00:00Sous-titrage Société Radio-Canada
00:31Super ! Est-ce que vous aussi, quand vous voyez quelqu'un tomber, vous dites « Hola ! Attention !
00:35» alors que son visage ne fait déjà plus qu'un avec le sol ? Yes ! Et est-ce
00:39que vous aussi, pour un date, on vous a déjà invité dans les catacombes ? Non, ça n'arrivait qu
00:45'à moi, hein ? Eh ben super, je vous raconte. On est en septembre 2019, ok ? Je rencontre Jonathan,
00:51il me plaît, je lui propose d'aller boire un verre et il me dit « Viens, on va dans
00:53les catacombes ! » Mais je vois pas le rapport. Il me donne rendez-vous trois jours plus tard.
01:00Il me dit « Pour descendre, tu vas avoir besoin de bottes de pluie, d'un jogging, d'une lampe
01:04frontale, de bière et de nourriture. » Je dis « Ta liste, elle n'a aucun sens. »
01:10D'où on va s'arrêter faire un pique-nique dans les catacombes. Tu sais, c'est comme si on
01:14te dit « Pour le tennis, tu prends bien ta raquette, tes balles, ton cycliste et tu n'oublies pas
01:18ta pipe à crack. »
01:22On se retrouve trois jours plus tard à la sortie du RER Luxembourg dans le sud de Paris. Ok. Il
01:27m'a emmené dans les catacombes interdites. C'est illégal d'y descendre.
01:30Et là, il m'amène devant une grille métallique sur un trottoir. Et là, je vois qu'il soulève la
01:34grille sans l'aide de pied de biche.
01:37D'accord, ça a l'air normal. Donc la grille est ouverte. Et tu sais, je vois une échelle avec
01:42le sol à un mètre avant de descendre des escaliers en collimation.
01:45Et alors moi, je sais monter des échelles, mais je ne sais pas descendre des échelles. J'ai le vertige.
01:50Et donc, quand je vois ça, je me dis « T'inquiète pas, Tania, tu prends ton temps. Tout va
01:53bien se passer. »
01:54« Vlatis pas que le Jonathan se met à gueuler. Dépêche-toi, la police va arriver à n'importe quel
01:59moment ! »
02:01Sauf que pour me tenir, il n'y avait ni poteau ni poignet.
02:05Et moi, j'ai une spécificité physique que tout le monde a. C'est que mes genoux ne se plient
02:09que dans un sens.
02:15Donc descendre, oui. Rapidement, non.
02:19Il m'a aidé, il m'a poussé, en fait.
02:24Donc je suis en bas, j'allume ma lampe frontale.
02:26Les particularités des lampes frontales, pour ceux qui n'en ont jamais porté, c'est que tu en portes une
02:30même que 5 minutes.
02:31Écoute, les 48 heures suivantes, on voit sur ton front que tu as porté une lampe frontale.
02:37On était avec des amis à lui qui sont cataphiles, puisque les gens qui aiment descendre dans les catacombes, on
02:42appelle ça des cataphiles.
02:43Voilà.
02:44Moi, j'appelle ça un déséquilibré mental.
02:48Et tu sais, je me rends compte que les mecs, ils sont dans des délires chelous.
02:51Quand je lui dis « Jonathan », il me dit « Chut, ici, je suis merlu. »
02:58Et moi, je crois qu'il se fout de ma gueule.
03:00Donc je lui dis « Ben, enchanté, appelle-moi Saumon. »
03:05Il me dit « Non, Tania, je suis très sérieux.
03:07Quand tu descends dans les catacombes, tu changes d'identité.
03:09Personne ici sait que je m'appelle Jonathan.
03:11Et tes soucis, tu les laisses dehors.
03:13Il n'y a pas de place pour les soucis dans les catacombes. »
03:16Je dis « Ben, je crois qu'en haut, ça allait. »
03:20« Ben, ça commence à... »
03:23« Surtout que maintenant, je m'appelle Saumon. »
03:26Et tu sais, il insiste.
03:27Il me dit « C'est hyper important.
03:29Dans notre groupe, on a choisi des surnoms de nourriture.
03:31Et des fois, il y a des ministres qui descendent et ils ne veulent pas qu'on les reconnaisse. »
03:35Et j'ai dit « Bien sûr. »
03:36Évidemment que si Roselyne Bachelot descend et qu'elle me dit qu'elle s'appelle Tomat Mozache,
03:40je ne la reconnais pas.
03:44Il me donne le surnom de ses potes.
03:45Au bout de cinq minutes, j'avais oublié, je les avais renommés « Fou 1. »
03:49« Fou 2. »
03:50Et allez tous vous faire foutre.
03:54Alors juste, l'anecdote que je vais vous raconter a l'air complètement fausse.
03:57Mais je l'ai réellement vécu.
04:00Juste, je dois mentir à un moment, c'est arrivé, mais je vous le dis.
04:03En fait, quand j'ai dit à Jonathan, qui est son vrai prénom,
04:05que j'allais écrire un passage sur les catacombes,
04:07il m'a dit « Je t'en supplie, il ne faut pas que tu donnes mon surnom de cataphile,
04:11parce que s'ils savent que je t'ai fait descendre, ils vont me défoncer la gueule. »
04:14Je dois donc protéger son identité en changeant de nom de poisson.
04:21Donc si vous allez à Paris, que vous rencontrez des cataphiles,
04:24et il y en a un, il vous dit « C'est merlu », c'est pas merlu.
04:28Vous ne le tapez pas.
