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Boris Vallaud publie un nouveau livre dénonçant la "marchandisation" de nos vies

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Transcription
00:00Ici Gascogne, 7 jours sur 7, ici Matin.
00:06J'ai invité ici Gascogne. Ce matin, nous sommes avec Boris Vallaud, député socialiste des Landes et président du groupe
00:12EPS à l'Assemblée Nationale.
00:13Bonjour Boris Vallaud.
00:14Bonjour.
00:15Alors vous êtes avec nous ce matin pour évoquer votre dernier livre, Nos vies ne sont pas des marchandises.
00:20Mais d'abord, une question autour du drame de la disparition de Liana, c'est probablement le corps de l
00:25'enfant qui a été découvert hier dans le Gers.
00:27Je pense que le suspect avait fait l'objet de plusieurs plaintes, dont certaines pour viol sur mineur.
00:32Il n'avait jamais été poursuivi, jamais placé en garde à vue avant la disparition de la collégienne.
00:37Qu'est-ce que ce drame dit de notre système judiciaire, Boris Vallaud ?
00:41D'abord, avant de dire ce qu'il dit de notre système judiciaire, je veux dire moi, l'horreur que
00:48m'inspire cette annonce.
00:49Je l'ai entendu ce matin en allumant la radio. J'ai une pensée pour sa famille, même si le
00:57corps n'a pas été identifié.
00:59Tout semble indiquer que c'est cette petite fille. Je pense à ses amis, à ses camarades de classe.
01:05Et c'est épouvantable.
01:06Voilà, c'est épouvantable.
01:08Qu'est-ce que ça dit du fonctionnement de notre justice ?
01:10C'est précisément la question qui lui est posée, et dont je comprends qu'elle est posée par le garde
01:15des Sceaux lui-même,
01:17qui a diligenté une enquête administrative.
01:20J'ai entendu aussi ce matin que le Premier ministre convoquait à Matignon le ministre de l'Intérieur et le
01:26ministre de la Justice.
01:28Il y a en effet la nécessité de comprendre ce qui s'est passé,
01:31de comprendre pourquoi un homme dont manifestement les antécédents étaient connus,
01:40a pu, si c'est lui, il bénéficie encore de la présence de l'innocence,
01:44mais récidiver de cette manière, de la pire des manières.
01:48Ça vous choque justement que le drame aurait pu être évité ?
01:51Écoutez, vous savez, je suis incapable de le dire, donc je ne vais pas me prononcer.
01:56Il y a une enquête administrative.
01:58Il y aura la justice qui va se saisir de ce crime.
02:03Et je crois que le moment est celui du deuil avant d'être celui de la polémique.
02:07Alors je le disais, Boris Vallaud, vous êtes là pour parler de votre livre
02:10« Nos vies ne sont pas des marchandises ».
02:12Et puis l'une des clés que vous donnez dans votre livre, c'est donc ce concept de démarchandisation.
02:18Vous regrettez que des pans entiers de nos vies soient soumis aux lois du marché,
02:22la santé, le grand âge, le logement, la petite enfance, l'eau.
02:26Est-ce que c'est notre département des Landes qui vous a justement inspiré
02:29quand on sait que le secteur des EHPAD, chez nous par exemple,
02:32est resté dans le secteur public et c'est une particularité landaise ?
02:35Eh bien oui, et je vais vous dire qu'à la faveur de la sortie de ce livre,
02:37avoir l'occasion de parler des Landes et du modèle landais
02:42est pour moi une grande fierté et un grand bonheur.
02:45Vous avez raison de dire qu'il y a des politiques démarchandisées dans les Landes.
02:49Et vous avez cité l'exemple des EHPAD.
02:50Il n'y a pas d'EHPAD à but lucratif dans les Landes.
02:54Et vous savez que le modèle landais, même si on sait que la prise en charge
02:57de la dépendance, du vieillissement, est un enjeu anthropologique majeur.
03:01La population va vieillir, il y a besoin et on l'attend depuis des années et des années
03:05d'une loi sur la dépendance, de moyens supplémentaires.
03:08Mais néanmoins, le modèle landais, il est le miroir inversé du scandale Orpéa.
03:11Vous vous souvenez, il y a quelques années, pour rémunérer des actionnaires,
03:14il fallait gratter sur les couches, sur la nourriture, sur les soins, sur la surveillance.
03:19Et en plus de ça, tout ça coûtait très cher.
