- il y a 5 semaines
Libertés et droits fondamentaux des personnes migrantes : Mme Aishe Anadif et M. Karam Hassan
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00:30:32Je vais parler des problèmes des Calais.
00:30:55J'étais en Allemagne le 16 décembre.
00:31:02Car ma vie en danger au Tchad.
00:31:05J'étais en Allemagne.
00:31:06J'ai demandé l'asile là-bas.
00:31:09J'ai vécu presque 10 ans en Allemagne.
00:31:16On m'a donné un récipient.
00:31:22Une carte de séjour, un an.
00:31:26Et après, je pars pour le renouveler.
00:31:30Ils vont dire que je vais retourner à mon pays.
00:31:35Pour cela que j'ai décidé de partir en Angleterre.
00:31:43Et la seule solution pour le Dublin, c'est l'Angleterre.
00:31:48Il n'y a pas une autre solution.
00:31:52Pour moi.
00:31:56Mais mon plan, ce n'est pas l'Angleterre.
00:32:00La première fois que j'ai quitté l'Allemagne.
00:32:04Ma plan, je vais venir ici demander l'asile en France.
00:32:12Car j'ai Dublin et tout, mais j'ai raconté à un Erythréen d'Angleterre.
00:32:24Et il m'a raconté de l'Angleterre.
00:32:31Car l'Angleterre, ce n'est pas dans mon plan totalement.
00:32:36Et il m'a dit que si vous avez Dublin, la seule solution que vous pouvez faire,
00:32:44c'est partir à l'Angleterre.
00:32:46Moi, j'ai dit, c'est quoi ?
00:32:48Il m'a raconté beaucoup à cause de l'Angleterre.
00:32:54Et il m'a envoyé à une forêt comme ça, je ne sais pas.
00:33:01Les gens qui donnent de l'argent et tout pour partir à l'Angleterre.
00:33:07Et on a parlé, le monsieur me demande, je veux l'argent comme ça, presque 1000 euros.
00:33:18Moi, j'ai dit, là, je n'ai pas ça.
00:33:21J'ai juste 300.
00:33:23Il a dit, ok, je peux vous aider et je peux vous passer pour partir à l'Angleterre.
00:33:30J'ai dit, ok.
00:33:34Mais je ne sais jamais, je n'étais jamais à partir dans le cas de...
00:33:46Je peux voir ?
00:33:49Excusez-moi.
00:34:13Et ensuite, j'ai raconté un Syrien qui...
00:34:18qui lui aussi avait vécu en Allemagne.
00:34:24Il travaille...
00:34:29Il travaille aussi des choses comme ça, de traverser les gens à l'Angleterre.
00:34:35Il m'a dit qu'il pouvait m'aider, même si je n'avais pas aussi d'argent.
00:34:42Il m'a amené dans une forêt avec les autres.
00:34:50Il monte dans le bateau.
00:34:57Je pensais que c'était le grand bateau.
00:35:04Je pense que c'est le grand bateau.
00:35:08Car je n'ai jamais vu des choses comme ça.
00:35:11Il m'a dit que non, ça, ce n'est pas le grand bateau qui est dans ton tête.
00:35:24Il m'a dit que c'est...
00:35:34que j'ai réalisé que mon...
00:35:39dans...
00:35:47Dans les forêts, il y a des garçons qui m'ont dit que si j'avais peur, c'est mieux
00:35:55de rester en France.
00:35:56que c'était très difficile, la mort ou la vie.
00:36:04Les garçons, ils m'ont raconté la vérité.
00:36:08J'ai tenté de traverser des fois.
00:36:12La première fois dans une forêt, on a marché.
00:36:19C'était très fatigante.
00:36:22La police est venue.
00:36:24On s'est caché.
00:36:25C'était comme la guerre.
00:36:29Il y avait un avion qui nous survolait.
00:36:34Nous n'avons pas pu partir.
00:36:37De petits enfants, il n'y avait pas de...
00:36:42Pas de manger.
00:36:45Et...
00:36:45Il faisait très, très froid.
00:36:50Ça, ça fait très froid là-bas.
00:36:53C'est très difficile.
00:36:55Je n'avais jamais vécu ça avant.
00:36:58À la fin, nous n'avons pas réussi car la police est arrivée.
00:37:03La vie à Calais, c'est très galère.
00:37:09Il y a beaucoup de violence.
00:37:12Le 115 ne m'a pas donné de solution.
00:37:18C'est seulement une nuit.
00:37:20J'ai ensuite été hébergée dans des familles
00:37:29qui étaient nommées finalement dans la nuit.
00:37:38Je suis peur de partir,
00:37:42rejoindre d'autres femmes.
00:37:44Il n'y a pas la sécurité là-bas.
00:37:47C'était très difficile.
00:37:50Les gens là-bas vivent comme des animaux.
00:37:54Je ne comprends pas pourquoi les personnes ne peuvent pas montrer dans le bateau comme les autres.
00:38:06J'ai été une nuit dans le centre, mais c'était très, très loin.
00:38:17Quand j'ai compris que certaines personnes essaient depuis des mois, des années, parfois des années, des années,
00:38:29j'ai réalisé que c'était trop difficile et j'ai décidé de ne pas partir et tenter en France.
00:38:42Malgré, j'ai le doublé.
00:38:45Je suis répartie à Paris.
00:38:48J'ai commencé une demande d'asile et j'espère que la France va me protéger.
00:38:56Je remercie aussi la Secours catholique qui m'a aidé toujours.
00:39:03Et ils m'ont toujours donné des idées de mieux de rester en France.
00:39:12Et moi, quand je vais partir en Angleterre, ce n'est pas pour la beauté.
00:39:19Ce n'est pas pour la vie.
00:39:22pour la Dublin, juste.
00:39:25Et on m'a dit que la seule solution, c'est l'Angleterre.
00:39:30Mais pour moi, toujours, j'aime rester en France.
00:39:37Et la vie à Calais, c'est des galères là-bas.
00:39:41Des femmes, des enfants, ils dorent dans les tentes.
00:39:45Et il y a beaucoup, il y a aussi des violences et tout.
