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00:01Because, with you, Mr. President, we still believe in the important role that France and Europe have in the world
00:11déchiré of today,
00:13especially if they grow in their culture and their heritage,
00:16to bring in a new way of understanding and understanding that can make our planet more human and more peaceful.
00:34Thank you very much, Mr. President, Mr. Sergio, thank you, Mr. President.
00:45Eminence, Béatitude, mes seigneurs, très révérends Pères et révérendes Mères, mesdames et messieurs, messieurs les grands rabbins et rabbins,
00:55mesdames et messieurs les hauts représentants de l'Islam, du bouddhisme, de l'hindouisme, mesdames et messieurs les dignitaires religieux,
01:03messieurs les présidents et anciens présidents de la communauté de Sant'Egidio, mesdames et messieurs,
01:11d'abord, je veux vous dire l'immense honneur d'être parmi vous aujourd'hui.
01:20Mais en même temps, quand j'ai été invité et que j'ai accepté l'invitation,
01:28je me suis d'abord dit qu'ils invitent le président d'une république laïque qui a une histoire parfois
01:35complexe avec les religions.
01:39Et puis, je me suis dit qu'ils invitent le président qui est à la tête de la diplomatie,
01:45mais aussi des armées, d'une puissance dotée nucléaire, en plein milieu d'une guerre qui revient en Europe.
01:55C'est un drôle de moment pour venir parler de la paix.
02:00Et donc, je me suis d'abord demandé, cher Andréa, si vous étiez vraiment un ami.
02:09Et reprenant mon lien, je me suis dit qu'est-ce que je suis allé faire dans cette galère ?
02:24Parler de la paix maintenant, alors que chaque jour, il faut expliquer qu'on va tenir, qu'on doit parler
02:31de défaire l'adversaire, de victoire,
02:36et que partout à travers l'Europe et à travers le monde, on attend essentiellement des propos qui sont plus
02:45souvent belliqueux.
02:48Mais je me suis aussi souvenu de ces moments qui, ces dernières années, m'ont profondément marqué, m'ont beaucoup
02:56apporté.
02:57Ceux d'échanges, vous avez eu l'amitié d'évoquer les Bernardins.
03:01Je me souviens aussi de l'hôtel de ville de Paris, de l'échange avec les protestants, il y a
03:05quelques jours encore, à la grande mosquée de Paris.
03:11Le grand rabbin s'en souvient sans doute aussi avec les juifs de France.
03:15Et puis, des lieux parcourus à travers le monde.
03:17Et je retrouve ici plusieurs visages amis de Jérusalem à Mossoul jusqu'aux confins de l'Afrique et de l
03:26'importance de ce dialogue.
03:28Et donc, quand j'ai appelé hier Andréa Riccardi, je lui ai dit mais qu'est ce que vous attendez
03:33de moi ?
03:36Il m'a répondu quelque chose qui m'a réconforté. Il m'a dit dites nous ce que vous attendez
03:40des religions dans ce moment.
03:44D'abord, quelqu'un qui vous répond comme cela, c'est assez rare pour un président de la République.
03:49Et donc, je me suis dit, c'est ce que je vais tâcher de faire.
03:54Mais surtout, je pense que dans le moment et précisément dans le moment que nous traversons,
04:00vos journées de travail, ce dialogue que vous avez instauré,
04:08a quelque chose qui, par sa démarche même, répond à la situation que nous vivons.
04:17Parce que décider de rassembler toutes les religions, mais aussi les familles philosophiques,
04:25les convictions, les responsables, les associations, c'est agir de manière concrète pour ce multilatéralisme de plusieurs ordres.
04:36Mais c'est créer un dialogue et donc l'art d'une forme de déséquilibre.
04:41Et c'est, comme je le disais, un moment où on ne parle que de victoire ou de défaite.
04:48Accepter d'être en quelque sorte intempestif et parler de paix.
04:56C'est pour cela que je suis devant vous aujourd'hui.
05:01Applaudissements
05:10Alors, je voudrais, je l'ai évoqué de manière rapide, mais parler du moment.
