- il y a 17 heures
JE VISITE UNE PRISON N*ZI !!
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00:00Aujourd'hui on a rendez-vous au mémorial de la Shoah, venez avec nous.
00:03Là c'est le vrai Mein Kampf d'Adolf Hitler.
00:06Donc maintenant on va rentrer dans un endroit qui est interdit au public.
00:08Documents secrets, les annotations du maréchal Pétain, les signatures des plus hauts responsables nazis.
00:13Et dans une des prisons du camp d'internement de Drancy, une vingtaine, une trentaine de personnes.
00:18C'est un trajet qui est assez long, dans nos os, quasiment aucune nourriture, sans conditions hygiéniques.
00:22Ça s'est passé dans notre pays.
00:32Jacques, merci de me recevoir.
00:33On est là, ici, sur le parvis du mémorial.
00:36Les architectes ont imaginé cette vasque qui évoque les cheminées des fours crématoires,
00:40avec dessus le nom des centres de mise à mort et des camps de concentration.
00:44Comme celui d'Auschwitz, c'est un camp mixte.
00:47C'est là que la majorité des juifs de France ont été assassinés.
00:50Pergaine, Belzen.
00:51C'est un camp aussi qui est extrêmement connu,
00:53parce que lorsque les nazis ont décidé à la fin de l'année 44
00:56d'évacuer les camps qui avaient survécu déjà à leur déportation,
01:01ils arrivent à Bergen-Belsen, meurent du typhus,
01:04quelques jours avant l'arrivée des Anglais, qui libèrent le camp.
01:12Du coup, Jacques, ici, on est au mémorial de la Shoah.
01:14Qu'est-ce que c'est ? Quel est son rôle ?
01:15On a plusieurs rôles.
01:16D'abord, le mémorial de la Shoah, c'est un centre d'archives.
01:19Donc, on collecte depuis 1943 des archives.
01:22Aujourd'hui, on a 50 millions de documents d'archives,
01:24400 000 photos d'archives, 80 000 ouvrages.
01:26En permanence, enrichies par des nouvelles acquisitions.
01:28Et donc, on a des chercheurs qui viennent du monde entier,
01:30des historiens, pour travailler sur nos archives.
01:33Ça, c'est la première chose.
01:34La deuxième chose, c'est qu'on est un lieu de mémoire,
01:35un lieu de recueillement, où des gens viennent pour se souvenir,
01:38il y a des commémorations.
01:39Et puis, le troisième volet, c'est qu'on est un lieu d'éducation.
01:42Tu sais, moi, je dis toujours quelque chose d'un peu triste,
01:45c'est-à-dire que finalement, les gens qui ont été assassinés,
01:47à part garder leurs souvenirs, on ne peut pas faire grand-chose.
01:50Mais par contre, ce qu'on peut faire,
01:52enseigner pour ne pas oublier cette histoire,
01:54pour montrer que l'antisémitisme et le racisme
01:56ne doivent pas avoir leur place dans nos sociétés.
02:00Jacques, ici, c'est ce qu'on appelle la crypte, c'est ça ?
02:02Oui, c'est ça, exactement.
02:03Notre fondateur, Isaac Schnarson,
02:05était un juif russe qui était arrivé dans les années 20 en France.
02:09Il était assez âgé,
02:10mais il est devenu immédiatement républicain, amoureux de la France.
02:14Quand, après-guerre, il a voulu créer un monument
02:18dédié aux juifs qui avaient été assassinés durant la Seconde Guerre mondiale,
02:21il va créer ici une flamme symbolique qui représente le souvenir
02:26et il va enterrer sous la flamme des cendres d'Auschwitz
02:30et de différents camps de concentration pour en faire un lieu de recueillement.
02:33Donc, c'est ici la pierre tombale.
02:35Et là, on voit une phrase écrite en hébreu.
02:37Qu'est-ce qu'elle signifie ?
02:37Une phrase qui est issue de la Bible.
02:39« J'ai vu la douleur de mon peuple, jeunes et vieux,
02:43sont tombés dans les ténèbres, fauchés par le glaive. »
02:47Schnarson a voulu à la fois faire de ce lieu un bâtiment laïque et républicain.
02:52Au début, lorsque le bâtiment est créé,
02:54on s'appelle le « Mémorial du martyr juif inconnu »
02:58par analogie à l'Arc de Triomphe dédié aux soldats inconnus.
03:01Mais néanmoins, parce que ce sont des juifs qui ont été assassinés,
03:05il y a en effet toujours des références bibliques,
03:08mais ça reste un endroit totalement républicain.
03:12D'où la raison pour laquelle le drapeau français nous accompagne tous les jours.
03:15C'est beau.
03:18Jacques, on arrive dans une nouvelle pièce du Mémorial de la Shoah.
03:20Ici, qu'est-ce que c'est ?
03:21Alors, là, on rentre dans l'exposition permanente du Mémorial.
03:25C'est la présentation d'une histoire globale,
03:27le sort des juifs en France, durant la Seconde Guerre mondiale.
03:30D'où vient cette haine, etc.
03:32Exactement.
03:32On raconte que les juifs sont arrivés au IVe siècle en France
03:35et qu'ils ne sont pas des étrangers,
03:36qu'ils ont contribué à construire ce pays dans lequel nous vivons.
03:39Depuis des générations, on essaye de raconter finalement
03:42que les juifs sont des gens comme les autres,
03:44qu'il y a des juifs sportifs, qu'il y a des juifs qui sont des hommes politiques,
03:47qu'il y a des juifs qui sont homosexuels, des artistes, peu importe.
03:50Et être juif, qu'est-ce que ça veut dire ?
03:52Eh bien, on explique qu'être juif finalement,
03:54c'est d'ailleurs des gens qui sont extrêmement laïcs,
03:56mais qui ont une loyauté, une fidélité envers l'histoire, la culture.
04:01Être juif, ce n'est pas être forcément croyant ou pratiquant.
04:04Être juif, c'est se sentir une appartenance à une histoire ou à une morale.
04:08C'est ça qu'on essaye d'expliquer.
04:09Être juif, c'est un acte volontaire et une fidélité que tu construis toi, en fait.
04:14Ton judaïsme, ton identité.
04:16Aujourd'hui, on accuse les juifs de tellement de mots,
04:19de tellement de crimes, etc.,
04:21qu'il faut remettre les pendules à l'heure.
04:23Donc maintenant, on va rentrer dans un endroit qui est interdit au public.
04:26Venez avec moi. Il est réservé seulement aux professionnels.
04:30Enchantée, Karen. Merci de me recevoir.
04:32Ici, on est au sous-sol du Mémorale de la Shoah.
04:34Ça s'appelle les magasins d'archives.
04:36Les lieux où sont conservés toutes nos collections, photographies, objets, archives, livres.
04:41Ici, nous sommes dans la salle de tri,
04:43où quand on reçoit les nouveaux documents,
04:45on s'installe, on vide les cartons,
04:47et on commence le premier tri pour voir de quoi il s'agit.
04:50Quel est toi le document le plus marquant que tu aies découvert ici ?
04:53C'est les lettres.
04:54Des centaines et des centaines de lettres.
04:55Celle-ci a été écrite au camp de Gurs en 1942.
04:58Elle est en allemand.
04:59Et on voit ici ces traces noires, c'est la marque de la censure
05:01par les autorités du camp à l'entrée et à la sortie.
05:05Donc il y avait tout un réseau qui se sont mis en place
05:07suivant les camps de lettres clandestines.
05:09Encore aujourd'hui, en 2026, on trouve de nouveaux documents ?
05:12Tous les jours, et presque plus en 2026 qu'en 1993,
05:16parce que non seulement on est plus identifiés et identifiables,
05:19les gens viennent spontanément, et surtout on va les chercher.
05:21Donc s'il y en a qui regardent la vidéo YouTube
05:23et qui ont des souvenirs de la Seconde Guerre mondiale
05:25ou des vestiges liés à la persécution des Juifs,
05:27ils peuvent venir vous voir au Mémorale de la Shoah
05:29pour vous déposer les documents ?
05:30Et surtout ne pas penser, on en a déjà beaucoup,
05:33et que ce n'est pas la peine qu'ils nous les apportent.
05:34Mais chaque document, chaque objet, raconte une histoire différente.
05:38Ça, ce sont des dessins qui ont été réalisés par un artiste
05:40qui s'appelait David Brenat.
05:41C'était un Juif russe, artiste vraiment, de profession,
05:45et il a été arrêté par Scorus, en juin 1941,
05:48interné au camp de Compiègne.
05:49Il a été transféré à Drancy, de Drancy il a été déporté.
05:52Il a dessiné ce qu'il voyait en fait ?
05:53Exactement.
05:54Il y a le mirador, les baraques, et l'église,
05:57parce que le camp est à proximité de la ville.
05:59Il passait également un peu de temps à faire des croquis d'interné.
06:02Monsieur Georges Vellers, interné avec lui au camp de Compiègne,
06:05pareil, transféré ensuite à Drancy, déporté.
06:07Convoi 76, mais lui est rentré de déportation.
06:09Et il est l'un des membres fondateurs du CDJC, du Mémorale de la Shoah.
06:13D'accord, ok.
06:13Et ces dessins continuent d'apporter des preuves
06:15de ce qui s'est réellement passé ?
06:16C'est preuve d'abord que ces gens ont réellement existé.
06:19Malgré l'internement, malgré les conditions terribles
06:21dans lesquelles ils étaient mis,
06:23les artistes continuaient à produire, autant que faire se peut.
06:28Donc on continue à voir un petit peu les archives.
06:31Alors là, on est dans la deuxième séquence de l'exposition.
06:34On essaye de montrer les phases principales de l'histoire du nazisme.
06:37C'est-à-dire qu'après le putsch raté de 1923,
06:40Hitler comprend qu'il va falloir mettre des formes pour arriver au pouvoir.
06:44Ce n'est pas par la force ?
06:45Voilà. Le 30 janvier 1933, Hitler arrive au pouvoir légalement,
06:49à l'issue d'élections.
06:50C'est quelque chose qu'il faut garder en tête.
06:53Dans un premier temps, c'est les Allemands
06:54qui ont été les premières victimes du nazisme.
06:56Les syndicalistes, les anti-nazis, les partis politiques.
06:59Tout a été interdit dans l'Allemagne nazie.
07:02Et donc, on a nazifié l'Allemagne.
07:04C'est-à-dire qu'il n'y avait nulle part où te cacher.
07:06Il fallait que tu sois nazi, que tu adhères au parti nazi.
07:09Si tu étais jeune, tu étais dans la jeunesse hitlérienne, etc.
07:12Une interdiction de tout sur le plan démocratique.
07:15Et avec une seule vision idéologique, c'était le nazisme.
07:19Et ici, de l'autre côté, c'est l'histoire de la France.
07:21En parallèle tout ça.
07:22Et donc, tu vois, en parallèle, voilà.
07:23L'un répond à l'autre.
07:24Comment le régime de Vichy s'est installé en France ?
07:28Pourquoi le maréchal Pétain est arrivé ?
07:30Et comment, lui, a compromis la France
07:33dans une alliance avec l'Allemagne nazie ?
