- il y a 4 heures
À l’occasion des 30 ans de la loi de départementalisation des services d’incendie et de secours, le SDIS de la Loire revient sur une histoire collective qui a profondément transformé l’organisation des secours dans le département.
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00:00Je me souviens qu'un jour, vous m'avez dit, on n'y arrivera pas.
00:03J'ai dit, mais arrêtez d'être démoralisé comme ça.
00:06Moi, je sais qu'on va y arriver, je sais où je vais.
00:12Le 4 mai 1996, la loi sur la départementalisation des services d'incendie et de secours a été promulguée.
00:18Je vous propose de revenir ensemble sur ces 30 années qui ont bâti le SDIS de la Loire.
00:29Il y avait deux choses différentes.
00:31Le corps de sapeur-pompier de Saint-Etienne était une institution relativement importante, avec un effectif important.
00:37Le SDIS, qui existait à l'époque, était une petite administration comprenant une dizaine de personnes avec un mécanicien ou
00:46deux, et c'est tout.
00:47Le poste de directeur départemental était tenu jusqu'en 1978 par le chef de corps de Saint-Etienne.
00:57Ce qui fait que la direction n'était pas développée en termes de personnel.
01:02Alors, dans les années 1980, lorsqu'on composait sur le secteur de fer le 18, le numéro d'appel des
01:09sapeurs-pompiers,
01:10le 18 a été réceptionné chez les sapeurs-pompiers de fer.
01:15Quand je dis chez les sapeurs-pompiers de fer, ce n'est pas seulement à la caserne, c'est aussi
01:20au domicile, à notre domicile.
01:22Les communes faisaient avec des petits moyens, c'est-à-dire qu'on avait des véhicules très anciens,
01:28pas uniformisés avec nos collègues d'à côté, des tenues anciennes aussi.
01:33Et en termes de formation, c'était des formations en interne, qui restaient quand même assez simples.
01:39Il faut savoir qu'en 1984, quand je suis rentrée, les tenues de sortie des femmes,
01:43elles étaient précisées dans le code des communes que c'était bleu marine clair.
01:49C'est-à-dire que c'était une sorte de bleu roi, donc pas la même couleur que celle des
01:52hommes quand on était sur les rangs.
01:54On n'avait pas le droit au liseré, on n'avait pas de bouton sur la vareuse pour ne pas
01:58mettre la pucelle.
02:02Donc voilà, déjà, quand physiquement on voit une différence, c'est sûr que l'acceptation est plus difficile aussi.
02:10Alors, suivant les centres, les professionnels étaient à peu près équipés normalement.
02:14Les volontaires, lorsqu'il y avait le budget, oui, mais il y avait quand même des écarts énormes.
02:22J'ai souvenir d'un 79, c'est un petit peu plus ancien,
02:27d'un détachement que j'avais emmené dans le sud de la France pour les feux de forêt,
02:32où, je pense à Saint-Galmier, les pompiers de Saint-Galmier avaient le casque, le veston de peau, les bottes,
02:37tout le reste était civil.
02:38Oui, je me souviens, nous, dans notre centre, les casques F1, c'est nous qui on se laissait acheter.
02:45Enfin, c'est l'anical qui les a achetés, d'un rendant à la commune.
02:50Alors, les forces de l'époque étaient au corps de Saint-Etienne, qui avait un état-major assez important,
02:57alors que le SDIS ne disposait que de quelques officiers et de très peu de personnel administratif.
03:03Donc, il a fallu, en même temps et parallèlement, construire l'outil,
03:09mais aussi recruter le personnel de façon à pouvoir gérer au mieux cet outil.
03:22Quand je suis arrivé sur les lieux, la première chose que j'ai constatée,
03:27c'est une épaisse fumée orange qui se dégageait.
03:30Et là, on se pose la question, mais qu'est-ce que c'est que ça ?
03:33Et quand on arrive vraiment au plus près du site, on se rend compte que ce n'est pas qu
03:38'un wagon qui fuit,
03:40mais un acheminement de wagons, de tôles, sur une longueur importante.
03:50Et la première chose à laquelle on doit penser, c'est qu'il faut peut-être évacuer les gens qui
03:57sont autour de ce périmètre.
03:59J'ai demandé une équipe de manière à pouvoir faire évacuer les gens qui habitaient à proximité.
04:08C'était un matin à 7 heures, 7 heures du matin, aller frapper à la porte des gens
04:12et demander aux gens de sortir, de partir, de prendre quelques affaires et de partir au plus vite.
04:17Pour convaincre les gens à sortir chez eux à 7 heures du matin, ce n'est pas facile.
04:23On est resté sur les lieux une semaine et demie pour essayer de sauvegarder
04:29et puis éventuellement d'intervenir en cas de problème d'explosion ou d'incendie
04:36lorsqu'ils ont soulevé le wagon qui était plein d'acide.
