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  • il y a 21 heures
Avec Javier Bardem, acteur, pour le film "L’être aimé" de Rodrigo Sorogoyen en compétition au Festival de Cannes 2026. L'acteur espagnol évoque son rôle dans le film "L'être aimé" de Rodrigo Sorogoyen et partage sa vision sur la paternité, l'héritage, la transmission et la "masculinité toxique". Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50-du-week-end/l-invite-de-7h50-du-we-du-dimanche-17-mai-2026-5362862

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Transcription
00:00Et un invité exceptionnel ce matin sur France Inter en direct du studio de France Inter à Cannes.
00:06C'est une star internationale du cinéma, le premier acteur espagnol nommé,
00:10puis récompensée aux Oscars comme meilleur second rôle masculin,
00:13pris d'interprétation à Cannes en 2010 et qui pourrait bien se voir peut-être à nouveau récompensée
00:18au palais des festivals cette année.
00:21Bonjour Javier Bardem.
00:22Bonjour.
00:23Bonjour.
00:24Vous jouez dans le film L'être aimée de Rodrigo Sorogoyen qui vient de sortir en salle.
00:29Vous y incarnez un réalisateur qui retrouve sa fille après 13 ans de séparation
00:33et qui lui propose de tourner dans son film.
00:37Ce personnage, il vous ressemble un peu.
00:39Il a une carrière internationale, il choisit de revenir en Espagne,
00:43il est engagé notamment sur la question du Sahara occidental.
00:47Ça fait quoi de savoir qu'un rôle a été écrit pour vous ?
00:51Est-ce que vous sentez une responsabilité particulière ?
00:56Oui, absolument.
00:58Il y a une responsabilité lorsqu'on essaie d'être top car le scénariste m'a suivi
01:12lorsqu'il a créé le personnage et on ne peut pas le décevoir.
01:17On peut trouver des excuses, on peut se dire je ne comprends pas le personnage.
01:23Vous-même, vous avez été récompensé à Cannes il y a quelques années pour un autre rôle
01:28qui était aussi un rôle de père, un père aussi dysfonctionnel mais dans un autre genre
01:32dans Beautiful d'Alejandro Inaritu.
01:34Vous qui êtes père, vous-même, qu'est-ce qui vous intéresse dans ces rôles sur la paternité ?
01:43Je pense que la paternité, ou la maternité d'ailleurs, est un des rôles les plus difficiles pour l'être
01:52humain.
01:53Pourquoi ? Parce que tout d'abord, on voit ce que l'enfant peut devenir
02:01et on se dit que cette personne en devenir doit peut-être se remettre en question tout le temps.
02:09En tant que père, on doit poser beaucoup de questions par rapport à la vie, les autres,
02:13afin d'aider ces jeunes enfants à grandir, à devenir des personnes à part entière sur le plan émotionnel et
02:23autres.
02:24Et c'est un énorme défi, c'est un challenge.
02:28Et on le voit toujours dans un personnage quand on joue le père ou la mère.
02:33C'est un film formidable et je le conseille chaleureusement, Javier Bardem.
02:38Et il raconte ce dont on peut hériter, parfois même quand on refuse cet héritage.
02:46Les travers, l'addiction pour l'alcool, mais aussi la passion, celle du cinéma.
02:51Vous, vous avez hérité de l'amour du cinéma, vous la devez à votre famille, votre mère comédienne,
02:57votre oncle qui était grand réalisateur opposant à Franco.
03:01On est toujours rattrapé un peu par notre enfance, Javier Bardem ?
03:08Oui, absolument.
03:09Je pense qu'une des choses les plus difficiles dans la vie, c'est de faire face à son passé,
03:18ce que l'on a hérité de ses parents, de sa famille.
03:23Et il faut tout remettre en question.
03:26Il faut prendre ce qui vous aide à avancer, à grandir en tant qu'individu,
03:33mais aussi il faut mettre de côté certaines croyances qui sont néfastes.
03:42Et pour ce faire, il faut dépasser ce sentiment de trahison, trahison par rapport à son héritage, sa famille.
03:53En fait, là, on parle de choses très profondes si tôt le matin.
03:56Oui, très tôt le matin, mais parce que c'est un film sur la frontière entre la vie et le
04:01cinéma,
04:02entre la vie et la magie du cinéma.
04:04Quand le moteur tourne, que le clap est donné avec le mot « action »,
04:09est-ce qu'il faut laisser ses problèmes personnels, ceux de votre fille dans le film avec vous ?
04:13Est-ce qu'il faut jouer comme si rien n'existait avant ?
04:17C'est votre cas ?
04:20Oui, je pense qu'une des choses les plus importantes,
04:26la raison pour laquelle j'adore être acteur,
04:30c'est le fait justement que quand je joue, je suis juste dans le présent.
04:35Je joue, je suis dans le moment même.
04:37Je ressens les émotions, la pièce, le climat, l'énergie, l'honneur.
04:45Et quand je ne joue pas, je suis comme tout le monde, je suis très éparpillé, distrait.
04:54J'ai du mal à me concentrer.
04:56Donc, jouer un personnage, c'est une sorte de thérapie.
05:02Ça me rappelle, en tout cas, qu'il faut vivre le présent.
05:08Alors, à un moment, il y a eu l'une des protagonistes du film, L'être aimé,
05:12qui dit à Esteban, à vous,
05:14« You cannot pretend that movies fix everything. »
05:17Tu ne peux pas faire comme si les films réparaient tout.
05:20Et pourtant, c'est un peu ce que vous êtes en train de nous expliquer.
05:23Ce n'est pas imaginable de réparer les choses avec des films ?
05:27Je ne sais pas.
05:29Parfois, oui.
05:30Je pense que c'est parfois possible.