07:36Le premier terrain où les nazis et les français pouvaient travailler ensemble,
07:40c'était la question de l'antisémitisme
07:41et la question de l'arrestation, l'internement des juifs.
07:44C'est ce qui a été fait entre 1940 et 1941.
07:47On les a mis dans des camps.
07:48Et puis, à partir de 1942, ça n'était plus suffisant
07:51puisque les nazis ont décidé,
07:53les premières déportations des juifs de France ont commencé en mars 1942.
07:57Ça a été progressif avant d'en arriver à ce qu'on appelle, entre guillemets, la solution finale.
08:00Les choses dont on parle, elles sont documentées.
08:03Et pour montrer aussi qu'il y avait dans notre pays un antisémitisme virulent,
08:07un génocide n'arrive pas tout seul.
08:09Ça commence d'abord en amont, par des mots, par l'exclusion,
08:13des idées, des stéréotypes, des préjugés, etc.
08:15Et au bout, au bout, au bout du chemin, on peut arriver à un génocide.
08:19Ça, c'est les tampons, ça, ouais.
08:20Quelque chose dont on parle beaucoup, évidemment, c'est le marquage.
08:23Donc, on parle du port de l'étoile et on parle des papiers qui sont tamponnés juifs.
08:26Wow, un tampon avec des juifs dessus.
08:28Voilà.
08:28Qui venait à tamponner ? Les autorités ?
08:30Les autorités, la mairie, les employés de mairie, les agents de la préfecture de police.
08:34T'en prenais les cartes d'identité et avec qui ?
08:36Carte d'identité, carte d'alimentation.
08:38Les juifs ont été obligés de se faire se déclarer.
08:40Dès octobre 1940, ils doivent se rendre dans les mairies en zone occupée.
08:44Et dans un second temps, bien plus tard, c'est le port de l'étoile jaune.
08:46Donc ensuite, après les tampons, ils ont inventé un autre système
08:49puisque les tampons étaient un peu trop faciles à masquer ou à gommer.
08:53Et donc, ils ont inventé le système de la perforeuse.
08:55Ça, c'est déjà beaucoup plus difficile à masquer.
08:57Ah, je n'ai pas fait attention, ok.
08:58Thibaut, si tu veux, j'ai mis deux documents de côté que je voudrais te montrer.
09:02On va mettre des gants.
09:03Quoi des gants ?
09:03Les archives, tu sais, c'est comme les êtres humains.
09:06Ils peuvent attraper des maladies et des virus.
09:08Waouh !
09:09Là, Mein Kampf.
09:10Là, c'est le vrai Mein Kampf.
09:11C'est le vrai Mein Kampf.
09:12D'Adolf Hitler.
09:13À la suite du putsch de Munich en 1923,
09:16Hitler est jeté en prison.
09:17Il fait presque un an de prison.
09:18Et là, il écrit.
09:19Et en fait, il comprend que s'il veut être crédible, il doit écrire.
09:22Donc ici, c'est la présentation de son idéologie.
09:26C'est un programme électoral, en fait, qu'il a écrit.
09:28Exactement.
09:28Il n'y a pas tout dedans.
09:29Parce qu'il y a des choses auxquelles il ne pense pas à l'époque
09:32ou qu'il ne veut pas écrire à l'époque.
09:34Il y a sa volonté.
09:35Il veut agrandir l'Allemagne.
09:36L'expansion territoriale avant la Seconde Guerre mondiale,
09:39l'Autriche, les Sudètes, etc.
09:40Mais globalement, il y a son idéologie raciale.
09:44Parce que pour lui, les Juifs sont responsables de tout.
09:47De la défaite de l'Allemagne pendant la Première Guerre mondiale.
09:49L'antisémitisme, c'est ça.
09:51C'est-à-dire, tu désignes un bouc émissaire idéal
09:54et tu vas en effet te dire
09:55c'est plus facile de désigner quelqu'un
09:58plutôt que de te regarder en face.
09:59C'est leur faute à eux.
10:00C'est leur faute à eux.
10:01C'est plus facile à accepter psychologiquement.
10:03Dans le cas d'Hitler, la propagande,
10:06tu peux amener le peuple là où tu veux.
10:08A leur faire croire des choses.
10:09Il a besoin d'une adhésion totale de la population allemande.
10:13La presse sera interdite, la censure sera en place.
10:16Donc, tu n'as pas d'autre solution que d'être nazi.
10:19Et surtout, avec la race aryenne, la race supérieure.
10:23Si tu n'es pas aryen, tu es une race inférieure.
10:26Donc, je vais te mettre à l'écart.
10:27Il s'était obsédé par la pureté du sang.
10:30Et donc, il y a, par exemple, des femmes allemandes
10:32qui vont être mises de côté ou assassinées
10:33parce qu'elles avaient des maladies génétiques.
10:35Ça ne correspondait pas à l'homme parfait.
10:37Mais exposition Le Juif et la France,
10:39qu'est-ce que c'est ?
10:39C'est une vraie exposition qui a lieu ?
10:41Il n'y a pas les réseaux sociaux à l'époque.
10:42Mais les nazis savent que la propagande, c'est fondamental.
10:45C'est Joseph Goebbels qui va prendre en main
10:47toute la propagande qui va être orchestrée par le régime nazi.
10:51Et donc, là, c'est une exposition qui va faire le tour
10:53de l'Europe occupée par les nazis
10:55et qui va être traduite en plusieurs langues.
10:57Et cette affiche, elle est vraiment iconique.
11:00Elle rassemble tous les stéréotypes,
11:02les griffes, le nécrochu qui contrôle le monde
11:05avec ce visage terrible
11:07qui est celle d'un faux soyeur, en quelque sorte.
11:10La France est qualifiée de juive.
11:12Les nazis, en arrivant en France,
11:14bien sûr, ils vont dire qu'il faut désenjuiver la France.
11:16Donc, on va expulser tous les juifs
11:19de l'économie, de la vie sociale, de la vie politique, etc.
11:21Parce que la France est juive, elle est contrôlée par les juifs.
11:23Ils ont compris les ressorts fondamentaux
11:27de la propagande et de la communication.
11:30Ce que je peux vous montrer ici,
11:31c'est donc la loi portant statut des juifs
11:33qui légalise la persécution des juifs en France,
11:37qui définit d'abord ce qu'est un juif.
11:39Une fois qu'on a déterminé qu'ils étaient,
11:40ce qu'ils avaient le droit de faire ou de ne pas faire.
11:42Les annotations manuscrites que vous voyez sur le document,
11:45elles sont faites de la main du maréchal Pétain.
11:48Non !
11:48Donc, ça, ça a été authentifié.
11:50Il y a des experts qui sont intervenus,
11:51qui montrent surtout que le projet de texte
11:54qui lui a été proposé,
11:55eh bien, il l'a raffermi.
11:57Il a été plus strict, par exemple,
11:58pour une exemption,
12:00être descendant de juifs nés français
12:01ou naturalisés avant l'année 1860.
12:04Il a dit non, non, ça en barre.
12:06Donc, ça, c'est un document qui est extrêmement précieux
12:08pour répondre à tous ceux qui disent
12:10que Pétain a protégé les juifs français.
12:13C'est dingue de dire que ça a été vraiment dans la loi.
12:15Quand on parle de la France, quoi,
12:17c'est le pays dans lequel on vit.
12:17On parle de la France,
12:18qu'ils n'avaient plus le droit d'avoir le téléphone,
12:20qu'ils n'avaient plus le droit d'avoir la radio.
12:21Le quotidien des juifs pendant la guerre,
12:23donc, ils doivent avoir des papiers tamponnés,
12:25des toiles jaunes que vous voyez ici,
12:26qu'il fallait porter cousues de manière bien visible.
12:28C'est authentique, celle-ci, du coup ?
12:30Tout à fait, voilà.
12:30Donc, on a vu les cartes d'identité,
12:32mais également cartes d'alimentation.
12:33Donc, ça, la carte d'alimentation,
12:34vous devez la sortir tous les jours.
12:36Quand vous devez faire vos courses,
12:37vous devez déclarer ne pas être juif
12:39si vous voulez ouvrir un compte en banque.
12:40Les juifs ne pouvaient plus monter
12:41que dans la dernière voiture du métro.
12:43Ok, non, je ne savais pas.
12:44On connaît la photo du parc à jeu
12:46interdit aux juifs et aux chiens.
12:48L'accès aux magasins qui est réservé aux juifs
12:51à un horaire où les magasins sont déjà vides,
12:53puisque c'est le rationnement.
12:55Si on veut savoir ce que c'est
12:57une idéologie raciale amenée au pouvoir,
13:00il faut regarder le nazisme.
13:02Parce que dans les autres génocides,
13:03ça a été des phénomènes plus brefs.
13:05L'idéologie raciale existe,
13:08mais elle est moins visible
13:09parce que ça a duré moins longtemps.
13:11Le nazisme est légal.
13:12Les lois raciales sont légales.
13:14Donc à partir du moment où c'est légal,
13:16on a des milliers de textes de loi
13:18dans nos archives.
13:20Donc dedans, si tu veux,
13:20tu as véritablement vraiment beaucoup de choses
13:22si tu veux comprendre le nazisme.
13:24Au début, il n'a pas trop de succès,
13:25mais c'est à partir de ces conquêtes électorales
13:27dans les années 30
13:28qu'il va diffuser très largement Mein Kampf.
13:32Et puis après, tu sais,
13:33quand les gens se marient en Allemagne
13:34après 1933,
13:35donc après l'accession d'Éclair au pouvoir,
13:37on te remet Mein Kampf.
13:38Waouh !
13:39Comme cadeau de mariage.
13:40Comme cadeau de mariage, oui.
13:41Voilà, maintenant, je pourrais vous présenter
13:43deux objets parce qu'en fait,
13:45on raconte beaucoup mieux l'histoire
13:46en l'incarnant,
13:47en racontant les histoires de vrais gens.
13:49Regardez comme elle est belle.
13:50Oh, une trompette !
13:52Et elle est très belle
13:52parce que nous l'avons reçue en 2022,
13:55assez récemment,
13:56et elle n'était pas du tout dans cet état-là,
13:57mais on l'a fait restaurer.
13:58À qui appartenait cette trompette
13:59et comment on le sait ?
14:00Alors, cette trompette nous a été donnée
14:02par la fille du monsieur
14:03auquel elle appartenait.
14:04Il était musicien professionnel.
14:05D'accord.
14:05Et cette personne a été déportée, c'est ça ?
14:07Il a été arrêté
14:08pendant la rafle du Veldiv,
14:10interné et déporté le 22 juillet 1942.
14:12Il n'est pas revenu.
14:13Donc au travers de cet objet,
14:14ça nous permet de parler de lui,
14:16raconter son histoire.
14:17Et alors après,
14:17on a des mystères aussi.
14:18Là, je vais vous montrer ça.
14:19C'est très récent.
14:20Donc vous voyez,
14:20c'est comme ça qu'on l'a reçu.
14:21C'est un violon
14:22qui est très abîmé.
14:23Il n'est absolument pas jouable, évidemment.