04:42Ce wagon-là, il ne fallait surtout pas qu'il soit en contact de l'eau.
04:45Comme c'était le début de la départementalisation, on n'était pas encore habitués à cette départementalisation
04:50et on avait gardé, on a encore un réflexe de demander le centre de secours voisin,
04:57notamment celui de Chazelle-sur-Lyon, celui d'Andrézieux.
05:01Et pas tout de suite du personnel de l'état-major, du personnel de Saint-Etienne,
05:08voire même le personnel du risque chimique, on démarrait.
05:12Mais par contre, on s'est rendu compte, au fur et à mesure de l'intervention,
05:18on s'est rendu compte des avantages de la départementalisation.
05:22Pour la simple et bonne raison que ça nous a permis, ça a permis sur cette intervention,
05:27faire venir du personnel disponible, alors qu'avant cette départementalisation,
05:34c'était plus long et plus compliqué.
05:40En 2000, c'est la bascule.
05:42Mais il y avait beaucoup de questionnements, parce que c'était quand même quelque chose de nouveau,
05:48surtout que tous les corps étaient des corps communaux.
05:51Je sais qu'à mon époque, il y a des chefs de corps qui étaient contre,
05:54dans la région de Naples en particulier,
05:57que nous, dans la Loire, le personnel, une fois qu'on leur a expliqué
06:00les avantages et les inconvénients du dispositif,
06:03tout le monde était relativement favorable.
06:06Et plusieurs des cadres du corps de Saint-Etienne ont accepté d'aller prendre des postes au SDIS.
06:12Le centre de première intervention avait pour vocation d'intervenir que sur le territoire de sa commune.
06:17Donc la départementalisation a ouvert les frontières,
06:20ce qui est d'une logique implacable, puisque c'est quand même pour aller porter secours.
06:23Et on ne regarde pas si la personne est sur telle ou telle commune.
06:27C'est le sapeur-pompier le plus près qui doit intervenir.
06:29Et ça, pour des sapeurs-pompiers, ça a été une nouveauté.
06:32C'est un peu une crainte aussi.
06:34Pour nous, petit centre, il n'y a pas eu un changement énorme,
06:38si ce n'est les rapports entre le chef de centre et le directeur.
06:43Alors qu'avant, c'était entre le chef de corps et le maire.
06:48Donc il fallait des moyens humains pour pouvoir avoir une vision globale des besoins
06:56et surtout pour expliquer au personnel, aux élus, comment on allait s'organiser
07:04et la participation que je recherchais vis-à-vis, surtout du personnel.
07:09Donc l'évolution, elle est énorme, puisque maintenant on est plus d'une centaine de personnels administratifs et techniques.
07:15On a connu la mutualisation avec Saint-Etienne à la caserne de Chavanel.
07:21Plus, en 2001, après la départementalisation, les locaux où on est actuellement,
07:28on a vu l'évolution au niveau des ressources humaines qui a été très importante,
07:34puisqu'on n'avait pas beaucoup de fiches de paye à faire, pas beaucoup d'arrêtés.
07:40Et en 2000, l'explosion de travail avec des embauches pour justement tout mettre en place.
07:52Moi, je recherchais un endroit assez important,
07:56parce que nous étions dans un bâtiment industriel de 2000 m2,
08:00donc c'était insuffisant pour accueillir un tel état-major.
08:05Et le colonel Thibault me dit un jour en réunion...
08:09J'ai découvert que la ville avait construit un superbe bâtiment vers la terrasse
08:14pour les services techniques de la ville qui refusaient d'occuper ce bâtiment.
08:19Et le maire me dit, s'ils se disent que ça l'intéresse, vous me le faites savoir.
08:23Tout de suite, à l'issue de la réunion, j'ai demandé à aller le voir.
08:26Et lorsque j'ai vu le bâtiment et je suis rentré dans la partie
08:31qui était normalement affectée à un projet de réfectoire,
08:35je me suis dit, c'est là qu'il faut faire le codice CTA.
08:39Et ce bâtiment correspond parfaitement à ce que je pense être un état-major.
08:44Et c'est vrai que la départementalisation a permis cette centralisation des appels 18,
08:52avec une crainte de la population.
08:55Les gens nous disaient, mais ils ne vont pas savoir où on habite.
08:59Mais ce n'est plus vous qui prenez l'appel.
09:01Ça va prendre du temps.
09:03Au contraire, il y a eu un gain de temps.
09:06Un des points importants, ça a été la revisite de la sectorisation.
09:11Parce qu'avant, ce n'est pas forcément le pompier le plus près qui intervenait.
09:15On était structuré avec des centres de secours, des centres de première intervention.
