00:00Jusqu'à 9h, ici matin, 7h48, petite migraine, mal de ventre, vous utilisez peut-être désormais l'intelligence artificielle pour
00:09avoir un premier conseil médical.
00:10Et vous n'êtes pas le seul, près d'un Français sur deux, 45% utilisent chat GPT, Claude ou
00:17le chat avant d'aller chez un médecin.
00:19C'est l'un des grands enseignements de l'étude Doctolib, Fondation Jean Jaurès, que l'on vous révèle ce
00:24matin avec Ici Alsace.
00:25Bonjour docteur Aurélien Benoilide.
00:26Bonjour.
00:27Vous êtes neurologue, président du forum européen de bioéthique à Strasbourg.
00:31Bonne ou mauvaise idée, alors concrètement, utiliser l'IA pour un premier avis médical ?
00:35Déjà, ce n'est pas une idée parce que ça s'impose à nous.
00:38Plutôt une bonne idée, c'est bien de pouvoir s'informer.
00:41C'est un outil qui est quand même d'une grande puissance, qui dit habituellement des choses relativement justes,
00:46qui sont parfois plus justes que celles qu'on peut trouver sur les forums ou sur des sites dont on
00:50ne connaît pas la provenance.
00:52Donc c'est plutôt une bonne idée comme un premier filtre pour s'informer.
00:55Et tout ce qui apporte de l'information, tout ce qui apporte de l'éducation est bon à prendre.
01:00Et l'intelligence artificielle est assez pédagogique.
01:02On a pourtant quand même très longtemps dit pas d'automédication, surtout pas avec des moteurs de recherche type Google
01:09ou autre.
01:10Là, ça change vraiment quelque chose ?
01:11Une intelligence artificielle conversationnelle, ça n'a rien à voir avec un moteur de recherche classique ?
01:16Non, ça n'a rien à voir et ça peut ouvrir la porte à certains risques, évidemment.
01:20C'est-à-dire si on passe du côté obscur avec l'automédication, avec l'autodiagnostique.
01:24D'ailleurs, généralement, l'IA va vous proposer d'aller voir rapidement un médecin et va vous mettre toutes les
01:29précautions d'usage.
01:30Mais c'est comme pour tout, ça dépend de l'usage qu'on va en faire.
01:33Mais oui, ça peut poser des problèmes si on fait abstraction du médecin, parce que le médecin, lui, n'est
01:39pas seulement dépositaire d'une connaissance.
01:41Il a un examen clinique, il a une relation particulière avec le patient, il va s'intéresser à d'autres
01:47éléments.
01:48Et surtout, il va pouvoir voir et examiner le patient.
01:50Et ça, c'est absolument fondamental, sans quoi on peut commettre des erreurs très très graves.
01:54Mais concrètement, la frontière peut être fine quand même.
01:57Comment est-ce que je sais, moi, finalement, selon tel ou tel symptôme, s'il me suffit de demander à
02:03l'IA et de m'en tenir à peu près là, ou s'il est urgent que j'aille consulter
02:08?
02:08Disons que dans ces temps où il y a effectivement une crise d'accès aux soins, aux urgences, etc.,
02:13parfois, ça peut rassurer, ça peut donner des éléments, ça peut nous permettre aussi de temporiser.
02:18Alors évidemment, si c'est une douleur thoracique, on va rarement temporiser.
02:21Mais ceci dit, ça permet aussi de comprendre, parfois on cherche pour ses enfants.
02:25Enfin, ça permet aussi d'avoir un premier filtre qui est souvent d'assez bonne qualité.
02:31On peut même envoyer des images, des sons, des vidéos.
02:34Et je crois qu'il ne faut surtout pas se substituer aux médecins, ça, ce serait une grande erreur.
02:39Mais pour pouvoir se rassurer, pour pouvoir comprendre, c'est généralement ce qu'on faisait avant en allant compulser un
02:44site internet
02:46ou en allant appeler la belle-mère ou quelqu'un dans la famille pour essayer de se rassurer.
02:50Là, on a une option qui est un peu plus juste sur le plan scientifique, mais qui a beaucoup de
02:55limites.
02:55On en est là aussi pour tenter de désengorger, notamment les cabinets des médecins généralistes.
03:02Est-ce que c'est une bonne idée aussi ? Est-ce que vous l'accueillez aussi favorablement pour cette
03:05raison-là ?
03:06Oui, l'objectif, ce n'est pas de désengorger.
03:08S'il y a du travail à faire, il faut qu'on le fasse et il faut qu'on ait
03:10les moyens pour le faire.