14:25Et l'histoire de ce violon
14:26est assez incroyable.
14:27On sait très, très peu de choses.
14:29En fait, ce violon a été prouvé
14:31par un monsieur
14:32qui était agent SNCF.
14:35Il a découvert ce violon
14:37laissé abandonné
14:37dans un wagon de train
14:39qui avait transporté des Juifs
14:40qui étaient envoyés
14:41au camp de Petitivier-Bonnard-Roland.
14:42Les personnes ont laissé le violon
14:44derrière elles
14:45quand elles sont descendues du train.
14:47Ce monsieur l'a récupéré.
14:49Il l'a gardé pendant toute sa vie.
14:50Sa fille raconte ses souvenirs
14:51dans ce petit carnet
14:52de la SNCF, d'ailleurs.
14:53Effectivement,
14:54on n'a pas de preuve absolue
14:55mais en toute bonne foi,
14:56tout porte à croire
14:57que c'est véritablement
14:58un violon
14:59qui a appartenu à un Juif
15:01qui a été arrêté
15:02et déporté.
15:04Là, on a un autre livre.
15:05Qu'est-ce que c'est, ça ?
15:06Tout à l'heure, je te disais
15:06que la société allemande
15:07avait été totalement nazifiée.
15:09Et donc, ça,
15:10c'est un livre pour enfants
15:12de champignons vénéneux
15:13qui représente
15:14tous les stéréotypes
15:15qu'un Juif pouvait avoir.
15:17Et l'idée, c'est que, globalement,
15:18la première image,
15:19c'est une dame
15:20qui parle à son fils
15:21qui lui dit, tu sais,
15:22dans les champignons,
15:23il y a des champignons
15:24qui sont comestibles
15:25et d'autres qui sont vénéneux.
15:26Je vais t'apprendre
15:27à reconnaître
15:28les champignons vénéneux
15:29des autres.
15:29Et puis après,
15:30elle l'applique aux Juifs.
15:31Je vais t'apprendre
15:32à reconnaître
15:33dans la rue
15:34un Juif
15:35parce que
15:35c'est comme un champignon vénéneux.
15:37C'est aussi dangereux.
15:39C'est un peu glaçant
15:39parce que l'idée
15:40qu'il fallait enseigner
15:42l'antisémitisme d'enfant.
15:43D'est le plus jeune âge, en fait.
15:44Exactement.
15:45Pour qu'ils deviennent
15:45des bons nazis
15:46en étant adultes,
15:47des bons soldats.
15:48Et donc là,
15:49on t'apprend, bien sûr,
15:50dans ces caricatures.
15:51Le gros nez, on le voit.
15:52Le gros nez.
15:53Tous les stéréotypes
15:53possibles et imaginables,
15:55l'argent,
15:55les Juifs contrôlent le monde,
15:57ils contrôlent les médias,
15:58ils complotent
15:58contre tout le monde.
15:59Les stéréotypes antisémites
16:01sont quasiment les mêmes
16:02aujourd'hui
16:03qu'il y a 100 ans.
16:04Ça vient d'où le stéréotype
16:05sur les Juifs et l'argent, alors ?
16:07À l'origine,
16:08il faut comprendre
16:08qu'au Moyen Âge,
16:10les Juifs n'avaient pas accès
16:11à tous les métiers,
16:12y compris en France.
16:13Ils n'avaient pas le droit
16:14d'avoir des biens immobiliers,
16:15ils n'avaient pas le droit
16:16de posséder de terre.
16:17Donc, un certain nombre
16:18de Juifs n'avaient pas
16:19d'autre solution
16:20que d'être marchands.
16:21Ou alors,
16:22ils vont être
16:22ce qu'on appelle
16:23des prêteurs d'argent,
16:25qui est l'ancêtre de la banque.
16:26Mais ça ne veut pas dire
16:27qu'ils sont riches,
16:28ça veut dire qu'ils vont prendre
16:29l'argent de quelqu'un
16:30qui est riche.
16:30Eux, ils sont intermédiaires
16:31pour le prêter
16:32à quelqu'un qui a des besoins.
16:34Et donc, on a qualifié
16:36les Juifs de banquiers
16:37qui laisseraient penser
16:38que quand tu es Juif,
16:39tu es forcément riche.
16:40Mais tu sais, c'est grave
16:41parce que c'est ça
16:42qui a amené l'assassinat
16:43d'Ilan Halimi.
16:43Ils l'ont kidnappé
16:44parce qu'il était Juif.
16:46Et ils se sont dit
16:46parce qu'il est Juif,
16:47on va demander
16:48une très forte rançon.
16:49Et en fait,
16:49ses parents étaient très modestes,
16:51n'avaient pas d'argent.
16:52Et malheureusement,
16:52il a été assassiné.
16:54Il faut savoir
16:54que ses préjugés sont graves
16:56parce qu'ils peuvent contribuer
16:58malheureusement
16:58à l'assassinat
16:59de certaines personnes
17:00en fonction de ses préjugés.
17:02La chambre forte.
17:04Ah oui, ça ne rigole pas là.
17:05Ah non, ça ne rigole pas.
17:07J'aurais dû vous laisser faire.
17:08Ouais, je suis vraiment
17:08un coup de main,
17:09n'hésitez pas.
17:10Alors, dans la chambre forte
17:11sont conservées
17:12notamment les listes originales
17:13des combats de déportation.
17:14Ce document,
17:15il est rentré
17:16dans nos collections
17:16très récemment.
17:18Il a été découvert
17:19février 1945
17:20dans les cendres
17:21du crématoire à Birkenau.
17:22Juste après la libération,
17:24dans une bouteille.
17:25Birkenau, 1944.
17:26Le texte, il est écrit
17:27en français
17:28par un Juif
17:29qui a été déporté de France
17:30et qui a été affecté
17:31aux Andes d'Orcommando
17:32qui s'occupe
17:33de la gestion des corps.
17:34Parce qu'en fait,
17:35il y a tellement de morts.
17:36À Birkenau,
17:37le Zonderkommando,
17:38c'est le complexe
17:39chambre à gaz,
17:40four crématoire
17:41et extermination.
17:43Que raconte cette lettre ?
17:44C'est la dernière lettre
17:44d'un homme
17:45qui sait qu'il va mourir
17:46puisque au mois de novembre
17:47a eu lieu
17:48la révolte des Zonderkommando
17:50où ils savent
17:50qu'ils vont tous être éliminés.
17:51D'ailleurs, il dit
17:52que de son groupe,
17:53ils ne sont plus que deux.
17:54Le deuxième,
17:54c'est David Oller
17:55et lui va rentrer
17:56de déportation.
17:57Et lui ne va pas témoigner,
17:58il va dessiner.
17:59Comment on peut croire
17:59que ça n'a pas existé
18:00qu'on voit tout ça ?
18:01C'est une lettre au testament
18:02en fait.
18:02Il écrit à sa femme
18:03et à sa fille
18:03qui sait qu'il ne reverra pas.
18:05Il leur donne des consignes
18:06sur la conduite
18:06à tenir après la guerre,
18:08qu'elle est encore jeune,
18:08sa femme,
18:09qu'elle même refasse sa vie.
18:10Il donne des consignes
18:11pour les affaires
18:11et il donne également
18:12quelques informations
18:13sur ce qui s'est passé.
18:14Ça, pour moi,
18:14c'est extrêmement émouvant
18:15parce que c'est un document
18:16qui a été écrit
18:18par la main du déporté
18:20au cœur de l'enfer.
18:21Et qui a réussi
18:22à parvenir jusqu'à nous
18:23dans un état extraordinaire
18:25et que la famille
18:26qui l'avait conservée
18:27pendant des années
18:28fermée dans un coffre
18:29a décidé de nous la confier.
18:31Avec le seul regret
18:32que je ne pourrais vous revoir
18:33pour un seul instant.
18:35C'est assez puissant.
18:36Et la lettre était accompagnée
18:37d'un petit mot qui disait
18:38« Prière d'un mourant
18:39de bien vouloir remettre
18:40ce pli au consulat de France
18:42ou à la Croix-Rouge
18:43pour la faire suivre à l'adresse. »
18:44Et donc des courriers
18:45des lettres jetées du train.
18:47Au moment où les déportés
18:49quittent les gares,
18:50qui plus est,
18:51ils ont été fouillés
18:51avant le départ.
18:52Donc ils n'ont plus rien sur eux.
18:53Donc on va trouver des mots
18:54qui sont écrits
18:55sur une carte de visite,
18:56un bout de papier
18:57qui traîne dans la poche.
18:58Et il y en a un,
18:58il le dit,
18:59il écrit à sa fiancée
19:00« J'écris cette lettre
19:01avec mon sang
19:01parce qu'il n'a pas d'encre. »
19:03« Sur le train,
19:03chers parents,
19:04samedi 22 août 1942
19:06à une heure et demie,
19:07suis sur le chemin de Paris
19:08vers Drancy
19:09pour être peut-être libérée.
19:10Je suis dans le même train
19:11que Marcel et Jacqueline
19:13sont ses petites cousines.
19:14Je vous embrasse
19:15de tout mon cœur.
19:15Votre fille chérie,
19:16Adi Fuchs.
19:17Adi, son vrai nom,
19:18c'était Adolphe.
19:19Mais du coup,
19:20il se faisait appeler Adi.
19:21Il était tout jeune,
19:22il avait 14 ans.
19:23Adi a été déporté.
19:24Il est rentré de déportation.
19:25Il était champion de ping-pong.
19:27Il est mort
19:28il n'y a pas très très longtemps.
19:30On est en 1939.
19:32Les nazis envahissent la Pologne.
19:34Il y a 3,5 millions de juifs
19:35qui vivent en Pologne.
19:3610% de la population.
19:37Eux, ce qu'ils vont faire,
19:38c'est qu'ils vont rassembler
19:40la population juive
19:41dans des ghettos.
19:42L'objectif n'est pas encore
19:44d'assassiner les juifs.
19:45L'objectif, c'est de les mettre
19:47en dehors de la société
19:48et de se protéger
19:50des juifs qui sont porteurs de maladies.
19:52Mais ces ghettos-là,
19:53le plus grand,
19:54c'est le ghetto de Varsovie
19:55où il y a plusieurs dizaines
19:56de milliers de juifs
19:57qui sont cantonnés
19:58dans un espace extrêmement réduit.
20:00Il y a des épidémies.
20:01Peu de nourriture.
20:02Il y a des morts tous les jours.
20:03Et ce que l'on voit
20:04sur ces images,
20:05c'est que tous les jours,
20:06on ramasse les corps.
20:06C'est une première étape
20:07avant l'extermination.
20:08Exactement.
20:09Donc là, on peut voir
20:10une photo d'exécution de juifs.
20:11Juste à côté,
20:12c'est une vraie photo, ça, officielle ?
20:13Oui, alors c'est une photo
20:14qui a été prise en Ukraine
20:16en 1942.
20:17Donc on est quelques mois
20:18après le début
20:19de ces exécutions massives.
20:22Les nazis ont créé
20:23des commandos mobiles
20:24qui avancent derrière
20:25l'armée allemande.