09:20Et la départementalisation a fait que la priorité a été la victime,
09:25c'est-à-dire que c'est le pompier le plus près qui intervenait.
09:28Et nous, en tant que petit centre, on a vu un changement radical.
09:30Nous avons mis en place un plan d'équipement.
09:34Et ce plan d'équipement, basé sur la première mouture du SDACRE,
09:40de façon à avoir une répartition homogène du matériel.
09:43Tous les sapeurs-pompiers de la Loire ont été dotés de la même tenue opérationnelle,
09:49du même casque.
09:51Je vais dire que la départementalisation a peut-être gommé certains « défauts ».
09:56L'équipement est maintenant uniforme, complet et de grande qualité,
10:00notamment pour la sécurité des personnels.
10:03Et donc, ça a été la première période la plus importante.
10:06C'était de rechercher des nouveaux financements.
10:08Et c'est là qu'il fallait se tourner vers les communes et le département
10:14pour assurer le financement de ces équipements
10:17et surtout l'amortissement de ce matériel.
10:19C'est vrai que dans les casernes de sapeurs-pompiers,
10:24on se changeait derrière les camions, dans les remises,
10:27où il y avait les placards de feu.
10:31Et tout le monde arrivait, se changeait là.
10:33Il n'y avait pas de vestiaire, ni pour les hommes, ni pour les femmes.
10:36Tout le monde se changeait dans la remise avant de partir dans l'engin.
10:40Et c'est arrivé petit à petit.
10:42On a construit des vestiaires spécifiques,
10:45où on a pris ces placards pour les mettre dans les vestiaires,
10:48pour les hommes d'abord, et puis après, des vestiaires séparés, hommes et femmes.
10:52Et avec les nouvelles casernes qui se sont construites,
10:54ça s'est intégré automatiquement.
11:00Et avant de développer ces titres,
11:02nous allons tout de suite à Saint-Romain, en Jaret, près de Saint-Etienne.
11:04On l'a appris il y a une heure et demie.
11:06Un incendie suivi d'explosions très violentes a fait au moins 20 blessés
11:10pour la plupart des pompiers.
11:11Et trois d'entre eux seraient dans un état très grave.
11:15Alors à l'époque, j'étais capitaine de sa part pompier professionnel,
11:20chef de colonne, sur cette intervention qui s'est passée le 2 octobre 2003.
11:26Sur la commune de Saint-Romain-en-Jaret,
11:28à 16h, le CTA Codis a reçu un appel 18,
11:32leur signifiant qu'il y avait un feu de ferme
11:34au centre du bourg de Saint-Romain-en-Jaret.
11:37Et j'attends le message, et puis après, le CTA m'appelle en me disant
11:40« Tu es engagé sur le feu de Saint-Romain-en-Jaret ».
11:42Je vois le chef de groupe et les différents chefs d'agrès.
11:45Je fais le tour de l'opération comme habituellement.
11:47Ils étaient positionnés aux différents endroits.
11:49On n'avait que quelques difficultés d'alimentation en eau.
11:52C'est la raison pour laquelle je vais demander des renforts.
11:54Je n'avais pas d'inquiétude particulière
11:56si ce n'est la maison d'habitation qui était mitoyenne,
12:00mais il m'avait effectivement signifié
12:01qu'il n'y avait que des cagettes en plastique,
12:03des cagettes en bois, des pneus parfois,
12:06et puis une bouteille de gaz ou deux dans l'appartement du dessus,
12:09qui était au-dessus du local.
12:12Enfin, c'était un appartement des saisonniers.
12:14Et on s'est rendu compte après, bien sûr,
12:16suite à l'enquête de l'INERIS, qu'il s'agissait d'ammonitrate.
12:19Et donc, c'était les ammonitrates contaminées
12:21par les cagettes en plastique qui avaient fondu,
12:24soumis à la chaleur qui avaient détonné.
12:26Les débris sont partis en l'air
12:27et on a été une pluie de matériaux nous sont tombés sur la tête.
12:31Et là, on s'est tous dit que ça allait mal terminer, cette histoire.
13:02Et donc,
13:06je suis arrivé à remonter jusqu'au véhicule pour passer ce fameux message
13:09où j'annonce qu'il y a de nombreuses victimes,
13:11sans être certain qu'il y ait beaucoup de victimes.
13:13Et effectivement, en redescendant, je les retrouve les uns après les autres.
13:16Et là, ils ne sont pas tous en très bon état.
13:1917 pompiers et 3 gendarmes sont blessés.
13:22Parmi eux, 3 soldats du feu sont actuellement dans un état critique.
13:26C'est assez rassurant de les voir quelques années après en meilleure santé.
13:29Pour le coup, cette opération, on a vraiment ressenti l'esprit-corps.