05:33Je pense à l'autre film que j'ai fait avec Alejandro Alemanaba,
05:39Maradentro, par exemple.
05:42Et là, l'euthanasie, le thème de l'euthanasie,
05:46a été discuté, présenté à la société en 2005.
05:51Et ce débat a incité le gouvernement à agir.
05:58Et il y a deux ans, une loi a été approuvée en Espagne.
06:02Le droit, justement, de mourir dignement.
06:05Et tout cela a démarré lorsque le film est sorti.
06:12Et le public espagnol a beaucoup aimé cette discussion et l'a favorisé.
06:17Donc oui, les films peuvent produire cet effet.
06:20Il y a des choses plus importantes que le cinéma.
06:23À un moment, c'est dans le dialogue.
06:25Le film, il pose cette question lorsque le réalisateur a des coups de colère sur le tournage.
06:30Et on vous connaît en colère au cinéma, Javier Bardem.
06:34Jusqu'où est-ce qu'on doit aller pour obtenir la bonne scène ?
06:38En l'occurrence, une scène très forte où vous poussez à bout les acteurs
06:42pour qu'ils arrivent à exprimer leurs émotions les plus profondes.
06:48Je pense que je suis toujours comme ça.
06:54Je déteste.
06:55Je ne sais pas, détester, c'est un mot un peu trop fort.
07:00Mais je n'aime pas du tout les acteurs qui manipulent les autres acteurs
07:05afin d'obtenir ce qu'ils souhaitent.
07:10C'est un boulot, c'est un travail.
07:12C'est un boulot.
07:14C'est un art que l'on aime.
07:17Dites-moi ce que je dois faire
07:18et je vais puiser dans mes propres ressources pour trouver le bon ton.
07:23Il ne faut pas me pousser à bout.
07:25Je ne veux pas être à bout.
07:27Ce n'est pas nécessaire.
07:29Et je dirais même que ça ne vous rend pas,
07:32ça ne vous améliore pas en tant qu'acteur.
07:37Je n'ai jamais agi ainsi vis-à-vis d'un collègue.
07:40Quand je vois d'autres collègues qui essaient de le faire avec moi,
07:43je m'arrête.
07:44Je dis stop.
07:45Il s'agit d'une fiction, d'un film.
07:47On joue.
07:47C'est un art, mais c'est aussi un sport.
07:50Javier Valdem, vous êtes sur le fond rouge de France Inter.
07:53C'est la Roja qui a débarqué à Cannes
07:55avec une entrée en force des réalisateurs et acteurs espagnols.
08:00C'est quoi ? C'est une nouvelle Movida ?
08:05La Movida, c'était dans les années 80 à Madrid.
08:10J'étais adolescent à l'époque et je me suis régalé.
08:14J'adore la Movida.
08:16Pedro Almodovar représente la Movida.
08:20Parce qu'il est à Cannes aussi.
08:21Il est ici à Cannes.
08:22C'est un moment fantastique pour le cinéma espagnol comme maintenant.
08:29Et on est très reconnaissant envers Thierry
08:33et toutes les personnes du festival qui se sont montrées si généreuses,
08:37qui ont accueilli trois films espagnols cette année.
08:43C'est important pour nous.
08:45Vous parliez tout à l'heure, Javier Valdem, de ce film
08:47qui avait suscité un débat sur l'euthanasie.
08:49Qu'est-ce qu'il suscite comme débat ?
08:52Qu'est-ce qu'il peut susciter l'être aimé ?
08:53Est-ce que c'est sur la masculinité toxique ?
08:56Parce que ce réalisateur, Javier Valdem, Esteban,
09:00il a un passé violent et alcoolique.
09:02Il est encore assez brutal.
09:03Ali le disait tout à l'heure.
09:04Il a aussi coupé les ponts avec sa fille pendant 13 ans.
09:08C'est là-dessus que le débat peut se créer ?
09:11Oui, je pense.
09:15Vous l'avez bien résumé.
09:19La masculinité toxique, c'est un vrai problème.
09:23Je ne sais pas.
09:24Je pense qu'en général,
09:27la génération des années 60 ou 70,
09:31c'est-à-dire ma génération,
09:33a été très impactée par certaines croyances,
09:38une façon d'être qui est absolument erronée.
09:43Et on voit maintenant les conséquences.
09:45Mais il y a eu MeToo depuis.
09:47Oui, tout à fait.
09:48On a mis tout, mais ça ne suffit pas.
09:50Nous, en tant qu'hommes,
09:52nous devons soutenir les femmes.
09:56Il ne faut plus qu'elles soient victimes.
09:59Quand elles essaient d'avancer,
10:01elles ont raison d'annoncer les abus, par exemple.
10:06Malheureusement, dans mon pays, en Espagne,
10:09il y a deux crimes par mois.
10:14Deux hommes qui tuent des femmes,
10:17des féminicides.
10:18Et ça, franchement, c'est une réalité épouvantable.
10:22Cela provient de notre éducation,
10:25la façon dont on nous a élevés.
10:28Et il faut changer par rapport aux femmes.
10:31Et ce film, effectivement,
10:32va susciter le débat.
10:34Il est en salle, il est à voir.
10:36On le recommande chaleureusement.
10:38Merci, Ravier Bardem,
10:39d'avoir été avec nous depuis Cannes.
10:42Un immense merci.
10:42On vous souhaite de remporter
10:44le prix d'interprétation
10:45puisque vous donnez toute la mesure
10:47à ce rôle qui est sombre
10:48et puissant à la fois.
10:50Et donc, le film est en compétition officielle
10:52de ce 79e festival de Cannes.
10:56Merci aussi à Sarah Combette
10:57pour la traduction.
10:58Bonne journée.
10:59Merci.
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