00:39:54Et quand on a essayé aussi les ballons, la police vient.
00:40:01Et nous sommes marchés dans la forêt aussi presque trois jours.
00:40:08Après, après trois jours, j'ai décidé de ne pas partir.
00:40:13C'est moi, j'ai dit, même si j'ai Dublin, je ne vais pas.
00:40:17Parce que c'est très, très dangereux.
00:40:20Et je ne vais pas.
00:40:21J'ai décidé de ne pas partir.
00:40:23Et j'ai parlé avec la Secours catholique.
00:40:27Parce que même l'argent que j'ai donné à les gars, il ne m'a pas donné.
00:40:32J'ai sorti fatiguée et tout.
00:40:35Et j'ai parlé avec la Secours catholique de m'aider de venir à Paris pour demander l'asile.
00:40:44même, il y a des filles, il y a des deux filles que je les connais de Soudan, de suite
00:40:50Soudan.
00:40:53Maintenant, la Secours catholique, on m'a dit qu'une des filles, elle est morte, car elle va traverser.
00:41:01Quand j'ai décidé de ne pas partir, j'ai toujours essayé de leur donner conseil.
00:41:10Ils sont des soeurs de ne pas partir.
00:41:14Et ils disent que tous là-bas, soudanais, érythriens, tous, ils se bagarrent là-bas.
00:41:24Toujours des galères, c'est très, très, là-bas c'est catastrophe.
00:41:28Et j'ai donné toujours conseil à les filles de rester, car j'ai vu que c'est difficile.
00:41:34Elle dit que c'est difficile, la vie c'est pas facile.
00:41:38Et on va essayer, tous là-bas, ils disent que notre esprit, c'est l'Angleterre, la mort ou la
00:41:48vie.
00:41:48Moi, j'ai dit, ok, si vous n'écoutez pas mon conseil, c'est votre problème.
00:41:52Et j'ai écouté une des filles, elle est morte.
00:41:57Elle est morte pour traverser.
00:42:02Et là-bas, c'est des galères.
00:42:04Et je remercie la Secours Catholique, Madame Mariam, Léa et tous, tous les gens de là-bas.
00:42:18Très bien, merci Madame pour votre témoignage.
00:42:25Je vais commencer par vous, Monsieur Hassan.
00:42:30Vous avez fait vos études en Inde, vous avez dit.
00:42:33Et puis, quand vous vous êtes revenus chez vous et que vous avez vécu ce que vous avez raconté,
00:42:40vous avez décidé de quitter le pays.
00:42:42Pourquoi n'avez-vous pas choisi de revenir en Inde ?
00:42:45Pourquoi avez-vous choisi le Royaume-Uni, finalement ?
00:42:49Est-ce que...
00:42:50Parce qu'on a eu des témoignages, notamment d'associations,
00:42:55qui nous disaient que les personnes qui se mettaient à quitter leur pays,
00:43:00au départ, n'allaient pas forcément vers l'Angleterre.
00:43:03Et c'est au cours de leurs déplacements qu'on leur conseillait d'aller en Grande-Bretagne.
00:43:11Est-ce que, pour vous, la Grande-Bretagne, ça s'est imposé dès le début ?
00:43:14Ou est-ce que, de la même manière, c'est dans le cadre de votre fuite, finalement,
00:43:21que vous avez décidé d'aller en Grande-Bretagne ?
00:43:25Parce que, enfin, j'aurais pensé que connaissant l'Inde,
00:43:28la première idée, me semble-t-il, qui pourrait venir à l'esprit,
00:43:33c'est d'aller à un endroit qu'on connaît,
00:43:36où on connaît les gens, où on a fait ses études,
00:43:38et où on a plus de chances d'insertion
00:43:41que, finalement, un pays qu'on n'a jamais vu.
00:43:54Merci pour cette question.
00:43:56Alors, en fait, quand je suis arrivé au Soudan,
00:44:00et quand j'étais obligé d'aller donner des informations
00:44:06deux jours par semaine sur des gens qui habitent dans mon quartier,
00:44:10en ce moment-là, j'étais blacklisté.
00:44:11En fait, j'avais pas le droit de quitter le Soudan légalement.
00:44:15Donc, et au bout de quelques mois,
00:44:19quand j'ai décidé de fuir mon pays, c'était pas du tout l'Angleterre,
00:44:23c'était pas du tout même l'Europe.
00:44:24Pour moi, le plus important, c'était de fuir du Soudan
00:44:27et aller en Egypte.
00:44:29Et quand je suis arrivé en Egypte,
00:44:32c'est là où j'ai rencontré des passeurs
00:44:33qui m'ont dit, qui m'ont vendu le rêve
00:44:36de prendre le bateau pour rejoindre l'Europe.
00:44:39Mais, enfin, quand je suis parti du Soudan,
00:44:41l'Europe, c'était pas du tout un de mes objectifs.
00:44:44Et pour aller en Inde, c'était pas du tout possible
00:44:47parce que j'étais blacklisté, en fait.
00:44:48J'avais pas le droit, voilà, c'est ça.
00:44:50J'étais pas du tout censé quitter le Soudan, en fait,
00:44:53parce qu'ils voulaient me contrôler.
00:44:55Et du coup, je devrais être qu'au Soudan pour donner des informations
00:44:59sur des gens qui habitent dans mon quartier.
00:45:02Et quand je suis le Soudan pour aller en Egypte,
00:45:04c'était pour plus ou moins rester en Egypte.
00:45:07Mais en arrivant là-bas, j'ai rencontré des gens qui m'ont dit,
00:45:11c'est extrêmement compliqué déjà d'avoir le statut de réfugié.
00:45:14C'est pas du tout facile.
00:45:15Et la deuxième chose, c'est que ces passeurs,
00:45:19ils m'ont dit, bah, tu peux prendre un bateau, etc.,
00:45:21aller en Europe.
00:45:23Et du coup, pour moi, c'était beaucoup plus intéressant
00:45:25de quitter l'Egypte parce qu'il n'y a pas le statut de réfugié déjà.
00:45:29C'est pas très facile d'avoir le statut de réfugié.
