00:00Monsieur Mélenchon, bonsoir.
00:02Farah RK créatrice de contenu politique
00:04et désormais essayiste aux éditions Plon,
00:07c'est le retour des questions perfides.
00:09Donc vous commencez à avoir l'habitude, je pense.
00:11Vous avez annoncé votre candidature à l'élection présidentielle,
00:14donc moi je vais axer là-dessus.
00:16L'un des grands intérêts qu'on a dans les conférences des nouveaux médias,
00:18c'est qu'on peut échanger et avoir des discussions de fond
00:21dans un cadre respectueux, donc on va en profiter.
00:24Et bref.
00:24Et bref, ça dépend de vos questions, ça dépend de vos réponses.
00:28Ah bon, on lui chèque.
00:30Ma question, elle va porter sur le deuxième tour
00:32des élections présidentielles.
00:34Je vais prendre l'avance,
00:36mais je pense que vous allez répondre peut-être à beaucoup de gens ce soir.
00:39Ma question, elle va porter sur le deuxième tour des élections présidentielles,
00:41puisque la configuration actuelle laisse envisager un duel
00:45LFI-Rassemblement national au deuxième tour des élections présidentielles.
00:50Ce serait un des scénarios.
00:51Selon les sondages, vous ne remporteriez pas
00:54le deuxième tour des élections présidentielles.
00:57Donc ça voudrait dire que l'effondrement du Front républicain
00:59tel qu'on le connaît depuis des années.
01:01Ben, à ce moment-là, il serait là.
01:03Ma question, elle va être un peu simple et directe.
01:06Dans le cas où le Front républicain n'existe plus,
01:08au deuxième tour en 2027, M. Mélenchon,
01:11est-ce que vous craignez pas d'être le candidat
01:13qui permettrait au Rassemblement national de prendre le pouvoir ?
01:17C'est perfide, j'avais prévenu.
01:19Merci pour cette question.
01:20Permettez-moi de vous dire qu'elle n'est pas très originale,
01:23mais elle a le mérite d'exister.
01:25Et donc, pour moi, de pouvoir y répondre.
01:28Vous évoquez là le principal argument de campagne,
01:31de gens qui sont incapables d'arriver au deuxième tour,
01:33de quelque manière que ce soit,
01:35ni même de me battre, pour l'instant,
01:37et qui, donc, ont imaginé que la manière de me disqualifier
01:40avant même la tenue du premier tour,
01:43ben, ça consiste à dire que je ne pourrais rien faire
01:46et que je n'arriverai à rien.
01:47Et donc, ils proclament, que dis-je,
01:50ils assènent qu'étant présent au deuxième tour,
01:52je serai mécaniquement battu.
01:55Et pourquoi ?
01:56Parce que le Front républicain n'existerait plus,
01:58selon l'amérisme, pas derrière vous, en tout cas.
02:00Ah oui, d'accord.
02:01C'est ce qu'ils disent.
02:02Oui, c'est ça, pas dernier à moi, mais...
02:04Alors, il y a, en effet, quelques petits secteurs de la population
02:07complètement fanatisées
02:08et qui ont été d'une très grande crédulité
02:11à l'égard de ce qui a été dit contre moi,
02:12notamment en matière d'antisémitisme,
02:15qui ont fini par croire à toute cette propagande.
02:17Je le mets de côté parce que c'est un cas,
02:20finalement, qui ne sera pas décisif,
02:23électoralement, en toute hypothèse.
02:25Mais regardons les choses comme elles sont.
02:26Premièrement, tous les sondages.
02:29J'ai bien dit tous les sondages.
02:32Pas neuf-dixièmes, tous.
02:35En 2024, tous ont annoncé que le Rassemblement national gagnerait
02:40et que nous serions les derniers.
02:41Nous avons gagné.
02:42Je veux dire, nous avons été les plus votés,
02:46comme on dit chez les Belges.
02:47Bon, donc on a été les plus votés.
02:49Ensuite, les sondages me concernant,
02:51la dernière fois, et comme depuis maintenant
02:55dix ans, quinze ans,
02:56une fois, ça m'a même valu un procès.
02:58Nous étions le 8 mars, c'était en 2010 ou 11.
03:03Et alors, ce jour-là, un journaliste
03:05qui avait eu une idée particulièrement piquante et drôle,
03:07puisqu'on était le 8 mars,
03:09journée de la lutte pour les droits des femmes,
03:12alors, lui, il a dit,
03:13« Ah ben, puisque c'est la journée de la femme aujourd'hui,
03:16M. Mélenchon, bah tiens, il y en a une,
03:18elle fait 30% dans le sondage d'aujourd'hui.