13:33Parce que le pompier de Rouen ou le pompier de Firmini
13:36ou de Macla ou de Douchavanet
13:40se sentait tout autant concerné
13:42que celui qui était à Saint-Martin-la-Pleine,
13:45à Rive-de-Gier ou à Saint-Cristo
13:46qui était directement concerné.
13:47On s'est sentis vraiment pas isolés
13:50ou plutôt très accompagnés par tous.
13:53Et tout le monde voulait venir à tout prix.
13:58Donc le 3SM, là aussi, c'est une histoire de relation.
14:05Lorsque j'étais affecté en tant que directeur dans le Jura,
14:09j'ai été amené à prendre la direction des services de sécurité civile
14:14sur le site des saisies pendant les Jeux Olympiques de 92
14:17et j'ai rencontré un détachement de sapeurs-pompiers
14:21qui venait de la Loire.
14:23Et dans ce détachement, un médecin,
14:25le médecin à l'époque capitaine Frais,
14:28qui m'avait fait part de son souhait de devenir professionnel.
14:32Et donc, je l'avais recruté par la suite dans le Jura.
14:36Et lorsque je suis arrivé dans le département de la Loire,
14:42j'ai tout de suite pensé au médecin capitaine Frais de l'époque.
14:47Je l'ai appelé en lui disant,
14:49voilà, j'ai un emploi pour vous,
14:52si ça vous intéresse, je vous attends.
14:55Alors, quand je suis arrivé effectivement dans le département,
14:58on a déjà ressourcé l'ensemble des médecins capitaines
15:02ou commandants qui existaient.
15:04Et on a essayé de créer une ossature du service de santé.
15:08Et mon but premier était d'organiser les visites d'aptitude
15:13parce qu'il y avait certainement un grand flou.
15:16Il y avait beaucoup de sapeurs-pompiers volontaires
15:18et même professionnels qui n'avaient pas de visite d'aptitude.
15:21Après, il y a eu toutes les interventions qu'on a faites
15:25pour le compte des départements étrangers,
15:28surtout les départements du sud de la France.
15:30Ça a été l'époque où c'est moi qui ai imposé un petit peu
15:33à ce qu'il y ait soit un médecin, soit un infirmier
15:36qui descendent avec les colonnes feu de forêt
15:37puisqu'il y avait 70 personnes qui descendaient dans le sud
15:41et qui allaient au feu et qui n'avaient pas de soutien sanitaire.
15:45Et donc, on a mis en place,
15:47et ensuite, je pense que ça s'est pérennisé,
15:50une garde pendant l'été
15:52pour la paramédicalisation ou la médicalisation de ces feux de forêt.
15:57Quand Frédéric a pris ses fonctions de médecin-chef,
16:01il y avait un gros dossier qui était la santé au travail
16:04et donc, il a fallu recruter des infirmiers sapeurs-pompiers volontaires.
16:10C'est comme ça que les premiers volontaires
16:13dans un centre stéphanois ont été les infirmiers sapeurs-pompiers volontaires.
16:18Dans les casernes, on a mis en place des infirmiers.
16:21Il y a eu des réticences parce que les chefs d'Avray
16:23avaient l'impression de perdre leur prérogative sur les interventions.
16:27Le SAMU avait l'impression qu'on allait leur prendre leur place,
16:30alors ce qui n'était pas vrai.
16:32C'était, je pense, le côté difficile.
16:34Mais maintenant, je pense qu'on ne pourrait pas revenir en arrière.
16:38Je pense que les gens ont pris des habitudes,
16:40ont vu des matériels arrivés,
16:42ont vu des techniques arrivés, des protocoles arrivés.
16:45Et je pense qu'il serait difficile de revenir en arrière.
16:48La départementalisation, ça a permis d'uniformiser un petit peu les pratiques,
16:52de hausser le niveau et d'augmenter les compétences de chacun.
16:57Maintenant, on voit qu'avec les bilans dématérialisés,
17:00il n'y a plus de perte de temps dans la décision,
17:02il n'y a plus de perte de temps dans l'orientation du patient
17:04dans la bonne filière de soins.
17:07On fait un travail inter-service avec les hôpitaux et les cliniques.
17:10Et c'est une venue qui est remarquable.
17:12Le fait d'avoir uniformisé les pratiques, ça permet d'augmenter tout le monde.
17:16On a donné des compétences aux compétences qu'ils n'avaient pas avant,
17:19puisqu'avec maintenant la sortie des actes de soins d'urgence,
17:23les savoirs-pompiers non-professionnels de santé
17:24peuvent faire certains actes de soins d'urgence sur prescription médicale.
17:29Mais aussi, on a affirmé qu'on a de grader,
17:31parce qu'ils font des choses sur protocole.
17:33sans médecin, alors qu'à l'hôpital, il faut enterrer un médecin.
