00:14C'est Préface, l'actualité des livres, et nous recevons aujourd'hui un auteur que l'on connaît bien en
00:18librairie, c'est Julien Sandrel.
00:20Bonjour Julien.
00:21Merci d'être avec nous. Je dis qu'on vous connaît bien en librairie parce que depuis plusieurs années maintenant,
00:25vos romans sont toujours des succès de librairie et vous avez un lectorat fidèle autour de vous.
00:31Là, vous faites une sorte de petit pas de côté. Vous allez peut-être surprendre d'ailleurs vos fidèles lecteurs.
00:36C'est un récit. Mes frères, nos fantômes et moi, c'est aux éditions Charleston, on n'est pas dans
00:42un roman.
00:43Nous sommes vraiment dans une sorte de témoignage puisque c'est vous, la première personne, qui allez vous raconter et
00:49qui allez raconter vos racines.
00:52Vous allez nous expliquer ça, mais enfin, j'allais dire que c'est un livre de commande, mais je n
00:55'aime pas ce terme-là.
00:56Disons qu'on vous a plutôt sollicité, on vous a dit que ça ne t'intéresserait pas de faire ça.
01:00C'est une amie à vous, c'est Elisa Azuelos. Comment est né le projet du livre ?
01:03Alors, le projet du livre, il est né via Elisa Azuelos, effectivement, qui a réalisé La Chambre des Merveilles.
01:08Une adaptation de votre roman.
01:10Et en fait, sa sœur, Déborah, est éditrice et elle m'a appelé un jour pour me proposer ce projet
01:15en me parlant de cette idée de collection Paradis perdu,
01:18en me disant, voilà, l'idée, c'est d'envoyer un écrivain sur les traces de son passé ou sur
01:23les traces d'un lieu qui est important pour lui.
01:25Est-ce que ça t'intéresserait d'écrire quelque chose dans cette collection ?
01:29Et moi, je suis originaire de Yer, donc j'ai grandi à Yer.
01:33On aurait pu penser qu'immédiatement, je me serais connecté à Yer et je me serais dit, j'ai envie
01:37de raconter quelque chose autour de cette origine.
01:39Surtout que le lieu s'y prête, correctement.
01:41En plus, c'est pas mal, Yer.
01:43Et en fait, dès qu'elle m'a dit ça, j'ai tout de suite pensé à Naples, alors que
01:47je n'y étais jamais allé, que je n'y avais absolument jamais mis les pieds.
01:50Et alors, justement, c'est ce que les lecteurs vont peut-être découvrir, c'est que vos racines sont, entre
01:55autres, italiennes,
01:57mais finalement, vous ne vous étiez jamais réellement intéressé à cette partie de votre histoire familiale ?
02:01Alors, j'ai commencé à m'y intéresser déjà il y a quelques années, puisque j'avais même écrit un
02:05roman qui s'appelle Merci, Gratis et Thank You,
02:07qui commençait un peu justement à creuser cette histoire d'immigration italienne.
02:11Moi, j'ai toujours su, évidemment, que j'étais d'origine italienne.
02:14Mon nom est à consonance italienne, c'est pas sans vrai.
02:17Parce que sans vrai, elle est un pseudo.
02:19Mais en revanche, ce que j'ai toujours su également, c'est que l'Italie, dans ma famille, c'était
02:24quelque chose de honteux,
02:26et quelque chose qu'on essayait de gommer, puisque, contrairement à ce qu'on pourrait penser depuis que la Dolce
02:31Vita et les années 60-70 sont passées par là,
02:34l'immigration italienne, comme toutes les immigrations, a été une immigration douloureuse.
02:38Donc, quand on était italien au début du XXe siècle...
02:41C'est le rental, c'est le maçon...
02:43C'est ça.
02:44C'est les macaronis, c'est tous les clichés, toutes les mauvaises interprétations.
02:49Oui, et puis on disait des Italiens, exactement, on employait les mêmes mots qu'on utilise aujourd'hui, parfois, encore,
02:54malheureusement,
02:55pour des populations nouvellement arrivées.
02:57On parlait du bruit, on disait qu'ils faisaient trop de bruit, qu'ils faisaient trop d'enfants, qu'ils
03:01faisaient trop religieux,
03:02que leur nourriture sentait mauvais.
