00:00Et un invité exceptionnel ce matin sur France Inter en direct du studio de France Inter à Cannes.
00:06C'est une star internationale du cinéma, le premier acteur espagnol nommé,
00:10puis récompensée aux Oscars comme meilleur second rôle masculin,
00:13pris d'interprétation à Cannes en 2010 et qui pourrait bien se voir peut-être à nouveau récompensée
00:18au palais des festivals cette année.
00:21Bonjour Javier Bardem.
00:22Bonjour.
00:23Bonjour.
00:24Vous jouez dans le film L'être aimée de Rodrigo Sorogoyen qui vient de sortir en salle.
00:29Vous y incarnez un réalisateur qui retrouve sa fille après 13 ans de séparation
00:33et qui lui propose de tourner dans son film.
00:37Ce personnage, il vous ressemble un peu.
00:39Il a une carrière internationale, il choisit de revenir en Espagne,
00:43il est engagé notamment sur la question du Sahara occidental.
00:47Ça fait quoi de savoir qu'un rôle a été écrit pour vous ?
00:51Est-ce que vous sentez une responsabilité particulière ?
00:56Oui, absolument.
00:58Il y a une responsabilité lorsqu'on essaie d'être top car le scénariste m'a suivi
01:12lorsqu'il a créé le personnage et on ne peut pas le décevoir.
01:17On peut trouver des excuses, on peut se dire je ne comprends pas le personnage.
01:23Vous-même, vous avez été récompensé à Cannes il y a quelques années pour un autre rôle
01:28qui était aussi un rôle de père, un père aussi dysfonctionnel mais dans un autre genre
01:32dans Beautiful d'Alejandro Inaritu.
01:34Vous qui êtes père, vous-même, qu'est-ce qui vous intéresse dans ces rôles sur la paternité ?
01:43Je pense que la paternité, ou la maternité d'ailleurs, est un des rôles les plus difficiles pour l'être
01:52humain.
01:53Pourquoi ? Parce que tout d'abord, on voit ce que l'enfant peut devenir
02:01et on se dit que cette personne en devenir doit peut-être se remettre en question tout le temps.
02:09En tant que père, on doit poser beaucoup de questions par rapport à la vie, les autres,
02:13afin d'aider ces jeunes enfants à grandir, à devenir des personnes à part entière sur le plan émotionnel et
02:23autres.
02:24Et c'est un énorme défi, c'est un challenge.
02:28Et on le voit toujours dans un personnage quand on joue le père ou la mère.
02:33C'est un film formidable et je le conseille chaleureusement, Javier Bardem.
02:38Et il raconte ce dont on peut hériter, parfois même quand on refuse cet héritage.
02:46Les travers, l'addiction pour l'alcool, mais aussi la passion, celle du cinéma.
02:51Vous, vous avez hérité de l'amour du cinéma, vous la devez à votre famille, votre mère comédienne,
02:57votre oncle qui était grand réalisateur opposant à Franco.
03:01On est toujours rattrapé un peu par notre enfance, Javier Bardem ?
03:08Oui, absolument.
03:09Je pense qu'une des choses les plus difficiles dans la vie, c'est de faire face à son passé,
03:18ce que l'on a hérité de ses parents, de sa famille.
03:23Et il faut tout remettre en question.
03:26Il faut prendre ce qui vous aide à avancer, à grandir en tant qu'individu,
03:33mais aussi il faut mettre de côté certaines croyances qui sont néfastes.
03:42Et pour ce faire, il faut dépasser ce sentiment de trahison, trahison par rapport à son héritage, sa famille.
03:53En fait, là, on parle de choses très profondes si tôt le matin.
03:56Oui, très tôt le matin, mais parce que c'est un film sur la frontière entre la vie et le
04:01cinéma,
04:02entre la vie et la magie du cinéma.
04:04Quand le moteur tourne, que le clap est donné avec le mot « action »,
04:09est-ce qu'il faut laisser ses problèmes personnels, ceux de votre fille dans le film avec vous ?
04:13Est-ce qu'il faut jouer comme si rien n'existait avant ?
04:17C'est votre cas ?
04:20Oui, je pense qu'une des choses les plus importantes,
04:26la raison pour laquelle j'adore être acteur,
04:30c'est le fait justement que quand je joue, je suis juste dans le présent.
04:35Je joue, je suis dans le moment même.
04:37Je ressens les émotions, la pièce, le climat, l'énergie, l'honneur.
04:45Et quand je ne joue pas, je suis comme tout le monde, je suis très éparpillé, distrait.
04:54J'ai du mal à me concentrer.
04:56Donc, jouer un personnage, c'est une sorte de thérapie.
05:02Ça me rappelle, en tout cas, qu'il faut vivre le présent.
05:08Alors, à un moment, il y a eu l'une des protagonistes du film, L'être aimé,
05:12qui dit à Esteban, à vous,
05:14« You cannot pretend that movies fix everything. »
05:17Tu ne peux pas faire comme si les films réparaient tout.
05:20Et pourtant, c'est un peu ce que vous êtes en train de nous expliquer.
05:23Ce n'est pas imaginable de réparer les choses avec des films ?
05:27Je ne sais pas.
05:29Parfois, oui.
05:30Je pense que c'est parfois possible.
05:33Je pense à l'autre film que j'ai fait avec Alejandro Alemanaba,
05:39Maradentro, par exemple.
05:42Et là, l'euthanasie, le thème de l'euthanasie,
05:46a été discuté, présenté à la société en 2005.