03:21Dans les Landes, il y a un taux d'encadrement qui est infiniment supérieur.
03:23Il y a une prise en charge qui est meilleure.
03:25Il y a des prises journées qui sont plus faibles, même s'ils sont difficiles
03:27pour un certain nombre de familles.
03:29Mais tous les EHPAD sont habilités à l'aide sociale.
03:33Que vous soyez riches ou pauvres, vous vieillissez dans les mêmes conditions,
03:35dans les mêmes EHPAD, et avec une qualité de prise en charge
03:38que le privé, en tout cas lors du scandale Orpéa, n'atteint pas.
03:41Mais j'aurais pu donner l'exemple de la politique publique de l'eau.
03:44Voilà maintenant plus de 30 ans que les Landes ont décidé, avec le SIDEC,
03:48et je salue les agents du SIDEC, d'une gestion publique de l'eau.
03:53Et pour 90% des consommateurs, c'est aujourd'hui le cas.
03:56Ça veut dire quoi ? Un taux de renouvellement qui est l'un des meilleurs de France
04:00et un prix de l'eau qui est probablement le plus faible de Nouvelle-Aquitaine.
04:02Mais Boris Vallaud, est-ce que l'État a les moyens,
04:04alors qu'on est lourdement endettés, de gérer tous ces secteurs-là ?
04:07D'abord, la démarchandisation, ce n'est pas l'Étatisation,
04:10la nationalisation de tout.
04:13Et pour répondre à votre question, je réponds d'une façon un peu différente.
04:16Qu'est-ce qui coûte cher ? La marchandisation ou la démarchandisation ?
04:18Un exemple.
04:19Aux États-Unis, la dépense consacrée à la santé,
04:22à travers un modèle qui est un modèle marchandisé, libéral, lucratif,
04:27c'est 18% de la richesse créée.
04:29En France, c'est 12% pour un système socialisé avec la Sécu,
04:34démarchandisé.
04:35Et il se trouve qu'en France, l'espérance de vie est supérieure à celle des États-Unis
04:38et les inégalités en santé sont plus faibles.
04:40Autre exemple, 50 milliards de dividendes ont été distribués aux actionnaires
04:45depuis la privatisation des autoroutes.
04:4750 milliards qu'on aurait pu utiliser pour les TER, pour les trains de nuit,
04:51pour les transports du quotidien, pour la décarbonation de notre parc de véhicules.
04:55Qu'est-ce qui coûte cher ? La marchandisation ou la démarchandisation ?
04:57Et puis, par ailleurs, c'est posé la question des limites du marché.
05:01Le marché nous colonise de façon subreptice.
05:03Et vous l'avez bien vu avec le marché total, qui est le capitalisme numérique,
05:07nous sommes nous-mêmes devenus des marchandises.
05:09Même ce qui est subjectif, nos amitiés, nos amours, notre attention,
05:13tout ça est devenu marchandise.
05:17Eh bien, il est temps de reprendre un peu le pouvoir sur nos vies,
05:19parce que le marché nous impose des villes au cost.
05:22Je vous donne un dernier exemple.
05:23Il y a 20 ans, quand vous voyagez avec votre famille,
05:26il y avait votre famille à côté de vous et votre bagage sous votre siège.
05:28Aujourd'hui, si vous voulez voyager à côté de votre famille, il faut payer.
05:30Si vous voulez un bagage, il faut payer.
05:32Si vous voulez une prise à côté de votre siège, il faut payer.
05:35Et comble du luxe, paraît-il,
05:36si vous ne voulez pas d'enfants dans votre compartiment, il faut payer aussi.
05:40Alors, Boris Vallaud, vous êtes donc le chef de file des socialistes à l'Assemblée nationale.
05:44Vous avez quitté la direction du Parti Socialiste le mois dernier.
05:48On va évoquer, on est à un an de la présidentielle.
05:51On a vraiment du mal à s'y retrouver pour savoir comment la gauche va trouver son candidat pour 2027.
05:56Olivier Faure, le numéro 1 du PS, a proposé une double primaire.
06:00Un vote des militants fin septembre pour désigner un candidat interne.
06:03Un vote début octobre pour désigner un candidat qui représente la gauche hors LFI.
06:08Et vous, vous êtes totalement contre. Pourquoi ?
06:11D'abord, dire que dans un parti démocratique,
06:15la crise, elle n'est pas dans le fait de dire ses désaccords,
06:18d'exprimer ses doutes, de proposer d'autres chemins, de chercher précisément la discussion et le compromis
06:23pour parler d'une seule voix.
