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  • il y a 2 jours
L'ancienne mine d'or de Salsigne, située dans la vallée de l'Orbiel (Aude), a longtemps été la plus importante d'Europe occidentale. Mais au-delà de l'or, le site s'est surtout distingué comme le premier producteur mondial d'arsenic.
L'exploitation de l'arsenic a atteint son apogée pendant la guerre du Vietnam. La vallée fournissait le minerai pour fabriquer l'agent Orange et l'agent Bleu, puissants défoliants utilisés contre le Vietcong. Pour améliorer les rendements du traitement du minerai, le Water Jacket, le plus grand four du monde, a été construit. Max Brail, ancien chef d'équipe au four et actuel maire de Lastours, est devenu lanceur d'alerte en dénonçant la transformation de ce four en incinérateur de déchets.

Exploitée tout au long du XXe siècle, la mine ferme en 2004. Des études révèlent alors des taux anormalement élevés de cancers chez les anciens mineurs. La vallée de l'Orbiel est aujourd'hui l'un des sites chimiques les plus pollués de France. Une pollution diffuse, qui se propage en silence dans les sols, l'air et les poussières. En 2018, une crue exceptionnelle déplace des tonnes de déchets miniers mal sécurisés le long de la vallée. Des cours d'école sont contaminées à l'arsenic, exposant une quarantaine d'enfants. Des habitants, touchés par d'autres métaux lourds, ont porté plainte contre l'État, qui a été condamné en juillet 2025 à dépolluer la vallée.

Écrit et réalisé par : Gadh Charbit / Durée : 52' / Année : 2025 / Coproduction : LCP-Assemblée nationale / Licht FILM / CHECKPOINT PRODUCTION

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Transcription
00:30...
01:02Le 15 octobre 2018, j'atterris à Hanoï, au Vietnam.
01:09Je suis responsable d'une formation à Hanoï.
01:12Et j'apprends qu'il y a eu une forte inondation dans la vallée de l'Orbielle.
01:19La rivière a dû monter, j'entends le grand vent de l'eau.
01:23Ah oui, oh là là, oh la vache.
01:26Là, toute la plaine est inondée.
01:29On entend les hélicoptères ? Il va y avoir de l'élitreillage là-bas, oui.
01:35Il y a la crue, mais surtout, il y a la pollution.
01:38On va parler tous de la crue.
01:40On ne parlera pas du problème avec les déchets qui sont stockés dans la vallée
01:45et qui font qu'une partie va être remobilisée par le flux d'eau.
01:50La voiture qui est remplie de flotte, remplie de boue.
01:53Là, ce sont les bancs de l'école maternelle.
01:57Des masses de boue partout,
01:58des voitures retournées dans des endroits complètement improbables,
02:01les déchets dans tous les sens.
02:03Très vite, c'est mis en place une solidarité.
02:06On allait plus ou moins chez les uns, chez les autres
02:08pour filer un coup de main comme on pouvait.
02:10Surtout, évacuer la boue.
02:12Alors, évidemment, tout ça s'est fait, j'allais dire, avec les moyens du bord.
02:15Chacun est arrivé avec son balai, son seau, etc.
02:19Sans masque, sans précaution, sans gants.
02:22Et donc, on a tout nettoyé et ça s'est fait très vite.
02:25Et c'est là qu'en rentrant du Vietnam,
02:28je me rends compte que personne n'a pris de précaution.
02:31Donc, les gens ont manipulé de l'arsenic sans s'en rendre compte.
02:46Ce qu'il faut comprendre dans l'histoire de cette vallée,
02:49c'est que la mine de Salsigne a représenté une activité industrielle majeure
02:53pour l'économie d'un pays entier.
02:55Il faut s'imaginer un siècle d'exploitation minière
02:57sur une zone qui fait à peu près 200 km².
03:02Depuis l'annulé des temps, un patron, c'est un patron.
03:04Lui, ce qu'il veut, c'est de la rentabilité.
03:05Dans la mesure où il n'a pas trop d'emmerdements
03:08avec des accidents de travail à répétition,
03:10la santé des gens, après, c'est plus son problème,
03:12surtout quand ils sont aussi immédiatifs.
03:13J'estime qu'il y a 3 millions de tonnes de toxiques puissants.
03:25Nous avons là une des plus grandes décharges chimiques du monde.
03:58Sous-titrage Société Radio-Canada
04:20Cette paisible rivière, c'est l'Orbielle.
04:24Elle dévale une vallée luxuriante,
04:26mais ici, depuis 30 ans,
04:29les arrêtés préfectoraux se succèdent.
04:33Ils interdisent de consommer fruits, légumes, escargots,
04:38tout ce qui est en contact avec la terre.
04:49Alors là, nous sommes dans la vallée de l'Orbielle.
04:51C'est un haut lieu de l'exploitation minière et industrielle.
04:54On voit une nature assez sympathique, relativement idyllique.
04:59On ne se rend pas compte à quel point cette nature peut avoir été polluée
05:03et l'être encore par ces années d'exploitation minière.
05:06C'est une pollution qui est malheureusement invisible.
05:15On y a cherché de l'or, bien sûr,
05:17et comme à chaque fois qu'il y a de l'or, il y a aussi de l'arsenic,
05:19en général en proportion bien plus élevée que l'or.
05:23Ceci explique que la pollution locale soit principalement due à l'arsenic,
05:26mais pas que.
05:27Il y a aussi beaucoup d'autres métaux lourds.
05:30Alors on est en route vers Salsigne,
05:32qui a été l'épicentre de l'exploitation minière.
05:36Et on va notamment sur la verse de l'atelier.
05:44Quand on entre dans Salsigne,
05:46ce qui frappe, c'est cette colline en strates,
05:48qui est en fait une colline artificielle
05:50qui correspond à l'entassement, l'empilement
05:54de tous les écheminiers.
06:08Alors là, on roule sur un chemin qui a une couleur particulière,
06:11puisqu'il est rouge, couleur rouille,
06:14ce qui est le signe d'oxyde de fer,
06:17présent en grande quantité.
06:20Et puis on voit parmi ces oxydes de fer,
06:24on voit des traînées jaunes, blanchâtres,
06:28qui sont en fait des coulées de sulfure d'arsenic.
06:40Nous sommes sur la verse de l'atelier.
06:43Pendant près d'un siècle,
06:45c'était l'entrée de l'ancienne mine d'or
06:48et d'arsenic de Salsigne.
06:51Une mine souterraine,
06:53des générations entières de mineurs
06:55sont passées par ici.