00:45:38C'est pas facile d'avoir le statut de réfugié.
00:45:41Oui.
00:45:41Donc, votre espoir, c'était d'avoir le statut de réfugié ?
00:45:44Pas du tout.
00:45:44En fait, mon espoir, c'était de fuir,
00:45:48de venir dans un pays où je peux être en sécurité.
00:45:53Ça, c'était vraiment l'espoir.
00:45:56Et quand je suis arrivé en Egypte,
00:46:00c'était beaucoup plus facile que des gens m'ont raconté.
00:46:05C'est de prendre un bateau et rejoindre l'Europe.
00:46:08Et en tout cas, pour moi, l'Europe,
00:46:10c'est là où je peux trouver de la sécurité,
00:46:12où je peux avoir...
00:46:14Mais pas du tout, en fait, j'ai pas du tout pensé
00:46:18à être réfugié, etc.
00:46:20C'était très loin de ça.
00:46:22C'est ça, oui.
00:46:26Autre question, là, c'est sur les...
00:46:28D'abord, êtes-vous retournés à Calais depuis...
00:46:32Oui.
00:46:33Vous y allez de temps en temps ?
00:46:33Plus, oui.
00:46:34Dans le cadre de mon association,
00:46:36la Voix des Réfugiés.
00:46:37Chaque année, en fait, je vais une fois par an,
00:46:40parce que L'Oréal me donne des produits
00:46:42à distribuer aux personnes,
00:46:44c'est-à-dire les exilés.
00:46:46Et du coup, je vais une fois par an,
00:46:49ou parfois deux fois.
00:46:50Mais la dernière fois que je suis allé,
00:46:53ça fait environ 7-8 mois.
00:46:56D'accord.
00:46:56Et comment avez-vous trouvé l'évolution de la situation ?
00:46:59Parce que quand vous y êtes allé vous-même,
00:47:01en tant que migrant,
00:47:04c'était du temps de la jungle,
00:47:06si j'ai bien compris.
00:47:07C'est ça, voilà.
00:47:07Aujourd'hui, la jungle, vous l'avez décrite,
00:47:11où il y a de la violence,
00:47:14de l'insalubrité, enfin...
00:47:18C'est aussi énorme.
00:47:20Il y avait des milliers de personnes.
00:47:22Ouais.
00:47:23Et donc, aujourd'hui,
00:47:25il y a le choix de ne plus avoir de fixation
00:47:27qui est faite par le gouvernement français,
00:47:30et donc, pour ne pas reproduire la jungle.
00:47:35Quelle est votre vision des choses sur l'évolution
00:47:39entre la jungle que vous avez connue
00:47:41et la situation que vous voyez aujourd'hui
00:47:44quand vous y retournez ?
00:47:45Alors...
00:47:46J'allais dire les avantages et les inconvénients,
00:47:48si on peut parler comme ça.
00:47:50Ouais, ouais, ouais.
00:47:50C'est vraiment pour donner l'image.
00:47:52Très bien, ouais.
00:47:53Pour moi, je pense que pour parler de l'époque,
00:47:57je peux expliquer peut-être...
00:48:00Pour moi, en 2014-2015,
00:48:06la situation était extrêmement compliquée.
00:48:08Néanmoins, il y avait cette solidarité
00:48:13entre des migrants, déjà,
00:48:15même s'il y avait la violence contre d'autres personnes,
00:48:18mais il y avait cette solidarité, en fait,
00:48:20de personnes exilées.
00:48:22Il y avait beaucoup d'associations qui étaient là
00:48:24pour nous aider, etc.
00:48:25Même si c'était compliqué.
00:48:27Mais, en fait, il y avait cet esprit
00:48:30de...
00:48:30On peut s'entraider entre nous.
00:48:32Il y avait beaucoup d'associations.
00:48:33Il y avait beaucoup de personnes
00:48:34qui venaient là-bas.
00:48:36Et à l'époque, quand j'étais,
00:48:37la violence policière,
00:48:39c'était pas...
00:48:39Enfin, il n'y avait pas...
00:48:41À l'époque...
00:48:42Enfin, en tout cas, en 2014, début 2015,
00:48:44il n'y avait pas les démantèlement
00:48:48comme aujourd'hui, par exemple.
00:48:50Donc, pour moi, aujourd'hui,
00:48:52c'est beaucoup plus grave.
00:48:53Pourquoi ?
00:48:54Parce que, déjà, il n'y a pas beaucoup
00:48:56d'associations qui sont sur le terrain
00:48:58comme à l'époque.
00:49:00La deuxième chose, il y a beaucoup
00:49:01de démantèlement.
00:49:02Ce que j'ai entendu des personnes
00:49:04disaient à Calais.
00:49:06Et la troisième chose, c'est qu'en fait,
00:49:08il y a beaucoup de personnes
00:49:09qui risquent leur vie aujourd'hui
00:49:11beaucoup plus qu'avant.
00:49:12Aujourd'hui, il y a de plus en plus
00:49:15des passeurs qui vont dans un rêve.
00:49:18ils disent, bah, en fait, on peut acheter un petit bateau
00:49:25et tout le monde peut monter.
00:49:27C'est-à-dire, en fait, le niveau de risque aujourd'hui
00:49:30est beaucoup plus élevé qu'avant.
00:49:33Voilà.
00:49:34Donc, pour résumer, moi, j'étais triste d'aller voir des personnes
00:49:41qui souffrent aujourd'hui.
00:49:43J'ai rencontré des personnes, à l'époque, en 2015,
00:49:47qui étaient, et même quand je suis retourné,
00:49:50parce que j'ai fait un stage pendant six mois
00:49:53à l'Accueil du Jour du Secours catholique,
00:49:55de novembre 2018 jusqu'à avril 2019,
00:50:01où j'étais une fois par semaine à l'Accueil du Jour du Secours catholique.
00:50:05On accueillait des personnes exilées entre midi jusqu'au 17h.
00:50:11Et en ce moment-là, j'ai rencontré des personnes
00:50:13que, même quand je suis allé il y a quelques mois,
00:50:18j'ai rencontré les mêmes personnes
00:50:20qui devenaient un peu fous, en fait.
