00:00Alors mon cher Pio, ce n'est pas la première fois que vous rendez visite à Cannes,
00:03mais c'est la première fois en revanche que vous êtes avec un film d'ouverture.
00:07Qu'est-ce que cette projection-là a de particulier ?
00:10Je trouve que symboliquement c'est quelque chose,
00:13quand on ouvre un petit peu le bazar, les gens sont encore en forme,
00:19les regards sont vifs, c'est très agréable.
00:22En plus avec un film comme le film de Pierre,
00:24qui a un regard sur la transgression, sur la drôlerie, sur l'amour,
00:29sur le...
00:29Vous pouvez me le pitcher ?
00:32Je le savais qu'il allait me piéger.
00:36Oui, c'est un super hommage au cinéma,
00:38donc j'ai l'impression que c'est vraiment le bon moment pour le présenter en tout cas.
00:41Et surtout, on n'a pas le stress de la compétition,
00:44où les gens prennent des notes sur des petits calepins et t'attendre au tournant.
00:48Là, c'est plus cool, c'est beaucoup plus cool.
00:49Alors, c'est une comédie, mais une comédie de Pierre Salvadori,
00:52ça veut dire une comédie, mais pas que.
00:54Oui, c'est ça.
00:55Et je vous laisse continuer la phrase.
00:56Parce qu'en fait, la meilleure façon de parler des comédies de Pierre Salvadori,
01:01c'est de parler de son obsession pour la comédie.
01:03C'est quand même, c'est un cinéaste qui a ça...
01:05Enfin, c'est le seul cinéaste que je connais qui fonctionne de cette manière,
01:08qui a vraiment une sorte de...
01:10Je ne sais pas comment on dit, de sens de l'écriture.
01:13En tout cas, on sent que c'est vraiment comme une sorte de partition quand on est acteur.
01:16Oui.
01:16Et on sent que c'est vraiment un rythme qu'il faut trouver,
01:18qui vraiment ne lui appartient qu'à lui.
01:20Mais quand ça fonctionne, c'est assez délicieux.
01:22Parce que c'est vraiment une sorte de ping-pong, de truc.
01:23Il faut respecter absolument son écriture.
01:25Et c'est vrai que quand ça fonctionne, c'est vraiment...
01:26Tu vois le truc qui surgit.
01:28C'est assez agréable.
01:30Vous êtes tout à la fois muse dans le film,
01:33mais aussi un peintre.
01:34Et un homme endeuillé,
01:36on vous sait d'un naturel plutôt enjoué.
01:38Est-ce que c'était aisé d'être l'homme désespéré dans une comédie ?
01:44Je ne sais pas.
01:45En tout cas, je ne me posais pas la question de l'impact,
01:47de la trajectoire du personnage que j'incarne.
01:50C'est vrai qu'Antoine, c'est quelqu'un qui est,
01:52comme il le dit très souvent,
01:53il est un peu dans les limbes.
01:54Il n'est ni vivant ni mort.
01:56C'est un peu le personnage dont tout le monde se joue dans ce film.
01:59Mais au fond, ça crée du coup un ressort comique
02:02qui me dépasse en tout cas.
02:03Mais c'est vrai qu'il fallait…
02:04En tout cas, je sais que j'allais bosser le matin
02:06et c'était des séquences.
02:08Quand tu joues à un endroit de désespoir profond,
02:12il faut y aller.
02:12Il ne faut pas trop réfléchir.
02:14Je pense que le fait d'avoir fait l'attachement aussi l'année dernière
02:17m'a permis aussi de toucher les endroits de travail
02:20que je n'aurais pas été capable de toucher il y a quelques années.
02:22Tout simplement parce que c'est un problème de pudeur,
02:25de technicité, d'épaisseur humaine.
02:28Et là, c'est vrai que j'ai plongé dedans.
02:30Après, c'est comme un petit réservoir, les émotions humaines.
02:33À un moment, il se vide.
02:34Il faut le recharger ailleurs.
02:37Mais là, on l'a bien vidé.
02:38Puisqu'on parle de partenariats heureux,
02:42vous aviez déjà tourné avec Anaïs de Moustier.
02:44Oui, il y a…
02:44Oh là là !
02:46C'était dans « D'Amour et d'Aufraîche » en 2010,
02:48« D'Aali » évidemment de Dupieux,
02:51mais aussi avec Vima Laponce dans l'attachement,
02:53dont vous parlez à l'instant.
02:54Est-ce que vous, qui êtes un homme de théâtre,
02:57ça vous plaît l'idée que petit à petit se constitue une espèce de tribu ?
03:01Oui, je dois dire que je suis assez content de ça.
03:03Parce que je me disais, pendant les années,
03:05moi, je n'ai pas trop de bandes, en fait.
03:06Je n'ai jamais eu de bandes.
03:07Après, j'ai rencontré Pierre assez tôt,
03:09donc on est devenu assez proche très vite.
03:11Mais en fait, il y a plein de gens qui ont leur bande, quoi.
03:14Et moi, je n'ai pas besoin d'une bande, dans l'absolu,
03:16mais je ne sais pas pourquoi.
03:18Je me disais, bon, peut-être qu'un jour,
03:19j'aurai aussi même une sorte de petite bande.
03:20Et là, on est en train de se fabriquer.
03:23Et c'est surtout avec des gens qui m'importent beaucoup,
03:25pour qui j'ai beaucoup d'admiration,
03:27et avec qui je rigole beaucoup.
03:28Parce qu'il faut se marrer, quand même.
03:30Ça ne dure pas très longtemps tout ça.
03:31Il faut quand même en profiter dans le bon sens, quoi.
03:33Bon, j'avais proposé à Vimala,
03:36enfin, c'est Vimala qui avait proposé
03:37de vous porter sur sa tête pour la montée des marches.
03:39Enfin, elle n'était pas tout à fait sûre
03:41de le faire ou de ne pas le faire.
03:43Vous seriez partant ou pas ?
03:44Oui, mais après, je n'ai pas envie.
03:46Moi, c'est plutôt au niveau de la cinquième.
03:47Je n'ai pas envie de bloquer quoi que ce soit,
03:48parce que j'ai quand même pris un peu de poids.
03:50Là, c'est normal.
03:52C'est comme un gros sac de ciment
03:54qui se met en forme d'humain, quoi.
03:55Oui, mais ça ferait une belle montée des marches.
03:56Oui, ça serait assez sûrement.
03:58Spectaculaire.
03:59J'imaginais tous les pions, pions, pions, pions, pions.
04:02Non, mais attendons, on verra.
04:03Pourquoi pas ?
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