07:04Alors pour mesurer la pollution qu'il y a ici,
07:07je vais utiliser un appareil de mesure en fluorescence X,
07:10qui permet de déterminer avec précision
07:13la quantité de polluants et de métaux lourds
07:15qui se trouvent dans le sol.
07:19On va shooter par exemple ici.
07:25Et on va voir apparaître en temps réel sur l'écran
07:29la quantité et le nom des polluants.
07:39Alors là, on a mesuré 7883 ppm d'arsenic,
07:43ce qui est colossal.
07:44Quand on sait qu'à partir de 25 ppm d'arsenic,
07:48le sol est réputé dangereux.
07:50Mais on a aussi du soufre,
07:5212% environ,
07:54du fer,
07:55à peu près 50%,
07:56sans surprise, c'est normal,
07:57ça explique la couleur rouille.
07:58On a aussi du cobalt,
08:00du nickel,
08:01du cuivre,
08:02du zirconium et du niobium.
08:08Le taux de l'arsenic
08:09au pied de l'ancienne mine
08:11est 300 fois supérieur à la norme.
08:16Sur les vestiges
08:18de l'ancienne exploitation souterraine,
08:20cette balafre.
08:23La mine à ciel ouvert,
08:25elle a été creusée dans les années 80,
08:27elle a produit à elle seule
08:29des millions de tonnes de déchets toxiques.
08:41Nous sommes dans une région,
08:43d'un point de vue géologique,
08:45qui est très riche.
08:47Il y a une accumulation d'éléments,
08:49comme l'argent,
08:50l'or,
08:51le plomb,
08:52le bismuth,
08:53l'étain,
08:54le fer.
08:55C'est pour ça qu'ici,
08:56depuis 24 siècles,
08:57il y a des mines.
09:05On extrait de l'arsenic
09:07à partir des années 1875,
09:11parce que l'arsenic
09:13est intéressant et important
09:16au niveau de nombre
09:17de process industriels.
09:19En fait,
09:21la production d'arsenic,
09:22elle commence
09:23une bonne vingtaine d'années
09:25avant la production d'or.
09:30Dans cette zone,
09:31il y a,
09:32par tonne de filons traités,
09:35beaucoup plus d'arsenic
09:36que d'or,
09:37d'argent
09:37ou de cuivre.
09:44L'arsenic a de multiples usages.
09:47Par exemple,
09:47à blanchir les verres,
09:49pour que nos verres
09:50soient translucides,
09:51eh bien,
09:51on y mettait de l'arsenic.
09:54L'arsenic rentre beaucoup
09:56aussi dans la composition
09:57de nombre de produits chimiques,
09:59en particulier
10:00dans des produits
10:02destinés à l'agriculture.
10:09Ça sert également
10:10en matière militaire,
10:12comme liant
10:13pour les munitions.
10:17Et puis,
10:18ça va servir
10:19pour fabriquer
10:20les gaz de combat.
10:36Après la Première Guerre mondiale,
10:38arrive le temps
10:39de l'exploitation
10:40vraiment industrielle.
10:45Le minerai,
10:46pendant très longtemps,
10:46a été extrait
10:47par des mines souterraines.
10:51Certaines de ces galeries
10:52descendent en dessous
10:53du niveau de la mer,
10:54sur 400-500 mètres
10:56de profondeur.
10:58Puis,
10:59ce minerai
11:00part sur un téléphérique
11:01qui va jusqu'au site
11:04de l'usine.
11:08Quand le minerai arrivait,
11:10il était concassé,
11:12broyé,
11:12il était passé
11:13sur des bains
11:14avec des mousses.
11:17On va le chauffer
11:19et en fonction
11:21de la chaleur,
11:22on va sortir
11:22du cuivre,
11:24du bismuth,
11:25de l'argent,
11:26de l'or,
11:27de l'arsenic.
11:47Pour brûler ces tonnes
11:49de minerai,
11:50on construit un four
11:51qui tourne 24 heures
11:52sur 24.
11:54C'est un four
11:55water jacket.
11:57Il est refroidi
11:58par l'eau
11:59de la rivière
11:59Orbielle.
12:01C'est le plus grand
12:02four water jacket
12:03du monde.
12:10Le four,
12:10c'était la bête.
12:12Elle avalait tout.
12:16C'est en quelque sorte
12:18une espèce
12:19de petit volcan
12:20bien contrôlé
12:22grâce à la qualité
12:24des ouvriers
12:25qui maîtrisent
12:27l'incendie
12:28en quelque sorte
12:29qui est créé
12:30autour
12:30des tonnes
12:31de minerai
12:32qui sont déversées là.
12:35Ça devait faire
12:3918 mètres d'eau
12:41à peu près.
12:41en haut,
12:42il y avait un gueulard
12:43où on mettait
12:44les charges
12:45et il y avait
12:46des couches.
12:47Alors,
12:47on mettait
12:47du coq,
12:49du minerai,
12:50certains produits
12:51des fondants
12:52et en bas,
12:53il y avait
12:53une soufflerie
12:54avec de l'oxygène
12:56ou à terre,
12:57jaquette
12:57parce que
12:58sur un côté,
12:59il y avait
13:00une jaquette
13:01avec une circulation
13:02d'eau
13:02pour protéger
13:04pour pas
13:05que ça pète.
13:10C'était notre vie.
13:11Le four,
13:12c'était notre vie.
13:13On était viscéralement
13:15attachés
13:15à ce boulot
13:17parce que c'est l'homme
13:17face à la matière.
13:19C'est quelque chose
13:20qu'on ne maîtrise pas
13:21complètement
13:22et sur lequel
13:23on doit anticiper
13:24en permanence
13:25pour le faire fonctionner.
13:28Il y avait des explosions
13:29comme tout lieu
13:30où il y a de la fusion
13:31et on doit
13:32en permanence
13:33veiller,
13:34être en vigilance
13:35et être en vigilance,
13:36ça rend intelligent.
13:39Moi, j'ai adoré.
13:40Moi, j'ai adoré,
13:41oui, oui,
13:42j'ai aimé
13:43ce boulot
13:43comme du sucre.
13:56Pour évacuer
13:57les fumées
13:58de ce four waterjacket,
13:59il y a eu
14:00plusieurs cheminées
14:01qui étaient
14:02de plus en plus hautes,
14:03qui ont été construites
14:04de plus en plus hautes
14:04et qui rejetaient
14:06dans l'atmosphère
14:06des résidus toxiques,
14:08évidemment,
14:08des fumées toxiques
14:09qui se sont répandues
14:10un petit peu partout.