00:50:22Et c'est horrible parce que ces personnes-là,
00:50:25elles étaient...
00:50:27la charge mentale, la difficulté...
00:50:31En fait, parce que tous les jours,
00:50:34la personne vit dans une situation inhumaine
00:50:37et du coup, bah, psychologiquement,
00:50:40cette personne-là est devenue fou, en fait, aujourd'hui.
00:50:43Donc, pour moi, la situation aujourd'hui,
00:50:45c'est beaucoup plus triste et beaucoup plus grave qu'avant.
00:50:49Même si ça reste aussi...
00:50:51Avant aussi, ça reste...
00:50:52Enfin, je peux dire, les deux situations étaient toujours difficiles,
00:50:57une humaine, mais ça reste aujourd'hui,
00:50:59c'est beaucoup plus dangereux.
00:51:03C'est beaucoup plus dangereux.
00:51:04Avant de parler des passeurs, j'avais une question aussi.
00:51:08Les associations, quand nous sommes allés sur le terrain
00:51:10il y a quelques semaines, nous disaient,
00:51:13et c'est votre cas, semble-t-il,
00:51:17puisque vous avez fait des études,
00:51:19la plupart des gens qui sont migrants dans les camps, etc.,
00:51:25sont des gens instruits, qui ont un certain niveau,
00:51:29si je puis dire, c'est pas des gens les plus pauvres des pays
00:51:32d'où ils sont partis, qui arrivent là.
00:51:35Ce sont, pour un certain nombre d'entre eux,
00:51:37des gens qui ont fait des études.
00:51:39Vous confirmez ça ?
00:51:43Alors, je peux pas dire la plupart des gens.
00:51:48Je peux pas dire la plupart des gens,
00:51:50parce que moi aussi, j'ai rencontré des gens
00:51:52qui ont pas fait leurs études.
00:51:56mais c'est vrai qu'il y a de plus en plus des personnes
00:52:01qui avaient une vie, qui avaient un niveau scolaire, voilà,
00:52:06beaucoup plus avancé, de plus en plus.
00:52:09Mais j'ai pas vraiment un chiffre.
00:52:11Parce que j'ai rencontré aussi beaucoup de gens
00:52:12qui ont pas fait leurs études
00:52:15et qui se retrouvaient aussi là-bas.
00:52:17Mais il faut savoir qu'en fait, la plupart des personnes
00:52:19qui quittent leur pays, c'est des personnes qui étaient persécutées,
00:52:22qui ont des problèmes, certes,
00:52:24qui avaient pas d'autre choix,
00:52:25mais qui avaient aussi un moyen financier pour, voilà.
00:52:29Parce que sinon, c'est très difficile, en fait, de...
00:52:33Oui, c'est ce que je voulais arriver à ça.
00:52:36Et donc, on parle de moyens financiers parce que, donc,
00:52:40ce sont les passeurs qui, donc...
00:52:44Je voulais savoir comment vous avez rencontré les passeurs.
00:52:49Apparemment, c'est plutôt en Égypte.
00:52:51Oui.
00:52:51Dès l'Égypte que vous les avez rencontrés
00:52:53et qui vous ont accompagnés
00:52:56ou, en tout cas, donné les étapes du voyage, entre guillemets.
00:53:04Est-ce que vous pouvez nous raconter
00:53:05comment vous a été mis en contact avec eux ?
00:53:07Comment vous les avez rencontrés ?
00:53:11Qu'est-ce qu'on vous a vendu ?
00:53:13Puisque vous avez dit tout à l'heure, justement,
00:53:15j'avais une petite interrogation
00:53:18pour savoir si le bateau qu'on vous avait vendu,
00:53:20c'était lequel ?
00:53:22C'était pour...
00:53:22Vous parliez de celui d'Italie.
00:53:25Mais je suppose aussi que celui...
00:53:28Enfin, vous, c'était plutôt pour passer
00:53:30par les camions.
00:53:31Mais semble-t-il qu'on explique aux gens
00:53:36qui sont candidats à la migration
00:53:38qu'on va leur faire un voyage
00:53:40qui ne correspond pas, finalement,
00:53:42à la réalité des choses,
00:53:43où c'est beaucoup plus dur que ce qui est dit,
00:53:46où les embarcations sont beaucoup plus précaires
00:53:48que ce qu'elles sont en réalité et dangereuses.
00:53:54Donc, en fait, je voudrais savoir, c'est qu'est-ce qu'on vous vend ?
00:53:59Quelle est la prestation, entre guillemets, qu'on vous vend ?
00:54:03Et puis, aussi, de la part de ces passeurs,
00:54:09on nous parle beaucoup de violence,
00:54:11parce qu'il y a une concurrence entre les passeurs, semble-t-il,
00:54:14parce qu'une fois que les gens qui veulent traverser la Manche,
00:54:19eh bien, parfois, certains ne veulent plus y aller
00:54:22parce qu'ils s'aperçoivent, ils prennent conscience du danger,
00:54:27il a la dangerosité de la traverser,
00:54:30et le passeur, lui, il est payé à la personne qui passe,
00:54:34donc il y a parfois des gens qui veulent faire la machine arrière
00:54:38et qu'on oblige, une fois sur place,
00:54:42à faire la traversée pour que les personnes puissent être payées.
00:54:46Donc, je voulais avoir votre témoignage, aussi,
00:54:48sur est-ce que c'est une réalité du quotidien, ça,
00:54:52ou bien ça arrive, mais ce n'est pas la majorité des cas.
00:54:57Il y a beaucoup de questions, mais pour se rendre compte
00:54:59de ce qu'on nous a dit et de ce que vous, vous avez vécu
00:55:02pour voir si c'est une réalité ou des cas sporadiques.
00:55:08Très bien. Alors, cette question est très, très large,
00:55:12et c'est vrai que les passeurs sont des personnes inhumaines,
00:55:19et vous avez déjà entendu ça à plusieurs reprises.
00:55:23Comment, moi, j'ai rencontré des passeurs quand je suis arrivé en Égypte.
