00:00C'est un petit bout de France à l'autre bout du monde, un archipel de quelques milliers d'habitants
00:06à peine au large du Canada.
00:07Mon invité est le député de Saint-Pierre-et-Miquelon. Il siège au sein du groupe Liotte à l'Assemblée.
00:27Bonjour Stéphane Lenormand.
00:28Bonjour.
00:30Alors ça fait quelques années maintenant que vous êtes engagé en politique. Mais alors chez vous, l'engagement il prend
00:34plein de formes différentes. Pas que politique, il y a eu le syndicalisme. Et puis alors il y a les
00:38associations, le milieu associatif. J'ai retrouvé une archive vidéo de vous assez étonnante. Ça date de 2002.
00:46Voilà, je suis dans la peau d'un soldat allié dans les Ardennes. Le débarquement vient d'avoir lieu.
00:53Nom de code, First Personal Shooter. Ce sont les jeux PC d'action et de guerre les plus prisés.
00:59Âmes sensibles, s'abstenir. Désormais, les amateurs du genre peuvent se retrouver en réseau au sein de l'association SPM
01:07LAN pour s'adonner à leur passe-temps favori.
01:10Finis donc les parties en solo ou sur Internet. Plus on est de fou, mieux en joue.
01:14Alors le gamer qu'on vient de voir, c'est vous. Vous avez pris la tête d'une association de
01:19jeux vidéo en réseau au début des années 2000. Je comprends mieux pourquoi vous faites souvent référence à ce câble
01:25sous-marin qui relie Saint-Pierre-et-Miquelon au Canada et qui vous permet d'avoir l'Internet au débit.
01:30Et d'ailleurs, ce cadre, j'ai eu la chance de l'inaugurer en tant que président de la collectivité
01:36puisque c'est quelque chose qui faisait partie des projets politiques que l'on portait, le désenclavement de notre territoire.
01:42Alors, ce n'est pas forcément lié à mon appétence pour le jeu vidéo, mais disons que, et vous l
01:46'avez un peu évoqué, on a une vie très riche à Saint-Pierre-et-Miquelon.
01:49C'est un tissu insulaire et naturellement, tout ce qui est associatif est extrêmement fort et permet à la plupart
01:56des jeunes qui veulent s'investir d'avoir ce tremplin, de se lancer dans l'intérêt général en fait.
02:02Mais les jeux vidéo, j'aimerais qu'on en parle quand même. Ça reste une passion chez vous aujourd'hui
02:04?
02:05Ça reste toujours une passion. Je suis encore un joueur.
02:09Quel jeu vidéo ?
02:10World of Warcraft.
02:12Je continue un peu un classique et de temps en temps, je fais quelques parties.
02:17C'est vrai que ça m'apaise un peu tellement le cadre politique est assez parfois violent et demande finalement
02:24d'évacuer un peu tout ce que l'on entend à droite et à gauche.
02:27Alors, vous l'avez dit, il y a eu un tissu associatif très riche, mais alors, quand j'ai fouillé
02:31les archivinats, on vous retrouve partout.
02:33J'ai trouvé des images de vous jouant au ping-pong, président d'un club de ping-pong, jouant au
02:39volet. Je crois que vous avez d'ailleurs présidé le club de volet.
02:41Je crois que vous avez fait pareil dans le badminton, dans le foot. Chez vous, l'engagement, c'est dans
02:45votre ADN ?
02:46Oui, j'ai toujours eu ce côté...
02:49Là, on vous voit jouer au volet, par exemple.
02:50Voilà, oui, oui, avec quelques kilos de moins. Mais oui, oui, non, non, ça a toujours été une volonté de
02:56ma part de participer. J'aime beaucoup tout ce qui représente les sports collectifs, les échanges.
03:03La troisième mi-temps aussi, ça fait partie, comment dire, de l'avantage des sportifs du dimanche, comme on dit
03:11chez nous. Donc voilà, c'est vrai, c'est sans doute ce qui m'a conduit aussi quelque part à
03:15la politique, cette appétence pour être avec les autres.
03:18Et alors justement, comment la politique est arrivée dans votre vie, l'engagement politique ?