14:14Mais ces émanations
14:16de fumées
14:16ne s'arrêtent jamais.
14:18Elles sont toujours
14:19plus importantes.
14:21On finit alors
14:22par construire
14:24une cheminée géante.
14:26Elle culminera
14:27à 117 mètres,
14:29la plus haute
14:30d'Europe.
14:33Comme matière toxique,
14:35elle dégageait
14:35l'arsenic
14:35et les sulfures,
14:37les gaz.
14:44On a eu
14:45aux alentours
14:46de 106 000,
14:48110 000 tonnes
14:50de trioxyde d'arsenic,
14:52etc.,
14:53qui ont été envoyées
14:54dans l'atmosphère
14:55à l'époque.
14:56Ce sont des proportions
14:57qui sont absolument gigantesques.
14:58gigantesques.
15:01Nous avons là,
15:03un parmi d'autres,
15:04poison très dangereux
15:06par l'inhalation
15:07que ça donne,
15:08par l'intoxication,
15:10soit très rapide
15:11selon les moments,
15:12soit lente,
15:13des populations,
15:15des animaux,
15:16et ça a également
15:17un impact
15:18sur les végétaux.
15:49Dès 1932,
15:51l'alerte est donnée.
15:53La population
15:53se réunit
15:54autour de comités
15:55de fumée
15:56pour se plaindre
15:57des effets mortels
15:58du trioxyde d'arsenic.
16:04Le préfet répond
16:05qu'il est inconcevable
16:07de porter
16:08la moindre entrave
16:09au fonctionnement
16:10de l'usine.
16:12Il estime
16:13qu'il n'existe
16:13aucun danger réel
16:15pour la population.
16:19Le bon fonctionnement
16:20aurait été
16:21de ne pas envoyer
16:22des gaz
16:22et de l'arsenic
16:23dans la cheminée.
16:24Mais pour ça,
16:26il fallait avoir
16:27des installations
16:28qui étaient capables
16:30de piéger
16:31ces produits-là.
16:32Et quand on sait
16:33qu'à cette époque-là,
16:35le souci de l'environnement
16:36était un souci second,
16:39qu'il aurait fallu
16:40intégrer prioritairement
16:42parce que
16:43qui protège
16:43l'environnement
16:44protège les salariés,
16:45alors que là,
16:46ce n'était pas le cas.
16:47Parce que bien sûr,
16:48les protections,
16:51c'était un chiffon
16:52autour de la bouche.
17:05Là,
17:06tu vois le panneau
17:06« Accès interdit,
17:07danger, matériaux pollués ».
17:32Ici,
17:32on est donc
17:33sur la verse
17:33de Narto,
17:34un des plus anciens
17:35sites d'exploitation
17:36de l'arsenic.
17:39Il faut imaginer
17:40qu'à l'intérieur
17:41de cette montagne,
17:42il y a plein de galeries
17:43de mines
17:43qui ont été creusées
17:44dès qu'elles ont extrayé
17:46de l'arsenic.
17:47Et puis,
17:48quand l'exploitation
17:49minière a cessé,
17:50l'érosion a fait le reste
17:52et on voit maintenant
17:52la terre transpirer
17:54de l'arsenic,
17:55ce qui donne
17:55cette coloration.
18:00Cette saignée blanche,
18:02c'est de l'arsenic.
18:03La production d'arsenic
18:05qui a commencé
18:06ici,
18:07sur cette colline
18:08de Narto,
18:09à la fin du XIXe siècle,
18:11va connaître
18:12son apogée
18:13dans les années 60.
18:17La guerre du Vietnam.
18:31Durant toute la guerre
18:32du Vietnam,
18:32et en particulier
18:33au moment
18:33où une forte impulsion
18:35est donnée
18:35à la guerre chimique,
18:37on estime
18:38qu'il y a au moins
18:3940 000 tonnes d'arsenic
18:40qui partent
18:41pour la guerre du Vietnam
18:42depuis
18:43la vallée de l'Orbienne.
18:48L'arsenic sert
18:50comme produit
18:51de destruction
18:53de population,
18:54mais c'est l'omerta.
19:00On a
19:01toute une série
19:02de sociétés
19:03imbriquées
19:04les unes
19:05dans les autres,
19:06c'est-à-dire
19:06que les salariés
19:08de la vallée
19:09de l'Orbienne
19:09ne savent pas
19:10qu'en vérité,
19:12ils travaillent
19:13pour les Américains.
19:16Cet arsenic
19:17sert à fabriquer
19:18de l'agent orange
19:19et de l'agent bleu.
19:22Deux puissants
19:23défoliants
19:24qui brûlent
19:25l'épaisse végétation
19:26dans laquelle
19:26se cache le Viet Cong.
19:30Mais c'est un carnage.
19:32L'opinion s'indigne.
19:34Pire encore,
19:36les effets
19:37de ces produits
19:38vont durer
19:39durant des décennies,
19:41entraînant
19:42des malformations
19:43irréversibles.
19:48L'arsenic
19:49produit
19:50dans cette vallée
19:50joue un rôle
19:52clé
19:53sur le marché mondial.
19:55Pendant
19:55des dizaines
19:56d'années,
19:5610%
19:57de l'arsenic
19:59consommé
20:00dans le monde
20:01venait
20:02de la vallée
20:03de l'Orbienne.
20:06Cette exploitation
20:07intensive
20:08d'arsenic
20:09va aussi
20:10impacter
20:11la population
20:12de la vallée.
20:15Des années plus tard,
20:17une étude
20:18va révéler
20:18que la mortalité
20:19chez les employés
20:20de la mine
20:20par cancer du poumon
20:22est plus de 76%
20:25supérieure
20:26à celle
20:27de la population.
20:28la mortalité
20:30par cancer
20:31du pharynx
20:32plus de 106%.
20:35On n'avait
20:36malheureusement
20:36pas besoin
20:37de l'étude
20:37pour savoir
20:38qu'il y avait
20:39une mortalité
20:40prématurée
20:40chez tous les gens
20:41qui avaient travaillé
20:41à Salsinia.
20:43Il y avait
20:44une mortalité
20:44prématurée.
20:45Les mineurs
20:46se faisaient
20:47rarement très vieux
20:48et les métallos
20:49se faisaient
20:50aussi rarement très vieux.
20:51Quelques exceptions
20:52qui ont pris.