00:55:26Quand je suis arrivé en Égypte, mon père connaît quelqu'un
00:55:29qui habitait là-bas, enfin, qui habitait là-bas,
00:55:32et c'est lui qui connaît des gens.
00:55:35Il m'a dit, bah, je te mets en contact avec des personnes,
00:55:39et ces personnes-là connaissent des passeurs.
00:55:42Parce qu'en fait, il m'a dit, bah, ici, tu arrives en Égypte,
00:55:45tu vas pas avoir l'asile, c'est-à-dire, en fait, tu vas toujours rester comme ça,
00:55:49mais ça va pas être facile pour toi.
00:55:51Donc, il m'a mis en contact avec des personnes,
00:55:53et ces personnes-là connaissent des passeurs.
00:55:55Et ces passeurs-là, ils sont des Syriens, des Kurdes,
00:56:01et eux, eux aussi, enfin, en fait, c'est vraiment une chaîne de personnes.
00:56:06On connaît jamais les vrais, enfin, c'est un gros réseau,
00:56:12et interminable.
00:56:18Voilà.
00:56:19Et du coup, ces personnes-là, ils m'ont dit,
00:56:23le rêve qu'ils m'ont dit, bah, ils m'ont dit,
00:56:26tu vas être dans un grand bateau, déguisé en serveur,
00:56:31et tu vas payer 3 000 dollars.
00:56:34C'est-à-dire, en fait, en sécurité, il n'y a pas de problème, etc.
00:56:39Et moi, j'étais très content parce que je me disais,
00:56:41oui, c'est un grand bateau, etc.
00:56:43Il n'y a aucun risque pour venir jusqu'à l'Europe.
00:56:46Donc, j'ai dit, ok, ça a pris quand même un peu de temps,
00:56:52mais je vais faire bref.
00:56:55Quand je suis arrivé à la plage, on était une quinzaine,
00:56:58on arrive à la plage, et en ce moment-là, c'était des petits bateaux,
00:57:02enfin, un petit bateau, et tout le monde doit monter.
00:57:05Il y avait 3 ou 4 passeurs qui étaient derrière nous,
00:57:08qui disaient, foncez, foncez, foncez en arabe,
00:57:12et on doit monter.
00:57:14Soit on monte, soit ils tirent sur des gens,
00:57:17parce qu'ils ont peur que ces personnes-là,
00:57:18elles vont retourner et qu'ils vont les dénoncer.
00:57:21Et en ce moment-là, en fait, on a monté dans ce petit bateau-là,
00:57:27c'était vers 19h, 19h30.
00:57:30Donc, il faisait noir, etc.
00:57:32Donc après, ce bateau a roulé pendant quelques heures
00:57:36et il a été transféré dans la nuit dans un autre bateau
00:57:40où il y avait déjà des personnes qui étaient stockées là-bas.
00:57:43Ce bateau-là est un peu plus grand.
00:57:47Grand, enfin, en fait, c'est resté bateau de pêche.
00:57:51Ça roulait pendant 3 jours.
00:57:53Et après, on était transférés dans un autre bateau, un peu plus grand,
00:57:57où il y avait des familles, il y avait des enfants,
00:58:01il y avait aussi des hommes, et on était environ 240 personnes.
00:58:06Du coup, en fait, c'était vraiment un travail hyper organisé,
00:58:11mais ils s'en foutent du danger des gens.
00:58:13Même la façon dont ils nous ont transportés,
00:58:16transférés de bateaux, d'autres, c'était beaucoup plus dangereux, en fait.
00:58:20Mais ils ne se rendent pas compte, ces personnes-là.
00:58:22On n'avait pas des gilets de sauvetage parce qu'on ne savait déjà pas.
00:58:27Et du coup, on ne peut pas prévoir, on ne peut pas savoir.
00:58:30Donc, on arrive sans gilets de sauvetage, etc., etc.
00:58:33Donc, ça, c'était en Egypte à l'époque.
00:58:37Quand je suis arrivé à Calais, à l'époque,
00:58:41moi, personnellement, je n'étais pas en contact avec des passeurs
00:58:43parce qu'en ce moment-là, il y avait beaucoup de personnes qui essayaient
00:58:47avec eux-mêmes, en fait, de monter dans un camion, etc.
00:58:51Peut-être qu'il y avait des passeurs, je ne sais pas.
00:58:53Moi, en tout cas, je n'ai pas rencontré.
00:58:54Et j'essayais tout seul à marcher pendant deux heures avec des personnes
00:58:59pendant deux heures pour arriver au port
00:59:03pour monter dans un camion, se cacher,
00:59:05et passer les contrôles qui n'étaient pas du tout faciles
00:59:10parce qu'on marchait pendant des heures et des heures et des heures et des heures.
00:59:13Et après, on était fatigués, etc.
00:59:17Voilà.
00:59:18Donc, pour résumer, c'est...
00:59:21Aujourd'hui, ça a devenu complètement différent
00:59:24parce qu'il y a vraiment un gros réseau qui va l'organiser.
00:59:32Et sur la violence ?
00:59:35Alors, sur la violence, moi, personnellement, je n'étais pas confronté à une violence avec des passeurs.
00:59:41Pourquoi ? Parce que quand je suis arrivé à la plage en Égypte, à Alexandrie,
00:59:48pour monter des camions, pour monter dans le bateau,
00:59:51j'ai soumis...
00:59:52Enfin, on a soumis.
00:59:53On a dit OK.
00:59:55Elle était prête...
00:59:56Elle était prête de tirer sur nous.
01:00:00Et voilà.
01:00:02Mais on a dit OK.
01:00:03En fait, on...
01:00:18comme une arme...
01:00:20Comment dire, en fait...
01:00:21Il utilise beaucoup de femmes.
01:00:23Enfin, les femmes sont beaucoup...
01:00:26sont confrontées beaucoup plus de la violence par rapport à des hommes.
01:00:31Voilà.
01:00:35Je te laisse...
01:00:37Oui.
01:00:39Bonjour à tous les deux.
01:00:41Je voudrais vraiment vous remercier d'avoir accepté de venir témoigner.
