00:00Oui, et d'ailleurs en parlant du droit international, la Nouvelle-Calédonie est toujours inscrite sur la liste des territoires
00:06décolonisés à l'ONU
00:07et le droit aurait été que seul le peuple autochtone se prononce sur l'avenir du territoire.
00:15Les Canaques ont toujours admis les autres peuples qui vivent en Calédonie,
00:19depuis notamment juillet 83 avec Naville-les-Roches où ils ont donné le droit de vote aussi à ce qu
00:27'ils ont appelé les victimes de l'histoire.
00:29C'est-à-dire toutes les populations qui sont arrivées en Calédonie, entre guillemets, sans le vouloir,
00:33que ce soit les descendants des bagnards, des déportés, des transportés,
00:37ou les premiers colons installés en Calédonie qui ont fait chouche, qui ont fait famille.
00:41Et donc on ne peut pas dire qu'ils refusent que d'autres populations qu'eux-mêmes s'expriment sur
00:49l'avenir du pays.
00:51Et là, aujourd'hui, quand on entend Mesdorff dire à l'Assemblée nationale
00:55qu'il n'y a plus de problème de colonisation en Nouvelle-Calédonie, que tout ça est réglé, etc.
01:00C'est une négation flagrante de l'histoire de la Calédonie et même de l'histoire internationale.
01:07C'est ça qui rend ce territoire, je trouve, très intéressant, même fascinant quand on est ici dans l'Hexagone,
01:21parce que le degré de réflexion que les acteurs ont eue et d'inventivité qu'ils ont eue
01:31pour traiter cette situation-là en essayant de se sortir du piège de la guerre civile
01:38en 83, en 88, en 98, etc., il est remarquable.
01:44Et les questions, les ajustements, les compromis qui ont été faits à ces différentes étapes
01:51disent des choses qui sont en fait universelles sur la différence, sur les blessures de l'histoire.
02:00Ça raconte quelque chose qui va au-delà du territoire.
02:05Et ça enrichirait la France et ses dirigeants de capter un peu de cette sagesse,
02:13comme Michel Rocard avait su le faire en 88 et les négociateurs de Nouméa en 98.
02:23Ça les enrichirait de faire ça.
02:25Il y a d'ailleurs, je citais tout à l'heure Alain Lancelot et ses éructations dans le PV du
02:32Conseil constitutionnel,
02:33mais il y a une autre voie dans ce même PV d'Yves Guéna, qui était un ancien ministre du
02:39général de Gaulle,
02:40qui a connu la décolonisation. Et en réponse à Alain Lancelot, il dit qu'il ne faut pas oublier de
02:50quoi on parle.
02:51On parle d'un processus de décolonisation et ces processus-là, juridiquement, ne sont jamais impeccables.
02:58Et il dit « celui-là me semble ce que j'ai vu de mieux en la matière ».
03:03Et il rappelle que lui, donc membre du RPR à l'époque, avait été un des rares à demander à
03:11son parti en 1988
03:13de voter oui au référendum sur les accords de Matignon en 1988.
03:20Parce que lui avait le souvenir de ce qu'est une décolonisation.
03:24Il avait vu le territoire au bord de l'abîme, voire même quasiment au-dessus du vide, après les événements
03:32de 1984-88.
03:34Et il avait compris que les accords de Matignon étaient la seule issue possible pour faire revenir le territoire du
03:42côté de la paix civile
03:43et le faire avancer de nouveau vers un avenir qui devait être un avenir de décolonisation.
03:47Et que ce soit un ancien ministre gaulliste, avec l'histoire de la décolonisation qu'il portait dans sa carrière,
03:56qu'il dise ça de l'accord de Nouméa et puis des textes autour, je trouve que c'est remarquable.
04:02Ça témoigne du fait qu'à l'époque en France, il y avait des responsables, y compris des responsables de
04:08droite,
04:08qui étaient capables de saisir cette sagesse ou cette inventivité que les négociateurs locaux avaient su trouver dans ce texte
04:21-là.
04:21Et donc, ce n'est pas impossible.
04:23De la même manière que la République indivisible est capable d'absorber un peuple d'origine, des statistiques ethniques,
04:30un statut civil particulier, etc., sans s'effondrer,
04:32On avait des responsables ici du parti gaulliste de droite qui savaient voir une décolonisation là où il y avait
04:42une décolonisation
04:43et qui reconnaissaient l'originalité et l'intérêt de la démarche qui était dessinée en 1998.
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