- il y a 2 mois
"Je m'appelle Agnès et je suis alcoolique". La réunion débute. Certains sont abstinents depuis plusieurs années, d'autres se battent encore contre l'envie de boire. Ces inconnus ont besoin de ces échanges avec les Alcooliques anonymes pour discuter, se sentir compris et pour reprendre une vie sans alcool.
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00:00Je me suis dit, soit je me donne la mort, soit je fais quelque chose.
00:04Mais en tout cas, je ne peux pas continuer de faire du mal à mon entourage.
00:07Je serais morte aujourd'hui.
00:08J'ai déjà eu de la chance de ne pas mourir quand je picolais.
00:11Le nombre de fois où j'ai conduit complètement bourré, j'étais une palmane en puissance.
00:16Je ne remercierai jamais assez les amis des Réunions, parce que je pense que ça m'a sûrement sauvé la
00:22vie.
00:22Je ne buvais plus des bouteilles, je buvais des cubis, parce que comme ça je ne comptais plus.
00:27Bonjour les amis, moi je m'appelle Agnès, je suis alcoolique.
00:31Merci d'être à ce soir, je suis abstinente d'alcool et ça fait 23 ans.
00:38On va aborder le thème qui est proposé, la première étape, qui nous dit que nous sommes impuissants devant l
00:46'alcool
00:46et que nous avons perdu la maîtrise de notre vie.
00:49Je lui laisse la parole.
00:51On la parle tout de suite, comme ça, ça en sera fait, je serai tranquille.
00:54Bonsoir les amis, je m'appelle Yannick, je suis alcoolique.
00:57J'ai arrêté de boire le 10 novembre 1990.
01:02Laetitia, malade alcoolique.
01:04Moi j'ai posé le verre il y a 12 ans, mais ça a été long.
01:09Je buvais énormément tout le temps, tous les jours bien sûr, et régulièrement toute la journée.
01:16Il faut que je prenne conscience que j'ai un problème avec l'alcool et que je ne peux plus
01:20boire.
01:21Donc c'est ça, si je bois un petit peu, ça ne sert à rien de faire ce programme parce
01:25que c'est voué à l'échec.
01:26Le nombre de fois où, avant d'aller en réunion, je me planquais derrière un poteau EDF pour boire mon
01:33coup.
01:33N'importe qui aurait pu me voir derrière un poteau, je vous laisse imaginer.
01:37Je dépassais un peu.
01:39Pas grave.
01:41Bien sûr, les amis devaient le sentir.
01:44Maintenant que j'ai arrêté de boire quelqu'un qui a picolé, je le sens mais à 15 000.
01:48Donc évidemment, tous les amis savaient que quand je m'asseyais avec eux autour de la table, j'avais picolé,
01:54mais ce n'est pas grave.
01:55J'étais bien accueilli.
01:56Oui, et c'est de fréquenter Léa qui m'a donné le courage.
02:02Un jour ou une fois de plus, je ne me suis pas levé le matin.
02:05Je ne m'occupais plus bien de mes enfants, bien sûr, le nombre de fois où j'inventais des excuses
02:10parce que le petit, je ne me levais pas pour l'amener à l'école.
02:15J'avais les inquiétudes de mon entourage, je voyais que je faisais de la peine, mais j'ai vu que
02:20j'avais franchi la ligne rouge quand je commençais à avoir un comportement dégueulasse alors que j'étais sobre à
02:2710 heures du matin.
02:29En fait, là, j'ai vu que même sobre, j'avais un comportement exécrable, que j'étais irritable, que j
02:37'avais des mauvaises pensées.
02:39Je me suis dit soit je me donne la mort, soit je fais quelque chose.
02:43Mais en tout cas, je ne peux pas continuer de faire du mal à mon entourage parce que je les
02:47aime profondément et voilà.
02:50Et une amie qui n'a rien à voir avec le programme, elle m'avait parlé des alcooliques anonymes.
02:55Et en fait, ce soir-là où j'ai voulu en finir avec moi-même, elle m'est arrivée.
03:03Juliette, est-ce que tu as déjà entendu parler des alcooliques anonymes ?
03:05Du coup, j'ai dégainé mon téléphone, j'ai cherché une réunion.
03:08Et le lendemain, j'étais en réunion et depuis, je suis sobre.
03:11Je serais morte aujourd'hui.
03:13J'ai déjà eu la chance de ne pas mourir quand je picolais.
03:15Le nombre de fois où j'ai conduit complètement bourré.
03:18Voilà, j'étais une palmane en puissance.
03:20On l'a déjà dit en réunion, je l'ai entendu et je sais que je ne suis pas la
03:23seule.
03:24Aujourd'hui, je ne suis plus ça, je ne suis plus une meurtrière en puissance.