05:51Et ce débat a incité le gouvernement à agir.
05:58Et il y a deux ans, une loi a été approuvée en Espagne.
06:02Le droit, justement, de mourir dignement.
06:05Et tout cela a démarré lorsque le film est sorti.
06:12Et le public espagnol a beaucoup aimé cette discussion et l'a favorisé.
06:17Donc oui, les films peuvent produire cet effet.
06:20Il y a des choses plus importantes que le cinéma.
06:23À un moment, c'est dans le dialogue.
06:25Le film, il pose cette question lorsque le réalisateur a des coups de colère sur le tournage.
06:30Et on vous connaît en colère au cinéma, Javier Bardem.
06:34Jusqu'où est-ce qu'on doit aller pour obtenir la bonne scène ?
06:38En l'occurrence, une scène très forte où vous poussez à bout les acteurs
06:42pour qu'ils arrivent à exprimer leurs émotions les plus profondes.
06:48Je pense que je suis toujours comme ça.
06:54Je déteste.
06:55Je ne sais pas, détester, c'est un mot un peu trop fort.
07:00Mais je n'aime pas du tout les acteurs qui manipulent les autres acteurs
07:05afin d'obtenir ce qu'ils souhaitent.
07:10C'est un boulot, c'est un travail.
07:12C'est un boulot.
07:14C'est un art que l'on aime.
07:17Dites-moi ce que je dois faire
07:18et je vais puiser dans mes propres ressources pour trouver le bon ton.
07:23Il ne faut pas me pousser à bout.
07:25Je ne veux pas être à bout.
07:27Ce n'est pas nécessaire.
07:29Et je dirais même que ça ne vous rend pas,
07:32ça ne vous améliore pas en tant qu'acteur.
07:37Je n'ai jamais agi ainsi vis-à-vis d'un collègue.
07:40Quand je vois d'autres collègues qui essaient de le faire avec moi,
07:43je m'arrête.
07:44Je dis stop.
07:45Il s'agit d'une fiction, d'un film.
07:47On joue.
07:47C'est un art, mais c'est aussi un sport.
07:50Javier Valdem, vous êtes sur le fond rouge de France Inter.
07:53C'est la Roja qui a débarqué à Cannes
07:55avec une entrée en force des réalisateurs et acteurs espagnols.
08:00C'est quoi ? C'est une nouvelle Movida ?
08:05La Movida, c'était dans les années 80 à Madrid.
08:10J'étais adolescent à l'époque et je me suis régalé.
08:14J'adore la Movida.
08:16Pedro Almodovar représente la Movida.
08:20Parce qu'il est à Cannes aussi.
08:21Il est ici à Cannes.
08:22C'est un moment fantastique pour le cinéma espagnol comme maintenant.
08:29Et on est très reconnaissant envers Thierry
08:33et toutes les personnes du festival qui se sont montrées si généreuses,
08:37qui ont accueilli trois films espagnols cette année.
08:43C'est important pour nous.
08:45Vous parliez tout à l'heure, Javier Valdem, de ce film
08:47qui avait suscité un débat sur l'euthanasie.
08:49Qu'est-ce qu'il suscite comme débat ?
08:52Qu'est-ce qu'il peut susciter l'être aimé ?
08:53Est-ce que c'est sur la masculinité toxique ?
08:56Parce que ce réalisateur, Javier Valdem, Esteban,
09:00il a un passé violent et alcoolique.
09:02Il est encore assez brutal.
09:03Ali le disait tout à l'heure.
09:04Il a aussi coupé les ponts avec sa fille pendant 13 ans.
09:08C'est là-dessus que le débat peut se créer ?
09:11Oui, je pense.
09:15Vous l'avez bien résumé.
09:19La masculinité toxique, c'est un vrai problème.
09:23Je ne sais pas.
09:24Je pense qu'en général,
09:27la génération des années 60 ou 70,
09:31c'est-à-dire ma génération,
09:33a été très impactée par certaines croyances,
09:38une façon d'être qui est absolument erronée.
09:43Et on voit maintenant les conséquences.
09:45Mais il y a eu MeToo depuis.
09:47Oui, tout à fait.
09:48On a mis tout, mais ça ne suffit pas.
09:50Nous, en tant qu'hommes,
09:52nous devons soutenir les femmes.
09:56Il ne faut plus qu'elles soient victimes.
09:59Quand elles essaient d'avancer,
10:01elles ont raison d'annoncer les abus, par exemple.
10:06Malheureusement, dans mon pays, en Espagne,
10:09il y a deux crimes par mois.
10:14Deux hommes qui tuent des femmes,
10:17des féminicides.
10:18Et ça, franchement, c'est une réalité épouvantable.
10:22Cela provient de notre éducation,
10:25la façon dont on nous a élevés.
10:28Et il faut changer par rapport aux femmes.
10:31Et ce film, effectivement,
10:32va susciter le débat.
10:34Il est en salle, il est à voir.
10:36On le recommande chaleureusement.
10:38Merci, Ravier Bardem,
10:39d'avoir été avec nous depuis Cannes.
10:42Un immense merci.
10:42On vous souhaite de remporter
10:44le prix d'interprétation
10:45puisque vous donnez toute la mesure
10:47à ce rôle qui est sombre
10:48et puissant à la fois.
10:50Et donc, le film est en compétition officielle
10:52de ce 79e festival de Cannes.
10:56Merci aussi à Sarah Combette
10:57pour la traduction.
10:58Bonne journée.
10:59Merci.
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