06:25Il serait dans le fait de se taire.
06:27Je préférais parler un an de la présidentielle avant qu'il soit trop tard
06:31pour que le Parti Socialiste, comme le reste de la gauche, soit en ordre de bataille.
06:35Je fais le constat qu'aujourd'hui, ça n'est pas le cas.
06:36Vous voyez qu'à peu près l'ensemble des formations politiques ont désigné leur candidat,
06:40ont choisi leur stratégie.
06:41Nous ne l'avons pas fait.
06:42Et donc, il est temps de le faire.
06:44Quelle stratégie vous préconisez ?
06:45La dernière proposition...
06:46Moi, je considère d'abord que la politique, elle doit s'occuper des gens.
06:49Elle doit parler de la vie des gens.
06:50Elle doit répondre à des questions simples, mais qui sont urgentes.
06:54Comment aujourd'hui, quand vous bossez, vous vivez de votre travail ?
06:57Comment, lorsqu'il y a une crise à l'autre bout du monde,
07:00vous ne perdez pas de l'argent à remplir votre réservoir d'essence ?
07:03Comment, par l'école, et on sait à quel point elle est importante ici,
07:06dans nos territoires ruraux, avec des sujets de démographie scolaire,
07:09de fermeture de classes, et on se bat, pied à pied,
07:11dans tous les viages, on n'y arrive pas toujours, pour les défendre.
07:15Comment on fait pour que nos enfants, par l'école, par les études,
07:18puissent espérer une vie meilleure que la nôtre ?
07:21C'est d'abord un programme.
07:24Mais comment on choisit le candidat ?
07:25Non mais ça, vous sautez les étapes.
07:28Pardon, un programme.
07:29Parce qu'avoir un candidat qu'on choisirait,
07:31et dont on ne sait pas ce qu'il va raconter, ce qu'il va proposer,
07:32honnêtement, ça n'est pas très intéressant.
07:35Moi, je souhaite qu'on fasse un programme ancré dans la vie réelle,
07:39dans la vie des gens, qu'on parle des vies difficiles.
07:41Moi, c'est ce à quoi je m'emploie maintenant depuis des années,
07:43en puisant mes propositions et mes inspirations
07:46dans ce que je vis ici, dans l'élan.
07:48Premier point, le programme commun.
07:49Deux, ce que j'appelle moi le contrat de législature.
07:52Inversons le calendrier électoral, on n'arrête pas de le revendiquer.
07:54Faisons-le dans la préparation de ces échéances.
07:57Parce que les élections législatives ne seront pas seulement
07:59le troisième tour de l'élection présidentielle.
08:01Vous voyez, il n'y a pas de majorité absolue à l'Assemblée Nationale.
08:03Il n'y aura peut-être plus jamais de majorité absolue.
08:05On voit tous les dysfonctionnements de nos institutions.
08:08C'est l'occasion de dire la façon dont nous allons gouverner,
08:10de présenter une équipe, des visages,
08:12et pas un seul, des visages de cette gauche,
08:15de cette nouvelle gauche plurielle.
08:16Voilà comment je l'ai appelée.
08:17Et ensuite, j'ai la conviction qu'une fois que nous aurons fait ça,
08:20personne ne se lève autour de la table en disant
08:21« Moi, je m'en vais ».
08:22Et que nous serons capables,
08:24par une forme de consensus organisée,
08:26avec des autorités morales que l'on peut solliciter,
08:28des responsables politiques qui nous ont servi,
08:31des responsables syndicaux qui ont pu prendre de la distance,
08:34la société civile, des citoyens, pourquoi pas,
08:36qui nous aideront à choisir celui ou celle
08:38qui, pas seul, mais avec d'autres, conduira cela.
08:41Eh bien, il n'est pas trop tard.
08:42Mais moi, je ne pose pas la question en ces termes.
08:47Je demande à ce que l'on mette les idées en avant.
08:50D'abord, qu'est-ce que je fais ?
08:51Je mets en avant un certain nombre d'idées,
08:53dont la démarchandisation, qui dit
08:55« Arrêtons d'être démarchandises et de vivre dans une grande boutique.
08:58Retrouvons le contrôle de nos vies. »
08:59C'est vrai qu'il est important.
09:00Merci Boris Vallaud, depuis que l'on est d'avoir été notre invité sur ICI Gascogne.
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