00:00Il aime sa vieille Peugeot, il en a même fait son principal combat à l'Assemblée.
00:05Mon invité siège au groupe Rassemblement National après avoir longtemps cheminé aux côtés d'Éric Zemmour.
00:23Bonjour Pierre Meurin.
00:24Bonjour Monsieur Méric.
00:25Pendant la campagne présidentielle de 2017, vous êtes apparue à Lyon à la tête d'un collectif qui s'opposait
00:30à la candidature d'Emmanuel Macron.
00:32On va voir un extrait d'un reportage régional qui était consacré à cet événement à l'époque.
00:37L'appel du tout sauf Macron a été lancé il y a quelques jours sur les réseaux sociaux pour inciter
00:43à voter contre le candidat d'En Marche.
00:45C'est le candidat d'une caste qui abîme la France depuis beaucoup trop longtemps.
00:49Et je pense que cette caste est celle des puissants contre les faibles.
00:53Or le peuple de France, en majorité, ce sont des petits, des gens qui veulent simplement travailler, qui n'ont
00:59pas besoin d'être méprisés par ces hommes.
01:03Le mouvement se présente comme non-partisan et compte bien continuer à peser dans le débat politique à l'issue
01:08du 7 mai.
01:09Alors la journaliste vous présente comme membre du collectif Stop l'Arnaque, un collectif non-partisan.
01:13Sauf qu'à l'époque vous étiez quand même engagé en politique aux côtés de Philippe de Villiers.
01:17Je crois que vous étiez même encore à la tête du mouvement des jeunes pour la France de Philippe de
01:22Villiers.
01:22Pourquoi ne pas du coup assumer cet engagement lors de cette manifestation ?
01:27Si vous voulez, à l'époque, cette manifestation, l'idée c'était de rassembler tous ceux qui ne souhaitaient pas
01:32la victoire d'Emmanuel Macron en 2017.
01:35Donc il y avait en effet des gens qui étaient plutôt engagés évidemment à l'époque au Front National, dans
01:42beaucoup de mouvements de droite.
01:44Et donc l'idée c'était de créer une association pour montrer à quel point on était opposé à l
01:49'idée qu'Emmanuel Macron remporte l'élection présidentielle.
01:53Parce qu'en 2017 c'était pour son premier mandat.
01:55Mais on avait déjà compris que c'était vraiment le candidat du mondialisme.
01:59C'était le candidat du système, pour reprendre votre expression.
02:01Le candidat du système, le candidat des élites contre le peuple si vous voulez.
02:04Et donc ce n'était pas du tout la politique ?
02:07C'était apartisan, mais vous savez, on peut faire de la politique sans être dans un carcan partisan.
02:15Alors vous vous êtes engagé en politique très jeune, aux côtés de Philippe de Villiers.
02:18Et en parallèle de cela, au sein du syndicat étudiant de droite, l'Uni, quand vous étiez à l'université.
02:26Vous êtes même présenté aux législatives dès 2012.
02:29C'était face à David Douillet dans les Yvelines et vous aviez 22 ans.
02:33Moi si vous voulez, j'ai toujours eu l'engagement politique chevillé au corps.
02:37Quelque part, c'est un peu un virus.
02:39On était une bande de copains qui avions monté une espèce d'alliance.
02:43A l'époque c'était le RPF, le FRS, le MPF, etc.
02:50Et donc on cherchait des candidats.
02:51RPF c'était pas quoi ? MPF ?
02:52Ouais, c'est ça, exactement.
02:54Et donc j'avais donné mon nom pour être candidat aux élections législatives.
02:58Mais pour la petite anecdote...
02:59Résultat, deux voix.
03:00Donc j'imagine que vous avez voté pour vous.
03:02Qui est l'autre personne ?
03:04Même pas, même pas.
03:04Vous n'avez pas voté pour vous ?
03:05Même pas parce que je n'habitais pas dans cette circonscription.
03:07Donc j'ai fait deux voix, je ne sais pas d'où elles viennent ces voix.
03:10Mais oui, ça dit aussi quelque chose quand même de mon envie de m'investir en politique depuis toujours.
03:16Philippe de Villiers incarne une droite souverainiste,
03:18mais aussi catholique traditionnaliste, disent certains.
03:22Vous vous définissez vous-même comme un catholique social.
03:25Est-ce que vous faites un lien entre votre engagement politique et votre foi ?
03:30Oui, si vous voulez, ma foi et probablement aussi mes années de scoutisme.
03:36Vous savez, la promesse scout, c'est sur mon honneur, avec la grâce de Dieu,
03:39je m'engage à servir de mon mieux, ma patrie notamment.