17:39Vraiment, on a de grader tout le monde.
17:45Nous sommes en guerre.
17:48Coronavirus.
17:48Coronavirus.
17:49Coronavirus.
17:50Le virus du Covid.
17:52Covid.
17:52Covid-19.
17:53Pandémie.
17:54Je crois que je m'en souviendrai toute ma vie.
17:56En fait, le vendredi 13 mars 2020,
17:59on a réuni l'ensemble des personnels d'un amphithéâtre de l'état-major,
18:05pour leur dire qu'effectivement, à compter du 14 mars,
18:09il fallait que chacun reste chez soi.
18:12Et donc, on a créé une sorte d'organisme de comité,
18:19de comité de PCA, de plan de continuation d'activités,
18:23qui se réunissaient tous les jours.
18:25Et nous évoquions tous les sujets qui, chaque jour, arrivaient sur nos bureaux,
18:30que ce soit en matière d'opérations, de régulations médicales,
18:34de transports, de protection dans nos casernes,
18:37de protection dans nos ambiances.
18:40Voilà.
18:40Et puis, bien sûr, bien que l'activité soit moindre,
18:44puisqu'il y a très peu d'activités extérieures,
18:46malgré tout, il fallait qu'on assume nos missions régaliennes
18:51et qu'on puisse répondre aux demandes de la population.
18:54Je me souviens de l'épisode de masques.
18:56Nous n'avions pas de masques, en fait.
18:58Et il fallait que nos savoirs pompiers puissent intervenir avec.
19:01Donc, on a fait appel à une entreprise,
19:03je me souviens très bien de Charlieu,
19:05qui nous a, en toute urgence, fourni des masques.
19:08Et donc, on a mis en place, avec une forte collaboration,
19:13notamment de la mairie de Saint-Etienne,
19:16mais aussi des différents acteurs qui tournaient autour de ces sujets,
19:21la mise en place d'un vaccinodrome.
19:24sur la pierre d'Achille à Saint-Etienne,
19:29pour lesquels, effectivement,
19:30les sables pompiers de la Loire étaient maîtres d'oeuvre.
19:34On s'entend une injection, quand même, sur Saint-Etienne,
19:38plus le vaccinodrome qu'on avait mis au Scarabée,
19:41plus les centres de vaccination éphémères,
19:43plus la vaccination de nos anciennes,
19:45nos réservistes à l'état-major.
19:46Il y a eu aussi les collègues pompiers
19:49qui ont été formés à la vaccination,
19:51parce qu'effectivement,
19:52vu le nombre qu'il fallait vacciner,
19:57les professionnels de santé ne suffisaient pas.
20:00Et là aussi, on a eu un nombre assez important de pompiers
20:03qui ont bien voulu se former et assurer les vaccinations.
20:09Et là, il y a eu vraiment un élan de solidarité qui a été important
20:13et qui a fait qu'on a pu réussir les missions qui nous ont été confiées.
20:18Et tous les jours, plus de 30 sables pompiers étaient présents sur le site.
20:24Accompagnés, je dis bien toujours, avec nos infirmiers,
20:27notre service de santé de Succomédica,
20:29qui était fortement, bien sûr, impliqué,
20:32avec une pharmacie à mettre en place autour de ce vaccinodrome,
20:38une logistique à prévoir.
20:40Moi, je tiens encore et j'essaie de souvenir
20:43à remercier tous nos sables pompiers,
20:45tous nos agents administratifs
20:47qui sont restés fortement engagés,
20:49malgré cette difficulté.
20:54Je pense qu'en ce département, on a inventé des choses.
20:57Ne pas rester dans le copier-coller.
20:58On a osé faire des choses.
20:59Si on a pu oser faire ces choses-là,
21:01c'est parce qu'il y avait un climat de confiance
21:03qui était d'un haut niveau.
21:05On a pu oser des choses.
21:06Et je commencerai par notre organisation.
21:08Oui, on a posé une organisation.
21:09Je me souviens être passé dans tous les centres de secours
21:12et avec un stylo, un feutre,
21:15avoir expliqué comment nous allions nous organiser.
21:18Et nous avons inventé un système
21:20où des groupes antérieurs n'existaient pas.
21:22On avait souhaité renforcer cette proximité
21:24et faire en sorte qu'un bâtiment,
21:26un chef, c'est comme ça qu'on avait un chef de centre,
21:28un chef de compagnie.
21:28Je pense qu'on a dû être les premiers à faire ça.
21:30Où tout le monde allait dans le sens des groupes antérieurs.
21:33Et oui, nous avons fait l'inverse.
21:34Nous avons fait l'inverse.
21:35Nous avons fait l'inverse.
21:36Là, il a fallu oser.
21:37Il a fallu imaginer.
