00:00Une réunion de crise est programmée à 16h, peu après 16h, à l'hôtel de Matignon, autour du antavirus.
00:06Vous êtes des centaines à nous poser des questions grâce au QR code qui va s'afficher sur votre écran.
00:11On va essayer d'en prendre le plus possible.
00:13On rappelle quand même qu'une française qui faisait partie de la croisière dont on parle depuis des semaines maintenant
00:16a été testée positive
00:17et qu'il y a 22 cas contacts français.
00:19Alors on va poser toutes vos questions, les relayées auprès du professeur Pierre Tadevin, chef du service des maladies infectueuses
00:24au CHU de Rennes.
00:25Bonjour, merci d'être avec nous professeur.
00:26On a également Damien Topasso, notre consultant santé, et Margot de Frouville, chef du service santé, qui sont en plateau
00:31avec nous.
00:32On va commencer professeur, si vous le voulez bien, avec la question d'Aurore.
00:35Ce virus, est-ce que c'est un virus respiratoire comme le Covid ?
00:40Alors c'est un virus qui donne surtout des maladies respiratoires mais qui est beaucoup moins transmissible que le Covid.
00:44Il y a très peu de transmissions interhumaines avec tous les antavirus qu'on connaît jusqu'ici.
00:49Les gens qui meurent de ce virus, professeur, ils meurent de quoi ?
00:54Le plus souvent, c'est vraiment la détresse respiratoire.
00:56C'est l'attaque des poumons et il peut aussi y avoir un état de choc, c'est-à-dire
01:00que la tension artérielle s'effondre et le cœur n'arrive plus à faire face.
01:04Question maintenant sur la contagion d'Umberto.
01:06Est-ce que c'est dès le début de l'incubation ou bien c'est à partir des premiers symptômes
01:11que l'on devient contagieux ?
01:13Alors ce n'est pas dès le début de l'incubation, ça c'est sûr, parce qu'il faut un
01:16certain temps pour que le virus s'installe et se multiplie.
01:20On est un peu surpris par le nombre de cas dans cette épidémie.
01:23Donc il est possible que ce soit un petit peu avant l'apparition des symptômes, peut-être un ou deux
01:27jours avant l'apparition des symptômes,
01:28que la contagiosité démarrerait.
01:30Et c'est ce qui justifie le fait que les contacts, même non symptomatiques, sont gardés à l'hôpital actuellement.
01:36Alors question à Damien Tomasso qui est avec nous sur le plateau du Midi BFM, question de Marcel.
01:41Pourquoi ne pas isoler 42 jours sans hésiter tous les cas contacts connus compte tenu de la durée d'incubation
01:47?
01:47Et fait-on quelque chose, c'est à la suite de sa question, dans les aéroports ?
01:51On vient d'y répondre en partie, effectivement.
01:53Comme pendant un moment on peut être asymptomatique et non contagieux,
01:57c'est vrai que c'est une vraie question de est-ce qu'il faut mettre à l'hôpital des
02:01gens qui ne seront jamais porteurs de la maladie
02:03et qui n'auront jamais aucune contagiosité.
02:05C'est vrai que normalement on a envie de se dire que si on a un contrôle strict sur eux
02:09et qu'ils sont à domicile, qu'on les surveille bien, qu'on a des contacts réguliers avec, ça suffit.
02:13On n'a pas envie de mettre tout le monde à l'hôpital
02:15et des gens qui n'auront jamais aucun symptôme et pas la maladie.
02:19Margot, question de Frédéric sur la façon dont on peut se soigner.
02:21Est-ce qu'il existe un traitement efficace contre ce virus ?
02:24Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique.
02:27En revanche, les médecins savent prendre en charge cet antivirus à souche des ondes
02:31et ça va consister à un traitement symptomatique.
02:34Par exemple, de l'oxygène, de la ventilation mécanique
02:38ou bien traiter des troubles de coagulation s'il y en a
02:41ou bien des troubles rénaux, mais c'est vraiment au cas par cas.
02:45Professeur Tadevin, il y a une question qui revient souvent, c'est celle de Marivonne.
02:47Comment se transmet exactement ce virus sur les objets, par inhalation et quelles précautions doit-on prendre ?
02:56La transmission la plus habituelle, c'est vraiment au contact des rongeurs et notamment des déjections de rongeurs.
03:01Et c'est par inhalation, c'est on respire à côté d'un endroit qui a été contaminé par un
03:05rongeur.
03:06Et après, la transmission inter-humaine qui est vraiment très rare, jusqu'ici très peu décrite,
03:10essentiellement dans des gens vraiment très proches, souvent le compagnon ou la compagne de quelqu'un qui aurait été contaminé
03:15par un rongeur.
03:15C'est plutôt par voie respiratoire et c'est par des contacts étroits et prolongés.
03:20Mais pardon, il y a beaucoup de gens qui ont des petites souris à la maison, qui soit dans la
03:23maison, soit domestiques.