03:21Alors, la politique est arrivée, je peux pas vous dire que je rêvais quand j'étais gamin, mais c'est
03:26arrivé parce que j'avais deux patients quand j'étais jeune.
03:29Le foot et le hockey sur glace. Le hockey sur glace, c'était naturellement le cas d'Agnan de Montréal,
03:33parce que je suis aussi un nord-américain.
03:35Et pour le foot, j'écoutais les multiplexes du championnat de France. Donc j'ai découvert un peu, exactement, qui,
03:42dont le père avait une relation avec Saint-Pierre-et-Miquelon, puisqu'il s'était présenté comme député.
03:47Et donc, j'ai commencé à avoir une cartographie de la France. Et en 77-78, j'ai écouté les
03:55élections municipales, qui avaient été assez importantes, puisque ça avait, de mémoire, une victoire assez de la gauche.
04:02Puis les élections législatives de 78. Et donc, j'ai associé un peu les villes de foot que je connaissais
04:08avec les résultats, finalement, des municipales.
04:12Et ce qui fait que, assez jeune, à 15 saisons, tout le monde dit « Ah, mais tu vas faire
04:16de la politique ? » Pas parce que j'avais vraiment une attirance pour, mais parce que je connaissais assez
04:20bien la cartographie politique.
04:22Et sportive, et footballistique.
04:24Exactement. Voilà. Donc c'est un peu arrivé comme ça, cette idée que tout le monde me voyait faire de
04:28la politique.
04:29Alors, votre engagement politique, il a d'abord été local, conseiller municipal, conseiller général, vice-président, puis président de la
04:35collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon.
04:38Et puis, en 2017, vous êtes présenté aux législatives. Qu'est-ce qui vous a amené comme ça à abriguer
04:43un mandat national, pour le coup ?
04:45On sort du tissu associatif local, là. On n'est plus...
04:49À un moment donné, si vous voulez, la dimension sociétale, les enjeux, les montées aussi d'une forme de radicalité
04:57politique,
04:58m'ont poussé un peu à m'investir aussi modestement au niveau national, parce que je crois qu'on a
05:02devant nous des enjeux qui sont très importants dans les années à venir.
05:05Donc c'était un levier plus puissant pour vous ?
05:07Voilà, plus puissant, puis aussi une maturité, une expérience très forte du terrain, un pragmatisme, qui, je l'avoue, et
05:15sans vouloir juger certains collègues,
05:18bon, il y a des députés qui sont quand même hors seuls, quoi.
05:21Et moi, je n'avais pas ça, et je me disais, purée, il faudrait quand même peut-être remettre des
05:25gens qui ont l'habitude d'être au contact des citoyens,
05:28qui ont l'habitude d'être confrontés à des problématiques de tous les jours pour, justement, rendre parfois des textes
05:35de loi beaucoup plus cohérents
05:37et beaucoup plus, comment dire, opérationnels dans leur déclinaison pratique.
05:41Donc voilà, c'était un peu tout ça qui a fait qu'en 2017, j'essaye une première fois.
05:45Alors, il a fallu attendre 2022 pour que vous soyez élu.
05:48Alors, j'aimerais qu'on s'arrête sur un chiffre quand même.
05:50Vous avez été élu avec 1329 voix sur un total de 5053 électeurs.
05:55Alors, peut-être que nos téléspectateurs ne sont pas au courant, mais le nombre moyen d'électeurs par circonscription en
06:00France, c'est quand même 85 000.
06:02C'est-à-dire que votre voix dans l'hémicycle, aujourd'hui, elle pèse autant que celle d'un député
06:09qui aurait été élu par 15 ou 20 fois plus d'électeurs.
06:12Est-ce que c'est normal ?
06:13Écoutez, moi, je pense que oui, parce que le député, il est à la fois un élu national,
06:20mais aussi un élu de circonscription si on met de côté les députés qui sont issus des Français vivant dans
06:28les pays à l'étranger.
06:29Et je crois qu'un petit territoire comme Saint-Pierre-et-Miquelon, c'est aussi un morceau de la France.
06:34Il y a une dimension géostratégique qu'on ne peut pas nier.
06:38Il y a une histoire qui est très forte.
06:40On pourrait parler de la Grande Pêche, de la Prohibition.