05:18Parce que parler de paix et appeler à la paix aujourd'hui
05:21peut avoir quelque chose d'insupportable pour celles et ceux qui se battent pour leur liberté.
05:30Et donner le sentiment d'être en quelque sorte trahis.
05:37Et je le dis dans un pays qui a pu connaître, qui a connu l'occupation
05:42et où parfois celles et ceux qui défendaient la paix
05:46ne pouvaient n'être pas compris et être vécus comme des porteurs de défaites.
05:54Ne laissons pas la paix être aujourd'hui en quelque sorte capturée par le pouvoir russe.
06:02Ça n'est pas leur mot, il n'est pas à eux, ils ont fait même le contraire.
06:06Et la paix aujourd'hui ne saurait être la consécration de la loi du plus fort,
06:12ni le cesser le feu, ce qui viendrait consacrer un état de fête.
06:25Et donc nous parlons de paix, de ce cri de la paix que vous avez décidé comme titre et appel.
06:33Et vous allez travailler ensemble pendant tous ces jours au moment même où les Ukrainiens et les Ukrainiens se battent.
06:44Mais pour résister, pour défendre leur dignité, pour protéger leurs frontières et leur territoire et leur souveraineté nationale.
06:55Mais une paix est possible, celle la seule qu'ils décideront, quand ils le décideront, et qui pourra respecter leurs
07:02droits de peuple souverain.
07:13Alors oui, nous parlons dans ce contexte, et en tâchant de réfléchir avec vous, je voulais essayer de voir pourquoi
07:22cette guerre en Ukraine nous bousculait si profondément.
07:30D'abord parce que, vous l'avez dit, même le président Mattarella un instant, elle signe le retour de la
07:38guerre sur le sol européen.
07:41Et notre Europe avait réussi ce miracle de chasser la guerre de son sol jusqu'alors.
07:46Ensuite, parce qu'elle implique une puissance dotée de l'arme nucléaire.
07:53Rien ne justifie cette guerre, rien ne l'explique.
07:58Mais tâchant de me décaler dans ce moment et d'essayer de comprendre, moi qui ai vécu ces dernières années
08:06et qui n'ai cessé de parler en particulier au président Poutine,
08:11j'essaie de voir ce qui avait pu nous amener jusque-là .
08:14Parce que quand on est un des dirigeants de ce monde et qu'on a tâché de réengager la Russie
08:22dans le concert des nations, de prévenir, y compris il y a quelques mois encore, cette guerre,
08:28on ne peut pas chaque jour ne pas se poser la question comment en est-on arrivé là ?
08:34Je n'ai pas de réponse. Je ne sais pas s'il y en a totalement une.
08:38Je pense qu'il n'y en a sans doute pas une unique.
08:44Et je pense qu'aucune réponse ni ne justifie, ni n'explique, ni ne légitime quoi que ce soit.
08:52Je pense que d'abord, cette guerre est le fruit d'un nationalisme exacerbé, entretenu par le pouvoir russe,
09:00qui s'est nourri du ressentiment et de l'humiliation née lors de la dislocation de l'Empire soviétique.
09:16Ensuite, elle s'est nourrie, confortée en s'isolant progressivement du reste du monde,
09:24l'épidémie ayant sans doute aidé à cet égard et construisant la conviction que les menaces étaient lÃ
09:33et qu'en quelque sorte, l'attaque à son existence était le projet du reste du monde ou de l
09:41'Ouest, pour nous citer.
09:44Et puis elle s'est consolidée, construite par une forme de révisionnisme historique,
09:50transformant l'histoire contemporaine et même l'histoire moderne,
09:54en justifiant ce qui n'est qu'un projet impérialiste et colonisateur
10:01consistant à envahir son voisin.
10:04Mais c'est ça qui s'est, je crois, passé méthodiquement ces derniers mois et ces dernières années.
10:10Et donc cette guerre est aujourd'hui celle d'un pouvoir qui a cherché à la justifier,
10:16qui a construit sa propre raison, son propre récit.
