00:00Alors ce 17 avril, on célèbre le très tristement célèbre jour où le Cambodge perdit la quasi-totalité de ses
00:06plus grandes voix.
00:07On est alors en 1975, les Khmer Rouges menés par leur chef Pol Pot débarquent à Phnom Penh, la capitale
00:13du Cambodge,
00:13et commencent donc un massacre qui va durer 3 ans, 8 mois et 20 jours.
00:18Le génocide cambodgien qui va coûter la vie entre 1,5 et 2 millions de personnes.
00:23Et évidemment parmi tous ces gens, des artistes, des chanteurs, des instrumentistes, des danseurs, acteurs ou des compositeurs.
00:30Qui vont se retrouver en première ligne.
00:32Mais alors pourquoi eux ?
00:33Parce que comme nous le rappelle l'excellent documentaire Don't Think, I've Forgotten, Cambodia's Lost Rock'n'Roll,
00:39qui raconte cette histoire à merveille, les artistes cambodgiens de l'époque,
00:42ils incarnaient justement tout ce que les Khmer Rouges souhaitaient vraiment faire disparaître.
00:46Si vous voulez éliminer la société, les anciennes valeurs, il faut commencer par éliminer les artistes.
00:52Parce que les artistes sont influents.
00:54Les artistes sont proches du peuple.
00:57Ils sont influents, ils sont proches du peuple.
00:59Et puis comme je vous le disais particulièrement aux antipodes du régime radical de Pol Pot,
01:04les artistes sont donc devenus les ennemis à abattre en priorité.
01:08Puisqu'à ce moment-là, le Cambodge était vraiment dans son âge d'or musical.
01:11La scène locale y incarnait la liberté, la créativité, l'ouverture sur l'Occident,
01:16les radios diffusées du rock, de la soul, du twist, de la musique psychédélique.
01:20Et tout ça porté par une génération d'artistes qui s'est amusée à mélanger toutes ses influences.
01:25La musique traditionnelle qui rencontre la musique américaine et qui peut ressembler, entre autres, à quelque chose comme ça.
01:40Alors là, vous entendiez, Ross s'est ressauté à une immense star nationale dans les années 60 et 70.
01:45Mais évidemment, il y en avait d'autres.
01:47Celui qu'on appelait le crooner du Cambodge, notamment un certain Sine Sissamaos.
01:51Ou alors cette artiste un petit peu plus provoquante, faisant des textes audacieux, modernes, une reine qui s'appelait Panron.
01:58Et dont l'une de mes chansons favorites, c'est celle-là.
02:09Don't speak dans sa traduction en langue de Shakespeare.
02:11Puisque oui, je n'ai effectivement pas fait Cambodgien LV2.
02:14Mais bref, c'était quelques exemples de cette scène rock psychédélique hybride
02:18qui faisait alors toute la force culturelle du pays.
02:21Et qui, tristement, va donc s'éteindre bien plus vite qu'elle n'était apparue.
02:24Dans les premières semaines, la quasi-totalité des artistes seront arrêtés, envoyés dans des camps ou bien exécutés sans procès.
02:32Et pendant que d'autres tentaient de se cacher ou de s'inventer d'autres professions pour échapper à ce
02:36drame,
02:37on détruisait les studios, on brûlait les instruments, on confisquait les enregistrements.
02:41Si bien qu'en 2026, il n'en restait seulement que quelques traces.
02:44La plupart des chanteurs et musiciens de cette scène ont disparu dans le génocide, très souvent dans l'anonymat.
02:50Sans qu'on sache exactement ni où, ni comment.
02:53Ils sont morts.
02:53Toute une culture, toute une scène ultra-riche, complètement réduite au silence.
02:58Alors qu'elle était quand même l'une des plus vibrantes de toute l'Asie.
03:01Aujourd'hui, il reste quand même quelques cassettes rescapées de tout ça, retrouvées par hasard, sorties de leurs cachettes.
03:06Mais alors sans pochettes, ni crédits.
03:08Ce qui fait qu'on a quelques compilations qui existent, mais on n'est même pas vraiment certain de qui
03:12chante ou de qui joue vraiment la musique.
03:14Des archives toutefois parmi les plus précieuses de l'histoire de la musique et dont je vous propose de découvrir
03:19un extrait ensemble.
03:20Give me one kiss.
03:21C'est un titre qu'on attribue à Dara Cham Chan, un joyau du Cambodge qu'on contemple ensemble sur
03:27Nova.
03:27Sous-titrage Société Radio-Canada