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PRÉFACE avec Caroline LUNOIR "Celui qui part"

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Transcription
00:00...
00:14Merci d'être fidèle à Préface, le rendez-vous avec les auteurs qui font l'actualité.
00:17Nous avons le plaisir d'accueillir aujourd'hui Caroline Lunoire.
00:20Merci d'avoir répondu positivement à notre invitation.
00:24C'est votre cinquième livre qui est publié.
00:26Nous nous étions rencontrés précédemment en 2019 déjà pour Première dame.
00:31Puis entre-temps, vous avez vécu votre vie de femme, de mère, professionnellement aussi,
00:36puisque je rappelle que vous êtes avocate.
00:38Mais il y a ces deux casquettes, avocate et puis romancière.
00:41Pourquoi l'écriture compte-t-elle autant dans votre vie ?
00:43Je pense que c'est pour moi un moyen d'émancipation de mon quotidien,
00:47un côté, le côté peut-être le plus fun de ma vie et d'inspiration aussi.
00:53Comme ça, je m'évade et je peux vivre aux côtés de personnages que je crée
00:57avec des fictions qui m'accompagnent pendant de nombreuses années avant que le livre puisse...
01:02L'écriture est une soupape, une respiration dans votre vie de tous les jours ?
01:06Une soupape, une urgence, une nécessité et un plaisir.
01:12Plaisir que vous procurez aussi au lecteur avec ce nouveau titre,
01:15« Celui qui part chez Jean-Claude Lattès ».
01:17Je vous l'ai dit en préambule, moi c'est un livre qui m'a pas mal chamboulé.
01:21Oui, nous ne sommes pas dans notre époque contemporaine,
01:23mais on n'est pas loin puisque nous sommes en 2033.
01:26La Russie continue à envahir petit à petit l'Europe
01:30et la France n'est pas encore envahie, mais en tout cas la situation est complexe.
01:34Et puis il y a de nouvelles règles qui se mettent en place.
01:36Nous allons faire connaissance avec une famille, une famille parisienne bien implantée,
01:40mais qui souffre aussi puisqu'il y a des difficultés dans le quotidien.
01:42C'est Marie, c'est Nicolas et puis ils ont ce jeune garçon, ce jeune garçon Nathan.
01:47Présentez-nous un petit peu cette famille parisienne de 2033.
01:51Alors c'est une famille avec un fils unique, ce qui comptera quand même dans l'histoire,
01:56qui vit juste à côté de Paris, au Crémen 17, mais qui travaille à Paris.
02:01Elle a un train de vie ni modeste ni confortable.
02:07Donc elle subit les nécessités du quotidien et l'impact de la guerre sur l'économie.
02:12Et elle va être confrontée à l'appel du fils unique à rejoindre les forces armées
02:17à raison d'une condamnation à une peine délictuelle dont il a fait l'objet
02:22et qui va être commuée en obligation de servir sur le front.
02:27L'armée régulière, manquant cruellement d'hommes pour affronter la guerre aux portes de l'Europe.
02:33Alors précisons qu'effectivement, aujourd'hui, ça c'est une situation qui n'existe pas,
02:36mais vous vous dites, voilà, en 2033, peut-être que les choses peuvent évoluer
02:40et peut-être que c'est quelque chose qui pourrait être légiféré,
02:42c'est-à-dire qu'une peine pourrait être commuée en une obligation d'aller sur le terrain.
02:46C'est un débat qui a déjà eu politiquement.
02:49On a déjà eu des propositions de loi pour que des délinquants
02:53qui seraient condamnés à des peines de prison soient contraints d'aller servir dans les forces armées.
02:59Et je pense que c'est un débat qui se pose à chaque fois qu'il y a une mobilisation
03:02nécessaire dans l'armée
03:05puisque le citoyen lambda a du mal à imaginer que leurs fils, leurs frères, leurs pères
03:10ou même leurs fils, si les femmes sont appelées à servir, ait cette obligation
03:14alors que des détenus resteraient, soi-disant, au chaud sans payer ce tribut et ce devoir à la nation
03:22alors même qu'ils doivent purger une peine.
