00:03Je m'appelle Elsa Sahal, nous sommes au Grand Palais sur le stand de la Galerie Papillon.
00:08Vraiment une consécration, un prix qui est richement doté, qui est symboliquement très
00:13puissant, d'autant que le jury est composé de personnalités à la fois du monde de l'art,
00:19contemporain et aussi beaucoup plus large. Je suis très surprise de l'avoir emporté et en même temps
00:25très heureuse. Ça va me permettre de continuer mon travail avec un souffle aussi qui va me
00:30permettre de produire des nouvelles pièces. J'ai envie d'utiliser cette somme pour faire à nouveau
00:37des recherches en verre. J'étais assez limitée dans mes recherches jusqu'à présent et puis maintenant
00:43que j'ai un peu compris techniquement comment combiner les deux matériaux, la céranique et le verre,
00:49je vais pouvoir pousser mes recherches et prendre plus de risques dans l'utilisation du verre,
00:53plus expérimental. On sait que dans les écoles d'art en France, il y a plus d'étudiantes que
00:59d'étudiants. Tout au long de la carrière, il y a peut-être plus d'embûches aussi pour avancer
01:05et durer dans le temps. Il y a beaucoup moins d'artistes femmes que d'étudiantes en école d'art.
01:10Un travail qui est mené avec par exemple l'association AWARE, qui est dirigée par Camille Morino,
01:16qui fait partie d'ailleurs du jury. Je pense que le prix Marie-Claire Boucheron concerne un public plus large,
01:22parce que Marie-Claire est un magazine qui s'intéresse vraiment à la société. Donc je pense que ces questions
01:29en fait de notre écosystème de l'art, de notre milieu professionnel, de notre marché, c'est bien
01:35qu'ils soient des questions prises en main aussi à un niveau plus large. Donc Marie-Claire et Boucheron,
01:43à ce prix c'est formidable parce que ça ouvre ces problématiques en fait à la société tout entière.
01:51Au début de ma pratique, il y avait question du corps qui étaient déjà présentes, beaucoup de sexualité,
01:57beaucoup de désirs. Le matériau que j'utilise, la terre, c'est déjà beaucoup du corps. C'est presque
02:02des thématiques en fait qui sont inhérentes aux matériaux, mais c'était aussi des problématiques qui
02:07m'intéressaient parce qu'en tant que femme, j'avais envie que mon expérience, enfin de traduire mon
02:12expérience dans des formes plastiques à inventer. Quand j'étais prof à Strasbourg, voilà, ça s'est
02:18terminé brutalement au moment de la deuxième grossesse. Et là, j'ai eu une prise de conscience
02:23en fait féministe qui a donné lieu à cette sculpture Fontaine que j'ai fait en 2012, qui représente
02:31une sorte de mannequin piece au féminin, qui était ma première sculpture manifestement féministe.
02:36Cette sculpture, elle a eu une vie un peu mouvement, enfin au départ très calme, très bien accueillie,
02:42et puis en 2020 donc c'était après MeToo, elle a été vandalisée. Donc là, je peux dire qu'en
02:47fait cette
02:47histoire-là, par rapport à cette sculpture-là, ça a fait bouger les choses dans le sens où elle a
02:53été un lieu
02:54de crispation de ce débat. C'est des luttes en fait qui vont dans les deux sens, donc c'est
02:59des rapports de force en tant
03:00qu'artiste, on participe à ce débat de société. En vieillissant, en accueillant par exemple des
03:05étudiants, stagiaires, on peut se servir en fait en tant que femme artiste de un peu de modèle comme
03:11surface de projection en fait pour que des artistes plus jeunes s'engagent et durent. On peut acheter des
03:16œuvres de jeunes artistes. Je pense que c'est plutôt dans une sorte de vision de sororité qu'on peut
03:22entraîner avec soi en fait des vocations et être dans l'encouragement et dans le partage avec
03:30d'autres jeunes artistes femmes.