03:11Mais disons que pour ce qu'on appelle parfois un peu la bobologie, c'est-à-dire des choses qui
03:15ne sont pas forcément graves,
03:17qui ne menacent pas le pronostic vital à court ou moyen terme, ça peut permettre de temporiser,
03:23ça peut permettre de comprendre un compte-rendu de radiologie,
03:25ça peut permettre d'être moins anxieux avec la consultation qui va avoir lieu seulement dans deux semaines ou dans
03:31trois semaines.
03:32Ça permet de comprendre aussi ce qui a été dit dans un compte-rendu qu'on ne comprend pas,
03:36ça permet de relativiser ou parfois même au contraire de se dire
03:39« Est-ce que je pensais être un symptôme bénin, cette lésion sur la peau ? »
03:43Peut-être quand même qu'il faut que j'aille voir mon dermatologue un peu plus rapidement
03:45et ça, ça peut aussi sauver des vies.
03:47Effectivement, cette IA conversationnelle, elle permet donc de converser, d'avoir une discussion,
03:51de poser toutes les questions.
03:53Également, vous y faisiez référence, de poster des images peut-être.
03:57« Voici un bleu que je me suis fait. Qu'est-ce que tu en penses, Claude ? Qu'est
04:01-ce que tu en penses, TchatchGPT ? »
04:03Ça ne peut pas poser un gros problème à terme de données personnelles, ça quand même ?
04:07Alors, les données personnelles, ça c'est toujours un très vaste sujet.
04:10Il faut effectivement pouvoir s'assurer que ces données restent sur des serveurs qui soient protégés,
04:15qu'elles ne puissent pas être utilisées.
04:17Pour l'instant, ce n'est pas le cas.
04:18On a un certain nombre de sécurité, mais l'ouvrage sera toujours remis sur la table régulièrement
04:22pour s'assurer que tout se passe dans les bonnes règles, dans les bonnes conditions.
04:26Et c'est vrai que, selon les entreprises, moi, je n'irais pas montrer ma lésion à Gork, par exemple.
04:31J'utiliserais plutôt l'entropique d'Elon Musk.
04:36Donc, je pense qu'il faut avoir un usage raisonné.
04:38Et ce n'est parfois pas facile de savoir.
04:40Donc, on peut aussi poser la question à l'intelligence artificielle.
04:44Où vont passer les images que je vais t'envoyer ?
04:46Est-ce qu'il y a possibilité de les reprendre ?
04:47L'intelligence artificielle, généralement, ne va pas vous mentir et va vous donner aussi des éléments de réponse.
04:52Donc, ce n'est vraiment pas un outil qui va tout faire.
04:53Mais c'est un outil qui s'impose à nous.
04:56Donc, autant l'utiliser avec intelligence.
04:58Vous-même, les médecins, les spécialistes de santé, vous avez de plus en plus recours à l'intelligence artificielle.
05:04C'est une avancée assez incroyable.
05:06À quoi ça sert dans l'exercice de votre fonction ?
05:08Alors, dans l'exercice des fonctions des médecins, des spécialités médicales, on va dire,
05:13il n'y a pas une place encore énorme pour l'instant.
05:15Ça va surtout être faciliter la prise de notes, faciliter l'interprétation d'interactions médicamenteuses, par exemple.
05:22Ça peut systématiser des process où l'être humain pourrait avoir tendance à oublier quelque chose.
05:27Mais dans la pratique médicale…
05:28Dans la radio, quand même, non ?
05:29Alors justement, j'allais dire, dans la pratique médicale, assez peu d'éléments.
05:32Mais par contre, dès lors qu'on va être amené à faire du traitement d'informations, du traitement d'images,
05:37que ce soit pour analyser un fond d'œil, que ce soit pour analyser un examen de radiologie,
05:41alors là, effectivement, parfois les médecins peuvent avoir un peu du souci à se faire.
05:44C'est-à-dire que si on peut remplacer une activité de traitement d'informations par une intelligence artificielle,
05:50eh bien là, ça peut éventuellement menacer des spécialités.
05:52Et il n'y a pas que les médecins qui ont du souci à se faire parmi les professionnels
05:56avec l'arrivée de l'intelligence artificielle dans notre quotidien.
05:59Merci beaucoup en tout cas, docteur Aurélien Benoilide.
06:01Vous êtes neurologue à Strasbourg, président du Forum Européen de Bioéthique.
06:05Pareil, on est Alsace à Strasbourg.
06:06Merci.
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