03:25C'est une vraie question, c'est Bruno qui a acheté une souris pour son fils en animalerie.
03:28Est-ce qu'il y a un risque, professeur ?
03:30Ah non, alors en fait, ces antivirus, ils ont des répartitions géographiques qui sont vraiment bien connues.
03:35Et l'antavirus qui nous préoccupe, c'est un antavirus qui s'appelle du Nouveau Monde et dont le réservoir,
03:40c'est vraiment en Argentine.
03:41On a un peu d'antavirus en France, mais pas du tout de ce niveau de gravité
03:45et qui ne donne d'ailleurs pas tellement de signes respiratoires.
03:47Alors sur la gestion de la crise, professeur, le gouvernement a décidé de ne pas isoler tout le monde, comme
03:54on l'a dit.
03:55Est-ce qu'il ne faudrait pas le faire ? C'est une question de Cécile.
03:59C'est vraiment difficile. Il ne faut d'ailleurs pas que chacun donne son avis personnel.
04:04Mais quand je parle des cas contacts, par exemple, évidemment, pas tout le monde, mais les cas contacts.
04:08A priori, non. Vraiment, de ce qu'on connaît de la contagiosité, si on arrive à repérer suffisamment les gens
04:14qui vont devenir malades et à les isoler à ce moment-là,
04:16on aura vraiment fait l'essentiel.
04:18Après, c'est une épidémie qu'on découvre.
04:20Ça fait quand même beaucoup de cas qui justifient les précautions qui sont prises.
04:25Et ça montre qu'il y a eu une transmission interhumaine très certaine.
04:28Les gens se sont contaminés de manière interhumaine sur le bateau de croisière.
04:32Donc, ça explique qu'on fasse plus.
04:34Justement, dans l'histoire des virus, le franchissement de la barrière d'espèce, c'est une notion qui est assez...
04:42Enfin, pas assez, mais qui peut être récurrente.
04:45Ça vous inquiète, ça ?
04:48En tout cas, ça incite vraiment à être très prudent.
04:51Et je pense que c'est pour ça que les experts vont proposer des recommandations qui vont être claires et
04:55qu'il faudra suivre
04:56et qui seront sans doute plus larges que ce qu'on fait d'habitude.
04:58Ils vont être plus prudents que ce qui a été fait d'habitude.
05:00Et c'est pour ça aussi que vous allez voir, les pays ne vont probablement pas tous faire pareil.
05:04Est-ce qu'il peut y avoir des personnes malades qui l'ignorent ?
05:08Question de Mohamed.
05:12D'abord, malades, ça voudrait dire qu'on a des symptômes.
05:15Donc, ils vont se rendre compte qu'ils ont des symptômes.
05:17Et puis, par ailleurs, pour l'instant, c'est que des gens qui ont participé à cette croisière,
05:22qui sont considérés comme des contacts.
05:24Et puis, ceux qui ont pris l'avion avec des gens qui étaient malades.
05:27Mais ce n'est quand même pas des gens de tous les jours en France.
05:29– Donc, je tousse, j'ai de la fièvre, pas de panique.
05:32Si je ne reviens pas du bateau, c'est bon.
05:35– Exactement.
05:36– Il y a une chose qui m'a interpellé dans votre avant-dernière réponse,
05:39c'est que vous avez dit qu'il y a un risque que tous les pays ne répondent pas de
05:41la même façon.
05:42Il faudrait une réponse européenne, mondiale ?
05:45– Alors, on a une organisation européenne qui fait très bien
05:47et qui a émis ses recommandations et qui a fait quelque chose d'un peu gradué
05:52en fonction du niveau d'exposition.
05:55Et eux recommandent plutôt de garder à l'hôpital les contacts asymptomatiques
05:58si le niveau d'exposition est fort.
06:00Donc, par exemple, ceux qui ont participé à la croisière.
06:02Et par contre, d'informer les autres contacts en leur précisant
06:07de nous informer dès qu'ils ont des symptômes.
06:09Et là, on les mettrait en isolement.
06:11Mais pas tout le monde, tous les contacts asymptomatiques
06:14qui seraient isolés avec ces recommandations-là.
06:17Mais ce qui va changer, c'est qu'au fil des jours,
06:19vous voyez, il y a de nouveaux cas qui sont annoncés aujourd'hui.
06:21Par exemple, les cas américains et les cas français.
06:23Donc, on découvre en même temps comment s'est propagée cette épidémie.
06:26Et c'est ça qui, peut-être, pourrait amener à ajuster un peu
06:30les recommandations du départ.
06:32– Justement, question de Laurent Neumann.
06:33– Oui, une question de Béotien.
06:35S'il y a un risque de contamination,
06:37pourquoi ont-ils sorti tous ces passagers du bateau ?
06:40A priori, ils étaient dans un bateau, donc confinés.
06:43On aurait pu attendre ces 42 jours de période d'incubation,
06:48quitte à faire venir un navire militaire,
06:50un bateau hôpital sur zone,
06:52pour pouvoir les faire traiter par des médecins.