10:23Mais je ne suis pas sûr qu'elle soit la guerre de tout le peuple russe pour autant.
10:29Et c'est là où, pour commencer à répondre à la question posée par toi, Andréa,
10:37travailler en dessous patiemment est essentiel.
10:41Parler au peuple russe et aux consciences est essentiel.
10:44Cette guerre ne peut pas être totalement la leur aujourd'hui.
10:50Ensuite, aujourd'hui, nous avons très clairement, et jusqu'au dernier quart d'heure,
10:56nous ferons décider de sanctionner la Russie, d'être aux côtés du peuple russe pour l'aider à résister,
11:02d'un point de vue économique, humanitaire, militaire,
11:06sans pour autant être partie prenante de cette guerre pour ne pas la mondialiser.
11:10Mais pour qu'Ã un moment, le peuple ukrainien puisse choisir la paix,
11:22et pour qu'il choisisse le moment et les termes d'une paix qu'il aura voulu.
11:30Mais ce qui veut dire qu'il y a une perspective de paix,
11:33et elle existera à un moment,
11:36et qu'à un moment, en fonction de l'évolution des choses,
11:40et quand le peuple ukrainien et ses dirigeants l'auront décidé,
11:44dans les termes qu'ils auront décidé,
11:47la paix se bâtira avec l'autre et l'ennemi d'aujourd'hui,
11:51autour d'une table et la communauté nationale étant là .
11:55Je dis tout cela en vous apportant la part d'interprétation provisoire
12:03et imparfaite de ce que nous vivons,
12:07mais parce que nous ne serions pour autant restés à part
12:10de ce qui se passe aujourd'hui.
12:11Et quand bien même nous parlons de paix,
12:12c'est une perspective et nous devons la bâtir.
12:15Mais il y a aujourd'hui un peuple agressé, attaqué,
12:20et il y a de l'autre côté des dirigeants
12:23qui ont décidé de donner l'assaut, d'envahir et d'humilier.
12:27Et se tenir à l'écart en pensant qu'il pourrait y avoir
12:30une forme d'équivalence ou qu'on pourrait rester neutre,
12:33je le crois, c'est acter qu'on pourrait accepter
12:36un ordre international où la loi du plus fort
12:39pourrait devenir la loi générale
12:41et où la domination ou l'état de fait
12:46pourrait se substituer à notre droit.
12:48Je ne le crois pas.
13:02Cette guerre est là , donc, et elle percute notre Europe,
13:05nous bouleverse, change nos vies,
13:09et je ne veux pas qu'elle fasse non plus oublier
13:11les autres guerres que vous avez évoquées,
13:14celles dans le Caucase et que subit le peuple arménien,
13:18celles en Syrie, en Irak,
13:21celles dans la corne de l'Afrique,
13:24celles du Proche et Moyen-Orient,
13:27au continent africain, le Mozambique a été aussi évoqué
13:30ou à travers le monde,
13:31qui aujourd'hui bouscule des peuples entiers,
13:35les poussent dans la misère, la famine, parfois l'exil.
13:42Mais parler de la paix, c'est aussi parler
13:44de ce qui traverse nos sociétés,
13:48qui ne sont pas forcément en guerre,
13:52mais qui vivent le retour de la violence
13:55et qui vivent le moment que nous traversons
14:00oscillant entre le retour des colères
14:04et des grandes peurs,
14:07doutant des vérités qui permettent
14:09de construire un commun,
14:13et où tant et tant dans nos sociétés
14:15sont plongées, au fond, dans une forme de solitude,
14:22qui, je le crois, est l'un des grands drames
14:24des temps que nous vivons,
14:26et où dans beaucoup de nos pays,
14:28en Europe en particulier,
14:31nos peuples ont ce sentiment
14:32de perdre le contrôle
14:35de leur vie, de leurs histoires, de leurs repères.
