00:00Je crois que nous assistons à la fin du mythe de la puissance américaine,
00:17le mythe de l'hyperpuissance militaire et stratégique.
00:24D'abord parce que chacun peut voir que les objectifs de guerre dont nous avions parlé,
00:33qui étaient ceux de l'Amérique, n'ont pas été atteints.
00:38Le régime change, le changement de régime, on l'attend toujours.
00:44On est passé de l'islamo-militaro-islamo, c'est une question de nuance.
00:53C'est toujours la république des Molas et des gardiens de la révolution.
00:58Ensuite, la révolte populaire n'a pas eu lieu.
01:02Et enfin, l'anéantissement du nucléaire.
01:04On joue à Colin Maillard pour chercher les 450 kilos
01:09qui se promènent entre les montagnes et les souterrains.
01:13Et on ne les a pas trouvés, apparemment, puisqu'on les cherche encore.
01:18Voilà pour les objectifs de guerre.
01:19Ensuite, plus grave, le Kriegspiel d'une guerre courte a échoué.
01:28Et on peut même dire que, puisque l'Iran n'est pas vaincu, l'Iran est un peu vainqueur.
01:38Puisque l'Amérique n'a pas vaincu, l'Amérique est un peu vaincue.
01:43Donc, ce n'est pas du tout ce qui était prévu, avec près de deux mois de guerre.
01:50Ensuite, et surtout, nous sommes devant une guerre asymétrique, on l'a dit, redit.
01:58Mais je voudrais ajouter une pièce au puzzle.
02:02C'est que, dans cette guerre asymétrique, on a vu apparaître les Khoracham,
02:07les Khoramcham, les chars, les fameux missiles qu'on n'attendait pas,
02:12bricolés par les ingénieurs, les 130 000 ingénieurs iraniens,
02:17qui font mal aux missiles Patriot, qui sont de moins en moins nombreux,
02:23pour les intercepter.
02:26Ensuite, il y a les fameux drones Shahed,
02:29mais il y a une troisième arme, à laquelle personne n'avait pensé,
02:32c'est le détroit d'Armouz.
02:34Et cette arme, c'est une bombe atomique.
02:38Pourquoi je dis que c'est une bombe atomique ?
02:40Pourquoi cette métaphore ?
02:41Parce qu'en fait, quand vous avez la bombe atomique,
02:44vous tenez le monde en respect.
02:46Or, l'Iran tient le monde en respect,
02:49puisque l'Iran a dans sa main l'hypothèse
02:54d'une désintégration de l'économie mondiale.
02:57Et on voit bien en ce moment les conséquences,
03:00non seulement pour le carburant, mais aussi pour le carrosel,
03:03les engrais, l'hélium, etc.
03:06Et donc, nous sommes dans une situation
03:12où l'Amérique ne sait plus quelle pièce y coudre devant cette guerre asymétrique.
03:19Mais j'ajoute l'essentiel.
03:22Non seulement l'Amérique a perdu ses alliés européens,
03:28j'allais dire ses vassaux.
03:31C'est la première fois que les vassaux ne se comportent pas comme des vassaux.
03:36Avec une Allemagne dont on va découvrir bientôt qu'elle est en train de réarmer,
03:40avec une seule idée en tête, c'est de se venger de Stalingrad
03:43et de se retourner contre la Russie.
03:45Vous allez voir que l'Allemagne va être un vrai problème dans les années qui viennent.
03:49Il faudra qu'on en reparle.
03:50La fameuse Europe allemande.
03:54Et enfin et surtout, il y a le condominium Russie-Chine
03:59qui applique le mot de Talleyrand.
04:04Quand l'ennemi est dans l'erreur, il ne faut surtout pas l'interrompre.
04:09Talleyrand.
04:10Repris par Napoléon.
04:13Et donc là, en fait, la Russie profite de la situation pour le pétrole,
04:22tranquillité ukrainienne.
04:25Les regards sont ailleurs.
04:28Quant à la Chine, quand vous faites les comptes,
04:31la Chine, elle est l'interlocuteur de tous les pays du Golfe.
04:35Elle parle avec l'Iran, évidemment, dont elle est l'allié,
04:39mais elle parle aussi avec Abu Dhabi, elle parle avec le Koweït,
04:44elle parle avec l'Arabie Saoudite.
04:46Elle parle même avec Israël.
04:48La Chine parle avec tout le monde.
04:50Deuxièmement, elle déploie les routes de la soie
04:53pour acheminer les marchandises et les matières premières.
04:58La puissance de demain, c'est contrôler les flux.
05:06Elle fait tout pour contrôler les flux.
05:09Ensuite, elle contrôle les datas.
05:13C'est elle qui a installé la 5G en Arabie Saoudite.
05:18Et enfin, et enfin et surtout,
05:21elle fait payer le pétrole en monnaie chinoise.
05:27Et elle attire à elle tout le Moyen-Orient,
05:32dans le sud global, dans les BRICS,
05:35et dans la fameuse confédération de Shanghai.
05:38Et donc, en d'autres termes, la Chine est en train d'émerger
05:42comme une puissance concurrente de la zone dollar.
05:47Elle prépare la dédolarisation du monde,
05:50par le sud global.
05:52Voilà ce qui est en train de se passer.
05:54Alors, il est évident que le président Trump,
05:57aujourd'hui, est devant deux échéances immédiates.
06:02La première, c'est au bout de deux mois,
06:04il faut l'accord du Congrès pour continuer la guerre.
06:08Donc, c'est dans quelques jours
06:11que va faire le Congrès.
06:13Et deuxièmement, il a un rendez-vous
06:15avec le président chinois à Pékin,
06:19à la mi-mai.
06:20Et donc, il est pressé.
06:23C'est pour ça qu'il explique qu'il n'est pas pressé.
06:26Mais il est pressé d'en finir
06:28avec une négociation,
06:30un semblant de négociation,
06:31pour pouvoir passer à autre chose.
06:34Voilà.
06:34Mais les historiens,
06:37dans 50 ans,
06:38retiendront le turning point,
06:41pour parler comme vous,
06:47et le point de retournement...
06:49Un bon accent.
06:50Oui, le point de retournement.
06:52Je pense que la toute-puissance américaine,
06:57l'hyper-puissance de la République impériale,
06:59pour parler comme Raymond Aron,
07:00c'est fini.
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