, parce que comme elle n'aimait pas la lumière,
04:46elle n'apprenait pas,
04:47mais elle était une corézienne,
04:51une femme qui aimait les autres,
04:54qui sentait les souffrances,
04:55qui sentait les difficultés,
04:58qui sentait les injustices,
05:00et qui luttait à sa manière
05:02contre ces injustices qu'elle trouvait les clientes,
05:05mais qui, du coup,
05:06savait parfaitement, en tant que femme politique,
05:09les conséquences que ça avait dans les urnes.
05:12Et donc, cette absence d'ambition personnelle,
05:15cette volonté d'avancer pour le pays,
05:18et de faire en sorte que le porteur de cet intérieur
05:21soit son mari,
05:22faisait en sorte qu'elle sentait les choses mieux que les autres.
05:25Puisque ce n'est pas son ambition qui perdurait,
05:26ce n'était pas sa volonté à elle.
05:27C'était la France,
05:30avec un grand F et notre drapeau tricolore.
05:33Et donc, forcément,
05:34elle avait cette perception
05:35qui était beaucoup plus fine,
05:38beaucoup plus adaptée
05:40que les autres qui ne savent pas carrière.
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