21:38Il a fallu créer.
21:39Je ne voulais pas citer de nom,
21:40mais je vais quand même en citer un.
21:41Cette organisation, c'était un peu le collègue glasien
21:43qui m'avait fait penser cette solution-là
21:46parce que je savais que j'avais l'homme qui allait bien
21:48pour créer cette organisation.
21:50Cette innovation qui m'a beaucoup plu.
21:52En termes d'innovation aussi,
21:53je voudrais parler aussi de ce projet.
21:55Ce projet CapQalité, nous avons aussi inventé.
22:00Dans ce projet, on avait fait un lien
22:02entre le projet d'établissement avec les indicateurs
22:06et avec aussi toutes ces procédures de fonctionnement.
22:09Le tout était organisé au sein de ce beau projet.
22:13Et ce projet avait aussi une qualité particulière
22:15qui, à mon avis, était essentielle.
22:17C'est qu'elle faisait participer tout le monde.
22:19Ce n'était pas un groupe de travail,
22:20un groupe de pilotage qui avait créé un projet.
22:22C'était l'établissement qui avait créé un projet.
22:24Puisque chaque année, il y avait une revue.
22:26Et dans cette revue, chacun venait expliquer
22:28un peu le travail qu'il a pu faire au sein de ce projet.
22:31Là aussi, nous avons fait.
22:31Nous avons créé une belle invention.
22:34Et enfin, dernière invention,
22:36un peu plus opérationnelle, celle-là.
22:38Et j'en suis très, très fier.
22:39Nous avons là aussi créé et inventé quelque chose.
22:41On a inventé un système
22:42où le codice, les postes de commandement,
22:45tout était relié.
22:46Tout était rassemblé.
22:48Et où les véhicules de commandement
22:51partaient depuis la salle opérationnelle.
22:52L'investissement se poursuivait.
22:54Beaucoup de projets de casernes étaient déjà en cours.
22:57Certaines démarrées, des chantiers.
23:00Et un domaine sur lequel, effectivement,
23:02j'ai toujours dit d'ailleurs,
23:04malheureusement, on a dû se consacrer,
23:06c'est la sécurisation des casernes.
23:07Le constat voulait que,
23:09dans certaines de nos casernes,
23:13nous avions effectivement des individus
23:14qui pénétraient à la caserne,
23:17pour des petits larcins, des vols.
23:20Mais effectivement,
23:22les élus du conseil d'administration
23:23ont souhaité les protéger,
23:25protéger nos sapeurs-pompiers,
23:27de ces allées-venues dans nos casernes,
23:29en mettant en place un plan de sécurisation.
23:31La sécurisation, ça veut dire quoi ?
23:34D'abord, créer des enceintes
23:36autour de nos 71 casernes.
23:38Donc, une opération très lourde,
23:41puisque les configurations,
23:42parfois, ne le permettaient pas trop.
23:44Il y a eu, bien sûr,
23:46un dispositif d'anti-intrusion
23:48dans toutes les casernes,
23:49et bien sûr, un dispositif d'anti-feu,
23:53qui a été également mis en place
23:55sur cette période.
23:56Une opération très lourde
23:56qui a duré plusieurs années.
23:58Un des défis que je souhaitais,
24:00c'était la réorganisation de la direction,
24:02et puis surtout,
24:03de préparer le service départemental
24:05d'incendie et de secours
24:06aux enjeux de demain,
24:08que sont la résilience,
24:09le dérèglement climatique,
24:11les difficultés sur la ressource en eau,
24:13et puis tout ce qui est
24:14l'organisation du service d'incendie et de secours
24:17pour répondre au mieux
24:19à la demande de secours à personne
24:20avec, malheureusement,
24:22une certaine désertification médicale.
24:24C'est-à-dire que le côté sociétal
24:26et le côté environnemental
24:27s'invite dans la gestion
24:30d'un service départemental
24:31d'incendie et de secours.
24:32Demain,
24:33il faudra qu'on soit capable
24:35d'éteindre nos incendies
24:37avec autre chose que de l'eau potable,
24:39parce qu'aujourd'hui,
24:40la ressource en eau potable
24:41se raréfie,
24:43et il ne faut pas que les sapeurs-pompiers
24:45créent un problème
24:46là où ils ont réussi
24:47à en résoudre un
24:48par l'extinction des feux.
24:49Deuxième enjeu,
24:50c'est dû de la même manière
24:51au dérèglement climatique.
24:53Aujourd'hui, je pense qu'il faut
24:55que les SDI se renforcent
24:56sur leur résilience
24:57de manière à pouvoir
24:58continuer à assurer
25:00leurs interventions,
25:01surtout dans les périodes
25:03où l'ensemble
25:04de l'organisation départementale
25:06est perturbé,
25:08c'est-à-dire en cas
25:09de coupure électrique,
25:10en cas de tempête
25:11ou d'incendie
25:13ou d'inondation.