01:00:47Il est extrêmement important dans le cadre de cette commission d'enquête
01:00:50qu'on puisse entendre les personnes qui sont directement concernées
01:00:54par les politiques publiques qui sont mises en place.
01:00:58Je dois dire, pour celles et ceux qui nous regardent, que ça n'a pas été simple.
01:01:03Je dois d'ailleurs dire que votre situation à tous les deux,
01:01:06c'est-à-dire le fait d'avoir finalement choisi de rester en France,
01:01:10est plutôt minoritaire parmi celles et ceux qui se trouvent à Calais,
01:01:14qui vont faire plusieurs tentatives pour finalement passer.
01:01:19Mais il faut aussi dire que, même avec des associations qui sont situées en Grande-Bretagne
01:01:25et qui continuent d'accompagner des personnes qui ont réussi le passage
01:01:28et qui sont pourtant intégrées dans la société britannique,
01:01:33elles ont exprimé la peur de venir témoigner dans le cadre de cette commission d'enquête.
01:01:40Je constate que vous qui avez fait le choix, ou qui avez finalement renoncé en tout cas,
01:01:48au vu du danger à aller en Angleterre,
01:01:52vous avez accepté courageusement de venir, mais je suis sûre que c'est coûteux aussi pour vous.
01:01:57Donc vraiment, je tiens à vous remercier parce que souvent les politiques,
01:02:01en particulier les politiques migratoires, et ça c'est mon avis personnel,
01:02:06sont souvent basées sur des fantasmes, parfois des peurs, parfois de l'instrumentalisation.
01:02:10Et il est extrêmement important qu'au milieu de tout ça,
01:02:13jaillisse la parole des personnes concernées.
01:02:16Ça c'était pour vous remercier chaleureusement.
01:02:19La première chose que je voudrais savoir, et peut-être que ça s'adresse d'abord à Aiche et à
01:02:23Nadif,
01:02:25en quoi c'est dur pour les femmes à Calais ?
01:02:29En quoi c'est difficile pour les femmes ?
01:02:35Là-bas, la femme à Calais, des femmes seules, c'est très très aussi dangereux, plus que la famille,
01:02:43parce qu'elles vivaient dans une forêt, et avec les tantes et les garçons,
01:02:53ils viennent aussi, il y a les violences, ça passera là-bas beaucoup.
01:03:03Et même là, des filles, on m'a raconté qu'ils restaient dans les tentes,
01:03:09et les garçons, ils viennent, ils veulent, je sais pas, des choses pas bien.
01:03:16Ils m'ont raconté beaucoup, car pour cela, j'ai demandé toujours à ces cours catholiques
01:03:25de m'héberger dans une famille ou bien comme ça, car je suis en sécurité.
01:03:36J'ai refusé totalement de vivre là-bas à la tente.
01:03:44Une fois, j'ai parti à un camp, c'est loin de Calais,
01:03:53il y a l'hébergerment, l'hébergerment c'est loin, j'ai décidé de retourner à Calais.
01:04:00J'ai parti à la tente dormir une nuit, des garçons ils viennent,
01:04:06j'ai vu que c'est pas en sécurité, moi j'ai sorti et j'ai parti.
01:04:11J'ai parti jusqu'à la nuit, j'ai appelé la 115 et la secours catholique,
01:04:18on m'a toujours héberger, j'ai refusé, parce qu'avec une femme seule,
01:04:25il y a beaucoup de violence là-bas, c'est très très galère et dangereux,
01:04:32c'est des galères là-bas, catastrophes, c'est pas bien là-bas.
01:04:36Même des garçons, ils se battent entre eux, un des garçons, son tête a cassé aussi,
01:04:43parce qu'ils sont en galère et ils attendent des années, des mois pour passer en Angleterre.
01:04:54Même ils tentent avec les voitures, avec les camions transfert, ils tentent de partir et tout.
01:05:05Même j'ai vu ces dangers, la voiture ils partent et ils courent pour monter dans les voitures.
01:05:12Ils m'ont dit que si vous voulez, tu peux partir avec nous, comme ça.
01:05:18Moi j'ai dit non.
01:05:20Moi j'ai pensé, c'est le grand bateau avec la sécurité, parce que quand je viens du Tchad,
01:05:28ma vie en danger, des amis m'ont aidé à faire un visa à Shanghai pour partir en Allemagne.
01:05:37Et je n'ai jamais vécu cette chose de passer avec des petits bateaux,
01:05:47mille ou bien cinquante personnes.
01:05:50Et je n'ai jamais vécu.
01:05:52Et car dans mon tête, c'est le grand bateau.
01:05:55J'ai donné l'argent, je suis contente.
01:05:58J'ai pensé que les grands bateaux, encore les garçons, ils m'ont dit que...
01:06:03Des gens, il y a des garçons, ils mentent.
01:06:07Mais des gens, ils disent que...
01:06:08Des garçons, ils disent nous, on dirait la vérité parce qu'on a vécu pour venir en Europe.
01:06:15Ce n'est pas la première fois pour nous.
01:06:17Nous sommes venus en Europe comme ça.
01:06:21Toi, tu es venu en visa et tout, mais nous sommes venus comme ça.
01:06:24Et c'est les dangers, la mort ou la vie.
01:06:28Pour nous, l'Angleterre, on va passer, si on va mourir ou pas.
01:06:34Et la vérité, c'est comme ça.
01:06:35Là, ce n'est pas le grand bateau.
01:06:37Tu vas passer avec nous.
01:06:41Là, deux choses, la mort ou la vie.
01:06:43Moi, j'ai dit non.
01:06:45Là, j'ai décidé de ne pas partir.
01:06:51Et je souhaite que la police là-bas, ils fassent leur travail.
01:06:59Même à...
01:07:00Ce n'est pas à Calais, même à Dunkerre.
01:07:02Et ils disent que la police à Calais, il y a beaucoup de contrôle.
01:07:07Ils partent à Dunkerre pour tenter, pour retenter.
01:07:13Ils disent que là-bas, il n'y a pas beaucoup de contrôle.
01:07:16Mais même je pense que la police fait...
01:07:19Je souhaite que la police fassent leur travail.