20:26Et au fur et à mesure
20:27de leur avancer en Ukraine,
20:28ils assassinent
20:29la population juive
20:30qu'ils trouvent sur leur passage
20:31d'une manière très barbare.
20:33On voit ce qu'on appelle
20:35les fusillades massives.
20:36La première méthode
20:37de mise à mort
20:38de la population juive,
20:39c'était les fusillades.
20:40Ils rassemblaient des gens
20:42présupposés juifs
20:43et ils les fusillaient.
20:44Mais il faut savoir
20:45qu'il y a un million et demi
20:46de juifs qui ont été
20:47assassinés de cette manière.
20:48Ils rassemblent les gens,
20:50ils leur demandent
20:50de se déshabiller.
20:52Donc on voit bien
20:52sur les photos
20:53que les gens sont nus
20:53et ils sont assassinés.
20:55Et là, on voit
20:55que les femmes et les enfants
20:56sont les premières victimes
20:58parce que pour les nazis,
20:59les femmes et les enfants,
21:00c'est l'avenir.
21:01Qui a pris ces photos ?
21:02Alors, il faut savoir
21:03que beaucoup, beaucoup de photos
21:05ont été prises
21:06de manière très officielle.
21:07Les nazis avaient un service
21:09photographique
21:10de propagande.
21:12C'était à la fois
21:12de la propagande
21:13et en même temps,
21:14pour rendre compte,
21:15tu te fais prendre des photos
21:16et tu les envoies à Berlin
21:17aux autorités nazies
21:19qui sont à Berlin.
21:19Ça, c'est la première des choses.
21:21Et puis, il faut aussi savoir...
21:23C'est un peu bizarre.
21:24Ah oui, ok, ok.
21:25On enlève les gants, pardon.
21:26Les soldats nazis
21:28eux-mêmes
21:28trouvaient ça très exotique
21:30de prendre des photos
21:31des juifs morts.
21:32Et ils envoyaient ça
21:33à leur famille
21:34où ils le gardaient
21:35en souvenir.
21:35Tu as vraiment
21:36toutes sortes de photos.
21:38Des photos officielles,
21:38des photos plus officieuses,
21:40des photos clandestines.
21:41Pour au contraire,
21:42témoigner en disant
21:44un jour, quelqu'un verra
21:45ces photos
21:45et il verra ce que les nazis ont fait.
21:47Il y a eu des vidéos aussi,
21:48un petit peu,
21:49on voit quelques petites vidéos
21:50à la sortie des camps.
21:51Ces films seront utilisés
21:53comme des pièces
21:53à conviction
21:54lors du procès de Nuremberg
21:56qui démarre en octobre 1945.
21:58Là, on a beaucoup,
21:59et c'est normal,
21:59parlé des victimes.
22:01Au début de l'existence
22:02du CDJC,
22:03on a surtout rassemblé
22:05les archives des bourreaux.
22:06Rien que pour mettre en place
22:07le processus de déportation
22:09des juifs pour la France,
22:10ça a été des dizaines
22:11et des dizaines
22:12d'échanges de courriers,
22:13de tractations,
22:14de négociations
22:15pour dire
22:15quel convoi
22:16on fait partir en premier,
22:17à quelle date,
22:18les signatures
22:19des plus hauts responsables nazis,
22:20documents secrets.
22:22On a les documents,
22:22mais on a également
22:23les annotations manuscrites.
22:24On n'est plus en France,
22:25on parle vraiment
22:26de l'extermination des juifs
22:28et de la mise en place
22:29de la solution finale,
22:30la mise en place des ghettos,
22:31les rassemblements.
22:32Ah ouais,
22:32tu vois l'insigne nazi
22:33effectivement sur le document-là.
22:35Et Alfred Rosenberg,
22:36donc ce sont toutes ses archives,
22:37était l'idéologue du parti nazi.
22:38Tous ses documents
22:39très officiels,
22:40mais on a également
22:40ses archives personnelles.
22:42On a son agenda,
22:43son carnet d'adresse
22:44plus exactement,
22:44avec les numéros de téléphone.
22:45donc on a Himmler,
22:47Hitler,
22:47Goering,
22:48etc.
22:49Je vois pareil,
22:49il y a plein de cassettes,
22:50je me permets.
22:51Ce sont des microfilms.
22:52Avant la numérisation,
22:53pour reproduire les documents
22:54et pour qu'ils aient force de preuve,
22:56on réalisait dans les archives
22:57des microfilms.
22:58Évidemment,
22:59il faut un appareil spécial
22:59pour les lire,
23:00mais c'est simplement un négatif.
23:02C'est des images,
23:03c'est des négatifs,
23:04c'est une prise de vue
23:05de l'image à la santé.
23:06Peut-être photo
23:06les unes à la suite des autres.
23:07Absolument.
23:07Et là,
23:08tu ne peux pas modifier le document,
23:09en fait,
23:10parce qu'aujourd'hui,
23:10avec un document numérisé,
23:12tu fais ce que tu veux.
23:12On numérise énormément aujourd'hui,
23:14mais c'est pour des facilités
23:15de communication du document
23:17en salle de lecture.
23:18Mais il faut garder les preuves.
23:19Quand on a l'original,
23:20on numérise,
23:21il n'y a pas de problème.
23:21Si besoin,
23:22on sort l'original.
23:23D'ailleurs,
23:23dans le classeur,
23:24il y avait le télégramme d'Isieux
23:26qui a permis l'inculpation
23:27de Klaus Barbie
23:28pour crime contre l'humanité.
23:30Et au moment du procès,
23:30il y a eu tout un débat,
23:31notamment de la part
23:32des avocats de la Défense,
23:33pour dire
23:34on n'a pas vu le document original,
23:36si ça se trouve,
23:37c'est un faux, etc.
23:38Il y a eu toute une enquête,
23:39parce que le document
23:40avait été mal rangé.
23:41Ils ont eu du mal à le retrouver.
23:42Mais ils l'ont retrouvé,
23:43ils l'ont fourni
23:44et il a été présenté au procès.
23:47Klaus Barbie,
23:48un des responsables
23:49de la persécution
23:49des Juifs en France,
23:50il officiait à Lyon.
23:52Il est notamment responsable
23:53de l'arrestation
23:54et de la torture de Jean Moulin,
23:55mais également
23:55de l'arrestation
23:57des enfants juifs
23:58qui avaient trouvé refuge
24:00dans la colonie d'Isieux.
24:02Isieux, c'est dans l'Ain,
24:03une petite maison
24:03très mignonne dans les montagnes.
24:05Le couple latin
24:06les avait emmenés là
24:06pour les...
24:07Ils étaient sortis des camps
24:08pour un certain nombre.
24:09Pour les protéger,
24:09pour les sauver,
24:10ils les avaient rassemblés
24:11dans cette colonie.
24:12Et c'est Klaus Barbie
24:13qui était à l'époque
24:14dans la région de Lyon,
24:15donc,
24:15qui a procédé
24:16à l'arrestation
24:17de 44 enfants.
24:19Et c'est le document
24:20pénurie de papier
24:21pendant la guerre.
24:22Pénurie de papier, donc.
24:23On utilise des cartes
24:24d'état-major
24:25dont on n'a plus l'utilité
24:26parce que, de toute façon,
24:27ils ont changé les frontières.
24:29Ce document fait état
24:30de la rafle
24:31de la maison d'enfants
24:32d'Isieux dans l'Ain.
24:33Ils ont été arrêtés
24:3441 enfants
24:35âgés de 3 à 13 ans
24:37et qu'ils seront transportés
24:38par le prochain convoi
24:39pour Drancy
24:40le 7 avril 1944.
24:42Et c'est signé Barbie.
24:43Et c'est ce document,
24:44donc l'original,
24:45qui a été prêté
24:47au tribunal.
24:48Et évidemment,
24:48ils nous ont rendu
24:49les documents après.
24:50Et tous ces documents-là
24:52prouvent la culpabilité.
24:54Mais c'est celui-ci
24:55qui a permis
24:55de l'accuser
24:56de crime contre l'humanité,
24:57donc imprescriptible.
24:58On est en 87.
24:59Et comme on s'adresse
25:00à un public,
25:00peut-être qui ne viendra
25:01jamais au mémorial,
25:02c'est intéressant
25:03qu'ils sachent tout ça.
25:04Voilà, des procès,
25:04des tampons, des papiers.
25:06C'est qu'un petit bout ici, là ?
25:07C'est un tout petit bout, ici.
25:09Alors, ici,
25:10on voit plein de photos d'enfants.
25:12Qu'est-ce que c'est,
25:12cet endroit-là ?
25:13Alors, en fait,
25:14dans l'exposition,
25:15on a voulu terminer
25:17par cet espace
25:19que nous avons dédié
25:20aux enfants juifs
25:21qui ont été déportés
25:22depuis la France.
25:23Sur les 76 000 juifs
25:25déportés de France,
25:26il y a 11 000 enfants
25:27qui ont été déportés.
25:28Parmi ces 11 000 enfants,
25:29on a réussi aujourd'hui
25:31à collecter environ
25:325 000 photos
25:33sur les 11 000 enfants.
25:35C'est des vraies photos
25:35d'enfants qui ont été déportés ?
25:37C'est ça.
25:37Ce sont des photos
25:38qu'on a obtenues
25:39de toutes les manières possibles
25:41et imaginables
25:42parce qu'on fait un travail
25:43de collecte partout,
25:45dans toute la France,
25:46à l'étranger, etc.
25:47En sachant, si tu veux,
25:48que la photo,
25:49ce n'est pas quelque chose
25:50de répandu
25:51sur le plan individuel.
25:52Aujourd'hui,
25:52on prend des photos de tout.
25:54Tout le monde, mais à l'époque...
25:54Ce n'est pas quelque chose
25:55de répandu.
25:57Ce qui est, pour nous,
25:58intéressant dans cet espace,
26:00c'est aussi de montrer
26:01la nature du crime.
26:02On a voulu tuer des gens,
26:04non pas pour ce qu'ils ont fait,
26:06mais parce qu'ils sont nés
26:07quelque chose.
26:08Un enfant est innocent,
26:09mais pourtant,
26:10ils étaient parmi les cibles
26:11prioritaires des nazis
26:12parce que c'était
26:13l'avenir d'un peuple.
26:15Là, vraiment,
26:15on se rend compte
26:15qu'on met un visage
26:17sur tous les noms
26:17pour un avis précédemment
26:18et on se projette,
26:19je trouve, encore plus.
26:21Oui, c'est ça.
26:21C'est aussi l'idée
26:22de sortir de la statistique.
26:24C'est aussi l'idée
26:26de se dire
26:26qu'est-ce que ces enfants
26:27ont pu vivre
26:28dans un camp d'internement,
26:30dans le convoi
26:31entre Drancy et Auschwitz,
26:33en descendant du train
26:34à Auschwitz.
26:35C'était des êtres humains
26:37heureux,
26:38avec la joie de vivre
26:39qu'on peut avoir
26:40quand on est un enfant.
26:41On est totalement insouciant.
26:43C'est ça,
26:43la vie d'un enfant.