25:14Il faut que les sapeurs-pompiers,
25:16quand on les appelle,
25:16quand on a vraiment besoin d'eux,
25:18ils puissent répondre présents.
25:23Les agents, c'est notre première ressource.
25:26Je peux avoir tous les moyens
25:28pour acheter des camions,
25:29construire des casernes et autres.
25:30Si je n'ai personne à mettre dedans,
25:32ça ne servira à rien.
25:34Donc la première des choses,
25:35c'est le recrutement.
25:36Donc c'est déjà de faire
25:38la promotion du service départemental
25:40d'incendier de secours,
25:41des sapeurs-pompiers,
25:43la promotion du volontariat
25:44et puis après,
25:46c'est de pérenniser l'engagement
25:47que ce soit de nos sapeurs-pompiers
25:49professionnels,
25:50de nos sapeurs-pompiers volontaires
25:51et de nos personnels administratifs
25:53au sein de l'établissement public
25:55de manière à ce qu'on ait envie
25:57de venir travailler
25:58et quand même,
26:00on a un gros avantage
26:01par rapport à d'autres administrations
26:03ou d'autres entreprises,
26:04c'est que travailler
26:06pour le service départemental
26:07d'incendier de secours de la Loire,
26:08c'est quelque chose qui a du sens.
26:10Le sens de servir la population
26:13et de rendre service
26:15à l'ensemble du département,
26:17que ce soit la population du département
26:20ou l'économie du département,
26:22on est là pour faire en sorte
26:24que quand ça va mal,
26:26on puisse compter sur nous
26:27et on puisse pérenniser l'action départementale.
26:31Alors, l'engagement d'un sapeur-pompier volontaire,
26:35c'est à la base, c'est humaniste,
26:39c'est quelqu'un qui veut aider les autres.
26:43En prenant mon exemple,
26:44si vous le permettez,
26:45quand je suis rentré,
26:45je n'ai pas eu de formation.
26:46On a eu une formation sur le terrain.
26:48On venait à la manœuvre le dimanche,
26:50mais il y avait certes un programme,
26:54mais ce n'était pas aussi structuré,
26:56mais c'était l'époque qu'ils le voulaient,
26:57aussi structuré qu'aujourd'hui.
26:58Aujourd'hui, peut-être,
27:00certains diront que la formation,
27:01c'est toujours trop longue,
27:03mais une formation,
27:03elle n'est jamais assez longue.
27:05De toute façon,
27:06on apprend tout au long de sa carrière.
27:07La départementalisation a apporté un plus,
27:11ça a été un pas en avant
27:12sur la formation des sapeurs-pompiers volontaires.
27:15Depuis toujours,
27:16le sapeur-pompier doit s'adapter.
27:18Aujourd'hui,
27:20avec la diversité des interventions,
27:23les sapeurs-pompiers doivent s'adapter.
27:26Ils font des électrocardiogrammes,
27:27maintenant,
27:28un sapeur-pompier qui est secouriste.
27:30Il doit pouvoir aussi poser une bâche sur un toit,
27:33vider l'eau dans une cave,
27:35se servir d'une tronçonneuse,
27:38et puis même aller capturer des animaux
27:40sur la voie publique,
27:41tout en sachant faire ses missions
27:42qui sont l'incendie et le secours à personne.
27:45C'est très compliqué de s'adapter
27:47et c'est le grand défi de demain
27:49de pouvoir continuer à assurer l'ensemble
27:50de nos missions,
27:52et même davantage,
27:54avec des 80% du personnel
27:56pour qui ce n'est qu'une activité
27:58et ce n'est pas son travail.
28:00Donc, le temps de formation est un temps important
28:03et il faut que demain,
28:04on arrive à réaliser ce temps de formation
28:06sur du temps de travail,
28:08donc ça veut dire des conventions
28:09avec nos employeurs.
28:10Donc, c'est à nous de mettre en place
28:11des procédures et des systèmes
28:13de manière à optimiser chaque heure
28:18de disponibilité de nos sapeurs-pompiers volontaires.
28:25Pourquoi un pompier ?
28:27Pour une femme, c'est assez rare quand même.
28:33Parce que ça me plaît,
28:34et puis c'est un métier comme un autre.
28:39Alors, la féminisation des services départementaux
28:42d'incendier de secours,
28:43enfin des sapeurs-pompiers
28:45datent d'il y a 50 ans,
28:47elle s'est renforcée depuis une quinzaine d'années.
28:50Elle a vraiment pris son ampleur.