03:27Elle n'est pas facile la réalité tous les jours.
03:29Mais je vais bien, je suis heureuse, je ne bois pas, je fais des choses, on peut compter sur moi.
03:34Je suis quelqu'un de fiable aujourd'hui.
03:35Ça va bien, alors ça ne se voit pas parce que je pleure.
03:38Je suis très émue, mais je suis heureuse.
03:40Dans la vie, 99% du temps, je suis heureuse.
03:43Ce matin, j'ai enterré ma grand-mère.
03:45C'est une femme qui a posé beaucoup, beaucoup de problèmes dans notre famille.
03:50Et en fait, ça fait une semaine que je vis un deuil.
03:54Pour la première fois, calmement, et je le fais un jour à la fois, comme Léa m'a appris.
03:59Et ce que je trouve fou, c'est qu'il y a cinq ans, j'ai perdu mon autre grand
04:02-mère qui, sur le coup, c'était ma grand-mère Gâteau.
04:05Je l'aimais de tout mon cœur.
04:06Et en fait, j'étais Yves la veille, j'étais Yves pendant la cérémonie, j'étais Yves le lendemain.
04:12Et en fait, faire là, ce que je fais depuis une semaine, c'est le deuil que je n'ai
04:17jamais fait de cette autre grand-mère.
04:18Ce matin, à l'enterrement, j'avais l'impression d'être une adulte.
04:22Cette fois-ci, c'est moi qui contrôle.
04:24Ce n'est pas le rhum.
04:26Ce n'est pas le rhum dans le café à 10 heures.
04:28Cette fois-ci, c'est moi qui contrôle.
04:30Voilà, merci de m'avoir écouté.
04:32Merci Juliette.
04:33Merci Juliette.
04:34Et puis toutes mes convoyences, quand même.
04:36Les dernières années, je buvais du matin au soir.
04:38Le matin, je faisais couler un café et puis je terminais les fonds des canettes ou de la bouteille de
04:44whisky.
04:44Et j'allais travailler.
04:46Je me maintenais, si possible, toute la journée dans un état qui me permettait de tenir.
04:52Et puis des fois, ça dérapait.
04:54Mon ex-compagne était partie avec les filles et c'était devenu compliqué.
04:59Il n'y avait plus de freinage, il n'y avait plus rien.
05:00Il n'y avait plus le regard de mes enfants.
05:02Donc c'était devenu un enfer.
05:05Je suis abstinent après une recherche depuis trois ans.
05:10Mais j'ai connu 20 ans d'abstinence auparavant.
05:13J'étais dans un taf où je pouvais boire dès mon arrivée sur les lieux du travail.
05:19Et c'était en permanence toute la journée jusqu'à mon départ.
05:23Donc je ne me souviens pas souvent de mes retours.
05:25Et j'étais en voiture pourtant à ce moment-là.
05:28Le week-end est passé super bien parce que les bouteilles de whisky ont retourné.
05:35Je ne sais même plus comment j'ai vu.
05:36Quatre ou cinq, je buvais, je m'endormais, je rebuvais, j'allais en chercher, je m'endormais.
05:41Je n'ai fait que ça tout le week-end.
05:43Et il a dit que je voulais faire un remplacement dans une grue.
05:45Et j'ai fait mon boulot toute la journée.
05:47J'ai galéré, c'était chiant.
05:49Mais j'ai réussi à faire le travail.
05:51Mais le soir, quand il a fallu descendre de la grue, c'est impossible.
05:54Mes gens ne me répondent plus.
05:56Et c'est la première fois que mon corps me lâchait complètement après un week-end d'alcool.
06:02Et là, j'ai vraiment flippé.
06:04Et le soir même, tant bien que mal, j'ai réussi à descendre de la grue.
06:07À force de me masser les jambes, j'ai retrouvé des sensations.
06:11J'ai réussi à rentrer jusqu'à la maison parce que forcément, je n'étais pas à côté.
06:15Et de cette trouille-là, de ce jour-là, le soir même, je suis allé en réunion.
06:19Et de ce jour-là, j'ai pu toucher une goutte d'alcool.
06:20Et puis là, j'ai commencé à vraiment écouter les étapes, à mon truc.
06:25Et puis là, ce n'était pas la maîtrise de ma vie que j'avais perdu.
06:27C'était d'abord là, parce que moi, la maîtrise de ma vie, je ne voyais pas.
06:30Ce n'était pas concret.
06:32Je savais que j'allais perdre mon emploi.
06:33Je savais que je voyais de moins en moins mes filles.
06:37Mais perdre carrément la maîtrise de mon corps, là, c'était devenu vraiment flippant.
06:41Alors, j'ai franchi la porte des A.