14:40Je dis cela parce que ce trouble,
14:44en quelque sorte, que nous vivons
14:46et qui traverse toutes nos sociétés,
14:48même quand elles ne sont pas en guerre,
14:51cette inquiétude qui renaît,
14:53de la solitude,
14:55d'une forme de relativisme qui se généralise,
15:02de l'immensité des défis qu'il y a face à nous,
15:06celui du changement climatique,
15:08celui des grandes inégalités
15:11liées à notre organisation contemporaine,
15:15au fond, font naître
15:18et font revenir, y compris dans notre Europe,
15:23les ferments de la guerre.
15:27Et ils ont à chaque fois les mêmes racines.
15:31Les nationalismes fermés,
15:33que nous ne devons jamais confondre avec le patriotisme,
15:36mais qui sont la volonté de repli,
15:38d'exclusion de l'autre
15:39et de domination d'un peuple ou d'une nation sur l'autre,
15:44du rejet de l'autre dans nos sociétés,
15:50ce que j'appellerais les rêves de pureté
15:52qui parcourent nos sociétés
15:55et qui convoquent toutes les simplifications du monde.
16:01Cela peut être le rêve d'une pureté ethnique
16:03comme le rêve d'une pureté religieuse.
16:05Mais ils sont là dans nos sociétés
16:07pour vendre une forme d'absolu de bonne loi
16:09consistant à dire que la solution face à ces doutes,
16:13à ces troubles, à cet ébranlement des consciences,
16:16c'est de revenir à une vérité unique
16:20et à des ennemis clairs qu'il faut combattre.
16:28Et donc, vous le voyez, j'arrive devant vous inquiet.
16:34Alors, face à ces défis, celui de la guerre en Europe,
16:37celui des guerres qui existent par ailleurs
16:39et des fermants qui reviennent dans nos sociétés,
16:43que peuvent les religions ?
16:49Je pense qu'elles peuvent beaucoup
16:52et que les politiques que nous sommes,
16:54je le dis au sens générique du terme,
16:57en tant que femmes et hommes qui ont décidé
16:58de s'occuper de la vie de la cité,
17:01en ont besoin.
17:04D'abord, parce que nous devons tous,
17:09responsables de gouvernements ou d'États,
17:12responsables associatifs d'entreprises
17:14et responsables religieux,
17:16essayer de tirer le bon diagnostic
17:17et d'agir ensemble.
17:19Ensuite, parce que je pense que si la parole politique
17:22peut beaucoup, en ce qu'elle donne de sens,
17:25en ce qu'elle peut apporter de sens,
17:27elle est aujourd'hui touchée,
17:28dans beaucoup de nos sociétés,
17:29par la défiance,
17:31qui est la sœur du constat que je viens de faire,
17:34mais parce que ni les lois,
17:36ni les décrets,
17:36ni les décisions que nous pouvons prendre
17:38ne suffisent.
17:42Les âmes et les peuples ne s'administrent pas.
17:46Et donc, je pense que les responsables religieux
17:48ont un rôle essentiel,
17:53en tant qu'ils contribuent à la trame de nos sociétés,
18:00Ã ces relations entre les individus
18:02et à un rapport au temps long.
18:06Et donc, je pense que dans ce contexte que je viens d'évoquer
18:12et face à la situation que je viens de décrire,
18:14votre rôle est éminent.
18:17Celui d'abord, mais je ne le reprendrai pas là ,
18:20parce que je ne veux pas être trop long,
18:21comme je l'avais évoqué à plusieurs reprises,
18:24au Bernardin en particulier,
18:26le don de sagesse, d'engagement et de liberté
18:32qu'on doit attendre des religions.
18:38Ensuite,
18:40je pense que les religions et les responsables religieux
18:48ont un rôle de résistance face à la folie des temps.
18:55Et la résistance, je vais essayer de le dire de là où je me situe
18:58et de là où je parle,
19:01c'est précisément de ne jamais justifier
19:06être prise au piège ou soutenir des projets politiques
19:12qui viendraient à asservir ou à nier la dignité de chaque individu.
19:22Et je pense qu'à cet égard, ce devoir de résistance est essentiel.
19:28Il est essentiel parce que le risque est lÃ
19:30et que ce que je décris advient.