26:44Et puis, tout d'un coup,
26:45on va les arracher à la vie
26:47et les empêcher, finalement,
26:49d'avoir une vie
26:49quelle qu'elle soit.
26:53Voilà.
26:54J'avais ici
26:55toute la collection
26:56des archives photographiques,
26:58cette fois-ci,
26:58sur les expériences médicales.
27:00Il testait.
27:01C'est brûlure,
27:03c'est des brûlures.
27:03C'est des brûlures,
27:04des injections
27:05de produits.
27:07C'est quoi ?
27:07C'est des vraies photos
27:08prises par les nazis,
27:09c'est ça ?
27:09C'est des vraies photos
27:10prises par les nazis,
27:10oui, oui, tout à fait.
27:11Des vraies photos
27:12de nazis également,
27:14enfin, de criminels de guerre,
27:15plus exactement.
27:16On ne peut plus dire
27:16que c'est des photos de nazis.
27:17Si, mais c'est parce qu'il n'y a pas
27:18que les nazis, malheureusement,
27:19dans les criminels de guerre.
27:21Beaucoup étaient nazis,
27:22mais pas tous.
27:23Ils ont des têtes
27:23de monsieur et madame
27:24Tout-le-Monde, en fait.
27:25Mais ce sont monsieur
27:25et madame Tout-le-Monde.
27:26Les dénonciateurs,
27:28les collaborateurs,
27:29c'est votre voisin,
27:29le commerçant d'à côté
27:30et qui trouve une opportunité
27:33bénéficier de votre appartement
27:35qui est plus grand.
27:36Les photos des procès
27:37sont très intéressantes également.
27:38Procès Nuremberg, du coup, aussi.
27:40Alors, Procès Nuremberg
27:40et tous les traducteurs
27:42qui sont là.
27:52J'imagine que c'est
27:53la porte d'une baraque
27:55qu'on pouvait retrouver
27:55dans un camp de concentration,
27:56c'est ça ?
27:57Là, c'est la façade
27:59de la baraque numéro 6.
28:01C'est une vraie...
28:01Absolument.
28:02C'est pas une reconstitution.
28:03C'est une vraie...
28:03C'est pas une reconstitution.
28:04De Beaune-la-Rolande.
28:05C'est-à-dire que là,
28:06on est encore en France.
28:07Il faut comprendre
28:08que les Juifs ont été arrêtés
28:09en général par la police française
28:11ou les gendarmes français.
28:12qu'ils vont être parqués
28:14temporairement dans des camps
28:15en France.
28:16Comme Drancy, par exemple.
28:17Voilà, comme Drancy,
28:18avant d'être déportés
28:19après en Pologne,
28:21en Haute-Sylésie,
28:21vers le centre de mise à mort
28:23où ils vont être assassinés.
28:24C'est le camp d'internement
28:26de Beaune-la-Rolande,
28:27à côté de la ville d'Orléans,
28:29dans le Loiret,
28:29où il y avait deux camps,
28:31Pithivier et Beaune-la-Rolande.
28:33Donc un camp d'internement,
28:34c'est pas forcément
28:34un camp d'extermination ?
28:36Non, pas du tout.
28:36Le camp d'internement,
28:37c'est sur le territoire français
28:39et cette photo est très intéressante.
28:41Vous la trouvez dans le film
28:42Nusée Brouillard.
28:42Sauf qu'il y a la censure,
28:44encore à l'époque, en 1956,
28:45et qu'on va couper
28:46le gendarme français
28:47pour pas montrer
28:47que c'était les gendarmes français
28:48qui assuraient la guerre de Nouveau-Rolande.
28:50La France avait honte.
28:51Il fallait travailler
28:52à la réconciliation.
28:53Lorsqu'on fait les travaux
28:54d'agrandissement du mémorial
28:55dans les années 2000,
28:56il y a un monsieur qui m'appelle
28:57qui me dit
28:57« Bonjour, je suis agriculteur.
28:59Mon père a récupéré
29:00une baraque
29:01au lendemain de la guerre
29:02parce qu'on cherchait du bois
29:04pour se chauffer, etc. »
29:05Et lui, une fois qu'il a récupéré
29:07la baraque,
29:08il n'a pas osé la brûler
29:09quand il a compris
29:10qu'on a interné des gens
29:11à l'intérieur de ces baraques
29:13et des enfants en particulier.
29:15Donc, il a gardé cette baraque
29:16dans sa ferme.
29:17Il est décédé
29:18et son fils,
29:19qui nous appelle,
29:20il nous a dit
29:20« Écoutez, c'est une relie.
29:21Je veux vous la donner
29:22pour que vous la montriez. »
29:24Et donc, on l'installe ici
29:25comme si, en fait,
29:26elle avait toujours été là.
29:27Il a trouvé sa place
29:28dans cet endroit
29:29qui n'était pas prévu.
29:29C'est important
29:30d'avoir des objets physiques
29:33originaux
29:33qui montrent la réalité
29:34de ce qu'a été la guerre.
29:41Gabrielle, ici,
29:42où est-ce qu'on est alors ?
29:43Ici, nous sommes en face
29:44de la cité de la Muette
29:45qui est l'ancien camp
29:46d'internement de Drancy.
29:47On l'aperçoit juste derrière nous.
29:49Et nous sommes en face
29:50du monument qui date de 1976
29:52qui est là pour marquer l'espace
29:53et pour nous rappeler
29:54l'importance historique
29:55et le poids historique également
29:56de ce lieu
29:57qui, sinon, reste invisible
29:58pour les passants.
29:59C'est ici que les déportés juifs
30:00étaient prisonniers
30:01avant de partir en Allemagne
30:03dans différents camps
30:03aux Juifs, Pologne ?
30:04Exactement.
30:05C'est là que la plupart
30:06des Juifs de France
30:06vont être amenés
30:07après leur arrestation
30:08et ensuite,
30:09après un séjour
30:10dans le camp de Drancy,
30:11vont être déportés
30:12vers les centres de mise à mort
30:13en Pologne
30:14et majoritairement
30:15aux Juifs Birkono.
30:16Les prisonniers
30:16passaient combien de temps
30:17en moyenne ici
30:18dans cette prison ?
30:19Certains vont passer
30:20des mois et des mois
30:21et des mois
30:21sans savoir ce qui les attendent
30:23et d'autres vont passer
30:24une semaine.
30:25Simone Veil a passé
30:25une semaine
30:26dans le camp de Drancy.
30:26Autant vous dire
30:29pour le coup
30:29parce que c'est vraiment
30:30un camp de transit,
30:31de passage
30:31pour certaines personnes,
30:32pour la plupart.
30:35Aujourd'hui,
30:35qu'est-ce qu'on peut retrouver
30:36comme vestige ?
30:37C'est le bâtiment
30:38en forme de U
30:38qui est ici.
30:39Par contre,
30:40tout ce qui est
30:40la baraque de fouilles
30:41qui était en bois,
30:42les lavoirs collectifs
30:43et les latrines collectifs
30:44n'existent plus du tout.
30:45Les filles de fer barbelés,
30:46évidemment.
30:46À quel moment
30:47ils ont décidé
30:48de tout enlever ?
30:48Ils ne se sont pas dit
30:49on va garder ça
30:50comme vestige,
30:50pas oublier ?
30:51Est-ce que c'est la France
30:52qui avait honte ?
30:52Ce n'est pas exactement
30:53une question de honte
30:54pour le coup.
30:55C'est plutôt qu'après
30:56la fin de la Seconde Guerre mondiale,
30:57il y a eu une crise du logement.
30:58Notamment,
30:58il y a eu des bombardements
30:59dans le département.
31:00Donc,
31:00il faut loger des personnes.
31:01Ce bâtiment devait être
31:02à l'origine des logements sociaux.
31:04Donc,
31:04il est décidé
31:04dès la fin de la guerre
31:05de transformer,
31:07de retransformer finalement
31:08ce bâtiment
31:08dans ce qu'il devait être.
31:09Donc,
31:09c'est un HLM aujourd'hui.
31:10En fait,
31:10ça a permis de conserver
31:11justement,
31:12finalement,
31:12le bâtiment
31:13parce que c'est de logement
31:14donc le bâtiment
31:15n'a pas été détruit.
31:15On va aller voir une prison
31:17tout à l'heure.
31:17Elle est située où ici ?
31:19Donc,
31:19il y a plusieurs prisons
31:20qui étaient dans le camp
31:21qui sont au niveau des sous-sols.
31:22Donc,
31:22c'est ce qu'on appelle
31:22les caves prison.
31:24Et celle que nous,
31:24on va visiter,
31:25elle est dans le bloc 3.
31:26Il faut s'imaginer,
31:27il faut se procher,
31:28il y avait les deux rangées
31:28de fils de fer barbelés,
31:29la ronde pour les gendarmes
31:30qui opère la surveillance du camp.
31:32Donc,
31:32il y a une surveillance
31:33qui est extrême.
31:36Attention,
31:37zone d'archives.
31:38Alors,
31:38ici,
31:39on est vraiment
31:39dans le lieu de conservation
31:40des archives du mémorial de la Shoah.
31:42C'est le cœur de l'institution,
31:44c'est par là que ça a commencé.
31:45La collecte des documents
31:46qui allaient servir de preuve
31:48pour que les victimes
31:50puissent faire valoir leurs droits
31:51après la guerre.
31:52Aujourd'hui encore,
31:53on collecte,
31:54classe,
31:55catalogue
31:55pour que les chercheurs,
31:57les historiens
31:58et les familles
31:58puissent trouver
31:59les éléments d'information
32:01qui leur sont nécessaires.
32:03Des lettres,
32:04une demande de naturalisation,
32:06des courriers.
32:07Là,
32:07on voit que la personne
32:07a fait la déclaration.
32:08Donc,
32:09il est allé se déclarer
32:09à la préfecture de police.
32:11Voilà.
32:11Une attestation
32:12comme quoi
32:12il y a eu une communion solennelle.
32:14Certains ont été baptisés
32:15pendant la guerre
32:15pour éviter les...
32:17D'accord,
32:17ok.
32:18Un cahier cour élémentaire.
32:19Voilà,
32:19Maurice.
32:20Et c'est vraisemblablement
32:22la dernière chose
32:22qui reste de ce petit garçon.
32:24Ses parents ont été arrêtés
32:25pendant la rafle du Veldiv.
32:27Les enfants sont cachés.
32:28Et après la guerre,
32:29les enfants récupèrent l'appartement.
32:30Ils ont dû faire un procès
32:32pour récupérer l'appartement
32:33de leurs parents.
32:33C'est qu'il y a tout un sujet
32:34là-dessus aussi.
32:34Donc,
32:35ça,
32:35c'est des morceaux de vie
32:36à chaque fois.
32:38Du coup,
32:41un wagon qui date
32:42des années 1940
32:43qui a été retrouvé
32:44après-guerre
32:45dans la gare de Juvisy.
32:46Et c'est certainement
32:47un wagon qui a servi
32:47à la déportation
32:48des Juifs de France.
32:49C'est typique
32:50des wagons de déportation.
32:51Un wagon à bestiaux.
32:52En l'occurrence,
32:53plutôt pour des chevaux,
32:53on le voit avec la hauteur
32:54des fenêtres.
