00:00Faute de livres, parce que nous, on est les gens du livre.
00:03Sans le livre, on n'est rien du tout.
00:07C'est vraiment terrible.
00:09J'avais lancé cet appel, j'avais demandé au gardien, au directeur,
00:14s'il vous plaît, c'est comme ça.
00:17Si vous voulez un livre, on vous donne, c'est le courant,
00:19puis des livres religieux.
00:21C'est pas ma tasse de thé, moi je vais lire.
00:24Quand même, j'ai lancé l'information dans la prison,
00:28et puis les prisonniers, chacun dans son petit coin.
00:31Et finalement, j'ai reçu au moins deux livres que j'ai lus avec un bonheur inimaginable,
00:38Victor Hugo, Notre-Dame de Paris,
00:42et Monterland, que j'ai adoré, que j'ai perdu de vue depuis des années, des années,
00:46et j'ai retrouvé Monterland, que j'adore vraiment,
00:50c'était un des auteurs qui m'avait beaucoup, beaucoup, beaucoup fasciné,
00:54et puis pour une raison aussi très, que j'aimerais pouvoir raconter,
00:58mais Monterland, tout le monde le sait, était suicidaire,
01:01n'était pas bien du tout.
01:04Et bon, sa famille qui est très riche, le balader d'un pays à l'autre,
01:08pour qu'il retrouve un peu ses esprits.
01:10Et puis un jour, on lui dit, écoute, tu devrais aller à Alger,
01:13c'est bien le soleil, l'exotisme.
01:16Alors oui, bon, d'accord, pour une petite semaine,
01:18il arrive et il reste cinq ans.
01:20Il est tout d'amour d'Alger.
01:21Grand amour d'Alger.
01:22Et là, il a écrit un livre, et c'est ce livre que j'ai découvert,
01:26qui m'a fait découvrir Monterland.
01:29Il a écrit un petit livre d'une trentaine de pages.
01:31Il y a encore des paradis.
01:33Il y a encore des paradis.
01:34Où sont-ils les paradis aujourd'hui ?
01:36Il n'y a plus de paradis maintenant, c'est fini.
01:39Le monde autour de nous est en train de s'effriter,
01:42des guerres partout.
01:42Mais les guerres, ce n'est pas ça qui abaisse l'homme.
01:47C'est cette misère morale dans laquelle on se laisse vivre là-dedans.
01:53Tout s'entraîner.
01:54Oui, oui.
01:56Il est quasiment impossible d'échapper à la déchéance.
01:59Elle est générale.
02:01C'est comme la gravité, en fait.
02:02La gravité, dans tout l'univers, ne laisse rien derrière elle.
02:06Elle empiece tout.
02:07C'est une civilisation qui est très simple.
02:08Y compris les galaxies.
02:10Oui, oui, on est dans une culture, une civilisation de la déchéance.
02:14On y prend goût parce que ça nous déresponsabilise.
02:18C'est l'État, on ne sait pas qui.
02:20C'est l'ONU, ce n'est pas l'ONU.
02:23On est là, on vit petitement.
02:25On vit dans la petitesse.
02:26C'est agréable aussi.
02:28On n'a pas de soucis.
02:30Voilà, c'est terrible.
02:31Voilà.
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