19:34Nous savons tous comment la religion orthodoxe
19:37est aujourd'hui manipulée par le pouvoir russe
19:40pour justifier ses actes.
19:42Devoir de résistance.
19:44Nous savons dans nos sociétés
19:46et nous savons aussi dans certaines nations
19:49comment l'islam est convoqué
19:51pour justifier des projets politiques de domination.
19:56Et nous savons aussi dans nos sociétés
19:58combien les autres religions ont pu être aussi,
20:01dans notre histoire,
20:02utilisées pour des projets politiques de domination,
20:08de mise en minorité d'une partie de l'humanité,
20:12de domination de l'autre.
20:18Et si je parle d'une république
20:20où l'État est séparé de la religion,
20:24la religion est dans la société
20:26et elle a un rôle imminent.
20:28Mais ce faisant, elle a ce rôle
20:30de ne jamais laisser des projets
20:32qui, en son nom,
20:35ou la détournant de sa finalité première,
20:37qui, manipulant ses préceptes,
20:40peuvent conduire au contraire de ce qu'elle défend.
20:44Et ce devoir de résistance des religions
20:48qui est, Ã mes yeux, vous l'avez compris, essentiel,
20:51c'est pour ça que je viens le plaider devant vous,
20:55c'est celui qui consiste à défendre la dignité de chacun,
21:00à ne jamais céder, en quelque sorte,
21:02à la pulsion de pureté
21:05que d'aucuns voudraient convoquer,
21:09à défendre le respect,
21:16le devoir de prendre soin des plus fragiles,
21:22et d'apporter aussi une réponse essentielle
21:25dans nos sociétés,
21:27que nous ne saurions apporter,
21:29celle de l'enracinement
21:32et celle du salut.
21:37Ces quelques points nodaux que je viens de décrire
21:40sont, à mes yeux, clés dans cette mission de résistance.
21:46Quand la guerre est lÃ
21:49ou quand le trouble que j'essayais de décrire très rapidement
21:52revient dans nos sociétés.
21:55À chaque fois qu'une hégémonie s'installe,
21:58que la négation de l'autre est là ,
22:01les religions jouent un rôle essentiel
22:06en défendant les quelques principes que je viens d'évoquer.
22:11C'est en particulier ce que j'ai pu voir à l'œuvre
22:15et que les chrétiens d'Orient défendent du Liban à Mossoul
22:20en passant par l'Arménie,
22:22porter une part d'idéal indispensable
22:24et une capacité à dialoguer,
22:28à ne pas céder à ce qui serait la loi du plus fort
22:35qui immanquablement conduit à l'effacement de l'autre.
22:43Et puis la dernière chose, c'est que je pense que les religions
22:48ont évidemment un message d'universalisme à porter.
22:57Je le dis depuis un pays, une nation, un peuple
23:01qui a cela en commun avec vos religions,
23:05qu'il a toujours revendiqué d'avoir une part d'universel.
23:08Et c'est une fierté de la France.
23:09Et je pense qu'est français celui
23:13qui pense qu'il a un message universel.
23:17C'est dans nos gènes.
23:22Mais qu'est-ce que cet universalisme ?
23:26D'abord, ça n'est pas un discours, une religion,
23:30une vérité qui dominerait le reste du monde.
23:33L'universalisme n'est pas une hégémonie.
23:36Ensuite, ça n'est pas non plus l'idée de dialoguer avec soi-même.
23:41Ça n'est pas, en quelque sorte, la mêmeté.
23:48L'ipséité, pour revenir au concept antique.
23:55L'universalisme, c'est d'abord une exigence à l'égard de soi-même.
24:02Ce que je fais doit pouvoir s'appliquer et être expliqué partout à travers le monde.
24:07Mais c'est une volonté de comprendre ce que nous faisons à l'échelle du monde et de dialoguer avec
24:16les autres et de chercher la part d'universel irréductible à chacun d'entre nous.
24:23Et l'universalisme, c'est précisément ce qui vise à bâtir cette unité de la nature humaine et à reconnaître
24:30ce faisant, car c'en est le sous-jacent, la dignité de chaque être humain.
