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Enfant rescapé du Vél’ d’Hiv, Jacques Averbuch, 96 ans, publie ce 15 avril "Rescapé du Vél' d'Hiv" (Artège). Dans ce témoignage poignant, il revient sur la Shoah, sur son sauvetage par une famille catholique et sur sa conversion au christianisme. Un récit qui dépasse la seule survie pour raconter une véritable traversée spirituelle. Rencontre.

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Transcription
00:00Paris était complètement dans le noir, il n'y avait pas une lumière.
00:03Ma mère tenait à ce qu'on aille le dimanche à la messe.
00:07Je dois la vie à un officier allemand.
00:09Je m'appelle Jacques Averbuche, j'ai 96 ans depuis le 27 janvier,
00:14puisque je suis né le 27 janvier 1930, à Paris 12e.
00:18Vos parents, comme vous racontez dans votre ouvrage, ont été raflés en juillet 1942.
00:23Avec le début de la Seconde Guerre mondiale, est-ce qu'ils sentaient déjà le danger venir ou pas ?
00:28Vous savez, mon père se considérait, entre guillemets, comme un honnête homme.
00:33Il ne voyait pas ce qu'on avait lui reproché.
00:35À la déclaration de guerre, en septembre 1939, Paris était complètement dans le noir.
00:39Il n'y avait pas une lumière et les Parisiens fuyaient Paris.
00:43Donc, papa, qui était resté à Paris, nous a mis dans un poulet de maman qui était enceinte à ce
00:50moment-là.
00:50Et moi-même, dans un train, on s'est retrouvés dans une petite ville qui s'appelle Châteaubriand,
00:55où des familles s'étaient portées volontaires pour recevoir des gens qui venaient de Paris.
00:59Et nous nous sommes retrouvés dans cette famille, la famille rouille.
01:01Et là-bas, à Châteaubriand, comme on était dans une famille très chrétienne,
01:06ma mère tenait à ce qu'on aille le dimanche à la messe.
01:09Il fallait plaire à ces gens.
01:10À tel point qu'un jour, maman revient, elle avait entendu parler des Parisiens.
01:15Et elle revient en disant, je ne comprends pas ce qu'il a, ce prêtre.
01:18Je ne sais pas ce qu'il a contre les Parisiens.
01:20Nous sommes restés à Châteaubriand jusqu'après l'armistice.
01:24En juillet 1940, nous sommes rentrés à Paris.
01:26Papa est venu nous chercher.
01:27Est-ce que vos parents pratiquaient le judaïsme à la maison ?
01:30Non, peu, peu, peu.
01:32Mais Pâques avait eu une grande importance pour nous.
01:35Quels sont vos premiers souvenirs de ce matin-là ?
01:37À 5h du matin, si, mes souvenirs sont quand même toujours vivants.
01:41Ça sonne, ça sonne.
01:42Deux agents français en civil.
01:45Monsieur, madame, dans l'ordre Jacques, c'est moi, Marcel, mon frère.
01:50Et il ne cite pas Paulette, ma soeur.
01:52Habillez-vous, prenez des affaires, et puis suivez-nous.
01:55Papa a mis quelques affaires dans ces anciens sacs de pommes de terre, vous savez, marrons.
02:00À 5h du matin, nous voulons tous partis.
02:03Même Paulette suivait avec Marcel dans les bras.
02:05Il avait deux ans, le gamin.
02:07Elle n'était pas sur les listes.
02:08Il nous voulons partis en face de la mairie du 18e arrondissement.
02:12Et là, nous nous trouvons devant un bureau, une classe, avec derrière une table, un officier allemand.
02:20Un des agents dit à l'allemand, ben voilà, monsieur, madame, deux enfants.
02:24Qu'est-ce qu'on fait des enfants ?
02:26Et l'allemand tout de suite a répondu, les enfants, ils suivent les parents.
02:30Et puis là-dessus, un des deux agents a dit, mais dites, il y a une jeune fille qui est
02:33là, qui est leur soeur,
02:35qui n'est pas sur les listes.
02:36L'allemand, il a piqué du nez, un beau moment, et au bout d'un moment, il a levé la
02:41tête et il a dit,
02:42ben pour l'instant, laissez-les avec.
02:44Je dois la vie à un officier allemand, Rio.
02:48Mes parents sont montés dans ces anciens bus, je ne les ai jamais revus.
02:52Je ne pense pas qu'ils avaient une notion du danger qui existait à ce moment-là.
02:57Après l'arrestation de mes parents, Paulette, qui n'a pas perdu le Nord, a envoyé un télégramme à la
03:01famille Roux.
03:02Et par retour, ils nous ont répondu, c'est simplement arrivé.
03:05Donc Paulette a fait des bagages.
03:07On a pris le train et nous sommes retrouvés à Nantes, puis ensuite à Châteaubriand.
03:13Et alors moi, à Châteaubriand, j'ai demandé petit à petit d'être instruit dans la religion chrétienne.
03:19Et j'ai été baptisé le 22 décembre 1942.
03:23J'étais en classe le matin.
03:25À midi, j'ai mangé un petit morceau.
03:27J'ai été à l'église, j'ai été baptisé et je suis retourné en classe.
03:30Et vous avez même pensé à devenir prêtre.
03:33Pour des raisons de santé, vous n'êtes pas devenue prêtre, mais vous êtes finalement devenue diacre à 60 ans.
03:39Ah oui, alors là aussi, c'est une histoire, si vous voulez.
03:42Ma sœur, comme je dis, qui était quand même très religieuse au fond d'elle-même, avait fréquenté des clarisses.
03:49Je rendais un certain nombre de services.
03:50Et un jour, la mère Abbesse m'a dit, Jacques, pourquoi tu ne deviendrais pas au diacre ?
03:56Alors sur le moment, je l'ai envoyé balader.
03:58Elle me dit, moi, l'église, je l'ai déjà payé.
04:00Et puis ça a fait son chemin.
04:02Et au bout de quatre ans, j'ai été ordonné diacre.
04:05Le 3 décembre 1994.
04:07C'était assez vieux, puisque j'avais 64 ans quand même.
04:10Mais ça avait quand même 31 ans que je suis diacre.
04:12Vous écrivez dans votre livre que même si vous êtes devenu chrétien, vous êtes et vous restez juif.
04:17Je pensais au cardinal Lustiger.
04:20Il avait demandé le jour de ses obsèques, on dise la prière du Kaddish, la prière des morts pour les
04:27juifs.
04:27Et moi, j'ai demandé la même chose.
04:29Le jour de mes obsèques, à l'église Notre-Dame, à Boulogne, je tiens à ce qu'on dise la
04:35prière du Kaddish.
04:36En raison de mes racines, je n'ai pas à m'asseoir sur mes racines.
04:39C'est une évolution, c'est comme ça, mais je reste profondément attaché quand même à mes origines.
04:47Sous-titrage Société Radio-Canada
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