03:20Qu'est-ce que vous en pensez ? »
03:21Et alors, moi, j'ai dit ce que je pourrais dire aujourd'hui,
03:24« Je ne crois pas que la France vote pour un fasciste. »
03:29Et alors, fasciste, pouf procès,
03:31que j'ai gagné pour une fois.
03:34Et je n'ai qu'une excuse à présenter à Mme Le Pen,
03:37c'est d'avoir dit un fasciste,
03:38alors qu'il s'agissait d'une fasciste.
03:41Voilà. Ben là, je dirais à peu près pareil.
03:43Ce sont des contre-vérités assénées à coups de marteau,
03:47mais ce n'est pas parce qu'elles sont assénées à coups de marteau
03:49qu'elles sont vraies.
03:50Il n'existe aucun indice qui permette de penser
03:53que la France est devenue un pays raciste et fasciste
03:58au point d'élire au deuxième taur un homme,
04:01certes désagréable pour certains comme moi,
04:04d'élire cet homme plutôt que moi.
04:07Voyez-vous, peut-être ce sont des gens
04:08qui n'ont pas assez réfléchi aux leçons de notre histoire.
04:11« Oh, je ne vais pas aller chercher Pétain et le reste.
04:13À mon avis, ça suffirait à guérir n'importe qui. »
04:15Mais non, je vais prendre plus récent.
04:17Je vous rappelle que la première fois qu'on s'est trouvé confronté
04:20à un deuxième tour de cette nature,
04:23c'était M. Chirac, qui avait fait moins de voix
04:26et moins de pourcentage que moi la dernière fois.
04:29Il avait dû faire 17%.
04:31Moi, j'ai fait 22% et il était opposé à Jean-Marie Le Pen.
04:36Alors, on a tous cru mourir de stupeur en voyant ça et d'horreur.
04:40Et ça tombait d'autant plus mal qu'on pensait,
04:43on pensait avoir fait une bonne campagne,
04:45c'est-à-dire très modérée.
04:47Nous avions reçu des consignes impératives
04:49de ne pas aborder tel et tel sujet.
04:51Je pense en particulier la loi sur la modernisation de l'emploi
04:54où on avait obtenu des barrages au licenciement.
04:57On nous a dit, surtout, c'est pas la peine de sortir ça,
04:59nous allons gagner la bataille sur le plan moral.
05:02Ah, moral, pourquoi ?
05:04Eh bien, parce que ce pauvre Chirac
05:05avait déjà une demi-douzaine de casseroles,
05:07et voilà.
05:08Et à la fin, à la fin quoi ?
05:10Même des gens comme moi ont écrit des textes pour dire
05:12on demande pas aux autres de faire ce qu'on voudrait
05:15qu'ils fassent à notre place,
05:16et j'ai été voter Chirac.
05:17Par conséquent, j'ai toute confiance dans le peuple français.
05:20Si je n'avais pas confiance, peut-être que je ferais autre chose.
05:23Et de toute façon, c'est la démocratie, nous verrons bien.
05:25Et par contre, je mets en garde,
05:27et je vais peut-être à peine insister là-dessus,
05:31c'est une méthode incroyable qui est utilisée par qui ?
05:34Par mes concurrents de gauche.
05:36Les autres, ils s'en foutent à droite.
05:37Alors que notre principal problème,
05:41c'est qu'il faut arriver jusqu'au deuxième tour.
05:44Et vous savez comme moi que dans la poussière des candidatures,
05:48ça peut être très flottant.
05:51Comme maintenant en France,
05:52beaucoup de gens ont compris que les sondeurs ne sont pas sérieux.
05:56Je me sens obligé de vous le rappeler.
05:595 points d'erreur 48 heures avant contre moi.
06:023 points d'erreur le même soir.
06:04Donc je termine en vous disant qu'il y a une culture collective
06:07qui se méfie des sondeurs à juste titre,
06:09et que c'est un procédé que je peux qualifier d'infâme,
06:12qui consiste à dire, pour essayer de me nuire,
06:15sans avoir avancé une seule idée,
06:17ni une seule proposition,
06:19et alors même qu'ils n'ont aucun candidat,
06:21de dire « Ah oui, mais lui, au deuxième tour,
06:23il serait battu comme tentative pour me disqualifier au premier ».
06:26Mais je fais confiance là aussi à l'intelligence de notre peuple.
06:29De toute façon, je serai le premier,
06:32et je serai au second tour.
06:34Alors après, chacun sera devant sa conscience.
06:36Et bon, je peux aussi faire confiance à la conscience de beaucoup de monde.
06:40Mais pas tous.
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