20:58Cette étude
20:59montrera aussi
21:00que la mortalité
21:01par cancer digestif
21:02chez les femmes
21:03est plus de 32%
21:05supérieure
21:06à la moyenne nationale.
21:11Les gens
21:12qui habitaient
21:12à la cité ouvrière
21:13juste à côté
21:14de la cheminée,
21:16les femmes,
21:17quand elles étendaient
21:18le linge,
21:19que la cheminée
21:20crachait de l'arsenic
21:21et qu'il y avait
21:21plein de tâches
21:22blanches dessus.
21:23Quand elles le rentraient,
21:24elles le secouaient
21:25et les gamins
21:26jouaient devant la porte
21:27où il y avait
21:27des flaques d'eau
21:28avec l'arsenic
21:30qui étaient retombées
21:31et personne ne leur a dit.
21:37D'autres études
21:39vont suivre
21:39mais en vérité,
21:41des études
21:42avaient déjà
21:43été faites auparavant
21:45mais étaient restées
21:46très largement
21:48secrètes.
21:51en 1980,
21:53la situation
21:54devient tendue,
21:55il n'y a plus
21:56de débouchés
21:56pour l'arsenic
21:57du fait
21:58de la fin
21:59de la guerre
21:59du Vietnam
22:00et l'entreprise
22:02exploitante
22:03déclare
22:04qu'elle va faire faillite.
22:07C'est l'État
22:08au plus haut niveau
22:09qui décide
22:11qu'il faut
22:12maintenir
22:13une activité
22:14minière
22:15et industrielle
22:16dans la vallée
22:16de l'Orbielle.
22:19En pleine campagne
22:21électorale,
22:22le gouvernement
22:23du président
22:24Valéry Giscard d'Estaing
22:25choisit de préserver
22:27l'emploi
22:27des 2500 salariés
22:29de la mine
22:29contre l'avis
22:31des experts
22:32qui alertent
22:33sur une pollution
22:34déjà dévastatrice.
22:41En 1986,
22:44la grande cheminée,
22:46gorgée de poussière
22:48d'arsenic,
22:49est détruite.
22:55Ça nous touchait
22:56les tripes
22:56parce que pour nous
22:57la cheminée
22:57c'était le totem
22:59des installations.
23:02Il y avait
23:03tout un tas
23:03de vadoux
23:04parce que c'était
23:05un symbole
23:05qui foutait le camp.
23:07Moi,
23:08j'étais à la station
23:09d'angle,
23:09j'avais estimé
23:10que c'était
23:10un bon point de vue
23:12parce qu'ils avaient
23:13quand même mis
23:13des barrières
23:14pour la sécurité.
23:15Il y avait des zones
23:16où on n'avait pas
23:16le droit d'être.
23:26On est tombé
23:27parfaitement
23:27du bon côté
23:28avec un énorme
23:29nuage de poussière
23:30et nous étions en face
23:31et le vent
23:32nous a aidé
23:33puisqu'on a pu récupérer
23:34toutes les poussières
23:35qui venaient chez nous.
23:37On a été,
23:37excusez-moi le terme,
23:38de foutu con
23:39de rester là
23:39parce qu'on n'en avait
23:40pas assez pris
23:41en travaillant.
23:42Il a fallu
23:42qu'on aille voir
23:43d'en prendre davantage
23:44quand c'est tombé.
23:48L'exploitation d'arsenic
23:49est progressivement
23:50abandonné.
23:52Désormais,
23:52l'objectif prioritaire,
23:54c'est l'or.
23:56Jusqu'à présent,
23:58une tonne de minerais
23:59produisait 40 à 60 kilos
24:01d'arsenic.
24:02Mais une tonne de minerais
24:04ne produit que 10 grammes
24:06d'or en moyenne.
24:08Pour trouver cet or,
24:10l'État s'engage
24:11dans un projet titanesque,
24:13la création
24:14de la mine à ciel ouvert.
24:19elle permet une extraction
24:21intensive
24:22des minerais.
24:36On crée une mine à ciel ouvert
24:37pour des raisons économiques.
24:39C'est beaucoup moins coûteux
24:40et beaucoup plus rapide.
24:42On peut sortir
24:43des plus gros volumes.
24:44Pour vous donner une idée,
24:45sur une galerie
24:45souterraine
24:46en une journée,
24:48ça correspond à,
24:49je ne sais pas,
24:5080 tonnes,
24:51100 tonnes.
24:52Nous, on a des camions
24:53à mine à ciel ouvert
24:54qui portaient 85 tonnes
24:55que l'on chargeait
24:56en 5 minutes.
25:01Donc, on va excaver,
25:03on va racler
25:04les couches supérieures
25:05jusqu'à ce que l'on arrive
25:06à des couches
25:07dites rentables.
25:13Ça, c'est tout à fait nouveau
25:15et donc là,
25:15les paysages vont être
25:16totalement bouleversés
25:19et bien sûr,
25:21tout ce qui est raclé
25:22est bazardé à côté,
25:25ce qui va créer
25:25un immense foutoir
25:28qui représente
25:2875 millions de tonnes
25:30qui ne sont pas exploitées
25:35et qui donc,
25:37d'une certaine façon,
25:39génèrent de la pollution.
25:54C'est aussi à cette époque
25:57que les mesures de pollution
25:59deviennent plus précises.
26:02On découvre que dans la vallée,
26:04à certains endroits,
26:06les terres sont contaminées
26:08en profondeur.
26:15Un jour,
26:16mon chef d'équipe arrive
26:17et me dit,
26:18monsieur Braille,
26:18vous allez faire un trou
26:20parce qu'on va récupérer
26:21un camion de salade.
26:23Ah bon ?
26:24Oui, un camion de salade ?
26:26Ah bon ?
26:27D'accord.
26:28Et c'était
26:29les jardiniers de Conques
26:30qui avaient dans leur jardin
26:32des salades
26:33et il y avait eu
26:33des analyses
26:34qui n'étaient pas bonnes.
26:36Donc,
26:36les salades étaient invendables.
26:38Donc,
26:39on a un camion
26:40qui va chercher,
26:42le camion où on mettait
26:43l'arsenic,
26:44qui va chercher
26:45les salades à Conques.
26:47Et puis,
26:48ce jour-là,
26:49le camion de salade
26:50en montant
26:51s'arrête
26:52et laisse les plus jolies salades
26:53à la cantine de Salsignes
26:55parce que,
26:55comme Salsignes
26:56avait acheté les salades,
26:57il était normal
26:58que les ouvriers
26:59puissent les manger.