24:37C'est pourquoi l'universalisme est, Ã mes yeux, le meilleur antidote contre le relativisme contemporain, le meilleur antidote aussi
24:49contre la fracturation du monde à laquelle nous assistons,
24:53qui consiste en quelque sorte à consacrer dans trop d'endroits du monde la loi du plus fort ou qui
24:59consisterait à renvoyer certains principes dans une forme d'historicité ou de régionalisme.
25:06Car nous voyons aujourd'hui monter partout à travers le monde, d'Asie, en Afrique, en Amérique latine, des voix
25:11qui s'élèvent et qui nous disent que l'égalité entre les femmes et les hommes, c'est une notion
25:17occidentale.
25:20Ce que vous défendez ici ou là , c'est une notion occidentale.
25:25Non, la dignité de tout être humain, l'égalité entre les sexes, les valeurs que nous portons et que les
25:31religions défendent sont des valeurs universelles en ce que leur sous-bassement est la dignité de chaque être humain,
25:40mais en tant qu'elles se dressent, qu'elles cheminent dans les sociétés par un dialogue incessant entre religions, entre
25:50formations politiques et parce qu'elles dessinent un horizon que je ne crois pas dépassable.
25:59Surtout cet universalisme, celui auquel vous contribuez historiquement, philosophiquement et pour lequel nous avons plus que jamais besoin de vous
26:10aujourd'hui.
26:11C'est celui qui permet de prévenir l'humiliation et par voie de conséquence, le ressentiment.
26:23Car toutes les guerres que nous voyons aujourd'hui poindre et les divisions dans nos sociétés naissent précisément de cela.
26:30L'humiliation du plus faible, de l'oublier, de celui qui n'a pas digéré son histoire parce que nous
26:38n'avons pas construit le chemin pour le faire,
26:40et le ressentiment qui en sort et qui justifie la guerre de demain.
26:46C'est ça la tâche qui est la nôtre, si nous voulons véritablement être à la hauteur de ce cri
26:53de paix.
26:53Pas simplement cesser les armes aujourd'hui, mais traquer partout les humiliations et les sources de ressentiment.
27:04Et elles naissent à chaque fois que cet universalisme est oublié.
27:09Et elles naissent à chaque fois qu'on vient bousculer l'ordre juste que seuls ces principes universels permettent de
27:20bâtir.
27:23En préparant cette réflexion libre devant vous, je me replongeais dans un petit texte de 1795.
27:32Pour tout vous dire, c'est le petit texte dans une de ses éditions originales que j'offrirai demain au
27:36Très-Saint-Père.
27:38Le projet de paix perpétuelle de Kant.
27:42Et dans ses premiers principes, il dit, ne peut pas être reconnu comme traité de paix celui qui porterait les
27:48racines d'une nouvelle guerre.
27:51Et puis, il le développe beaucoup mieux que je ne le ferai ici.
27:56Tout texte, toute paix qui vient nier la place de l'autre, même de mon ennemi, n'est pas un
28:06traité de paix.
28:09C'est ça, l'immense difficulté de la paix.
28:12C'est qu'elle impose cet universalisme que je viens de décrire.
28:19Mais un pas vers l'autre et donc un déséquilibre.
28:24C'est ce qui fait qu'elle est précaire et que, quand les temps sont difficiles et que le trouble
28:31se réinstalle,
28:31elle est souvent si fragile face aux discours belliqueux et à celles et ceux qui voudraient faire croire que la
28:39vérité est plus pure que cela.
28:42La paix est impure, profondément, ontologiquement.
29:00Parce qu'elle accepte une série de déséquilibres, d'inconforts, mais qui rendent possible cette coexistence avec l'autre que
29:17moi.
29:18Et je le dis ici, pour nos amis qui viennent du monde entier, l'Europe, et en particulier l'Union
29:26européenne, sont un trésor à cet égard.
29:29Et nous, nous pouvons le dire parce que nous avons construit notre Europe sur des millénaires de guerres civiles.