03:03Alors, quand on connaît maintenant l'image de la gastronomie italienne, ça fait doucement rigoler,
03:07mais c'était le cas à l'époque.
03:08Et donc, moi, j'ai grandi comme ça, avec cette image de, dans ma famille, voilà,
03:12on essayait de gommer toute l'italianité, on ne donnait pas de prénom italien,
03:17on ne parlait pas la langue, à tel point que moi, quand il s'est agi de choisir les langues
03:22au collège,
03:23on m'a dit, ben non, tu ne vas pas faire italien, c'est parler qu'en Italie, ça n
03:26'a aucun intérêt,
03:27donc fait espagnol.
03:28Donc, je parle anglais et espagnol, mais pas du tout italien.
03:31Et donc, ça fait quelques années que j'avais envie de me reconnecter à cette part italienne en moi,
03:36parce que je sentais quand même qu'il y avait quelque chose que ce récit d'arrachement et d'exil
03:42qui flottait dans ma famille avait construit chez moi.
03:45Et il y avait aussi un mystère que je voulais essayer de percer,
03:49puisque j'avais aussi vaguement en tête que la tombe de mon arrière-grand-mère, la squaline,
03:53était située dans la banlieue de Naples, ce qui n'avait aucun sens,
03:56puisqu'elle avait passé 45 ans de sa vie en France.
03:58Et donc, c'est un petit peu ce que vous faites, c'est que vous prenez le lecteur par la
04:02main,
04:02et puis on va partir avec vous sur les traces de votre famille.
04:07On va faire un petit détour aussi par New York, par les États-Unis,
04:10parce que là aussi, les Italiens ont marqué l'histoire de ce continent.
04:14Et puis, on va vous suivre avec vos deux frères, Alex et Andrea,
04:18parce que c'est un voyage que vous avez fait en famille.
04:20Ce qui est intéressant, c'est que vous allez nous parler de vous, de votre famille,
04:23mais vous ne mettez jamais le lecteur de côté.
04:25C'est d'abord parce que vous vous adressez à lui, et puis parce que chacun peut, d'une façon
04:29ou d'une autre,
04:29dans votre propre récit familial, être transposé sur son propre récit familial aussi.
04:35Il y avait cette volonté également.
04:37Oui, en fait, c'est une vraie enquête familiale.
04:40Effectivement, je pars de ce mystère qui est donc où se situe et est-ce qu'elle est vraiment là
04:44-bas,
04:45la tombe de notre arrière-grand-mère.
04:46Et ensuite, on fait cette enquête qu'on essaye de mener à bien.
04:50Je ne dirai pas si on a trouvé ou si on n'a pas trouvé.
04:53Mais ce dont je me rends compte et ce dont je me suis rendu compte en cours d'écriture,
04:56et encore plus maintenant que le livre est sorti depuis quelques jours et que je commence à avoir des premiers
05:01retours de lecteurs,
05:02les lecteurs viennent spontanément en me disant, en fait, c'est une histoire italienne, mais c'est mon histoire aussi.
05:08C'est une histoire universelle.
05:09C'est une histoire universelle.
05:10C'est l'histoire de la famille.
05:11Ça parle de connaître ses origines pour essayer de se construire,
05:15de la difficulté d'arriver à se construire vraiment quand on ignore tout un pan de son existence.
05:21Et donc finalement, je pense qu'on est, je crois, entre 25 et 30 millions de personnes en France
05:26à avoir une ascendance étrangère, que ce soit de première, deuxième, troisième génération.
05:30Et donc, je pense que déjà, ces personnes-là vont se retrouver dans ce récit
05:34parce qu'il y a quand même une dimension universelle.
05:36Et dans les temps que nous traversons, c'est bon de rappeler effectivement que nous venons un peu de partout.
05:41Ce qui m'a surpris, Julien, lorsque j'ai lu votre livre, on se connaît un petit peu
05:44puisqu'on se côtoie dans le monde littéraire, c'est que j'ai toujours eu l'impression
05:47que vous étiez quelqu'un de discret, quelqu'un qui se cachait derrière ses histoires,
05:51derrière ses personnages.
05:52Et là, au contraire, vous faites le choix de vous mettre à nu, vous raconter vraiment qui vous êtes.
05:58Et au-delà de l'histoire familiale, c'est aussi expliquer
06:00comment et pourquoi vous devenez romancier, pourquoi vous avez besoin de l'écriture.