06:43On pourrait aussi parler de la Deuxième Guerre mondiale,
06:46où le territoire de Saint-Pierre-et-Miquelon a été le premier territoire à regagner la France libre.
06:50Donc je crois que c'est une partie de la France de son histoire.
06:51Ça s'explique par l'histoire, mais il y a un principe, le principe d'égalité des Français devant le
06:55suffrage.
06:56Et là, il est un peu tordu quand même.
06:58Oui, mais il y a le principe aussi que toutes les sensibilités, toutes les histoires soient aussi représentées.
07:04Alors, vous êtes élu d'un territoire un peu particulier.
07:06Vous en avez dit un mot quand même.
07:08Un archipel au large des Côtes canadiennes à combien de kilomètres de Paris ?
07:12En ligne droite, on doit être à peu près autour de 4400.
07:15On est le territoire d'outre-mer le plus proche de Paris à vol d'oiseau.
07:1950 fois plus petit que l'île de France.
07:21À quoi ça ressemble la vie d'un député de Saint-Pierre-et-Miquelon au quotidien ?
07:25Alors, ce qu'il faut savoir, c'est que le territoire a un statut particulier.
07:32Moi, je travaille avec les deux maires et avec le président de la collectivité.
07:35Mais je travaille aussi auprès de l'Union européenne, puisque le statut spécifique de Saint-Pierre-et-Miquelon
07:42fait qu'on a une relation particulière avec l'Union européenne qui intervient dans le financement de nos projets
07:47et pour lequel, naturellement, il faut s'astreindre à leurs exigences.
07:51Mais on est aussi représenté dans des instances internationales de pêche,
07:55comme l'Opano, qui est l'Organisation des Pêches de l'Atlantique Nord.
07:58Donc, il y a un travail supplémentaire du député de Saint-Pierre-et-Miquelon
08:02que n'ont pas la plupart des députés...
08:05Mais comment vous répartissez votre temps entre Paris et Saint-Pierre-et-Miquelon ?
08:08Le cœur du métier reste quand même à Paris pour un député.
08:12Mais comme je suis très impliqué aussi dans les dossiers du territoire
08:16et que je les pousse en bonne cohérence avec les élus locaux,
08:21je fais en sorte d'être à peu près trois semaines à Paris et une semaine chez moi.
08:26Parce que c'est un petit territoire, en 8-10 jours, j'arrive à avoir l'essentiel...
08:30Régler les problématiques des habitants.
08:32Et alors, parmi tous vos combats politiques, il y en a un qui est quand même commun,
08:35si l'on peut dire, à tous les territoires ultramarins,
08:37c'est la lutte contre la vie chère.
08:38Juste pour se faire une idée, une boîte de camembert, ça coûte combien à Saint-Pierre-et-Miquelon ?
08:42Ça dépend lequel, mais vous pouvez avoir des 12, 13, 14, 15 euros.
08:47Il y a un vrai sujet, si vous voulez, c'est un sujet majeur.
08:51Alors, il y a une de vos dernières prises de parole à l'Assemblée
08:52qui était pour vous plaindre du peu de considération que porte l'État français à votre territoire.
08:57Les quais du port de Saint-Pierre ne sont plus entretenus.
08:59Le seul patrouilleur que vous avez, il est en fin de vie et pour l'instant, il n'est pas
09:02remplacé.
09:03Vous avez un seul petit avion pour relier toutes les îles de l'archipel.
09:06Vous vous sentez un peu abandonné par la métropole ?
09:09Non, on ne peut pas dire ça, pas à ce point-là.
09:13Par contre, oui, ma colère, elle est par rapport au décalage entre moi qui suis un nulut de terrain
09:19et les grands discours parisiens.
09:21Ça, c'est le petit avion qui permet de relier les îles de Saint-Pierre.
09:23Tout à fait, et qui intervient essentiellement aussi pour Miquelon, mais pour les évacuations sanitaires.
09:29Et il va disparaître, et là, on se retrouve vraiment dans une situation où il y a un danger,
09:34il y a une rupture d'égalité du citoyen par rapport à la prise en charge de l'urgence.
09:38Donc, c'est un dossier qui est très chaud en ce moment et sur lequel on travaille.