27:00elles étaient polluées
27:01pour la vente
27:01mais pas pour nous,
27:02bien entendu.
27:09Le fait que les propriétaires
27:10de la mine
27:10rachètent
27:12ces salades
27:13démontrait déjà
27:14qu'ils avaient conscience
27:15que la mine
27:18apportait
27:19des matières dangereuses
27:22dans les sols
27:23et donc dans les produits
27:24qui venaient des sols.
27:25ils le savaient.
27:29C'est une façon,
27:31j'allais dire,
27:32de garantir
27:33une espèce de silence.
27:35De silence
27:36des cultivateurs,
27:37de silence
27:38des maraîchers,
27:39de silence
27:39de la population.
27:551993,
27:58l'État revend la mine d'or
27:59à une société australienne.
28:03mais dans ces galeries,
28:06les rendements ont baissé.
28:09De 10 grammes d'or
28:10par tonne de minerai,
28:12il passe
28:13à 2 grammes
28:14par tonne.
28:43Le rythme
28:45d'extraction
28:46va s'intensifier
28:48pour toujours plus
28:49de déchets toxiques.
28:54C'est la dernière
28:55grande ruée vers l'or
28:57menée en Europe occidentale.
29:03Toute ma carrière
29:04à Selcine,
29:05c'était pour chercher
29:06de l'or.
29:10Les Australiens,
29:11quand ils sont arrivés,
29:12ils voulaient de l'or.
29:13et nous,
29:15on faisait en sorte
29:16d'en trouver.
29:23À Selcine,
29:24l'or est invisible
29:25à l'œil nu.
29:27Il est emprisonné
29:28avec l'arsenic
29:29et d'autres métaux lourds
29:31dans la roche.
29:33Le four ne suffit plus
29:35pour l'isoler.
29:37C'est un traitement chimique
29:39à base de cyanure
29:40dans de nouvelles usines
29:43qui permet
29:44de l'exploiter.
29:46L'ancienne usine
29:47l'a complètement détruite.
29:49Donc,
29:49ils sont repartis
29:50sur une usine
29:53de traitement
29:53neuve.
29:54Après,
29:55c'était des grosses cuves.
29:57Ce n'était pas forcément
29:59sympathique.
30:06Il fallait du rendement
30:08pour avoir
30:09la rentabilité
30:10de la mine.
30:13Donc,
30:13on traitait
30:14des quantités
30:16plus importantes.
30:23Les rejets,
30:24on les mettait
30:25sur ce qu'on appelait
30:26les plages.
30:28J'ai toujours dénoncé
30:29aux Australiens
30:30en disant
30:31qu'on mettait
30:32dans les plages
30:33de l'arsenic
30:34et ça,
30:35c'était dangereux.
30:36Oh ben,
30:37ils s'en foutaient.
30:39Ils avaient
30:40une mine d'or
30:41en Australie
30:42et ils avaient
30:43un tuyau
30:44de 5 kilomètres.
30:45Ils mettaient
30:46tous les rejets
30:47dans le désert
30:47et ils se démerdaient
30:49après.
30:49Voilà,
30:50ce que tu nous avais dit.
30:55La société australienne
30:57va exploiter
30:58la mine
30:58pendant plus de 10 ans
31:01en toute impunité.
31:20Là,
31:21on est arrivé
31:21sur le site
31:22de Montredon,
31:22le pêche de Montredon
31:23comme on dit ici.
31:24C'est une colline
31:27qui est artificielle
31:29en fait,
31:29qui a été formée
31:30par l'entassement,
31:31les entassements successifs
31:33de déchets miniers.
31:34Ça date de l'époque
31:35où c'est les Australiens
31:36qui géraient la mine.
31:37Ils ont eu
31:38cette manière à eux
31:39de l'exploiter
31:40et de stocker les déchets
31:41en les empilant
31:41les uns sur les autres.
31:43Comme on peut le faire,
31:44comme on peut voir
31:44les ordures ménagères
31:46s'empiler les unes
31:46sur les autres
31:47dans les décharges
31:48publiques,
31:49par exemple.
31:51Le problème,
31:51c'est qu'ils ont dépassé
31:53la hauteur maximale
31:54de 20 mètres
31:55puisqu'ils sont montés
31:56à 27 mètres
31:57et du coup,
31:58ça s'est affaissé.
32:00Ça a causé
32:01d'énormes problèmes
32:01de pollution
32:02qui s'est répandue
32:03par derrière
32:04et le BRGM,
32:06le Bureau de Recherche
32:08Géologique et Minière,
32:09a déployé
32:11des efforts considérables
32:12pour essayer
32:13de stabiliser,
32:13d'endiguer
32:14cette pollution
32:16afin qu'elle ne se répande
32:17pas trop.
32:26Autre colline artificielle,
32:29celle de l'Arthus,
32:31un site de stockage
32:33haut de 80 mètres.
32:35Il regorge
32:36de tonnes de poussière
32:37d'arsenic
32:39qui, pendant longtemps,
32:41étaient à peine contenues
32:42par une végétation fragile.
32:48Là où on se retrouve
32:50aujourd'hui
32:50avec un problème
32:51sur les bras,
32:52c'est que la haute
32:53administration
32:55a fait un pont
32:56et un cadeau
32:57formidables aux Australiens
32:58en les dédouanant
32:59de toute responsabilité
33:01pour la protection
33:02de l'environnement.
33:03C'est-à-dire en disant
33:04écoutez messieurs,
33:04on nous fait un chèque
33:05en blanc,
33:06vous laissez pas
33:07l'après-mine,
33:08c'est nous
33:08qui nous en occupons
33:09et on se débrouillera.
33:11Il n'y a pas grand monde
33:12dans ce secteur,
33:13c'est tous des ploucs,
33:14un peu plus
33:15ou un peu moins
33:16de pollution,
33:17ils y sont habitués,
33:19ils vont fermer
33:20leur gueule
33:20et ça va bien fonctionner.
33:22Alors que les autres,
33:23ils avaient pris le pognon.
33:39Alors que la société australienne
33:42exploite la mine,
33:44le four géant,
33:46désormais obsolète,
33:48est confié
33:49à une société française,
33:50la CEPSE,
33:52afin,
33:53en théorie,
33:54de dépolluer
33:55la vallée
33:56en brûlant
33:57à très haute température
33:59des déchets
34:00chargés en arsenic.