32:55Dès l'extérieur,
32:55on peut s'imaginer
32:56combien ils étaient.
32:57L'entassement des personnes.
32:58Puisque dans un wagon comme ça,
33:00il y a entre 50 et 80 personnes.
33:02Et plutôt autour de 80 personnes.
33:04Donc,
33:04on peut s'imaginer réellement
33:05que les personnes
33:06sont les unes sur les autres.
33:07Du coup, Gabrielle,
33:08est-ce que tu penses
33:08qu'on a le droit
33:09d'aller voir à l'intérieur du wagon ou pas ?
33:10Oui, on peut ouvrir le wagon.
33:11On a l'autorisation ?
33:12On a l'autorisation.
33:13Parce que d'habitude,
33:13c'est fermé, c'est ça ?
33:14D'habitude, c'est fermé.
33:15On ne l'ouvre qu'exceptionnellement.
33:16Et aujourd'hui,
33:17c'est un cadre exceptionnel ?
33:18Il faut croire.
33:18Allez, nickel.
33:19Pour les déportés qui partaient
33:20de Transite
33:20pour aller jusqu'à Auschwitz,
33:21il y avait combien de temps de trajet ?
33:22Ils vont faire 10 minutes en autobus,
33:24puis monter dans un wagon comme ça.
33:26Et ensuite,
33:26c'est un trajet
33:37car ils sont sans eau,
33:38quasiment aucune nourriture,
33:39sans conditions hygiéniques.
33:40Du coup, là, ça y est,
33:41on est à l'intérieur du wagon.
33:42Première remarque,
33:42il fait chaud,
33:43pourtant, on est en mars.
33:44Les déportés partent
33:46été comme hiver.
33:47On peut s'imaginer
33:48qu'il fait extrêmement chaud
33:49effectivement à l'intérieur.
33:50Ils sont à 70, 80 personnes
33:51et extrêmement froid
33:52en réalité l'hiver aussi.
33:54Comme on dit souvent,
33:55en fait,
33:55ils étaient déshumanisés.
33:56Exactement.
33:57Ils sont déshumanisés
33:57puisque leur transport
33:59n'est pas un transport
34:00considéré comme important
34:01si ce n'est les acheminés
34:03vers leur destination
34:04pour les assassiner.
34:05Drancy, on est au-dessus de Paris.
34:06Tac, Francfort, tac, tac, tac.
34:08On longe la Pologne
34:09et on va jusqu'à Auschwitz
34:11en Pologne.
34:12Voilà, il y a également
34:124000 juifs de France
34:13qui sont partis de Drancy
34:14pour aller au centre
34:15de mise à mort de ce bibor
34:16avec seulement deux rescapés.
34:17C'est-à-dire qu'on en parle
34:18beaucoup moins de celui-là.
34:18On en parle beaucoup moins
34:19et pourtant 4000 personnes
34:20juives de France
34:21y ont trouvé la mort.
34:22Donc voilà,
34:23il est vraiment invisibilisé.
34:24Et après,
34:25je pense qu'il y a
34:25une dernière chose sur ce wagon,
34:26c'est que c'est un wagon
34:27de la SNCF
34:27et qu'elle va mettre à disposition
34:29de l'occupant nazi
34:30des wagons de déportation.
34:32Et donc,
34:32quand on parle de collaboration
34:33du régime de Vichy,
34:34on parle notamment de ça.
34:35C'est pas pour la défendre,
34:36mais est-ce qu'elle avait le choix ?
34:37Oui, parce que c'est un outil
34:39qui appartient à l'État français
34:40qui est donc le régime de Vichy
34:41et qui peut choisir
34:42de mettre à disposition
34:43des gendarmes,
34:44des policiers
34:45et des outils
34:46tels que la Société Nationale
34:48des Choisins de Fer.
34:49Donc oui,
34:49la réponse est oui.
34:50Sans aucune ambiguïté.
34:51Quand on parle de collaboration,
34:53là, on est deux pieds dedans là.
34:54Oui, absolument.
34:55Et ce sont des gendarmes français
34:56qui escortent également
34:57jusqu'à la frontière
34:58ce genre de convoi.
34:59Oui, c'est ouf de le rappeler, quoi.
35:01Oui, je pense que c'est important
35:02pour le groupe.
35:02Oui, bien sûr.
35:03Et aujourd'hui,
35:03la SNCF, au contraire,
35:05participe à beaucoup
35:05de projets de mémoire
35:06autour de la Shoah.
35:07Mais à l'époque,
35:08c'est un outil clairement
35:09de déportation
35:10qui est très utile
35:11pour les Allemands
35:11et le régime de Vichy.
35:12Bien que beaucoup
35:13de cheminots aient résisté.
35:16Jacques, derrière moi,
35:16il y a plein de noms au mur.
35:18Qu'est-ce que c'est ?
35:18Qu'est-ce que ça veut dire ?
35:19Sur le mur extérieur du mémorial,
35:21il y a la liste
35:23des Justes de France.
35:24C'est-à-dire qu'on a voulu
35:25mettre un focus
35:26sur la population française
35:29qui a pris des risques
35:30pour sauver des Juifs
35:32durant la Seconde Guerre mondiale.
35:3376 000 Juifs
35:34ont été déportés de France.
35:35Ça représente 25%
35:37de la population juive
35:38d'avant-guerre.
35:39Mais 75% des Juifs de France
35:42ont été sauvés
35:42grâce à la population française.
35:44On avait sans doute
35:45à l'époque
35:46un des gouvernements
35:47qui a été le plus antisémite
35:48parmi les régimes en Europe.
35:50Mais à l'inverse,
35:51la population française
35:53s'est mobilisée.
35:54Comment c'est qu'on peut
35:55être un Juste ?
35:55C'est un vrai processus.
35:573-4 témoignages
35:59de gens
35:59qui ont été sauvés
36:01pour rendre hommage.
36:02Et donc c'est très sérieux.
36:03C'est une commission
36:04qui est présidée
36:05par un juge
36:06de la Cour suprême
36:07pour te dire
36:07à quel point
36:08c'est hyper sérieux.
36:09Tu vois,
36:10il n'y a pas des milliers
36:11de gens qui reçoivent
36:11le titre de Juste.
36:12Est-ce qu'encore aujourd'hui
36:13on rajoute des noms ?
36:15Oui, on rajoute des noms.
36:16Mais ce qu'il faut comprendre,
36:18c'est que les Justes
36:19en fait,
36:20ne cherchent pas de médaille.
36:21Et donc,
36:22il y a plein de gens
36:22qui ont sauvé des Juifs
36:23pendant la Seconde Guerre mondiale
36:24qui ne sont pas intéressés
36:26par recevoir une médaille.
36:27Qu'ils l'ont fait
36:28parce qu'ils pensaient
36:29que c'était humainement
36:31leur devoir.
36:32Et parfois,
36:32ils n'ont même pas raconté
36:33à leur famille
36:34ce qu'ils ont fait
36:35pendant la guerre.
36:36Il y a des gens
36:37qui ont sauvé
36:37plusieurs dizaines de personnes.
36:39C'est ça qu'il faut comprendre.
36:40Et on voit que c'est
36:40dans toute la France,
36:41pas seulement qu'à Paris.
36:42On a du Paris,
36:43on a du Pau,
36:44Périgueux.
36:45Après la rafle du Veldiv,
36:47où il y a 13 000 Juifs
36:48qui ont été arrêtés
36:49à Paris
36:49les 16 et 17 juillet 1942
36:51en plein jour,
36:52où des familles entières
36:53avec des enfants,
36:53des grands-parents
36:54ont été arrêtés
36:55par la police française
36:56pour être ivré aux nazis
36:57puis déportés,
36:57on estime que c'est
36:58à ce moment-là
36:59que la population française
37:01qui a vu en plein jour
37:02les rafles,
37:02on ne pouvait pas imaginer
37:04parce que c'était
37:04la propagande de Vichy
37:05que les gens partaient
37:06travailler à l'Est.
37:07On n'en voit pas
37:08des enfants
37:08travailler à l'Est,
37:09des nourrissons,
37:10des gens qui ont
37:11plus de 80 ans.
37:12À l'Est, on dit
37:12un truc qui cloche.
37:13Exactement.
37:14Et ils ont commencé
37:15véritablement
37:15le sauvetage
37:16de la population juive.
37:17Je prends un exemple.
37:18En Hollande,
37:1975% des Juifs
37:21ont été déportés
37:21et 25% ont été sauvés.
37:23En Pologne,
37:24plus de 95% des Juifs
37:26ont été assassinés.
37:27Donc le peuple français
37:28a vraiment eu un rôle.
37:28Voilà, il y a un rôle important.
37:3075% des Juifs sauvés,
37:31il ne faut pas l'oublier.
37:32Les Français
37:33se sont comportés
37:34d'une manière héroïque
37:36malgré...
37:37L'expression du régime
37:37de Vichy et tout.
37:43Jacques, ici,
37:44c'est le mur des noms.
37:45Qu'est-ce que ça signifie ?
37:46On a gravé
37:46dans de la pierre
37:48les noms
37:48de tous les Juifs
37:49qui ont été déportés
37:50depuis la France.
37:51On s'est dit
37:52qu'on allait
37:53mettre à la lumière
37:54les noms de ces gens
37:56que les nazis
37:56ont assassinés
37:57dans la pénombre d'Auschwitz.
37:59Les nazis
38:00étaient convaincus
38:01que même morts,
38:02les Juifs
38:03étaient une menace
38:04pour la race aryenne.
38:05Les nazis
38:06gazaient les Juifs
38:07mais ils brûlaient les corps.
38:08Donc la problématique
38:09pour les Juifs
38:10après-guerre,
38:11c'est comment on fait
38:11le deuil
38:12quand il n'y a pas de corps.
38:13Et donc,
38:14le mémorial
38:15a été créé en 1956
38:16pour répondre à cela
38:17en recréant presque
38:18une pierre tombale,
38:19en gravant
38:20un nom
38:21dans la pierre
38:22et pour permettre
38:23à des gens
38:24de pouvoir venir
38:25se recueillir.
38:26on a mis les prénoms,
38:28les noms
38:28et les dates de naissance.
38:29Alors forcément,
38:30tu fais les calculs.
38:31En haut,
38:32il y a les dates
38:32de déportation.
38:33Tu t'es dit
38:34tiens,
38:34c'est un gamin
38:34qui avait 4 ans.
38:35Mais de quoi on parle ?
38:36Et surtout,
38:37on se rend compte
38:37de l'immensité aussi
38:39et du nombre de personnes.
38:40C'est ça.
38:40On doit tousser l'eau.
38:4176 000 Juifs
38:42déportés de France.
38:43Tu vois l'immensité.
38:44Et ça continue
38:44à l'intérieur aussi.
38:45Ça continue à l'intérieur.
38:47Le premier convoi
38:48part le 27 mars 1942.
38:50Les nazis
38:50sont tellement obsédés
38:51par l'assassinat des Juifs.
38:56L'assassiné des Juifs.
38:57Le dernier convoi
38:58qui part de France
38:59part le 17 août 1944.