06:54Pourquoi les sortir de ce bateau ?
06:56– Du point de vue humain, c'était impossible,
06:58parce qu'il faut vous mettre à la place des gens
07:00qui sont sur le bateau.
07:02La majeure partie des croisiéristes ne sont pas infectés.
07:05Il ne faut pas penser, vu la transmission interhumaine,
07:07peut-être qu'il y a 90% qui ne sont pas infectés.
07:10Et ça voudrait dire, les condamnés, si on les laisse confinés tous ensemble,
07:14avec en plus des moyens médicaux limités pour soigner,
07:18ça voulait dire condamner quasiment tout l'équipage et tous les passagers,
07:23alors qu'en sortant tout le monde du bateau
07:25et en les prenant en soin, comme on va faire dans les différents pays,
07:28on va probablement pouvoir rester dans les 90% d'en plus
07:32qui ne vont pas attraper ce virus.
07:34– On va les prendre en charge.
07:36Est-ce que justement, on a été trop lent ?
07:37On a quand même laissé certains passagers débarquer pour des escales,
07:40d'autres prendre l'avion, même une femme qui est décédée,
07:43donc qui était gravement atteinte avec des symptômes.
07:45Est-ce qu'on a perdu du temps ?
07:47– Alors, on n'a pas tout le détail de l'apparition des symptômes, etc.
07:51On a l'impression qu'au moment de l'escale à Sainte-Hélène,
07:53il y avait quand même beaucoup, beaucoup moins d'informations
07:57et c'était beaucoup moins préoccupant à ce moment-là
07:59pour un virus qui, on le rappelle, n'est pas du tout réputé
08:01pour sa transmission inter-humaine.
08:03Donc, c'est toujours facile de refaire le match a posteriori.
08:07Maintenant, il faut faire beaucoup.
08:09Quand les passagers sont débarqués à Sainte-Hélène,
08:12c'était beaucoup moins évident.
08:14– Question de Sonia à présent.
08:15Est-ce qu'il faudrait reporter le masque dans les transports
08:19dès qu'il y a foule ?
08:20Est-ce qu'il faudrait des contrôles dans les aéroports ?
08:24– Pour l'instant, on n'a vraiment aucune indication
08:27qu'il y ait de la transmission en dehors du contexte très particulier
08:30de cette croisière.
08:31Donc, c'est quelque chose qu'on ferait si on avait des infos
08:35comme quoi le virus est sorti de ce contexte-là.
08:37Mais il y a vraiment très, très peu de raisons que ça arrive.
08:39La société européenne qui surveille tout ça
08:41considère que le risque d'une épidémie qui s'installe
08:44au niveau européen, par exemple, est très, très faible.
08:47– Si on essaie de faire la synthèse
08:50de tout ce qu'on sait aujourd'hui sur cette maladie,
08:52professeur, est-ce qu'il y a des choses qui vous inquiètent ?
08:55– Le nombre de cas, c'est la chose peut-être
08:59la plus inquiétante dans cette histoire.
09:00La gravité de la maladie, on la connaissait déjà,
09:02c'est 30 à 50 % de mortalité, y compris quand les gens
09:05sont plutôt solides et sans maladie sous-jacente.
09:08On arrivera peut-être à baisser parce que la réanimation
09:11a fait quand même des grands progrès.
09:13Donc ça, ce n'est pas une surprise.
09:14Le fait qu'il ait pu y avoir 10 cas à partir d'une source commune
09:17qui était ce bateau de croisière, c'est la partie
09:19qui me semble la plus inquiétante.
09:21– Et puis donc, en filigrane de tout ça,
09:23le franchissement de la barrière d'espèce,
09:24puisqu'il faut bien rappeler que tout part d'un rongeur.
09:27– Oui, mais ça, c'était déjà connu en fait.
09:30Les cas humains dans ta virus depuis tout le temps
09:32ont été des franchissements de barrière,
09:34mais qui ont été ponctuels.
09:36Ça n'a pas été suivi d'une transmission interhumaine
09:39dans la grande majorité des cas.
09:40Tandis que là, le fait qu'il ait 10 cas inquiète un peu,
09:43je le reconnais.
09:44– Est-ce que la science travaille sur des maladies finalement assez rares ?
09:49On l'a bien vu, comme l'antavirus,
09:52il y a des chercheurs qui planchent sur cette problématique ?
09:55– Oui, oui, et de très bon niveau.
09:58Il y a des belles publications.
10:00Il y a eu des épidémies aux États-Unis à plusieurs reprises
10:02à partir de rongeurs, sans transmission interhumaine,
10:05d'un cousin du handez virus qui nous préoccupe actuellement.
10:08Donc la science n'est pas inactive là-dessus,
10:10mais comme c'est plutôt rare,
10:13le grand public n'en a pas beaucoup entendu parler jusqu'ici.
10:15– Merci.
10:15– Merci.
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