34:02Les dirigeants
34:03vont dire
34:04à l'État français
34:05vous avez là
34:07le plus grand four
34:08water jacket
34:09du monde,
34:11vous avez là
34:11les meilleurs ouvriers
34:13spécialistes
34:14de l'arsenic
34:14au monde,
34:16donnez-nous
34:16beaucoup d'argent
34:18et nous allons
34:19diriger
34:20la dépollution
34:22de la vallée.
34:25Nous avions,
34:26je suis là-dedans,
34:28bien entendu,
34:29un espoir
34:30de voir
34:30continuer
34:31ce four
34:32d'une certaine façon
34:34parce que ce four
34:36on l'aimait
34:36et leur message
34:37était
34:38vous avez des produits
34:39qui contiennent
34:39de l'arsenic,
34:40envoyez-nous-les,
34:41nous on va les traiter
34:42et on est capable
34:43de le faire.
34:44Comme c'était des voyous,
34:45ils ont menti,
34:46comme tous les voyous.
34:50en vérité,
34:51cette entreprise
34:52va importer
34:54des déchets toxiques
34:56venus
34:57du monde entier.
34:58On a tout récupéré,
35:00des pots de peinture,
35:01tous les décodeurs
35:02Canal+,
35:03toutes les cochonneries
35:04du monde entier
35:04s'en suivent.
35:08Ils ont importé
35:10des produits
35:11arséniers
35:12de Grèce,
35:12du Japon,
35:13de partout.
35:14Ils ont fait rentrer
35:15des merdes de partout.
35:17Ils ont créé
35:18un hangar immense.
35:21On a tenté
35:22de transformer
35:23un four
35:24qui était fait
35:25pour quelque chose
35:26de précis
35:26en incinérateur,
35:28ce qui ne pouvait
35:29pas fonctionner.
35:30On voyait
35:31les camions monter,
35:32on ne savait pas
35:33ce qu'il y avait dedans.
35:34Un soir,
35:34je remontais
35:36d'une réunion
35:37syndicale très tard.
35:40Je suis passé
35:41au pied de l'usine.
35:42Ça sentait le chlore.
35:45Il y avait des gars
35:46avec un tuyau
35:46qui essayait
35:47d'éteindre
35:48un tas de trucs
35:49en feu.
35:51Ça sentait le chlore.
35:52Ça n'a jamais senti
35:53le chlore.
35:54Ça s'en signe.
35:55Donc qu'est-ce que c'était
35:56comme un déchets.
36:00Il n'y a que les piles
36:02de missiles
36:03qu'on a reçues
36:04au camion
36:05et au lithium.
36:06Ça, on le savait,
36:07c'était dans des cartons
36:07et il y avait
36:08armée française.
36:10Donc de temps en temps,
36:11on mettait une pile
36:12dans la charge du four.
36:13Quand ça arrivait
36:14dans le point de fusion,
36:16ça explosait.
36:19on a travaillé
36:21comme des apprentis sorciers.
36:23Je pense qu'on a inventé
36:25des formules chimiques
36:25qui n'existent pas.
36:40Les employés du four sont exposés
36:44à des émanations toxiques
36:45incontrôlables.
36:47Un soir,
36:50Max Braille s'effondre.
36:54Ce soir-là,
36:55j'allais partir
36:56pour prendre mon poste
36:57et j'ai perdu connaissance
36:58à la maison.
37:01Je m'étouffais,
37:03je régurgidais,
37:04je ne me souviens
37:04de plus rien.
37:09J'ai passé ensuite
37:10quatre mois
37:11dans une fatigue extrême,
37:13mais vraiment extrême.
37:16Je ressemblais à un vieillard.
37:22Je marchais avec une canne.
37:24J'avais du mal à respirer.
37:28Donc là,
37:29ça pose des questions.
37:32Et là,
37:33j'ai un journaliste
37:34qui m'appelle
37:35et qui me demande
37:36ce qui se passe
37:36à la CEPSE.
37:39J'étais déjà élu.
37:42J'ai dit, écoutez,
37:43on met les gens en danger.
37:45On sacrifie l'environnement.
37:47Et si on continue,
37:49on va tuer des gens.
37:53Pour avoir parlé,
37:56Max Braille est licencié.
37:58Mais grâce à son témoignage,
38:00une enquête judiciaire
38:01est ouverte.
38:03La CEPSE est liquidée,
38:05ses dirigeants condamnés
38:06à de la prison.
38:112004,
38:13c'est la fin.
38:15Toutes les activités minières
38:16de la vallée
38:17sont arrêtées.
38:19Les 20 dernières années
38:20ont généré
38:21autant de pollution
38:22qu'un siècle
38:24d'exploitation.
38:27la quantité d'or
38:28totale
38:28qui a été extraite
38:29de ce signe,
38:30qui est en gros
38:31un équivalent
38:32de 200 tonnes,
38:33ce n'est même pas
38:34la moitié de la pièce
38:34dans laquelle nous sommes,
38:35en volume.
38:37Alors quand vous regardez
38:38que pour un volume
38:39de cette sorte-là,
38:41on a créé
38:41des montagnes artificielles
38:43qui ont changé
38:45complètement
38:46la morphologie
38:47de l'environnement,
38:50il y a un certain nombre
38:51de questions
38:52qui peuvent venir.
38:54Sur un siècle
38:56d'exploitation,
38:57on peut estimer
38:58que le chiffre d'affaires
38:59a été au minimum
39:01de 10 milliards d'euros.
39:04Dans ces 10 milliards d'euros,
39:05les bénéfices
39:06ont été pour le privé
39:08et le public,
39:10lui,
39:11va se retrouver
39:11à gérer
39:12le passif.
39:17Depuis les années 70,
39:20la plupart des sociétés
39:22qui ont exploité la mine
39:24ont contourné
39:25leurs obligations
39:26environnementales.
39:30Elles ont laissé
39:31un bilan catastrophique.
39:353 millions de tonnes
39:36de déchets toxiques,
39:37dont 850 000 tonnes
39:39d'arsenic,
39:40réparties dans toute la vallée,
39:43la loi impose
39:45à l'État
39:45de gérer
39:46cette apréline
39:47et donc,
39:49évidemment,
39:51la pollution.
39:51est-ce qu'il y a
40:05l'économie ?
40:10C'est-à-dire qu'il y a
40:18l'économie ?
40:21et de les confiner
40:22sur place
40:23charge à l'État
40:24de prendre
40:24toutes les mesures
40:25possibles
40:26pour éviter
40:27que ces matières polluées
40:28ensuite se retrouvent
40:29dans les milieux naturels
40:31et les écosystèmes.