01:07:25Et pour moi, je vois les enfants, les petits-enfants,
01:07:30des femmes avec petits-enfants, des enfants plairent.
01:07:35Il n'y a pas à manger.
01:07:38Et là-bas, c'est des galères de tout.
01:07:44Merci.
01:07:50Question pour M. Karamassan.
01:07:52J'ai eu l'occasion d'écouter certaines de vos interviews,
01:07:56notamment, je crois, sur France Inter, si je me souviens bien.
01:08:00Ou de manière assez émouvante, d'ailleurs,
01:08:04quelque part, vous remerciez la France
01:08:07de l'accueil que vous avez aujourd'hui,
01:08:10ou en tout cas de la place que vous avez pu trouver aujourd'hui,
01:08:13et aussi votre amour de la langue française.
01:08:15Et dans le même temps, tout à l'heure,
01:08:17vous évoquiez le choc en arrivant à Calais,
01:08:19en disant ça, ça ne peut pas être l'Europe,
01:08:21ou ça ne peut pas être la France.
01:08:23Comment vous analyseriez,
01:08:24comment vous pourriez nous parler, en tout cas,
01:08:27de cette première image ?
01:08:29Et vous l'avez dit pendant plus de trois mois sur Calais.
01:08:33et la suite, quelles contradictions vous y voyez aussi
01:08:37dans les politiques qui sont menées vis-à-vis des personnes
01:08:40qui n'ont pas le choix que de quitter leur pays ?
01:08:45Alors, en fait, plusieurs choses.
01:08:52D'abord, merci de m'avoir reçu,
01:08:54parce que vous avez aussi très courageuse, en fait,
01:09:00de mettre en place cette enquête
01:09:02et aller au bout des choses.
01:09:05La première chose que je peux dire,
01:09:07c'est, en fait, j'ai frôlé la mort.
01:09:08C'est pour ça que la vie est très, très précieuse pour moi.
01:09:11Et pourquoi, en fait,
01:09:13enfin, aujourd'hui, quand je suis,
01:09:16les gens me posent la question, pourquoi es-tu heureux ?
01:09:19Malgré ce que tu as déjà vécu,
01:09:21je dis simplement,
01:09:23la vie est très courte, ce que j'ai vécu,
01:09:25ça m'a donné de réaliser et voir la vie autrement.
01:09:30C'est-à-dire, en fait, à partir du moment où je suis en santé,
01:09:33je suis en sécurité,
01:09:34je dois remercier la vie elle-même
01:09:38de m'avoir donné une chance d'être vivant.
01:09:44Et en fait, pourquoi je remercie la France ?
01:09:49En fait, quand je remercie la France,
01:09:51je remercie surtout des individus,
01:09:54des personnes comme Françoise,
01:09:56qui habite à Arras,
01:09:58qui est ma maman de France.
01:10:00C'est elle qui m'a appris le français,
01:10:02c'est elle qui m'a accompagné,
01:10:04c'est elle qui était là pour moi dès le début,
01:10:07quand je suis arrivé à Arras depuis 2016.
01:10:10Et c'est elle qui faisait pendant des mois,
01:10:13pendant des années,
01:10:14des courses,
01:10:15une fois par semaine,
01:10:17chaque vendredi,
01:10:19des courses de 40€, 50€,
01:10:22pour que je puisse me concentrer à mes études
01:10:25et manger, bien manger.
01:10:28En fait, quand je remercie la France,
01:10:29je remercie des personnes comme M. le maire,
01:10:33M. le Frédéric Le Turc,
01:10:34je remercie les associations,
01:10:37comme M. le catholique,
01:10:38je remercie les associations comme la CIMAD,
01:10:42je remercie aussi des personnes qui donnent leur vie,
01:10:46qui sont toujours là pour les autres.
01:10:48À Calais, malgré cette difficulté,
01:10:51il y avait beaucoup de personnes qui étaient là tout le temps.
01:10:53Et je me posais toujours la question,
01:10:55je me posais toujours la compréhension en disant,
01:10:59personnellement, en fait,
01:11:00j'étais confronté à beaucoup de racisme au Soudan,
01:11:06beaucoup plus qu'en France.
01:11:08Parce qu'en fait, simplement,
01:11:10le Soudan, c'est un pays africain,
01:11:11avec beaucoup d'influence arabe,
01:11:13et les minoritaires qui sont arabes,
01:11:17ils pensent que le Soudan, c'est un pays arabe
01:11:19et pas un pays africain.
01:11:21C'est vraiment un problème d'identité.
01:11:23Et nous, en fait,
01:11:23les Noirs,
01:11:25nous sommes confrontés à plusieurs racismes.
01:11:27Et quand je suis arrivé à Calais, notamment,
01:11:29quand je voyais ces personnes-là
01:11:31venaient tout le temps,
01:11:32le matin,
01:11:33nous donner à manger,
01:11:34nous considérer comme des êtres humains,
01:11:36nous écouter,
01:11:37je me disais,
01:11:38en fait,
01:11:38on parle pas la même langue,
01:11:39on a pas la même culture.
01:11:41malgré tout ça,
01:11:42ces personnes,
01:11:42elles sont là tout le temps pour nous.
01:11:45Et pourquoi je remercie aussi,
01:11:46enfin, quand je remercie la France aussi,
01:11:48je remercie,
01:11:50en fait,
01:11:51la chance que j'ai aujourd'hui
01:11:53d'être considéré comme un être humain,
01:11:55d'avoir le statut de réfugié,
01:11:57de trouver un travail,
01:11:59et aussi d'autres personnes
01:12:01qui me considèrent comme un être humain.
01:12:04Et du coup, voilà.
01:12:05Donc, c'est un peu paradoxal,
01:12:06en disant,
01:12:07j'arrive à Calais,
01:12:08c'était tellement dur,
01:12:09c'était un choc.
01:12:10Mais en même temps,
01:12:11aujourd'hui,
01:12:12je remercie la France,
01:12:13mais je remercie surtout
01:12:15des personnes qui m'ont accompagné.
01:12:17Il y a beaucoup de personnes
01:12:19qui sont bienveillantes,
01:12:21qui sont humaines,
01:12:23qui sont là pour les autres.