03:42Donc il y a probablement, il y a un lien, si vous voulez, entre ma foi, mes engagements scouts,
03:49et cette soif d'engagement pour mon pays.
03:51Ça, c'est certain.
03:53Quant à la tradition politique, si vous voulez, qui est la mienne, philosophique,
03:57moi, je viens d'une famille bourgeoise, je suis quelqu'un de bien-né,
04:02donc une famille en effet catholique, je suis resté catholique,
04:06et j'ai cette tradition du catholicisme social qui, très jeune, m'a conduit chez Philippe de Villiers,
04:13pour lequel j'ai une admiration presque sans borne.
04:17C'est un modèle, Philippe de Villiers, d'entrepreneuriat, de visionnaire pour la politique.
04:20La dimension sociale du catholicisme, elle se traduit comment ?
04:23La dimension sociale du catholicisme, si vous lisez notamment Albert Demain,
04:27Alban de Villeneuve-Bargemont, la menace, c'est à l'époque de la révolution industrielle,
04:33les grandes transformations sociétales.
04:35Comment gérer cette nouvelle donne sociétale, c'est-à-dire le salariat, la pauvreté,
04:41dans le contexte de la révolution française ?
04:44Et les catholiques sociaux ont apporté un certain nombre de réponses.
04:47Je vous donne un exemple, c'est Alban de Villeneuve-Bargemont, catholique-catholique,
04:51très à droite, qui a fait interdire le travail des enfants à l'époque.
04:54Donc si vous comprenez cette idée, le catholicisme social, c'est ça.
04:58Votre engagement politique, on le retrouve aussi dans votre parcours professionnel.
05:01De 2015 à 2018, vous avez dirigé le cabinet d'un maire proche d'Éric Zemmour,
05:06et puis ensuite, de 2018 à 2021, vous avez rejoint l'école créée par Marion Maréchal-Licep,
05:11je crois que vous avez été directeur des études.
05:12Ça donne l'impression que vous avez besoin, y compris dans vos engagements professionnels,
05:16de retrouver cet engagement politique comme si vous vous sentiez investi d'une mission.
05:22Disons que moi, vraiment, j'ai toujours été passionné par la chose publique.
05:26Moi, je suis juriste en droit public, en droit public de l'économie.
05:30Et donc, assez naturellement, je me suis tourné vers les collectivités territoriales.
05:35Et comme j'avais envie de faire de la politique, la fonction de directeur de cabinet
05:39était une fonction concrète d'accompagnement des élus dans des missions de service public.
05:45Et c'est vraiment ça que j'avais envie de faire.
05:47Et d'ailleurs, j'ai énormément rappelé.
05:47D'où cet engagement aussi, Alicep, dans la foulée de cet engagement auprès de ce maire.
05:53J'aimerais qu'on évoque à présent, parce que derrière votre parcours professionnel et politique,
05:57il y a un homme en filigrane qu'on retrouve très tôt dans votre engagement.
06:00C'est Éric Zemmour.
06:01Dès 2009, apparemment, vous alliez régulièrement sur le plateau d'On n'est pas couché,
06:05quand il était chroniqueur, éditorialiste, là-bas, pour le soutenir bruyamment, disent certains.
06:11Rendez-vous compte, à l'époque, il n'y avait pas ces news,
06:14vous n'aviez pas autant d'éditorialistes de droite.
06:16Éric Zemmour était probablement le seul.
06:19Donc, dans une presse bien pensante, avec des éditorialistes qui étaient tous,
06:24tous médias confondus, très marqués à gauche,
06:27Éric Zemmour incarnait, pour la jeunesse de droite que nous étions,
06:30une soupape de respiration, une espèce de respiration.
06:33On se sentait écoutés sur le sujet, notamment, de l'immigration.
06:38On entendait Éric Zemmour à la télé, il était le seul.
06:41Là, vous aviez 19 ans, à l'époque.
06:42J'avais 19 ans, et donc, oui, j'allais sur le plateau d'On n'est pas couché,
06:46pour soutenir Éric Zemmour, qui, quand on est passionné par la politique,
06:51nous disait, en fait, on n'est pas tout seul à penser quelque chose,
06:53il y a quelqu'un à la télé qui dit la même chose que ce qu'on pense,
06:57en dehors des politiques qui, évidemment, s'exprimaient.
07:00Au mois de juin 2021, pardon, donc on est un an avant la présidentielle,
07:04on a vu fleurir partout en France des affiches avec écrit
07:07« Zemmour président », il y en avait vraiment partout.