29:35L'Europe était le continent qui avait la plus grande expertise en matière de guerre.
29:41Guerre de religion, guerre politique, guerre hégémonique.
29:48Et notre Union européenne est ce petit trésor de paix parce que nous avons décidé que nous allions construire un
29:54équilibre
29:57bâti sur la connaissance et la compréhension de l'autre, l'absence d'hégémonie.
30:03Il n'y a pas de plus fort dans notre Union européenne.
30:05Il n'y a que des semblables et des égaux.
30:14Il n'y a pas de plus fort dans notre Union européenne.
30:14Il n'y a pas de plus fort dans notre Union européenne et la conviction que notre avenir était ensemble.
30:33Et je crois que ce message de l'Europe est un message à vocation universelle.
30:38Et c'est la même chose qu'il nous faut trouver, le président Mattarella, le président Riccardi l'ont évoqué
30:43dans leurs propos, dans l'équilibre entre le Sud et le Nord et dans ce nouveau dialogue qu'il nous
30:48faut savoir bâtir.
30:50C'est un équilibre de respect, de réciprocité, de justice.
30:59Paul VI parlait du développement comme nouveau langage de la paix.
31:05Et c'est le projet que nous voulons porter, celui que nous avons tâché de porter pendant la pandémie.
31:09Et des questions de santé aux questions d'éducation, au sujet si essentiel du climat, à la question évidemment des
31:17inégalités économiques.
31:18Nous devons rééquilibrer le monde si nous voulons vraiment construire la paix.
31:26Et il nous faut avoir la même force d'âme que nous avons eue en Européen pour mettre fin Ã
31:32nos guerres civiles, à l'échelle de la planète tous ensemble,
31:35pour retrouver les voies et moyens de cet universalisme qui suppose plus de justice et de respect de l'autre.
31:43A cet égard, et pour accompagner nombre de ces projets en matière de santé, d'éducation, de climat,
31:51et l'agenda que nous voulons bâtir, qui est celui, au fond, de l'investissement solidaire,
32:00j'ai besoin de vous, et votre rôle est absolument essentiel.
32:09Je ne vais pas prolonger mon propos plus loin, il est largement imparfait et résolument incomplet, et je l'assume.
32:18Mais au fond, j'ai voulu, puisque vous m'en avez offert l'opportunité à un moment si grave pour
32:27notre continent et pour nous tous,
32:30vous dire qu'il y a un projet humaniste possible.
32:37Et pour ce projet humaniste, qui est à réinventer, les religions, les grandes familles philosophiques ont un rôle essentiel Ã
32:48jouer.
32:49Car ce projet humaniste reposera sur le respect de chacun, la justice, la reconnaissance et le courage.
33:06Et je terminerai sur cette vieille valeur.
33:10Il faut beaucoup de courage pour vouloir la paix, pour la préserver ou pour la restaurer.
33:21Et les vrais courageux sont là .
33:24Il faut beaucoup de courage.
33:26D'abord le courage de l'imagination, vous l'avez admirablement dit, Andréa.
33:32Parce qu'imaginer la paix en temps de guerre, c'est le plus grand des impensables.
33:40Mais il faut le courage pour tenir la paix dès qu'elle est possible, d'une forme d'intranquillité.
33:51Je vous disais que la paix était impure, elle est toujours intranquille.
33:57Parce que bâtir la paix, c'est toujours accepter la part de l'autre.
34:04Et donc je ne sais si c'est un cri qu'il nous faut.
34:08Mais je pense qu'il nous faut à coup sûr une tâche lente de chaque jour, mais indispensable.
34:18Et il nous faudra pour cela beaucoup de courage.
34:21Mais je sais que nous en sommes capables.
34:23Ce courage de bâtir la paix et en quelque sorte de vivre toujours à sa frontière.
34:29Je vous remercie.
34:30Applaudissements.
34:38Applaudissements.
34:41Applaudissements.
34:47Applaudissements.
34:48Applaudissements.
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34:59Applaudissements.
35:00Applaudissements.
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