06:04Vous parlez de vos doutes, de vos faiblesses, de vos failles.
06:07Pourquoi aviez-vous ce besoin-là ?
06:09Alors, ce n'était pas vraiment un besoin, finalement.
06:11Mais je me rends compte que dans chacun de mes livres, de toute façon,
06:15même si c'est de la fiction, je parle de moi, je parle de ce qui m'importe,
06:18je parle de ma famille, je parle des liens familiaux qui sont extrêmement importants.
06:24En fait, finalement, ce qui m'a intéressé et pourquoi je me suis lancé dans cette aventure,
06:28c'était d'une certaine façon, même si c'est peut-être un peu présomptueux,
06:31de fixer cette histoire familiale, et notamment les prénoms, par exemple,
06:35de mes arrière-grands-parents, Pasqualina et Francesco, dans un objet livre.
06:40Parce qu'en fait, le livre, dans ma famille, ça a toujours été considéré
06:43comme une sorte de graal un peu inaccessible.
06:46Pasqualina et Francesco étaient illettrés.
06:49Et donc, effectivement, dans ma famille, les livres,
06:52on les avait dans des bibliothèques, mais on ne les lisait pas.
06:55C'était des objets sacrés et un peu décoratifs.
06:58Et d'arriver, finalement, quelques générations après,
07:02à non seulement lire des livres, mais écrire des livres,
07:05et même écrire leur nom dans un livre, en fait,
07:08c'était ça qui m'inspirait et qui m'a donné vraiment envie de me lancer dans cette aventure insophole.
07:13Ce qui est très touchant, c'est qu'on sent que vous avez ce goût de la transmission,
07:17parce que ce travail de retour sur les racines, vous le partagez avec vos frères,
07:21et vous évoquez aussi votre épouse, vous évoquez vos enfants, vos neveux et nièces.
07:25On sent que vous avez envie que ce ne soit pas juste un one-shot comme ça,
07:28que ce livre puisse essaimer autour de vous.
07:31Il y avait cette envie aussi de partager.
07:33Oui, la famille, pour moi, c'est extrêmement important.
07:36Et justement, quand je suis allé à Naples,
07:38je me suis rendu compte à quel point, chez les Napolitains,
07:41la famille était quelque chose de fondamental.
07:43Non seulement parce que c'est ça qui nous construit,
07:46mais aussi parce qu'il y a un danger finalement qui plane au-dessus de la ville de Naples depuis
07:51toujours,
07:51qui est le Vésuve, et qui sont donc les séismes notamment.
07:54Alors une éruption évidemment, qui est toujours possible,
07:56mais aussi les séismes qui agitent la ville très régulièrement.
08:00Et en fait, une des choses qui m'a frappé,
08:01c'est que quand j'ai commencé à discuter avec des Napolitains,
08:04j'ai compris que souvent, les familles vivent assez proches les unes des autres,
08:07parfois dans le même immeuble,
08:09en essayant les soirs où ça tremble, par exemple,
08:12de se regrouper pour se protéger les uns les autres.
08:14Et j'ai trouvé que c'était une sorte d'allégorie finalement
08:16de ce que moi j'imagine être une famille unie et forte.
08:20Et j'avais envie de mettre ça dans ce livre.
08:22Face au séisme de la vie, il faut que la famille soit unie pour être plus forte.
08:28Votre éditeur dit que c'est le premier récit personnel de Julien Sandrel.
08:32Ça veut dire que l'exercice vous a plu,
08:34que vous ne vous interdisiez pas peut-être en tant que romancier
08:36de parfois écrire aussi des choses plus personnelles comme celle-ci ?
08:39Oui, en tout cas c'est vrai que ça a construit quelque chose dans ma vie personnelle,
08:44que je n'attendais pas et qui est tellement forte
08:46que je me dis que les origines polonaises de ma mère sont peut-être à creuser aussi.
08:51On va suivre ça de très près en attendant aussi votre prochain roman
08:54qui sort à l'automne.
08:55Julien Sandrel, mes frères, nos fantômes et moi,
08:58en plus c'est un très joli titre, c'est votre actualité.
09:00Ce récit très personnel où vous parlez de votre famille
09:03et vous êtes publié aux éditions Charleston.
09:05Merci beaucoup Julien.
09:05Merci.
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