06:43Je ne pensais pas que ça m'aiderait.
06:45Et puis là, j'ai été super bien accueilli.
06:48Je voyais des gens contents, souriants.
06:52Et puis là, j'entendais les anniversaires d'Aps.
06:55Sinon, je suis fou, ils sont malades.
06:57Je n'ai jamais eu d'avis.
06:59Moi, je pensais qu'il y a une chose, c'est que j'avais pris des munitions dans la voiture
07:02pour pouvoir, après, picoler.
07:05Parce que je m'étais retenu un peu.
07:06Je me suis dit, tiens, je vais essayer de ne pas faire que les mines.
07:10Je vais leur montrer que je ne bois pas trop.
07:13Et puis, c'est tout tremblant pendant la réunion.
07:15J'arrivais à peine à tenir le café.
07:16Et puis, j'ai suivi quand même.
07:18Je suis revenu.
07:18Je me suis dit, il faut que je le fasse.
07:20Depuis, ça tient.
07:22Et je ne remercierai jamais assez les amis des réunions.
07:26Parce que, ouais, je pense que ça m'a sûrement sauvé la vie.
07:30Juste à la naissance de mon fils, quand même.
07:33Que là, j'ai vu que je ne voulais pas devenir, enfin, avoir les mêmes souvenirs.
07:37J'ai les souvenirs de mon père et je ne voulais pas refaire la même chose, reproduire.
07:41Donc, j'ai accepté de refaire une cure.
07:43J'ai demandé de l'aide.
07:45Je suis sorti abstinent, mais ça n'a pas duré longtemps.
07:49Parce que je n'avais pas compris que je n'étais pas plus fort que les autres encore, à ce
07:52moment-là.
07:53Donc, un fond de bouteille m'a fait repartir comme précédemment, toujours dans les mêmes excès.
08:01J'ai fait ça un peu tout seul et ça a eu ses limites.
08:05Au bout de 20 ans, je pensais avoir accompli tout ce que j'avais à faire et puis j'en
08:12avais marre de tout.
08:14Mais je n'avais pas oublié que l'alcool, j'avais failli me tuer avec l'alcool auparavant.
08:18Et que là, j'étais un peu lâche peut-être pour mettre fin à mes jours, mais si je replongeais
08:22dans l'alcool, je pouvais peut-être trouver une solution.
08:26Donc, j'ai décidé de prendre ce verre pour en finir et ça n'a pas loupé.
08:30Dans la même journée, j'avais repris les mêmes habitudes que 20 ans auparavant, voire pire.
08:36Pendant tout ce temps, 8 cures.
08:398 cures parce que mon corps ne suivait plus.
08:41Et 8 cures où j'étais bien, le seul endroit où j'étais bien.
08:45J'étais bien parce que je transmettais un message comme quoi j'avais construit ma vie pendant 20 ans sans
08:50alcool, sans avoir envie de reboire de l'alcool.
08:55Ma vie qui n'avait plus de sens, je l'en ai retrouvé.
09:01Et j'ai eu de la chance dès la première réunion.
09:04Je connaissais la vie sans alcool, mais la vie heureuse et dans l'abstinence, je la connais vraiment pleinement depuis
09:143 ans.
09:16J'ai eu un déclic dans le cadre d'un groupe de parole autre qui était sur le thème des
09:22violences sexuelles.
09:25Et là, j'ai compris par les modérateurs de ce groupe, j'ai compris que d'une certaine façon, la
09:31violence qui avait été exercée contre moi à l'adolescence, je la faisais perdurer.
09:35Elle s'était restée inscrite en moi et l'alcool la faisait perdurer.
09:39Et ça, ça a été un vrai déclic pour moi parce qu'à partir de là, je me suis dit,
09:43c'est comme si mon agresseur était resté en moi et je n'en ai plus voulu.
09:48Et c'est ça qui m'a aidée à me prendre en charge par rapport à mon alcoolisme.
09:52Et finalement, les amis autour de la table, ils m'ont donné envie d'être comme eux et ils m
09:57'ont donné envie d'essayer de ne pas boire.
09:59On m'a juste proposé de ne pas boire pour une journée, 24 heures.
10:05Alors ça a tout changé, c'est devenu moins difficile et puis j'ai réussi à tenir une journée.
10:13Évidemment, cette première journée n'était pas facile, mais j'étais tellement fière de moi quand je me suis couchée
10:18ce soir-là que j'ai eu envie de recommencer.
10:21Et puis j'ai eu envie de recommencer jusqu'à retourner voir les amis pour leur dire que je n
10:26'avais pas bu depuis une semaine et que j'étais vachement fière de moi.
10:30Mais il m'a fallu ça pour pouvoir ensuite me reconstruire petit à petit.