39:02Paris est libéré
39:03le 25 août.
39:04Pour te dire
39:05à quel point
39:05on est dans une haine
39:08obsessionnelle.
39:08Quand on est là,
39:10on comprend mieux
39:10ce que c'est un génocide.
39:12La liste des convois
39:13de déportation.
39:14Nous avons les listes
39:14pour tous les convois
39:15qui sont partis de France quasiment.
39:17Tout a été noté, archivé.
39:19Tout a été extrêmement bien organisé.
39:21L'identification s'arrête au départ.
39:23On sait,
39:24parce qu'on a des témoignages
39:25que certains meurent
39:26pendant le transport.
39:27Il y a 2-3 jours de transport
39:28suivant les convois
39:29dans des conditions
39:30parfois très froids l'hiver
39:31ou très chaud l'été.
39:32À l'arrivée,
39:33on ne reprend pas la liste
39:34qui pourtant,
39:34il y a une liste
39:35qui accompagne le convoi.
39:36En fait,
39:36il faut une sélection
39:37sur place à l'arrivée
39:38du train.
39:39Hommes, femmes,
39:39enfants, vieillards.
39:40Hommes, femmes, vieillards,
39:42femmes avec enfants
39:42et en fonction des besoins.
39:44Il se peut qu'il y ait
39:45des jeunes, femmes ou hommes
39:47en capacité de travailler.
39:48Mais si à ce moment-là,
39:49il n'y a pas la nécessité
39:50de travailleurs supplémentaires
39:51parce qu'il y a eu
39:51plusieurs convois
39:52qui sont arrivés
39:53et que le camp est plein,
39:54on va envoyer à la mort
39:56directement des gens
39:57qui auraient pu travailler.
39:58Et donc,
39:58les seuls pour lesquels
39:59on a des infos à l'arrivée,
40:00c'est ceux qui,
40:01comme on dit,
40:02rentrent dans le camp
40:02pour travailler.
40:03Ils sont sélectionnés
40:04pour travailler.
40:05Tous les autres,
40:05on ne sait pas
40:06à quel moment
40:07ils sont morts.
40:08Dans le train,
40:09juste à l'arrivée,
40:11quelques jours plus tard.
40:12D'accord.
40:12Et ces listes,
40:13donc ça,
40:13c'est la liste du convoi
40:14du mois d'août 1942
40:15qui part de Drancy.
40:16C'est le 20e.
40:21Mais c'est aussi
40:22à cause de ces documents
40:23qui sont faits
40:24dans l'urgence
40:25quelques jours
40:26avant le départ du convoi
40:27qu'il y a eu
40:28beaucoup d'erreurs
40:28de transcription,
40:30des noms barrés,
40:30etc.
40:31Et donc,
40:31ce convoi en particulier
40:32du mois d'août 1942,
40:33c'est là où on voit
40:34la déportation des enfants.
40:35Donc,
40:35tous ces enfants
40:36dont vous avez vu les visages,
40:37vous voyez,
40:3832, 33, 37, 31,
40:4039,
40:41c'est l'année de naissance.
40:42Ils ont 3 ans,
40:4310 ans, 12 ans,
40:44des wagons entiers
40:45remplis d'enfants.
40:46Les nazis décident
40:47de déporter
40:48plusieurs convois
40:49à partir de Puitivier,
40:51d'un premier temps,
40:52ils ne déportent que les parents,
40:53vont rester 4 000 enfants
40:54dans les camps du Loiret.
40:55Quand Laval apprend
40:56qu'il reste des enfants,
40:57il a peur que ça fuite
40:58et qu'on apprenne
40:59que la gendarmerie française
41:00est en train de garder
41:01des enfants
41:03seuls, abandonnés.
41:04Donc,
41:04il les fait transférer
41:05à Drancy
41:06en train.
41:06Et quand ils vont arriver
41:08en train à Drancy,
41:09il y a des enfants
41:10qui sont tellement petits
41:11qu'ils ne connaissent
41:12que leur prénom.
41:12Il y a des nourrissons,
41:13il y a des bébés,
41:14ils vont être déportés comme ça.
41:16C'est-à-dire qu'ils vont
41:16passer quelques jours à Drancy
41:17et puis,
41:18ils vont être déportés
41:19sans nom.
41:20Et le travail du mémorial,
41:21c'est aussi de retrouver
41:22les noms de tous les gens
41:23qui ont été déportés.
41:24Donc,
41:24ça fait partie du travail
41:26que l'on mène
41:26dans les archives.
41:28C'est un triste épisode
41:29dont Vichy
41:30est entièrement responsable.
41:32Il y a des familles entières
41:33qui ont été assassinées.
41:34Et donc,
41:35nous,
41:35notre rôle,
41:36c'est aussi
41:36de garder leur nom
41:38et de raconter leur histoire
41:39parce qu'il n'y a plus
41:40personne pour le faire.
41:41Est-ce qu'il y a des noms
41:41un peu connus ici ?
41:43Il y a Simone Jacob,
41:44Simone Veil.
41:45C'est quand elle s'est mariée
41:46qu'elle est devenue veille.
41:46Et est-ce qu'on peut retrouver
41:48le nom de Ginette Kolinka
41:49avec qui j'avais fait
41:49une vidéo YouTube
41:50il y a sept ans ?
41:51C'est Ginette Tcharkovski.
41:53On ne dira pas son âge,
41:54Ginette,
41:55elle n'aime pas
41:55qu'on dise son âge.
41:56Non, non, non.
41:59À côté de moi,
41:59on a des pierres gravées.
42:01Qu'est-ce que c'est ?
42:01Ce sont des carreaux de plâtre
42:03qui ont été découverts
42:04en 2009
42:05lorsqu'on a fait
42:05des travaux de rénovation.
42:06On a découvert
42:07sur ces contre-croisons
42:08des graffitis.
42:09Donc,
42:09des traces laissées
42:10par les internés
42:10souvent la veille
42:11de leur déportation.
42:12Donc,
42:12une dernière trace
42:13de preuve de leur existence.
42:15Donc,
42:15celle-ci est particulièrement connue.
42:16C'est celle d'un petit garçon
42:18qui a été déporté
42:18à l'âge de 14 ans.
42:19Donc,
42:20il a marqué son nom
42:20et son prénom.
42:21Martin Spindle,
42:22arrivé le 27 mars 1944,
42:25déporté le 13 avril 1944
42:27par le même convoi
42:28que Simone Veil
42:29et que Ginette Kolinka.
42:30Et lui,
42:30il n'est pas revenu
42:31de déportation.
42:32Il avait 14 ans,
42:32donc peu de chances de revenir.
42:33Et c'est ce qu'on retrouve
42:34sur un certain nombre
42:35du coup de ces carreaux.
42:36On les a retrouvés
42:36notamment dans les escaliers
42:37de départ,
42:41savent qu'ils vont partir à l'Est.
42:42Ils ne savent pas
42:43pour combien de temps
42:44et s'ils reviennent.
42:44Et ils laissent,
42:45on ne sait pas pourquoi,
42:46mais voilà,
42:47pour différentes raisons personnelles.
42:48Ils laissent une trace de vie.
42:49Et notamment sur celui-ci,
42:51il y a quelqu'un qui a marqué
42:52« Je reviens »
42:52et une signature.
42:53Et en fait,
42:54c'est Fernand Bloch,
42:54il est revenu effectivement,
42:55il a survécu pour le coup.
42:57Mais il y en a d'autres,
42:58évidemment,
42:58qui ne reviennent pas
42:59dans la majorité des cas.
43:00On a aussi des dessins
43:01qui ont été faits,
43:02des dessins parfois
43:03qu'on n'arrive pas à identifier.
43:04Celui-ci,
43:04par exemple,
43:11est-ce qu'il part en déportation ?
43:13Est-ce qu'il arrive à Drancy ?
43:14Oui, c'est vrai,
43:14ça la dessine un peu
43:15avec le cliché,
43:16avec le gros nez, etc.
43:17Il y a un côté moqueur,
43:18tu penses ?
43:19On ne sait pas.
43:19Le problème,
43:19c'est qu'on ne sait pas qui c'est.
43:21Léo, mais Léo qui,
43:22on ne sait pas.
43:22Impossible.
43:22Ou ce qu'il a vu
43:23sur les panneaux de propagande,
43:24comme on l'a vu
43:25depuis le début de la vidéo.
43:26Tu sais qui avait écrit ça,
43:27du coup ?
43:27Alors, ce n'est pas très sûr.
43:29Soit c'était écrit comme ça
43:30pour donner les règles,
43:33la réglementation aux internés.
43:34Il y a certaines personnes
43:35qui pensent que c'est peut-être
43:36des internés eux-mêmes
43:37qui l'ont écrit
43:37pour que les futurs internés
43:39connaissent les règles
43:39et ne se fassent pas sanctionner.
43:40Parce que les règles
43:41ne sont pas très claires.
43:42Et en fait,
43:43n'importe quelle règle
43:44qui n'est pas respectée
43:45peut valoir 8 jours
43:47dans la prison du camp,
43:4830 jours dans la prison du camp.
43:49Donc, il vaut mieux savoir
43:50qu'il ne faut pas quitter sa chambre
43:52après 10 heures.
43:55Voilà, ça c'est intéressant aussi.
43:57C'est les affiches allemands-français.
43:59Une nouvelle tentative de meurtre
44:00a été commise en août 42
44:01contre une personne loyale
44:03vers les forces d'occupation.
44:04Par cet acte,
44:04le nombre de victimes
44:05s'est porté au total
44:06de 2 morts et 3 blessés.
44:07En conséquence,
44:07j'ai ordonné la déportation
44:08de 50 personnes.
44:09D'accord, ça c'était placardé
44:10dans la ville ?
44:11Dans les murs.
44:12Dès qu'il y avait un sabotage
44:13ou un Allemand qui était assassiné,
44:15hop, en représailles,
44:16il y avait soit
44:17X otages fusillés,
44:18soit X personnes déportées.
44:20Waouh !
44:20Ça, vous vous affichez pas tout
44:21tellement il y en a, c'est ça ?
44:22Non, non, non.
44:23Elles sont toutes numérisées.
44:24C'est une affiche de propagande
44:25pour le parti nazi.
44:26Ah, le NSDAP.
44:27Voilà.
44:28Tous les hommes pour Hitler,
44:30nous voulons le national socialisme.
44:32Je pense que c'est au moment
44:33des élections.
44:341925.
44:351928.
44:35Avec la fameuse croix ici.
44:37En faveur du NSDAP.
44:39C'est vrai qu'on se rend compte
44:39qu'il y a énormément d'archives encore.
44:41On pourrait presque faire
44:42une vidéo YouTube entière
44:43sur cette partie-là
44:44du mémoral de la Shoah.
44:45Donc, n'hésitez pas
44:45à me le dire en commentaire
44:46si vous voulez une deuxième vidéo.
44:48On peut préparer tout ça ensemble
44:49et découvrir encore plus de choses.
44:53Alors du coup,
44:54on a une autre plaque ici.
44:55Sous cette allée d'un mètre cinquante
44:56de profondeur
44:57passait le tunnel
44:57de l'évasion du camp de Drancy.