04:31Donc, on est dans les couleurs des catacombes,
04:33et là, il y a Fou 1 qui dit « Putain, j'espère qu'aujourd'hui, on ne va pas
04:35se faire taper. »
04:35Je dis « S'il te plaît. »
04:38Il me dit « Oui, parce que des fois, il y a des cataphiles,
04:39ils n'aiment pas voir des gens qu'ils ne connaissent pas,
04:41donc ils jettent des bombes lacrymo et ils viennent nous casser la gueule. »
04:44Je dis « Mais moi, on m'avait juste parlé d'un casse-croûte, en fait. »
04:49On continue à avancer, on arrive dans une pièce.
04:51Moi, je crois que c'est un cul-de-sac et qu'on va repartir en arrière,
04:54et en fait, pas du tout.
04:54On m'annonce qu'il va falloir que je passe dans une châtière.
04:57Alors, qu'est-ce qu'une châtière ?
05:00Donc là, nous arrivons dans le champ lexical des « catas »,
05:02comme ils les appellent, et je ne cherche pas à faire de jeu de mots,
05:05ils appellent ça les catas.
05:06Très bien.
05:06Je vais vous donner deux termes.
05:08Le premier, le plafond qui est en roche,
05:10comme dans les vieilles caves.
05:11Ils appellent ça le ciel, parce qu'ils sont bêtes !
05:23Je n'ai pas passé une bonne soirée.
05:27Et la châtière, c'est un tunnel qui lie une pièce à une autre,
05:30qui fait la taille d'un humain qui vient de naître.
05:33Et moi, quand je vois ça, les soucis laissés par tout le monde dehors
05:36arrivent vers moi,
05:38de façon visuelle.
05:40Là, j'entends un des fous qui dit « Putain, les sacs passent pas ! »
05:43Moi, je me dis « Ils sont pas des gourdis,
05:45ils ont oublié d'enlever les sacs à dos, ça tape ! »
05:47« Non, Tania, les sacs passent pas, seulement les sacs ! »
05:49Qu'est-ce que j'entends, là, à votre avis ?
05:51Pour moi, le sous-texte, c'est « Le cul de saumon va jamais passer ! »
05:58Je vois la taille de la châtière, je vois la taille de mon cul,
06:00je dis « C'est scientifique, en fait ! »
06:03« Donc, on va repartir en arrière, parce qu'on n'est pas arrivés par un toboggan ! »
06:07Et là, il y a un des fous qui me dit que c'est pas possible,
06:09parce que si on repart en arrière, on perd 15 minutes.
06:13Oui !
06:14Perdons 15 minutes !
06:15C'est quoi 15 minutes contre une vie, hein ?
06:18On n'est pas reparti en arrière.
06:20Je me suis dit « Peut-être, Tania, tu peux t'en sortir toute seule,
06:22en rebroussant chemin. »
06:24« Mais tu fais quoi après ? Tu vas voir la police ? »
06:27« Ils m'ont abandonnée dans les catas. »
06:29« Qui ça, ils ? »
06:32« Je crois qu'il y avait Pringles. »
06:36« Eh, j'ai pas le choix, je suis obligée de passer. »
06:38« Y'a un des fous qui me dit ce que ça te rassure,
06:39si je passe en arrière comme ça, tu vois mon visage. »
06:41« Son visage n'avait rien de rassurant. »
06:43« On y va comme ça. »
06:44« Je me mets face à lui et mes coudes y passaient pas comme ça. »
06:47« J'ai dû m'enfiler droite dans la châtière. »
06:50« Sauf qu'il y a un truc physique qui fait que,
06:52quand t'es allongée quelque part,
06:55t'avances pas. »
07:02Et là, je me suis dit « Tania, t'es pas con ? »
07:05Et j'ai vu un mouvement sinusoïdal dans ma tête
07:07que j'ai tenté de reproduire avec mon corps
07:10en lançant des impulsions du haut du corps
07:12pour atteindre le bas du corps.
07:15On aurait dit un saumon agonisant.
07:20Je vois pas le reste de la châtière.
07:21Elle est bloquée par le corps du gars devant moi,
07:23mais je vois son corps qui sort.
07:24Je dis « Mais qu'est-ce qui m'attend ? »
07:25« Un angle droit. »
07:28Bon, je suis restée coincée, mais je m'en suis sortie.
07:30Voilà, on s'en doute.
07:32Je suis devant vous.
07:33J'imagine que depuis le début, personne ne se dit
07:35« Mais est-ce qu'elle a survécu ? »
07:39Non, mais problème du spectacle vivant,
07:40on peut pas faire de suspense de mort.
07:42C'est-à-dire que là, si vous étiez en train de regarder une série,
07:44c'était la fin de l'épisode,
07:46fallait attendre une semaine pour savoir si j'avais bouché la châtière
07:50et si le reste du groupe avait dû changer d'itinéraire.
07:52Une semaine.
07:54J'arrive au bout de la châtière,
07:55il y a des gars qui m'attrapent par les bras,
07:56tu sais, pour m'en faire sortir la naissance d'un veau.
08:04Est-ce que vous vous rendez compte de ce que j'ai vécu ?
08:07Je me suis dit « Tania, tu vas rester bloquée dans une châtière.
08:10Il y a des gens, ils vont descendre en quelques années.
08:12Ils vont voir un trou bouché.
08:14Avec deux jambes qui dépassent.
08:17Avec gravé dans la roche, six gis-saumons.
08:20Et la citation, les sacs ne passaient pas.
08:23Et je vous laisserai là-dessus.
08:25Merci beaucoup.
08:26Merci.
08:46Sous-titrage Société Radio-Canada
08:48Sous-titrage Société Radio-Canada
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