01:12:26Et surtout,
01:12:28en fait,
01:12:28ce moment de difficulté
01:12:29que j'ai vécu à Calais
01:12:30m'a donné la résilience,
01:12:32la force,
01:12:33et aussi la valeur
01:12:37de faire bien aux gens.
01:12:39Parce qu'être réfugié,
01:12:41ça peut arriver à n'importe qui.
01:12:43Être réfugié,
01:12:44ça peut arriver à quelqu'un
01:12:45qui a une vie stable aujourd'hui.
01:12:47De jour au lendemain,
01:12:50quelques épreuves peuvent arriver
01:12:51et la personne doit quitter son pays.
01:12:54Et qu'est-ce qu'on va faire
01:12:54quand on arrive dans un nouveau pays,
01:12:56on ne comprend pas la langue,
01:12:57on ne connaît pas la culture.
01:12:58la première chose qu'on a besoin
01:13:00d'être accueilli,
01:13:02d'être en sécurité
01:13:03et d'être considéré
01:13:05comme un être humain.
01:13:07Du coup, voilà.
01:13:07Donc, aujourd'hui,
01:13:08ce pays,
01:13:10c'est mon deuxième pays.
01:13:13Et même,
01:13:14c'est mon premier pays
01:13:14parce qu'aujourd'hui,
01:13:16même si je suis français,
01:13:17je ne peux pas retourner au Soudan.
01:13:18Et d'ailleurs,
01:13:19je ne suis jamais retourné.
01:13:20Je ne suis pas retourné
01:13:21parce que j'ai toujours les mêmes noms
01:13:22et j'ai peur d'être arrêté.
01:13:24Et ma famille, aujourd'hui,
01:13:25habite en Égypte.
01:13:26j'ai eu l'occasion d'aller le revoir deux fois.
01:13:31Et voilà.
01:13:32Donc, j'aime cette culture,
01:13:35j'aime ce pays,
01:13:37j'aime surtout les gens
01:13:38qui m'ont accompagné,
01:13:40qui étaient là pour moi.
01:13:46Merci.
01:13:46Et on remercie aussi Françoise
01:13:48qui nous a mis en contact avec vous.
01:13:50Je voulais vous demander,
01:13:52alors peut-être plutôt à Aisha Nadif
01:13:54qu'à vous,
01:13:54mais peut-être aussi,
01:13:55ce sera ma dernière question.
01:13:57Je voulais savoir
01:13:58si en dehors du secours catholique,
01:14:00donc d'une association
01:14:02avec des bénévoles et des salariés,
01:14:04mais des gens qui font ça uniquement
01:14:08parce qu'il y a un besoin
01:14:09et parce que parfois l'État est absent,
01:14:12est-ce qu'il y a d'autres personnes
01:14:14qui vous ont informé sur vos droits,
01:14:16la possibilité de demander l'asile ?
01:14:18Est-ce qu'il y a d'autres personnes
01:14:19qui vous ont parlé de la traversée
01:14:21et de ces dangers
01:14:22en dehors des personnes
01:14:23du secours catholique ?
01:14:28Est-ce qu'il y a des gens,
01:14:30par exemple,
01:14:31quand vous avez été au CAES,
01:14:32vous avez été en CAES une fois,
01:14:34est-ce qu'il y a des gens là-bas
01:14:36qui vous ont proposé, par exemple,
01:14:37de faire une demande d'asile en France ?
01:14:39Est-ce qu'il y a des gens là-bas
01:14:40qui vous ont expliqué
01:14:41que la traversée pouvait être dangereuse ?
01:14:44Ou ça, il n'y a que le secours catholique
01:14:46qui vous l'a dit ?
01:14:51Quand j'étais au CAES,
01:14:54on m'a aussi conseillé
01:14:58de ne pas partir à l'Angleterre
01:15:00et de rester et demander l'asile en France.
01:15:05Et moi, juste la seule solution,
01:15:09l'Angleterre,
01:15:09parce que pour la Dublin,
01:15:12pas autre,
01:15:13mais ils m'ont conseillé,
01:15:15oui,
01:15:15ils m'ont conseillé
01:15:16de ne pas partir.
01:15:19Et je remercie aussi
01:15:21toute l'association
01:15:23et je remercie aussi
01:15:26la France
01:15:29qui m'ont donné des chances
01:15:32de vivre.
01:15:35Je n'ai pas encore
01:15:36la stabilisation,
01:15:39mais je remercie tout de tout.
01:15:43Et quand j'étais à Paris,
01:15:46aussi même l'Ethiopia,
01:15:49aussi on m'a hébergé et tout.
01:15:53Et l'OFI, je remercie tout.
01:15:55merci.
01:16:02Alors pour moi, c'était
01:16:05Audace, c'est une association qui était à Calais.
01:16:10C'est eux aussi qui m'ont beaucoup conseillé, apporté.
01:16:14Il y a aussi la vie active qui était là aussi, nous apporté.
01:16:19Voilà, exactement.
01:16:21Tout à fait.
01:16:24Je ne vois pas d'autres associations.
01:16:25D'autres associations pour moi, c'est les seuls.
01:16:28Merci.
01:16:31Il me reste à vous remercier d'être venu jusqu'à nous.
01:16:35Vous l'avez dit, c'est pas forcément évident que de venir témoigner en public.
01:16:41Puisque, je vous l'ai dit, cette audition est publique et c'est très éclairant sur la réalité vécue sur
01:16:50le terrain et à la fois sur les côtes de la mer du Nord ou de la Manche, mais aussi
01:17:01tout le processus de migration,
01:17:04depuis le pays de départ.
01:17:07Et donc, encore une fois, merci pour ce témoignage.
01:17:10Avec plaisir.
01:17:12Et donc, nous nous retrouvons jeudi à 8h30 pour la prochaine audition.
01:17:18Merci à vous de nous écouter.
01:17:26Et donc, je suspends la séance.
01:17:34Merci.
01:17:37Merci.
01:18:04Merci.
01:18:10Merci.
01:18:11Merci.
01:18:12Merci.
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