07:09Et à l'époque, il était encore un simple éditorialiste,
07:11ce n'était pas encore un homme politique, il n'avait pas créé son parti.
07:14C'est vous qui étiez derrière ce coup de com', on peut dire ?
07:18J'ai un petit côté anarchiste de droite, et donc j'aimais bien cette idée
07:21qu'Éric Zemmour casse les codes politiques.
07:26Et donc, oui, c'est vrai, à cette époque-là, je me suis mis à son service.
07:30Et comment vous avez fait ? Parce qu'en deux jours,
07:31je crois qu'il y a eu 10 000 affiches collées en deux jours dans toute la France,
07:34alors qu'il n'avait pas de réseau militant et structuré, il n'avait pas de parti.
07:38On a fait ces affiches, et j'ai trouvé des antennes dans absolument tous les départements.
07:41Ça a été un travail de fourmi.
07:43Et j'étais dans mon garage, et après j'ai été à la poste,
07:46on a fait ça de façon très artisanale.
07:48On a envoyé par la poste les colis à tous les militants
07:51qui s'étaient portés volontaires pour cette opération.
07:54Ça a marqué les esprits.
07:55Pour cette opération à l'affichage.
07:57Et j'étais assez content du retentissement.
07:59L'opération était réussie, d'un point de vue médiatique et communication.
08:03Et à partir de là, vous avez intégré un comité exécutif secret, j'ai lu,
08:06qui comptait que six membres pour préparer l'entrée d'Éric Zemmour dans la vie politique,
08:11pour élaborer un peu sa stratégie de campagne présidentielle.
08:15Et puis du jour au lendemain, vous avez annoncé que vous le quittiez,
08:18vous qui avez cru en lui pendant près de 12 ans.
08:20Qu'est-ce qui s'est passé ?
08:22J'ai cru en lui depuis près de 12 ans.
08:24Je n'étais pas militant d'Éric Zemmour en politique en 2009.
08:28J'étais fan du chroniqueur qui disait publiquement ce que je pensais.
08:32Et donc c'est très différent avec ce que j'ai fait, par exemple, avec cette opération affichage.
08:37Je vous explique ce qui m'a beaucoup moins motivé au bout d'un certain temps.
08:43Moi, j'ai la chance, si vous voulez, quand je suis parti à Charvieux-Chavagneux,
08:46diriger le cabinet de M. Desamptes, que je salue au passage,
08:52j'ai rencontré, c'est une zone périurbaine, désindustrialisée, rurale aussi,
08:57j'ai rencontré, si vous voulez, les électeurs de Marine Le Pen.
09:01Moi, je viens d'une famille bourgeoise, donc si vous voulez,
09:05j'avais pas...
09:06Donc, il y a quelque part, on est dans une bulle cognitive, dans cette bourgeoisie.
09:09Et donc là, j'ai rencontré les électeurs de Marine Le Pen.
09:12Et donc, ça a été un grand bouleversement dans ma vie,
09:15puisque du coup, j'ai compris l'aspiration de ces gens-là.
09:19Et moi, ce que j'aurais espéré d'Éric Zemmour,
09:22c'est qu'ils s'intéressent à leurs problèmes.
09:24Et moi, j'ai suivi la campagne de Marine Le Pen,
09:28à l'époque de l'extérieur, en réalité.
09:31Et j'ai été fan de la campagne de Marine Le Pen.
09:33Vous avez dit, en fait, c'est vers elle qu'il faut que je me tourne.
09:35Et pour dire, pour Éric Zemmour,
09:38vraiment, je lui fais pas de procès en mépris social.
09:41Mais je n'ai pas aimé cette absence de considération politique
09:46pour les classes populaires, les Français, les plus modestes.
09:48Et donc, vous vous êtes tourné vers Marine Le Pen quelques mois plus tard.
09:52Il y a eu un petit sas de décompression, on va dire.
09:54Elle vous a ouvert les portes, elle vous a investi aux législatives,
09:57alors qu'il y a très peu d'anciens Zemmouris qui ont été acceptés par le RN.
10:02Qu'est-ce qui vous a valu cette faveur ?
10:03Alors déjà, la particularité, c'est que moi,
10:05je n'étais pas venu du RN pour aller chez Éric Zemmour.
10:07Donc, il n'y avait pas en tant que tel...
10:09Voilà, c'est le mot que vous voulez employer.
10:11Mais pas de trahison, si vous voulez.
10:13Donc, elle m'a investi aux législatives.