40:32C'était ça,
40:33en fait,
40:33la stratégie.
40:42Le plus gros problème,
40:44c'est d'avoir fait
40:45des estimations
40:46de stockage
40:47sur quelques mois,
40:50quelques années
40:50uniquement
40:52pour quelque chose
40:53qui va durer
40:5410 000 à 100 000 ans.
41:03L'objectif de la réhabilitation,
41:05ça a été de traiter
41:06les déchets sur site.
41:07Donc, les déchets,
41:08c'est tout ce qui va être
41:09des matériaux impactés,
41:11pollués.
41:13Tout a été stocké
41:14sur place,
41:15conditionné,
41:16avec une gestion
41:17des eaux d'infiltration
41:18au travers de canalisations,
41:20de drains
41:21qui vont acheminer
41:22toutes ces eaux
41:22qui traversent
41:23les différents stockages
41:24à la station
41:24de dépollution.
41:30Cette station
41:31de dépollution
41:32recueille les eaux toxiques
41:34des différents sites
41:35de stockage
41:36des déchets.
41:39Un traitement chimique
41:41isole l'arsenic
41:43dans des bouts.
41:46Elles sont ensuite chargées
41:48dans des géotubes,
41:50des sortes de sacs géants
41:51qui peuvent contenir
41:5390 tonnes
41:54de ces bouts
41:56arséniées.
41:57Une fois qu'ils sont
41:58pleins ces sacs,
41:59on va évacuer
42:00vers une installation
42:01de stockage dédiée.
42:06On arrive à piéger
42:07près d'une tonne
42:08d'arsenic par an.
42:10On va continuer
42:11à entretenir
42:12la station de dépollution
42:13pendant un nombre
42:15d'un nombre d'années
42:15indéfinie.
42:16Il va y avoir
42:17toujours une concentration
42:18d'entrée
42:19qui sera importante.
42:20On n'a pas observé
42:20de baisse
42:21en entrée de la station
42:22depuis le début
42:23de notre gestion.
42:26Les capacités
42:27de la station
42:28sont-elles suffisantes
42:29pour éliminer
42:30les millions
42:31de tonnes d'arsenic ?
42:34Mal isolées,
42:36instables,
42:38les déchets miniers
42:39n'ont jamais cessé
42:40d'empoisonner la vallée.
42:42Mais théoriquement,
42:44tout était sous contrôle
42:45jusqu'à la nuit
42:48du 15 octobre 2018.
43:05Lorsque nous avons compris
43:07ce qui se passait
43:07et que nous sommes
43:08rapidement descendus
43:09dans le bas du village,
43:11on s'est retrouvés
43:13face à des scènes de guerre.
43:15Je n'ai pas vécu la guerre,
43:15mais j'imagine
43:16que ça doit être
43:17quelque chose comme ça.
43:18Les panneaux de basket,
43:19complètement pliés.
43:20La cour de récréation,
43:22l'école des petits,
43:23tout a été inondé,
43:24tout a été sacragé,
43:24les barrières cassées,
43:26de la boue partout.
43:28Il y a des objets,
43:29des jouets,
43:30des tables.
43:31Oh, bon, bon,
43:31il y a de tout partout.
43:35Le BRGM,
43:36on a été très inquiets
43:37parce que l'événement
43:38en termes d'intensité
43:39pluviométrique
43:40était vraiment exceptionnel.
43:41Donc, on s'est rendu sur place,
43:43on a réalisé des travaux
43:44de mise en sécurité
43:45d'urgence
43:45et puis on a renforcé
43:47le suivi environnemental.
43:49Donc, on est passé
43:49d'une certaine de points
43:51à une centaine de points
43:52de suivi.
43:54Je vois dans les journaux,
43:56je vois à la radio,
43:58je vois à la télévision même,
43:59des déclarations officielles
44:02de l'ARS,
44:03l'Agence Régionale de Santé,
44:05du BRGM,
44:06Bureau de Recherche Géologique,
44:08etc.,
44:09de la préfecture,
44:10je vois des annonces
44:11disant qu'il n'y a pas
44:12de quoi s'affoler,
44:14tout va bien.
44:15Des administrations
44:16qui vous disent
44:17mais il n'y a rien,
44:19il n'y a pas de surpollution,
44:21vous pouvez presque
44:21vous baigner dans leur bien.
44:24Naïvement,
44:24on refait confiance à l'État.
44:26Je dis bien naïvement.
44:28Et puis, le temps passe
44:30et puis c'est six mois après
44:31qu'on découvre la pollution
44:32dans la cour de l'école.
44:54En arrivant ici à l'Astour,
44:57Max Braille,
44:58le maire de l'Astour,
44:58nous dit
44:59mais puisque vous avez
45:01un appareil
45:01pour faire des mesures locales,
45:04est-ce que vous pourriez
45:04faire des mesures
45:05dans la cour de l'école ?
45:11Puis là, il se déplace.
45:12Et au fur et à mesure
45:13qu'il se déplace,
45:15là, ça monte,
45:17ça monte, ça monte.
45:19Puis là,
45:20pas possible.
45:22Dans la cour de l'école,
45:23nous avons trouvé
45:23des valeurs d'arsenic
45:24qui étaient jusqu'à
45:261000 mg par kg.
45:28donc, c'est énorme.
45:30Et ça, c'est donc
45:31à nouveau très dangereux,
45:33d'autant plus que les enfants
45:35vont mettre la main par terre,
45:36ils vont toucher tout ça.
45:42les gosses,
45:42ils jouent dans cette merde.
45:49De suite,
45:50je vais voir l'institutrice,
45:52j'ai dit,
45:52attendez, stop,
45:53vous n'allez plus
45:54dans la cour de l'école.
45:55Vous n'allez plus
45:56dans la cour de l'école.
45:58Je m'attendais,
45:59on fait jouer
45:59les enfants
46:00dans des trucs d'arsenic.
46:03c'est impensable.
46:09Je préviens la communauté
46:10de communes,
46:11je préviens tout le monde,
46:11je préviens la préfecture,
46:12je préviens ici,
46:13je préviens là,
46:14et puis ça s'emballe,
46:16bien entendu,
46:16parce que là,
46:17tout le monde
46:17prend conscience
46:19qu'à tous les endroits
46:20où ça a été inondé,
46:21leurs gamins,
46:21ils ont pataugé
46:22dans la merde.