28:52C'est une nécessité de féminiser nos effectifs
28:56parce que dans les endroits du territoire,
29:00notamment où on recrutait essentiellement
29:03des sapeurs-pompiers masculins,
29:05c'était quand même très compliqué
29:06de se baser sur que la moitié de la population.
29:09De manière très pragmatique,
29:11on a ouvert notre recrutement
29:13sur l'ensemble des personnels,
29:15qu'ils soient hommes ou femmes,
29:17jeunes ou plus âgés.
29:19Quand je suis rentrée,
29:20je suis rentrée directement comme officier.
29:22J'étais la dixième femme en France
29:24à passer le concours d'officier,
29:26et puis la première dans le département de la Loire.
29:28C'est vrai qu'au début, on m'a demandé
29:31mais vous n'avez pas une grosse voix ?
29:33Vous ne criez pas ?
29:34Ben non, je pense qu'on peut très bien
29:35se faire respecter tout en gardant sa personnalité
29:40et sa féminité.
29:42Je pense que souvent, on ne sait pas qu'on peut le faire,
29:46on ne sait pas que c'est possible,
29:49donc on se met nous-mêmes la pression.
29:51Je pense que maintenant, ça commence quand même à se faire savoir,
29:55que de plus en plus, il y en a à tous les niveaux aussi,
29:59du sapeur jusqu'au colonel,
30:01que tout est fait pour, le matériel, les tenues.
30:04C'est que depuis 2020, on a des tenues
30:07qui sont avec des formes pour les femmes.
30:11C'est-à-dire que sinon, jusque-là, on avait des formes hommes
30:15avec des chemises taillées hommes,
30:17donc avec des cols trop larges pour que la poitrine puisse passer,
30:21avec des tailles qui allaient pas,
30:24parce qu'on n'est pas fait pareil morphologiquement.
30:26Il y a un autre problème aussi, celui du vêtement.
30:28Comment allez-vous vous habiller ?
30:29Alors là, je ne sais pas.
30:30Avec le casque et la veste.
30:33Voilà, elle ménage ses effets, madame se retourne,
30:36et la voilà en pompier.
30:38Donc voilà, maintenant, tout est fait pour qu'on ne voit plus la différence
30:42qui est pour les femmes, pour les hommes.
30:44Voilà, donc je pense que c'est quand même une évolution.
30:47La difficulté aussi, peut-être, que j'ai eue au départ,
30:50c'est que lorsque j'ai postulé un peu dans les différents départements,
30:55bon, je ne correspondais pas au profil souhaité,
30:57parce qu'au départ, le profil souhaité dans les corps de sapeurs-pompiers,
31:00c'était plus masculin,
31:02et que j'ai trouvé un poste au sein du SDIS de la Loire en direction.
31:08À l'époque, la direction, l'état-major, c'était petit,
31:12par rapport aux corps communaux qui étaient beaucoup plus importants,
31:15et étaient vus comme des pompiers non opérationnels.
31:20Ce n'étaient pas des vrais pompiers qui étaient en direction à cette époque.
31:23Donc il a fallu que dès la départementalisation,
31:27quand on a eu cette possibilité de bouger,
31:29que je demande à aller vraiment en caserne,
31:32pour montrer que j'étais aussi un vrai pompier comme les autres.
31:40Vous avez des regrets ?
31:42Aucun. Aucun, au contraire.
31:44Au contraire, parce que je me dis,
31:48la nouvelle génération ne connaîtra pas ce qu'on a connu.
31:52C'est toute cette organisation qu'il fallait mettre en œuvre.
31:59Comment on a pu réussir ?
32:01Moi, je me pose encore la question.
32:03de me dire, mais comment on a pu réussir un tel bouleversement ?
32:07Parce qu'il ne s'agit pas d'une progression du service.
32:10Ça a été un bouleversement.
32:12Après 30 ans de départementalisation,
32:15ce qui a évolué, c'est la technique opérationnelle et l'organisation.
32:20Sur le fondement, on a toujours des hommes et des femmes
32:23qui ont envie de servir la population
32:24et qui sont toujours dévoués à la population.
32:26Ça, ça n'a pas changé.
32:27Par contre, les moyens donnés,
32:30la coordination entre les différents centres de secours
32:34par la création d'un corps départemental
32:37et d'un service départemental d'incendie et de secours
32:40disposant de moyens financiers, de moyens matériels
32:43et puis de moyens humains
32:45qui ont permis d'organiser les secours,
32:48fait qu'aujourd'hui, il me semble que ce service
32:51est beaucoup plus efficace, mieux encadré
32:54et surtout adapté à la nouvelle demande
33:00de sollicitations de services publics
33:02et de sollicitations et de demandes de secours.
33:04...
33:07...
33:09...
33:09...
33:09...
33:14...
33:18...
33:19...
33:21...
33:51...
34:21...
34:22...
34:22...
34:23...
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34:23...
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