03:24Donc c'est une situation qui est projetée, mais qui est le cas en Russie, notamment,
03:31qui est le cas aussi en Ukraine et qui est régulièrement posée dans le cadre de conflit armé.
03:36Avec ce livre, même si vous faites un parallèle avec notre époque contemporaine,
03:40même si vous nous placez dans une époque pas très lointaine, 2033,
03:45vous racontez finalement quelque chose qui existe depuis la nuit des temps
03:48lorsque des parents, lorsqu'une mère, lorsqu'un père voit leurs enfants
03:52ou voit leur fils unique partir au combat, tout ce que ça peut procurer.
03:56Et peut-être que, et c'est la question que vous posez,
03:58il y a un moment où on fait tout pour que ce départ ne se fasse pas.
04:01C'est finalement ça le point de départ.
04:02C'est que Marie ne supporte pas d'imaginer son fils.
04:04Exactement. C'est une question qui m'emmène depuis longtemps.
04:07Et en fait, ce texte m'a été inspirée par une chronique judiciaire que j'ai lue,
04:11qui est la chronique d'un procès qui s'est tenu en 1861, je crois d'ailleurs,
04:17donc pendant les campagnes napoléoniennes, avec un moment de conscription massive.
04:23Et j'avais cette idée en tête depuis très longtemps,
04:26mais c'était difficile de lui trouver une actualité
04:30ou même une nécessité au regard de notre situation en France.
04:35Et je dois dire que l'envie d'écrire sur ce sujet
04:40s'est réactivée avec l'invention de la Russie en Ukraine,
04:43puisque ça a replacé la guerre aux portes de l'Europe
04:47et a reposé la question de la mobilisation massive des hommes,
04:52en l'occurrence des hommes de 25 à 60 ans,
04:54avec une interdiction de sortir du pays pour les hommes de 18 à 60 ans
04:57qui m'a énormément marquée.
04:59Et j'ai voulu me poser la question,
05:01puisqu'aujourd'hui dans nos familles, on ne connaît plus ce devoir de servir.
05:06Notre génération n'a plus de pères
05:09qui ont été appelés à combattre dans l'armée.
05:13C'est un ordre qu'on ne connaît plus.
05:15J'ai voulu le réinjecter,
05:17vu la situation politique et géopolitique de notre monde,
05:20et voir comment une famille vivait avec cette épée de Damoclès
05:23sur la tête d'un être cher,
05:26un frère, un père, un fils, un homme aimé,
05:29et comment elle allait se positionner face à ce devoir
05:32qui tombe comme une obligation de payer l'impôt,
05:36celui d'aller peut-être mourir pour la pertrice.
05:38Ce qui est intéressant, c'est que c'est Marie,
05:40notamment, qui va beaucoup mener l'histoire,
05:41mais il y a Marie, puis il y a son époux, Nicolas,
05:44et tous deux sont attachés à leur fils.
05:46Tous deux n'ont pas envie de le voir partir,
05:47mais ils ne le montrent pas de la même façon,
05:49et ils n'entreprennent pas les mêmes démarches
05:51pour essayer de retarder l'échéance qui arrive très progressivement.
05:56Il y a une tension qui monte dans l'écriture du livre.
06:00Dans quel état d'esprit étiez-vous,
06:01vous qui êtes vous-même mère de famille,
06:03dans quel état d'esprit étiez-vous à l'écriture du livre,
06:05et face aussi à l'actualité de tous les jours ?
06:08Parce que dans le livre, on voit la Lituanie envahie,
06:10on voit la Pologne envahie.
06:11On n'en est certes pas là aujourd'hui,
06:12mais vous regardez l'actualité comme tout le monde.
06:15Donc, quel était l'état d'esprit de l'écriture ?