46:25Mais même ceux
46:26qui ont nettoyé,
46:27même les gens
46:28qui ont sorti
46:29les produits,
46:30même ceux qui sont venus
46:31apporter leur secours
46:32venant d'ailleurs,
46:34ces gens-là,
46:34ils ont travaillé
46:35à même nus
46:35à certains endroits.
46:38C'est dramatique.
46:46Les services de l'État
46:47vont proposer
46:48une campagne
46:49de dépistage d'arsenic
46:51sur les enfants
46:52de la vallée.
46:57On nous parle
46:58de prélèvements possibles
47:00au centre hospitalier
47:01de Carcassonne
47:02pour dépister
47:04la présence d'arsenic
47:05dans les urines
47:06des enfants.
47:08Le taux pour mes deux filles
47:10est extrêmement élevé
47:11par rapport
47:11à la normalité.
47:16Effectivement,
47:17il y a des taux d'arsenic
47:18qui dépassent
47:19toutes les moyennes,
47:20etc.
47:20On analyse,
47:21notez bien,
47:22que les enfants,
47:22et on ne recherche
47:24que de l'arsenic.
47:25Mais les adultes,
47:27eux,
47:28se voient refuser
47:29toute demande d'examen.
47:32Là,
47:33on est exaspérés,
47:34soyons clairs.
47:35Et là,
47:35on prend une initiative,
47:36on dit,
47:37bon,
47:37si vous ne voulez pas
47:38faire d'enquête,
47:39nous,
47:39on va la faire.
47:44M. Balbastre,
47:45nous propose de faire
47:46des prélèvements
47:46de cheveux
47:47qui permettent d'une part
47:48d'agrandir le champ
47:49d'analyse.
47:50Ce n'est pas que centré
47:51sur l'arsenic.
47:54Ça donne
47:55une autre dimension
47:56à cette contamination
47:57et notamment
47:57parce que les adultes
47:59peuvent être testés.
48:01On va analyser
48:02les cheveux des gens
48:04dans tous les coins
48:04de la vallée.
48:06On en a pris
48:07et retenu
48:07102.
48:10Tout le monde
48:10sur les 102
48:11a au moins
48:12un métal toxique
48:13dans son corps.
48:14Tout le monde.
48:15Au moins un.
48:16La moyenne,
48:17c'est 5,5
48:19métal toxique
48:19dans le corps des gens.
48:21Et le maximum,
48:23c'était 21.
48:26Et donc,
48:27pour mes deux filles
48:28et pour moi,
48:28on a une liste longue
48:29comme le bras
48:30de métaux lourds,
48:31de différents composés
48:33qui sont en nous.
48:35Au total,
48:3633 métaux lourds
48:37sont découverts
48:38dans le corps
48:38des habitants.
48:40Il est à ce jour
48:41difficile d'en mesurer
48:42l'impact.
48:44Les trois principaux,
48:46le plomb,
48:49le mercure
48:51et bien sûr,
48:53l'arsenic.
49:03Les services de l'administration
49:05et l'État
49:05ont la plus grande part,
49:07à mon sens,
49:07de responsabilité.
49:09Parce que,
49:09si on regarde bien
49:11tous les arrêtés
49:11de fonctionnement,
49:13si on regarde bien
49:14toutes les autorisations
49:15qui sont écrites,
49:16jamais il doit se passer
49:18ce qui s'est passé.
49:20parce que normalement,
49:22toutes les barrières
49:23sont construites.
49:27Les pouvoirs publics
49:28ne se sont pas réveillés
49:28un matin en disant
49:29qu'il y avait un sujet
49:29sur cette vallée.
49:30Depuis les années 80,
49:32si on fait un peu
49:32d'archéologie administrative,
49:35il y a eu, je crois,
49:36150 arrêtés préfectoraux
49:38qui concernent cette vallée
49:39entre les années 80
49:40et la fin
49:40de l'exploitation minière.
49:42L'encadrement des activités
49:43de la mine,
49:44les contraintes
49:44qu'on a pu imposer
49:45aux exploitants
49:46quand ils n'étaient pas défaillants,
49:48les réglementations
49:49qu'on a pu imposer
49:49aux populations,
49:50elles se sont faites
49:51sur la base d'une législation
49:52qui a depuis beaucoup changé
49:53et sur la connaissance
49:54d'une pollution
49:54qui a aussi beaucoup évolué.
50:02La pollution existe,
50:04c'est évident,
50:04mais il n'y a pas
50:05d'industrie propre,
50:06de toute façon.
50:06Mais après,
50:07il faut relativiser
50:08et il faut savoir
50:09ce qu'on veut aussi.
50:10Moi, la mine,
50:10elle m'a fait bouffer,
50:11j'ai du mal à dire
50:13c'est salaud,
50:14voilà,
50:15j'ai participé
50:15à l'exploitation
50:16en conscience.
50:18Après,
50:18il faut savoir
50:18ce qu'on veut aussi.
50:20Là, je vois
50:20que vous avez
50:20tous des appareils,
50:21des appareils téléphoniques,
50:23vous avez des voitures,
50:24tout ça,
50:25ça existe
50:26parce qu'il y a des mines.
50:31Est-ce que l'on peut
50:32envisager
50:33de maîtriser totalement
50:34la pollution
50:34sur la vallée de l'Orbielle
50:35dans la mesure
50:36où cette pollution
50:38est issue
50:38de dizaines
50:39voire de centaines
50:40d'années d'exploitation,
50:42ça me paraît illusoire
50:44de penser
50:44qu'on pourra revenir,
50:46on ne peut pas revenir
50:46à l'identique
50:47d'avant l'exploitation.
50:50L'État a fait
50:52ce qu'il pouvait
50:54mais il n'a pas fait
50:55ce qu'il devait.
50:59Il aurait fallu
51:00que l'État
51:01gère de façon
51:02beaucoup plus responsable
51:04au plan environnemental
51:06puisque déjà
51:06de nombreuses alertes
51:08avaient été données.
51:10Nombre de représentants
51:11de l'État
51:12le savaient
51:13mais tout le monde
51:16s'est tue.
51:18On estime
51:19que pendant
51:20au moins
51:2120 000 ans
51:23cette vallée
51:24va envoyer
51:26en aval
51:27autour
51:28de 800 000 tonnes
51:30d'arsénique.
51:31Et je ne parle pas
51:32de tous les autres
51:33polluants
51:34qui vont repartir
51:37dans l'ensemble
51:38de la vallée de l'Aude
51:39et puis dans la mer
51:40méditerranéenne.
51:41Ça va durer
51:42au moins
51:4320 000 ans.
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