10:17Je pense, parce que quand je l'ai rencontrée,
10:19elle a dû se dire que je pouvais apporter modestement
10:21une plus-value à ce groupe parlementaire.
10:24Et j'ai saisi cette perche avec beaucoup d'envie et de niaques, si vous voulez.
10:30Et vous avez été élu dans la foulée aux législatives.
10:33Et donc, à peine élu à l'Assemblée, vous êtes devenu...
10:34Je vous appelle le monsieur bagnole du RN.
10:37C'est pas méchant.
10:39Mais c'est vraiment ça.
10:40Vous avez posé devant l'Assemblée avec votre vieille Peugeot.
10:42C'est une 306 S16, d'après ce que j'ai vu.
10:45167 chevaux.
10:46Une petite combinette.
10:47C'est bon pour vous, cette voiture.
10:48Elle compte beaucoup dans votre vie ?
10:49Je suis un grand fan de cette voiture.
10:53Si vous voulez, ce que j'aime dans la voiture,
10:55d'un point de vue politique et iconographique,
10:57c'est deux choses.
10:58Un, l'automobiliste incarne pour moi
11:01le Français qui est écrasé par les normes,
11:04les taxes, les injustices, la vache à lait.
11:07L'automobiliste incarne ce que l'État fait,
11:10c'est-à-dire être fort avec les faibles,
11:11faible avec les forts.
11:12D'où ce combat que vous avez mené à l'Assemblée
11:14contre ce qu'on appelle les ZFE,
11:16les zones à faible émission.
11:17Je déteste l'injustice.
11:18Et l'automobiliste subit toutes les injustices
11:20de cet État qui est écrasant
11:23et presque totalitaire sur le plan normatif.
11:26Donc vous êtes battu contre les ZFE.
11:27Vous vous battez encore,
11:28parce que ce combat n'est pas encore tout à fait abouti.
11:31Et en même temps, je disais que vous avez été commercial
11:34dans les énergies renouvelables.
11:37Comment vous vous positionnez par rapport à l'écologie ?
11:40Parce que vous vous attaquez aux écolo-techno-bobos.
11:43Je crois que c'est l'expression que vous employez.
11:44Un, la France, c'est 0,9% des émissions de CO2 mondiales,
11:47dont la moitié proviennent des importations.
11:49Donc je vais vous dire, c'est très simple,
11:51la stratégie de décarbonation française,
11:53elle doit être fondée sur notre nucléaire,
11:56sur notre hydroélectricité,
11:57c'est ça notre mix électrique,
11:59et sur la réduction de nos importations,
12:00c'est-à-dire la réindustrialisation et le produit local.
12:03Vous définissez comme un écologiste ou pas ?
12:05Moi, j'ai une sensibilité écolo,
12:06et si vous voulez, les Français des zones rurales,
12:08les électeurs du Rassemblement national,
12:10sont les premiers écolos.
12:13Dans les zones rurales, c'est la France de la débrouille.
12:16Finalement, le gaspillage de carbone,
12:20c'est les villes qui sont les plus grandes émettrices.
12:24Donc il faut arrêter de taper sur le français des zones rurales,
12:26sur le français le plus modeste,
12:27et singulièrement sur l'automobilisme.
12:30Moi, d'un point de vue du contrat social,
12:32on ne peut pas dire à un automobiliste que c'est un pollueur,
12:35alors qu'il utilise sa bagnole pour aller bosser,
12:37pour emmener ses enfants à l'école.
12:38On a un problème de contrat social,
12:40et ça percute la fraternité républicaine.
12:42On va passer à notre quiz à présent, si vous le voulez bien.
12:44Vous allez devoir compléter les phrases que je vais vous proposer.
12:48Les anciens scouts en politique.
12:50Vous avez évoqué votre passé de scouts.
12:51Alors, au-delà de la dimension religieuse,
12:53parce qu'il y a des scouts de la vie aussi.
12:54Absolument, absolument.
12:55Les anciens scouts en politique
12:57sont des gens qui ont l'engagement chevillé au corps.
13:00Je roulerai en Peugeot électrique le jour où ?
13:03Je serai probablement le dernier à rouler en thermique.
13:07Le point commun entre la fachade, la Bajana
13:10et le port à la Sévenol.
13:12Vous êtes sur trois spécialités de votre territoire, on va dire.
13:18Joker.
13:19Joker, c'est la châtaigne.
13:20La châtaigne, bien sûr, oui.
13:22Merci beaucoup, Pierre Meurin, d'être venu dans La Politique et moi.
13:25Avec plaisir.
13:26Merci à vous pour votre invitation.
13:37Sous-titrage Société Radio-Canada
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