06:16C'est étonnant, parce que j'ai commencé à écrire ce livre il y a trois ans,
06:19vraiment, en me mettant vraiment au travail,
06:20et ce qui paraissait être un dispositif au départ
06:23pour placer cette histoire dans une forme d'actualité française
06:26est devenu de plus en plus concret,
06:28à raison des tensions géopolitiques
06:30et de cette crispation qui semble de plus en plus actuelle.
06:36Donc, c'était assez fascinant
06:37de voir que des scénarios imaginés il y a trois ans
06:42pouvaient avoir une crédibilité aujourd'hui
06:44ou un caractère concret qui est très angoissant.
06:48Ce livre, je pense qu'il pose aussi beaucoup la question,
06:50et vous l'avez dit dans votre question de la parentalité,
06:53comment on se place vis-à-vis de son enfant,
06:56qu'est-ce qu'on projette sur lui,
06:57qu'est-ce qu'il représente dans notre vie,
06:58est-ce qu'il est tout le sens de notre vie ou pas ?
07:01Et étant mère de deux jeunes garçons,
07:03je pense que ça a été un travail d'exorcisme aussi,
07:06avec une forme très radicale dans ce texte,
07:09et très exubérante,
07:10mais qui est toujours intéressante,
07:12je trouve, pour poser la question de...
07:14C'est une question que le chef d'état-major des armées
07:17nous a posée directement.
07:18Est-ce qu'on est prêt à accepter
07:20de voir partir nos enfants à la guerre,
07:21de perdre nos enfants ?
07:22Et c'est le centre, le cœur de ce livre.
07:26Le roman est assez glaçant,
07:28parce que nous sommes en ambile 33, certes,
07:31mais vous nous racontez notre quotidien,
07:33c'est-à-dire que même s'il y a des difficultés économiques,
07:36même si tout n'est pas comme avant,
07:37puisque nous sommes en situation de guerre dans le roman,
07:39on essaye de faire comme si.
07:42Et c'est un petit peu ce que nous vivons aujourd'hui.
07:43La guerre nous semble encore relativement loin,
07:46même si on sait qu'elle se rapproche.
07:48Donc il y a ce côté glaçant,
07:50et néanmoins, dans votre écriture,
07:52vous voulez mettre beaucoup de poésie.
07:54Il y a à plusieurs reprises des extraits de poèmes
07:57que vous avez choisis.
07:58Pourquoi était-ce important ?
07:59C'était important parce que quand on parle de la guerre,
08:02c'est un sujet de littérature vraiment constant, je veux dire.
08:05Et on a l'impression que, quand on regarde par exemple le travail des poètes que je cite,
08:11tout a été déjà dit, tout a été déjà écrit.
08:13En fait, on sait cette perte, on sait cette angoisse,
08:16on sait la blessure de ceux qui reviennent,
08:18on sait la peur d'oublier ceux qui sont morts
08:22pour que les autres puissent continuer ensuite à vivre et à vivre en paix.
08:26Et donc c'est fascinant ce cycle
08:30qui revient d'un danger,
08:32de fait qu'on y court sans arriver à le stopper.
08:37Et donc j'ai voulu mettre en écho
08:39ce qui a déjà été écrit,
08:41qui pourtant est enseigné à l'école,
08:43qui fait partie de notre patrimoine,
08:44qui fait partie de notre quotidien,
08:46et ce danger aujourd'hui qui semble assez prégnant.
08:50Il y a Marie, il y a Nicolas,
08:51et puis il y a cet ado de 17 ans, Nathan,
08:54qui lui aussi a ses rêves, ses envies, ses aspirations.
08:56Vous allez forcément vous attacher, vous aussi,
08:58à ces trois personnages.
08:59L'histoire est magnifique, bouleversante.
09:02Et puis surtout, il y a une chute,
09:04il y a un final auquel on ne s'attend pas.
09:05C'est un gros coup de cœur.
09:07C'est votre actualité, Caroline Lenoir.
09:08Ça s'appelle « Celui qui part »
09:09et vous êtes publié aux éditions Jean-Claude Lattès.
09:11Merci beaucoup.
09:21Sous-titrage Société Radio-Canada
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