09:41Pour revenir à l'histoire des quais, c'est qu'on ne peut pas prétendre à Paris, dans les grands
09:46discours,
09:46dire que la France rayonne dans le monde par ses territoires d'outre-mer
09:49et avoir un quai qui risque de s'écrouler à n'importe quel moment.
09:53Donc, il faut mettre le discours en phase avec la réalité du terrain.
09:57Alors, décidément, quand on fouille la boîte à archives de l'INA, on trouve pas mal de choses vous concernant.
10:01Je suis tombé sur un reportage qui était consacré aux étudiants Miquelonais à Caen.
10:06C'était en 1985 et à l'époque, vous étiez en formation pour devenir enseignant.
10:11Trois ans d'études ici à l'école normale.
10:13Oui, trois ans de formation qui ressemble finalement à une formation professionnelle
10:17avec des stages pratiques et des stages théoriques qui se cumulent lors des trois années.
10:23Avec une obligation de revenir exercer à Saint-Pierre et Miquelon ?
10:26Disons que oui, une obligation est précisée quand même au terme du contrat.
10:32Mais précisément, à votre avis, il faudrait mieux s'installer ici, en France,
10:36ou c'est avec grande joie que vous reviendrez vers Saint-Pierre ?
10:39Je pense que c'est avec une grande joie que je reviendrai quand même à Saint-Pierre.
10:44Même si je me suis assez bien adapté à la vie en France, je crois qu'on n'est jamais
10:48aussi bien que chez soi.
10:49Je pense sincèrement revenir.
10:51C'est pas la France Saint-Pierre et Miquelon ? Parce que vous le reprenez pas.
10:55C'est ça, c'est un peu le discours.
10:58C'est l'Hexagone maintenant.
11:01On est français, mais c'est vrai qu'on est très attaché.
11:04Quand vous êtes insulaire, l'insularité, c'est un sentiment spécifique.
11:08Et on a cet attachement à notre caillou.
11:10Le journaliste a l'air presque surpris que vous vouliez retourner à Saint-Pierre sur ça.
11:14Vous n'avez jamais envisagé de faire votre vie ailleurs ?
11:17Non, non, non, non, c'était clair pour moi.
11:19J'ai eu trois enfants et mes trois enfants ont fait toute leur vie à Saint-Pierre et Miquelon.
11:24Aujourd'hui, ils veulent de leurs propres ailes, ils sont à droite et à gauche.
11:27Mais non, non, on a une qualité de vie aussi.
11:29Vous savez, regardez ces images, c'est lumineux, il n'y a pas de pollution, tout le monde se connaît.
11:35On finit le boulot à 18h, à 18h30, on est avec les copains à faire une partie de tennis ou
11:39de badminton.
11:40On a aussi cette richesse-là.
11:42On va conclure l'émission par notre petit quiz habituel.
11:45Je vais vous proposer des phrases que vous allez devoir compléter.
11:48Si l'Assemblée était un jeu vidéo ?
11:53World of Warcraft.
11:55Ah oui, à ce point-là.
11:57Ça défouraille.
11:59La pelote basque à Saint-Pierre et Miquelon ?
12:01Une tradition.
12:02C'est étonnant, peut-être on peut l'expliquer.
12:04En fait, les trois peuplements d'origine, ce sont des Normands, des Bretons et des Basques.
12:08D'ailleurs, qu'on retrouve sur notre drapeau, les trois drapeaux de ces régions-là.
12:12Et les Basques ont gardé une très forte identité.
12:15D'avantage que les Normands et les Bretons ?
12:17Oui, qui ont plus fusionné, qui se sont plus mélangés, alors que les Basques, c'est une identité très forte.
12:23Et elle est restée aussi à Saint-Pierre et Miquelon.
12:24Vu votre nom, j'imagine que vous, vous n'êtes pas Basque.
12:26Non, moi, je suis Normand.
12:28Si Donald Trump décide d'occuper Saint-Pierre et Miquelon ?
12:32Alors, aucun risque, puisqu'il n'a pas cette culture géographique de savoir qu'on existe.
12:38Vous êtes à l'abri.
12:39Merci à vous, Stéphane Lenormand, d'être venu dans La Politique et moi.
12:42Merci à vous.
Commentaires