10:33Ça prend du temps, ce n'est pas fini, c'est un travail en chantier, on va dire.
10:40Mais là, il a avancé quand même déjà le chantier.
10:44Et pour ça, j'ai énormément de gratitude.
10:47J'ai fait une fois 9 ans, une fois 6 ans, et à chaque fois que je me suis écarté
10:50des réunions ou du mouvement,
10:53mon bras fait toujours la même longueur et je me suis rapproché du verre.
10:56À chaque fois que je suis en réunion, c'est surtout le plus extrêmement bien dans ma tête.
11:00Donc, il faudra presque que j'arrête de travailler, que je ne fasse que des réunions dans la journée.
11:04Ah, génial.
11:05Bonsoir les amis, je m'appelle Martine, je suis Astolique, je vais bien.
11:08J'ai arrêté de boire le 29 février 92.
11:11Donc, j'ai fêté mes 34 ans.
11:13Moi, ce qui a été difficile pour moi, c'est de sortir du déni et d'accepter que j'étais
11:18alcoolique, que j'avais cette maladie.
11:20Je la connaissais, cette maladie, parce que mon père était lui-même alcoolique et je pensais que ce n'était
11:25pas pour moi.
11:26Moi, je pensais que l'alcool, c'était une béquille.
11:28Ça m'aidait à supporter mon divorce, ça m'aidait à m'occuper des enfants.
11:32C'était ma récompense quand je rentrais le soir.
11:34Et je n'avais pas du tout l'impression que j'allais perdre le contrôle, comme on dit, en nous
11:39avant perdu la maîtrise de notre vie.
11:41Il fallait que j'admette que je ne savais plus justement où était ma voiture, que je ne savais plus
11:44rentrer chez moi,
11:45que je ne savais pas m'occuper des enfants, que je les avais oubliés un soir de colonie de vacances.
11:50C'était les seuls qui restaient sur le quai avec une maîtrise parce que je m'étais trompée d'heure
11:55ou je m'étais perdue.
11:56Donc, à partir du moment où je suis sortie du déni, où j'ai admis, où j'ai accepté que
12:01j'étais alcoolique,
12:02j'ai compris que c'était une maladie.
12:03Ça m'a bien aidée, ça.
12:05Et je me suis dit, écoute, tu ne peux pas t'en sortir toute seule.
12:09Donc, pour moi, cette première étape, c'était la faillite totale.
12:13Accepter que toute seule, je ne pouvais pas m'en sortir.
12:15Demander de l'aide, abdiquer tout effort.
12:17Je n'ai pas fait d'effort, en fait.
12:19Bien sûr, il y a eu des moments pas faciles.
12:21Mais à partir du moment où j'ai arrêté de me battre, je trouve que tout s'est enchaîné.
12:25Et cette première étape, elle est vraiment fondamentale parce que tout devient possible.
12:30Et je n'aurais jamais imaginé en 92 tout ce qui s'est passé dans ma vie depuis
12:36et tout ce qui a pu m'apporter le programme.
12:38C'est des amis avec qui on peut tout dire.
12:40Voilà. Merci, les amis.
12:41Merci.
12:44La réunion se termine.
12:46Moi, je me suis retrouvée à peu près dans tous les reportages.
12:49Ma fille ne va pas très bien en ce moment.
12:53Et voilà, elle a des tas de problèmes de santé, etc.
12:56Et beaucoup de dépressions.
12:58Et hier, au téléphone, elle me parle du fait qu'il va falloir qu'elle règle les traumas de son
13:03adolescence.
13:05Et donc, dans les traumas de son adolescence, je suis dans les traumas de son adolescence, évidemment,
13:10puisque quand j'ai arrêté de boire, elle avait 14 ans et je lui ai fait subir beaucoup de choses
13:16avec mon alcoolisme,
13:19qu'elle connaît sans doute beaucoup mieux que moi.
13:22Non, mais parce que moi, je ne m'en souviens pas, mais elle, elle s'en souvient.
13:25Et donc, on est fondu en larmes toutes les deux au téléphone.
13:28Et je lui ai dit, aujourd'hui, je me sens, grâce aux Zara, je me sens assez forte pour, si
13:36tu as besoin d'une thérapie avec moi et de poser des choses,
13:41et bien, on va le faire.
13:43Je ne veux pas vivre avec cette culpabilité-là et aujourd'hui, je peux l'assumer.
13:49Parce que moi, ce n'est pas que j'oublie de les emmener à l'école, c'est que j
13:51'oublie d'aller les chercher.
13:53Voilà.
13:54Bon, enfin, chacun a son truc.
13:56Voilà, merci.
13:57Merci.
13:58Au revoir.
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