44:5970 internés répartis en trois équipes
45:01œuvèrent de joie de nuit
45:02pour sa réalisation.
45:03Commencé en septembre 1943.
45:05Long de 36 mètres,
45:06il fut découvert par les nazis
45:07en novembre 1943
45:08et ne fut jamais achevé.
45:10Il manquait trois mètres
45:10pour atteindre la liberté.
45:11Là, sous nos pieds,
45:12il y a réellement un tunnel,
45:13c'est ça ?
45:14Exactement.
45:15Les fondations du tunnel
45:15sont sous nos pieds.
45:17Ils couraient depuis le sous-sol
45:18du bout du camp
45:19jusqu'à l'extérieur.
45:21Ils devaient sortir
45:21de l'autre côté
45:22des fils de fer barbelés
45:23et permettre théoriquement
45:24l'évasion des milliers
45:25de détenus
45:26qui étaient dans le camp.
45:27Malheureusement,
45:28on pense qu'il y a eu
45:28une dénonciation.
45:29Le commandant SS du camp
45:30va retourner sur le camp,
45:32découvrir le tunnel
45:33et torturer
45:34et faire déporter
45:35les responsables,
45:35dont certains
45:36se sont évadés
45:37du convoi de déportation
45:38et ont pu raconter.
45:39Waouh !
45:40On peut y accéder
45:40ou pas au tunnel ?
45:41Malheureusement,
45:41on ne peut pas accéder
45:42au tunnel
45:42parce qu'il y a eu
45:43la construction de ce gymnase,
45:44il a été recouvert
45:45et donc il est réellement
45:46en dessous de nos pieds
45:47mais pas visible
45:48malheureusement pour nous.
45:49Ce serait incroyable
45:50de pouvoir voir le tunnel
45:50comme ça.
45:51Pas forcément d'y accéder
45:52mais d'avoir une petite
45:53verrière pour le voir
45:53à travers,
45:54ce serait dingue.
45:54Surtout que c'est un symbole
45:55de la résistance
45:56des juifs
45:56qui ne se laissent pas faire
45:57et qui veulent sauver
45:58absolument tout le monde
45:59y compris les enfants,
46:00les femmes, etc.
46:01qui sont dans ce camp.
46:02Du coup,
46:03on va rentrer
46:03dans la cage d'escalier
46:04depuis laquelle
46:05on va voir
46:05une des prisons du camp
46:06dans le sous-sol.
46:08Et ensuite, c'est là.
46:09Waouh !
46:10Donc là, dans la prison,
46:11c'est ça ?
46:11C'est là que sont envoyés
46:12les internés
46:13qui ont commis
46:13une infraction
46:14ou qu'on pense
46:15qu'ils ont peut-être
46:15commis une infraction
46:16du style trafic de cigarettes,
46:18voler des épluchures
46:19dans la cuisine,
46:20ne pas se mettre
46:21au garde à vue
46:22quand un gendarme passe.
46:23C'est ouvert au public ou pas ?
46:24Ce n'est pas ouvert au public.
46:25On ouvre pour les journées
46:26du patrimoine.
46:27Comment on sait
46:27que c'était une prison ?
46:28Il y a des vestiges,
46:29des preuves ?
46:29Non seulement on a
46:30les témoignages
46:31mais surtout on a
46:32des vestiges,
46:33on a des traces
46:33laissées par les internés.
46:35Notamment celle-ci
46:35qui est assez exceptionnelle.
46:36Il y a plusieurs étoiles
46:37de David,
46:38donc des maganes David
46:38et une prière en hébreu.
46:40Cette prière,
46:40c'est le schéma Israël
46:41qui est la prière
46:41la plus importante
46:42dans le judaïsme.
46:43Donc là,
46:43c'est clairement
46:44des internés juifs
46:44qui ont laissé
46:45ces prières derrière eux.
46:46Et on a également,
46:47il me semble,
46:48ici un dessin,
46:49une tête
46:49qui a été dessinée
46:50par qui.
46:52Et ensuite,
46:52sur les briques,
46:53on a plein de noms
46:54et de dates.
46:55Donc par exemple,
46:55ici,
46:56Paris,
46:57Paris,
46:57Mercredi 20
46:58et un nom
46:58qu'on n'a pas réussi
46:59à déchiffrer.
47:00Schmenti.
47:01Ouais, Schmenti.
47:02On ne sait pas.
47:03On a essayé de chercher,
47:04on ne sait pas.
47:05On a ici deux ailes
47:06dans un cœur.
47:07On dirait un petit peu
47:07un message d'amour
47:08ou un monogramme.
47:09personne n'y a accès ici.
47:10C'est fermé à clé.
47:11Donc personne,
47:12il n'y a pas de jeunes
47:12qui pourraient descendre
47:13aujourd'hui.
47:14Non, surtout qu'en fait,
47:15ils ont tous été photographiés
47:16il y a plus de 20 ans.
47:18Et ce qu'on retrouve aussi,
47:19c'est souvent des bars comme ça.
47:20Donc les personnes
47:21qui comptent le nombre de jours.
47:22Combien de prisonniers
47:23pouvaient être entassés ici ?
47:24Alors, c'est assez variable
47:25et surtout,
47:26on n'a pas de chiffres pour sûr,
47:27malheureusement,
47:28mais autour de 20, 30.
47:29Voilà, une vingtaine,
47:30une trentaine de personnes
47:31dans cette petite pièce
47:33qui est ici.
47:33Pas de fenêtre, rien ?
47:34Non, non, pas de fenêtre,
47:35pas pour sceller,
47:36effectivement,
47:36pas de fenêtre,
47:37pas de lucarne.
47:38On n'est pas 100% sûr
47:39de si c'est éclairé ou non,
47:40mais ça,
47:42on n'a pas assez d'informations
47:42pour savoir.
47:43On sait qu'ils ont,
47:44globalement,
47:44ils n'ont rien à manger
47:45et on sait aussi
47:46que la plupart des personnes
47:47qui sont emprisonnées
47:48dans le camp
47:48sont ensuite déportées.
47:49Donc généralement,
47:50si quelqu'un est enfermé,
47:51c'est pour ensuite
47:52être sur la prochaine
47:53liste de départ.
47:54Et on sait aussi
47:55que certaines prisons
47:55servent à torturer.
47:56Il y a des tortures,
47:57des coups de cravache,
47:58des coups de pistolet,
48:01du gravier qui est balancé,
48:02etc. à la figure,
48:03à la fois du fait
48:04des gendarmes
48:04mais aussi de la SS,
48:05évidemment,
48:06qui est dans le camp.
48:06Que la SS est présente
48:07aussi dans le camp ?
48:08Tout à fait,
48:08ils ne sont pas très nombreux,
48:09ils sont moins de 10.
48:10Il y a beaucoup plus de gendarmes,
48:11ils sont environ 300.
48:12Et les violences sont du fait
48:14à la fois des gendarmes
48:15et de la SS.
48:16Donc là,
48:17on a une autre plaque devant nous.
48:18Tu me disais que normalement,
48:22Camille Mathieu,
48:22c'était un des gendarmes
48:24qui surveillait le camp de Rancy.
48:25Et parmi les à peu près
48:26300 gendarmes
48:27qui surveillaient le camp,
48:28c'est le seul
48:28qu'il y a,
48:29que l'on sache,
48:29il a sauvé 8 juifs du camp de Rancy
48:31en les faisant extraire du camp
48:32et en les cachant
48:33grâce à sa femme Denise
48:34et sa maman.
48:35C'est exceptionnel,
48:36il a été limogé
48:36à la suite de ça.
48:38Il est entré en résistance,
48:39il a la grande chance
48:40de ne pas avoir été déporté.
48:41Et du coup,
48:42il est reconnu
48:42juste parmi les nations,
48:43donc un non-juif
48:44qui a sauvé des juifs
48:45pendant la guerre.
48:46Et sa femme Denise,
48:47il ne faut pas l'oublier.
48:48Bien sûr,
48:48qui a participé aussi.
48:49Qui a absolument participé,
48:50qui a été fondamental
48:51dans le sauvage
48:51de ces 8 juifs.
48:58Le racisme
48:59et l'antisémitisme
49:00ont conduit
49:01à des massacres,
49:03des génocides
49:03sur le plan historique.
49:05Nous sommes des lanceurs d'alerte.
49:07Nous sommes là
49:07pour dire aux gens
49:08mais n'oubliez pas
49:09ce qui s'est passé.
49:10Ce n'est pas si loin de vous.
49:11Ça s'est passé
49:12dans notre pays.
49:14Eh bien, nous,
49:14on est là
49:15pour raconter
49:16ce que le racisme
49:18peut faire
49:19comme méfait.
49:20Quand demain,
49:21les rescapés
49:22de la Shoah
49:22auront disparu,
49:23les seules preuves
49:24de ce qui s'est passé,
49:26ce seront les archives.
49:27Et les vidéos YouTube.
49:28Ah bah,
49:28je compte sur toi Thibaut.
49:30Mais nous travaillons aussi
49:31sur l'histoire des génocides.
49:33Tu verras,
49:33il y a une exposition
49:34sur le génocide des Arméniens,
49:35sur le génocide
49:36des Herero et des Namars.
49:37Mais là,
49:37on compare des crimes
49:38de même niveau
49:39pour comprendre
49:41les processus,
49:42les points communs,
49:42les différences
49:43et pour montrer aussi
49:44que toutes les victimes
49:46ont le droit
49:46au même respect.
49:48Et c'est ça
49:49qui est très important.
49:49Si tu viens ici
49:50au mois d'avril,
49:51tu verrais la communauté
49:52des rescapés Tutsis
49:53qui viennent au mémorial
49:54pour commémorer
49:55le génocide
49:56des Tutsis Rwanda.
49:57Ils considèrent
49:58que le mémorial,
49:58c'est aussi leur mémorial.
50:00Ce n'est pas que centrer
50:01horreur,
50:02c'est aussi raconter la vie
50:03et les photos
50:04que vous avez vues
50:04dans le mémorial des enfants.
50:05Ces enfants,
50:06la plupart,
50:06ils sont souriants,
50:07ils sont...
50:07C'est les photos
50:09de mariage.
50:10C'est là-dessus
50:10qu'on veut travailler.
50:11Pas juste dire
50:12qu'ils sont devenus juifs
50:13au moment de l'arrivée
50:14d'Hitler et de Pétain
50:15au pouvoir.
50:16Ils étaient juifs avant,
50:17ils avaient de vie avant.
50:18Et c'est la raison
50:18pour laquelle nous,
50:19on combat l'antisémitisme
50:21dans un combat aussi
50:22contre le racisme.
50:23Il y a un mot spécifique
50:24qui désigne
50:25la haine des juifs
50:25parce que la haine des juifs
50:26elle est millénaire.
50:27Mais il faut enseigner les deux.
50:29Il n'y a pas un
50:30qui est plus grave que l'autre.
50:31Il faut lutter contre les deux.
50:33Et c'est ça aussi
50:34le rôle du mémorial au présent.
50:35Parfait.
50:36Merci beaucoup.
50:37Avec grand plaisir.
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